Le point Vétérinaire n° 280 du 01/11/2007
 

Parasitologie des bovins

Pratique

SUR ORDONNANCE

Hervé Pouliquen

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV de Nantes

Lors de coccidiose, le toltrazuril présente une longue rémanence, alors que le diclazuril bénéficie d’un temps d’attente nul et d’une absence de contre-indication environnementale.

Un vétérinaire est appelé dans un élevage de veaux laitiers âgés d’une à deux semaines. Certains d’entre eux présentent une diarrhée apparue 24 heures auparavant. Des fèces verdâtres et ramollies sont observées. Une coproscopie révèle la présence de nombreux ookystes. Un diagnostic de coccidiose est établi.

Le praticien décide avec l’éleveur de mettre en place un traitement métaphylactique chez les veaux malades et non malades.  •

Baycox® Bovis(1) : Longue rémanence chez l’animal

Baycox® Bovis est un médicament à base de toltrazuril présenté sous forme de suspension buvable. Le toltrazuril, qui chimiquement est une triazinone, agit comme un analogue compétitif des nucléotides de l’uracyle (base pyrimidique). Il présente l’avantage, contrairement à la plupart des autres molécules anticoccidiennes, d’être actif sur plusieurs stades de développement intracellulaires des coccidies du genre Eimeria. Il exerce une action coccidiocide à tous les stades du développement des coccidies dans les entérocytes, de la schizogonie (multiplication asexuée) à la gamétogonie (multiplication sexuée).

Après administration orale à des veaux, le toltrazuril est résorbé lentement. Sa concentration plasmatique maximale (36,6 mg/l) est observée en moyenne 36 heures après son administration. Il est intensément métabolisé dans le foie en deux métabolites actifs, le toltrazuril sulfoxyde et le principal, le toltrazuril sulfone (ou ponazuril). Le toltrazuril et ses métabolites sont essentiellement éliminés par voie fécale et lentement : temps de demi-vie de 64,2 heures. Le toltrazuril présente donc l’avantage d’une longue rémanence dans l’organisme, objectivée par la persistance dans le plasma de la molécule (37 jours) et de ses deux métabolites actifs. Ce phénomène est responsable, dans les essais, d’une inhibition de la réexcrétion ookystale pendant 45 jours, en comptant la période prépatente des coccidies pathogènes. Le schéma de traitement ne comprend qu’une seule administration à la dose de 15 mg/kg de poids corporel, soit 3 ml/10 kg de poids corporel.

Le revers de la médaille de cette longue rémanence du toltrazuril et de ses métabolites est double : le temps d’attente pour les viandes et les abats est important (63 jours) et la persistance du ponazuril dans l’environnement est longue (demi-vie supérieure à un an).Ce métabolite peut aussi migrer dans le sol et est potentiellement phytotoxique. De ce fait, l’utilisation de Baycox® Bovis est réservée aux veaux laitiers.

Il est contre-indiqué, chez les veaux de plus de 80 kg et dans les ateliers d’engraissement de veaux ou de bovins de boucherie. De plus, le lisier des veaux traités ne doit pas être épandu dans les champs sans dilution préalable avec au moins trois fois son poids en lisier de vaches adultes non traitées.

Vecoxan®(1) : Temps d’attente nul et absence de contre-indication environnementale

Vecoxan ® est un médicament à base de diclazuril présenté sous forme de suspension buvable. Le diclazuril, qui chimiquement est une triazinone, possède donc le même mécanisme d’action que le toltrazuril. Après administration orale chez des veaux, le diclazuril est faiblement résorbé. Sa concentration plasmatique maximale est observée en moyenne après 24 heures. Contrairement au toltrazuril, il est faiblement métabolisé dans le foie. Il est principalement éliminé par voie fécale, et cette élimination est plus rapide que celle du toltrazuril (temps de demi-vie de 30 heures). Le diclazuril est donc moins persistant dans l’organisme que le toltrazuril. Le schéma de traitement ne comprend qu’une seule administration à la dose de 1 mg/kg de poids corporel soit 4 ml/10 kg de poids corporel. Cette administration unique interrompt le cycle coccidien et l’excrétion des ookystes pendant environ deux semaines, ce qui permet aux animaux de surmonter la période de décroissance des anticorps d’origine maternelle observée vers l’âge de quatre semaines. Néanmoins, le traitement “métaphylactique”

recommandé de la coccidiose nécessite souvent deux administrations orales espacées de plus de deux semaines.

La faible résorption orale et la rémanence moyenne du diclazuril dans l’organisme permettent à Vecoxan® de disposer d’un temps d’attente de zéro jour pour les viandes et abats. De plus, la faible métabolisation du diclazuril et son absence de toxicité pour les différents compartiments de l’environnement à sa dose d’utilisation lui permettent d’être dispenser de contre-indications environnementales, contrairement au toltrazuril

  • (1) Les fiches des médicaments vétérinaires sont consultables sur le site planete.vet.com. rubrique DMW.