Le point Vétérinaire n° 279 du 01/10/2007
 

EXAMENS COMPLÉMENTAIRES CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT

Infos

FOCUS

Yan Cherel*, Fabienne Wyssmann**


*Anatomie Pathologique
UMR Inra 703 : développement
et pathologie du tissu musculaire
ENV de Nantes
BP 40706
Nantes Cedex 3
**9, rue Victor-Hugo
91290 Arpajon

La biopsie musculaire est l’examen de choix pour obtenir un diagnostic précis d’une lésion musculaire, même si toutes les affections ne se traduisent pas par des lésions spécifiques.

La biopsie intervient après l’examen clinique et l’analyse des résultats des examens complémentaires, dont le dosage plasmatique de la créatine kinase et éventuellement la réalisation d’une électromyographie.

Examen histopathologique du tissu musculaire

Tissu hautement spécialisé dans la transformation de l’énergie chimique en énergie mécanique, le tissu musculaire présente des caractéristiques très spécifiques. Géantes, les cellules musculaires, nommées fibres musculaires, forment des cylindres disposés parallèlement les uns par rapport aux autres. Les faisceaux qui constituent un muscle sont composés de mosaïques de fibres qui présentent à la fois des métabolismes variés (oxydatif, oxydo-glycolytique ou glycolytique) et des capacités de contraction diverses (fibres lentes et rapides ou super-rapides), cela correspondant à des rôles différents (muscles de posture ou de mouvement).

L’ensemble de ces caractéristiques n’est pas accessible par les techniques classiques d’histologie (réalisées à partir d’un échantillon formolé et inclus dans un bloc de paraffine). L’utilisation de techniques histo-enzymologiques (révélation in situ de l’activité de certaines enzymes) ou immunohistochimiques (révélation par un anticorps d’une protéine spécifique) nécessite la congélation dans l’azote liquide du tissu musculaire prélevé.

Cette particularité a longtemps freiné l’utilisation de la biopsie musculaire pour l’établissement d’un diagnostic. Or, il est montré que la congélation peut être retardée de quelques heures sans interférer dans le diagnostic histopathologique. Cela rend la réalisation d’une biopsie beaucoup plus aisée dans le cadre d’une activité vétérinaire, sans avoir besoin de posséder les moyens de congeler dans l’azote liquide.

Choix du lieu de biopsie

Le choix du lieu de biopsie est fondamental. Il dépend des examens cliniques et éventuellement électromyographiques, mais aussi des caractéristiques histo-enzymologiques des muscles et de leur accessibilité.

Lorsque l’affection est située précisément, une biopsie des muscles atteints est réalisée. Si sa localisation est mise en évidence par électromyographie, il est préférable de ne pas prélever la zone ayant subi le traumatisme de l’électrode. Si cela n’est pas possible, il convient de le signaler au pathologiste. Lorsque l’affection n’est pas localisée, des muscles fléchisseurs et extenseurs, d’accès aisé, sont choisis (encadré).

Réalisation de la biopsie

• Le tissu musculaire est extrêmement sensible aux artéfacts. Écrasé par un coup de pince ou une manipulation trop brutale, congelé trop lentement (à - 20 °C par exemple) ou de façon insuffisamment soigneuse (il convient de congeler à - 100 °C dans l’isopentane lui-même refroidi dans l’azote liquide), l’analyse de la topographie du tissu devient impossible ou l’activité enzymatique ne peut plus être révélée.

La biopsie est donc réalisée avec beaucoup de soin. Le prélèvement ne doit pas être saisi à la pince ; le fascia ou l’extrémité de la biopsie doit être tenu avec le maximum de précaution. Il convient de ne pas utiliser de ciseaux (qui écrasent), de ne pas étirer le prélèvement, ni d’en ligaturer les extrémités, ni de l’épingler sur un liège.

Comme le pathologiste établit son diagnostic en évaluant des modifications de la topographie du tissu (nombre et taille des faisceaux, présence et localisation des figures d’atrophie, d’hypertrophie ou de dégénérescence au sein d’un faisceau), plus la biopsie est large, plus elle est pertinente. En revanche, il n’est pas nécessaire de prélever les fibres sur une grande longueur. Il est donc conseillé de prélever un parallélépipède plus large que haut, en se référant au sens des fibres.

La nécessité d’observer un nombre suffisant de faisceaux pour établir le diagnostic conduit à déconseiller l’utilisation d’un trocart qui fournit des biopsies souvent peu conclusives.

• L’équipement nécessaire à la réalisation d’une biopsie musculaire est constitué d’une trousse chirurgicale de base : pinces à champs, manche de bistouri n° 3 pour lame série n° 10, pinces avec et sans dents, ciseaux de Mayo, pinces hémostatiques. Une pince à biopsie spécifique en forme de “Y” peut y être ajoutée, mais elle n’est nullement indispensable.

La biopsie est pratiquée sous anesthésie générale. Il est conseillé d’éviter les anesthésiques locaux qui provoquent d’importants artéfacts. Après tonte et savonnage, la voie d’abord du muscle est effectuée. Le sens des fibres qui sont parallèles les unes avec les autres est repéré. Puis deux incisions parallèles entre elles et aux fibres sont réalisées, les plus éloignées possible (10 à 20 mm), d’une longueur de 5 à 10 mm afin de délimiter un cylindre dont le diamètre doit être suffisamment large.

Le praticien tire délicatement la biopsie à la pince (par le fascia), et réalise deux incisions transversales. La biopsie du corps musculaire est isolée par une troisième incision profonde, parallèle à la surface du muscle. Le site est comprimé avec une compresse, l’hémostase ne posant en général pas de difficulté. Un point de suture peut être posé à l’aide de fil résorbable si nécessaire, et la peau est suturée.

Les biopsies musculaires sont très bien tolérées, et ne laissent pas de séquelles. Même chez un animal de petite taille, c’est un prélèvement facile à réaliser et sans conséquences.

Traitement et envoi

La biopsie, manipulée avec beaucoup de précaution, est placée dans un récipient hermétique (tube de grand diamètre par exemple, sans jamais la tasser), à sec, sans aucun fixateur et surtout sans la mouiller (eau ou sérum physiologique). Elle est conservée à + 4 °C et envoyée, toujours à + 4 °C, par un transporteur qui la fait parvenir à un laboratoire spécialisé en moins de 24 heures. Il est impossible d’utiliser le courrier postal, les dégradations rendraient tout diagnostic impossible.

Si le praticien dispose d’isopentane et d’azote liquide, il peut réaliser la congélation et l’envoi en carboglace. Il convient de s’adresser au laboratoire pour obtenir le protocole de congélation.

Des commémoratifs précis et détaillés (notamment les résultats d’analyses biologiques et leur chronologie) ne peuvent qu’améliorer la qualité du diagnostic.

Traitement au laboratoire à la réception de la biopsie

• Au laboratoire, la biopsie est congelée à - 100 °C puis stockée à - 80 °C jusqu’à son traitement. Elle est ensuite orientée de façon à pouvoir être coupée transversalement au cryostat, microtome placé dans une enceinte de congélation.

Plusieurs coupes successives sont réalisées. Les fibres musculaires étant de longs cylindres, la même fibre peut être observée sur chaque coupe transversale successive. Chaque coupe est utilisée pour un traitement donné, et ainsi l’ensemble des caractéristiques de chaque fibre est réuni.

• Les traitements réalisés en routine sont les suivants :

- des colorations topographiques (Hématoxyline Eosine Safran, Trichrome de Gomori) qui permettent de juger de la topographie du tissu et des modifications (fibrose, atrophie de faisceaux, lésions monophasiques ou polyphasiques, inflammation, distribution des figures de dégénérescence, etc.) ;

- des réactions histo-enzymologiques qui révélent l’activité des ATPases de la myosine à trois pH différents. Elles permettent de typer les fibres lentes et rapides et de déterminer si les lésions sont spécifiques d’un type donné de fibre (atrophie spécifique des fibres rapides, dégénérescence observée uniquement sur les fibres lentes, etc.) ;

- une réaction histo-enzymologique qui signale l’activité de la succinodeshydrogénase ou la NADH-Tétrazolium Réductase est pratiquée. Ces deux enzymes font partie du cycle de Krebs.

Cette réaction permet de visualiser des modifications de répartition et d’activité des mitochondries ;

- ces réactions enzymatiques sont complétées sur les coupes suivantes par des réactions histochimiques à l’acide périodique de Schiff (PAS) ou au PAS-Amylase par exemple, qui permettent de mettre en évidence des substances précises (polysaccharides simples et complexes, fer, calcium, etc.).

• En complément de ces réactions systématiquement mises en œuvre, des techniques immunohistochimiques (révélation in situ d’un élément par fixation d’un anticorps spécifique et mise en évidence par différents moyens de révélation (fluorescence ou révélation enzymatique) sont pratiquées si nécessaire.

• Le traitement de laboratoire d’une biopsie musculaire est donc beaucoup plus lourd que le traitement histopathologique classique. Il nécessite l’usage de techniques particulières et une lecture en lames sériées que peu de laboratoires d’histopathologie vétérinaire pratiquent.

En France, seul le laboratoire d’Anatomie Pathologique de l’ENV de Nantes réalise de tels diagnostics.

En raison de la complexité des techniques nécessaires, les délais de réponse sont d’environ 15 jours, et le coût de traitement d’un cas est de 80 €TTC.

Intérêt diagnostique de la réalisation d’une biopsie musculaire

Le résultat du diagnostic histopathologique peut être conclusif pour certaines affections ou ne donner que des orientations étiopathogéniques.

Le diagnostic permet de différencier les lésions d’origine neurogène (lésions musculaires consécutives à des lésions nerveuses) des lésions d’origine musculaire. Parmi ces dernières, il sépare les myosites (lésions initialement inflammatoires) des myopathies (lésions initialement dégénératives) et permet de préciser la nature de l’affection : inflammation suppurée, éosinophilique ou à fort caractère immun, lésion dégénérative, progressive, accident toxique, lésion carentielle, lésion secondaire, etc.

Dans un certain nombre de cas, l’examen histopathologique fournit un diagnostic de certitude ou une suspicion forte. C’est, par exemple, le cas des myopathies congénitales (myopathie héréditaire du labrador, dystrophie musculaire liée à l’X, myopathie à core central, glycogénoses, myopathie à inclusions), ischémiques ou toxiques, des lésions parasitaires, de la dermatomyosite, desmyosites des muscles masticateurs (éosinophilique et atrophique), des myosites bactériennes. Les résultats sont moins spécifiques pour les myotonies ou les myopathies endocriniennes. Les lésions de myasthenia gravis sont, quant à elles, très discrètes et très tardives.

La biopsie musculaire est un acte simple et très informatif. Son utilisation a été longtemps freinée par la nécessité de disposer d’azote liquide pour congeler les prélèvements. L’envoi par transporteur express au laboratoire suivi de la congélation est une stratégie qui rend cet acte accessible à tout cabinet vétérinaire.

Encadré : Localisation préférentielle du site de biopsie

Membre antérieur

• Triceps brachial : tiers distal du chef long ou du chef médial.

• Fléchisseur superficiel des doigts : tiers proximal. La biopsie du nerf ulnaire est possible dans le même temps.

Membre postérieur

• Biceps fémoral : tiers distal. La biopsie du nerf fibulaire est possible.

• Quadriceps fémoral : tiers distal du vaste latéral.

• Gastrocnémien latéral : tiers proximal.

• Tibial cranial : tiers proximal.