Le point Vétérinaire n° 278 du 01/09/2007
 

Analgésie du cheval

Pratique

SUR ORDONNANCE

Jean-Claude Desfontis*, Hervé Pouliquen**


*Unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

L’analgésie d’un cheval en colique pendant son transport est une nécessité. L’administration de butorphanol permet de soulager les douleurs viscérales sans effets secondaires importants.

Un vétérinaire est appelé pour des douleurs abdominales chez un cheval selle français (600 kg). Celui-ci présente une colique qu’il n’est pas à même de résoudre sur place. La décision est prise, avec le propriétaire, de référer le cas chez un confrère. Pour permettre le transport du cheval dans les meilleures conditions, un traitement analgésique est prescrit.

• Torbugesic® : Analgésique morphinique

Torbugésic® est une solution injectable contenant 10 mg/ml de butorphanol sous forme de tartrate. Le butorphanol présente une activité analgésique par son action agoniste préférentielle sur les récepteurs opioïdes (. Ces derniers sont à l’origine d’une analgésie spinale très efficace contre les douleurs d’origine viscérale. L’activité de cette molécule est 2,5fois supérieure à celle de la morphine et se manifeste aux doses de 50 à 500 µg/kg (100 µg/kg dans le RCP), quinze à trente minutes après l’injection intraveineuse, et persiste de une à quatre heures selon le type et l’intensité de la douleur. Le butorphanol possède également une action antagoniste sur les récepteurs morphiniques µ, et il n’est donc pas classé parmi les stupéfiants et entraîne moins d’effets secondaires que la morphine. Ainsi, du fait de son mécanisme d’action, le butorphanol possède peu d’effets secondaires indésirables. Ce sont principalement une ataxie motrice par son action sédative et, éventuellement, une dépression respiratoire modérée. Toutefois, ces effets sont relativement plus importants lors d’administration intraveineuse en bolus que lors d’administration en perfusion continue.

L’association du butorphanol avec les sédatifs analgésiques (2-ágonistes) est intéressante par la synergie d’action et la très bonne tolérance observées, à condition de diminuer les doses des deux agents (20 à 50 µg/kg de butorphanol). L’efficacité analgésique est améliorée sans risque d’augmentation des effets secondaires (dépression respiratoire, bradycardie, ataxie, hyperesthésie). Toutefois, il convient d’évaluer si les effets sédatifs produits ne sont pas incompatibles avec le transport du cheval. Le butorphanol peut aussi être associé, soit avec les antispasmodiques, soit avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Par ailleurs, une fluidothérapie peut être réalisée selon la gravité de l’affection avant le transport de l’animal.

La durée d’action limitée du butorphanol permet la réévaluation de la gravité de la colique à l’arrivée du cheval, après le transport, sans masquage des signes cliniques d’une évolution défavorable pouvant nécessiter une intervention chirurgicale.

Une autorisation de mise sur le marché (AMM) a été octroyée récemment à une seconde spécialité pharmaceutique vétérinaire à base de butorphanol (sous forme de tartrate), Dolorex® 10 mg/ml Solution injectable pour chevaux et chiens (non encore commercialisé).

• Législation  : Une ordonnance obligatoire

Le butorphanol ne relève pas de la réglementation des substances vénéneuses puisqu’il n’est ni inscrit sur la liste I ou II de celles-ci ni classé comme stupéfiant. Torbugesic® est néanmoins considéré comme un médicament qui doit faire l’objet de la rédaction d’une ordonnance, même si son administration est strictement réservée aux vétérinaires et que sa délivrance est interdite au public.

L’ordonnance peut être rédigée sur papier libre, sur une ordonnance ordinaire, sur une ordonnance “sécurisée” ou sur une feuille du carnet à souches numérotées à duplicata. Cette dernière possibilité simplifie ultérieurement les procédures réglementaires accompagnant l’administration du médicament par le vétérinaire lui-même.

L’ordonnance doit porter de façon évidente la date de la prescription, les nom, prénom et adresse du praticien, ainsi que son numéro d’inscription au tableau de l’Ordre des vétérinaires lorsqu’il est tenu de s’y inscrire, les nom, prénom ou la raison sociale et l’adresse du détenteur des animaux et l’identification de ces derniers. Elle doit aussi comporter la désignation et le mode d’utilisation du médicament prescrit, en précisant notamment sa voie et son lieu d’administration, le temps d’attente même s’il est égal à zéro et la signature de son rédacteur apposée immédiatement sous la dernière ligne de la prescription.

Le renouvellement de la délivrance est possible pour les médicaments vétérinaires contenant des produits mentionnés au paragraphe e) de l’article L. 5144-1 du Code de la santé publique qui ne relèvent pas de la réglementation des substances vénéneuses. Si, en théorie, le renouvellement de Torbugesic® est donc possible, cette question n’a, en réalité, pas de sens puisque sa délivrance est interdite au public.

Les fiches des médicaments cités dans cet article sont consultables sur le site planete-vet.com, rubrique DMV.