Le point Vétérinaire n° 279 du 01/10/2007
 

Dentisterie du chien

Pratique

PAS À PAS

Laura Antalovsky*, Cédric Lambert**


*Clinique vétérinaire, 35, avenue Alphonse-Denis, 83400 Hyères

Le lambeau gingival et l’alvéolotomie sont les deux temps de l’extraction.

Les indications de l’extraction d’un croc chez le chien sont réduites en raison du développement des traitements endocanalaires. Cependant, cette procédure reste parfois la seule solution thérapeutique, en cas :

- de croc mobile et irrécupérable lors de maladie parodontale (indication la plus fréquente) ;

- de croc fracturé qui ne peut pas faire l’objet d’un traitement endocanalaire ou lorsque les propriétaires de l’animal le refusent ;

- de croc de lait persistant ;

- d’abcès apical à l’origine d’une douleur importante ;

- de croc carié (selon l’étendue de la carie) ;

- de traumatisme qui endommage le soutien osseux du croc.

L’extraction d’un croc, surtout supérieur, est impossible par la méthode classique. En effet, une simple élévation sans un abord chirurgical soigné ne permet pas une procédure correcte. En raison de la courbure et de la longueur de la racine d’un croc (deux tiers de sa taille), son exérèse requiert une technique plus complexe afin de prévenir le risque de fistule oronasale iatrogénique.

Outre l’élévation et l’extraction proprement dite, la particularité de l’ablation d’un croc de chien consiste en la réalisation d’un temps muqueux et d’un temps osseux qui permettent de s’affranchir de l’anatomie de la dent.

(1) Matériel

Le matériel nécessaire à l’extraction d’un croc comprend, en plus de la trousse classique de chirurgie : ? un décolleur à périoste ; un élévateur-luxateur (de 2 à 4 mm de diamètre) ; un davier pour la préhension de la dent ; une sonde parodontale ; un outil rotatif de type turbine/contre-angle.

(2a) Temps muqueux

Une incision de décharge est effectuée rostralement à la canine pour la réalisation d’un lambeau triangulaire (jusqu’au bout de la racine, donc en regard de la PM2) (photo 2a) [3].

(2b) Temps muqueux

Les attaches épithéliales le long de la crête alvéolaire sont sectionnées. Le lambeau est récliné caudalement à l’aide d’un élévateur à périoste ou d’un décolleur de Molt (photo 2b).

(2c) Temps muqueux

L’os alvéolaire est ainsi mis à nu (photo 2c).

(2d) Temps muqueux

Un lambeau trapézoïdal peut aussi être obtenu en effectuant une seconde incision caudale à la dent, afin d’élargir l’accès à l’os. Le lambeau est alors récliné dorsalement (photo 2d).

(3) Temps osseux

Cette deuxième étape consiste en la résection de la paroi alvéolaire ou alvéolotomie. Une fraise diamantée montée sur un instrument rotatif peut être utilisée. Ce temps opératoire est réalisé sous irrigation. L’alvéolotomie concerne seulement la paroi alvéolaire externe, et ne s’étend pas jusqu’à l’apex [1].

(4a) Luxation de la dent

L’élévateur-luxateur est introduit entre la racine du croc et l’alvéole, au niveau de l’incision d’alvéolotomie (photo 4a) [2]. Il convient de ne pas faire levier contre la paroi alvéolaire interne car il existe un risque d’effondrement de la cloison nasale.

(4b) Luxation de la dent

Des mouvements de rotation d’un quart de tour et de poussée vers l’apex sont réalisés simultanément. Ceux-ci sont reproduits en différents points autour de la dent, ce qui permet d’élargir et de déformer l’alvéole (photo 4b). Il convient de ne pas faire levier contre la paroi alvéolaire interne car il existe un risque d’effondrement de la cloison nasale.

(5a) Extraction

À l’aide d’un davier dentaire, le croc est saisi le plus près possible de son apex pour éviter les fractures (photo 5a). La dent est extraite sans forcer et en restant dans son axe.

(5b) Extraction

La dent est extraite sans forcer et en restant dans son axe. De légers mouvements de rotation finissent de rompre les dernières fibres ligamentaires (photo 5b).

(6a) Fermeture

Une fois la dent extraite, l’alvéole est curetée. Les spicules osseux sont abrasés à la fraise boule ou à la pince gouge jusqu’à obtenir une surface osseuse plane. Il convient également de s’assurer que l’hémorragie forme un caillot qui va favoriser la colonisation osseuse de l’alvéole (photo 6a). Une antibiothérapie à l’aide de clindamycine ou de l’association spiramycine/métronidazole est administrée lors d’atteinte septique de la dent ou de son support. Une antibioprophylaxie systématique n’est pas toujours nécessaire.

(6b) Fermeture

Le lambeau est suturé par des points simples à l’aide d’un fil monobrin résorbable de décimale 1,5 ou 2 (photo 6b). Une antibiothérapie à l’aide de clindamycine ou de l’association spiramycine/métronidazole est administrée lors d’atteinte septique de la dent ou de son support. Une antibioprophylaxie systématique n’est pas toujours nécessaire.