Le point Vétérinaire n° 278 du 01/09/2007
 

Uro-néphrologie des bovins

Mise à jour

LE POINT SUR…

Amélie Camart-Périé*, Paul Périé**


*7, rue Victor-Hugo
27400 Louviers
**7, rue Victor-Hugo
27400 Louviers

Le diagnostic des affections de l’appareil urinaire reste délicat, mais il est important de les déceler rapidement afin de mettre en place le traitement adéquat et d’établir un pronostic.

Résumé

Les affections urinaires chez les bovins sont souvent méconnues des praticiens. Les maladies du haut appareil urinaire (pyélonéphrite, nécrose tubulaire, glomérulonéphrite) se distinguent de celles du bas appareil urinaire (cystite, urolithiase). Les symptômes sont généralement peu spécifiques et leur diagnostic fait d’abord appel à une analyse urinaire, parfois complétée d’une échographie ou d’une analyse sanguine. En dehors des cystites classiques et de quelques pyélonéphrites, le pronostic est en général réservé. La réforme anticipée de l’animal, lorsqu’elle est possible, est souvent préférable.

La pathologie urinaire des bovins est souvent peu connue des praticiens. Les symptômes sont généralement peu spécifiques et les examens de laboratoire encore peu utilisés en routine. En outre, ces affections sont souvent sporadiques et le pronostic reste réservé. Cet article a pour objectif de présenter les principales affections urinaires des bovins, ainsi que les méthodes de diagnostic et les traitements, lorsqu’ils existent.

Principales affections rencontrées

1. Affections du haut appareil urinaire

• La pyélonéphrite est l’affection rénale la plus fréquemment diagnostiquée. C’est une maladie bactérienne ascendante du rein et du bassinet à partir du vagin et de la vulve. Les bactéries principalement isolées sont Corynebacterium renale, Corynebacterium cystidis, Corynebacterium pilosum et Escherichia coli [29]. Cette maladie survient le plus souvent dans les trois premiers mois post-partum. Elle évolue essentiellement de façon sporadique et touche aussi bien les vaches laitières qu’allaitantes. Différents facteurs de risque ont été rapportés : lésions vulvo-vaginales lors de la mise bas, cathétérisme vaginal, stagnation urinaire, infections génitales [2, 24, 25, 27].

• La nécrose tubulaire aiguë, bien que souvent méconnue, est également très fréquente et induit une insuffisance rénale aiguë. La dégénérescence et la nécrose de l’épithélium tubulaire sont provoquées par :

- une diminution de la perfusion rénale, consécutive à un choc hypovolémique (diarrhée), à un choc septique et/ou endotoxinique (mammite, métrite, péritonite) ;

- une hémolyse massive (piroplasmose) ou une dégénérescence musculaire massive à l’origine d’une myoglobinurie ;

- l’action de toxiques d’origine végétale (glands) ou médicamenteuse (anti-inflammatoires non stéroïdiens, aminosides) ().

Tous les bovins, les jeunes comme les adultes, peuvent être atteints.

• Les glomérulonéphrites, assez rares chez les bovins, sont secondaires à des foyers infectieux (mammite, métrite, arthrite, etc.). Elles résultent du dépôt de complexes immuns dans les glomérules rénaux, de la formation in situ d’anticorps contre la membrane basale du glomérule ou de l’activation de la voie alterne du complément [25, 27]. Des glomérulonéphrites ont été également observées chez des bovins IPI (infectés permanents immunotolérants par le virus de la maladie virale bovine ou BVD).

• La leptospirose, maladie infectieuse due à un spirochète, induit une néphrite interstitielle aiguë avec hémoglobinurie. Les reins présentent alors un aspect caractéristique : ils sont tuméfiés, congestionnés et hypertrophiés. Leur surface est hétérogène et varie du brun foncé au noir avec des foyers de nécrose [25].

• L’hydronéphrose est une dilatation du bassinet rénal avec atrophie progressive du parenchyme rénal. Elle peut être congénitale ou acquise (secondaire à une obstruction des voies urinaires par une urolithiase ou une tumeur).

• Les tumeurs rénales sont rares chez les bovins. Ce sont essentiellement des carcinomes ou des lymphomes.

• Enfin, l’amyloïdose peut être considérée comme une forme particulière de glomérulopathie. C’est une maladie rare, liée au dépôt extracellulaire et dans la paroi des vaisseaux de différents tissus de substance amyloïde. L’amyloïdose secondaire à une stimulation antigénique chronique semble la plus fréquente chez les bovins [3, 15, 25].

2. Affections du bas appareil urinaire

• Chez les bovins adultes, les cystites, souvent associées à une urétrite, sont fréquemment secondaires à un traumatisme lors de la mise bas. L’inflammation de la vessie peut être aussi associée à une pyélonéphrite, à une urolithiase, ou être d’origine idiopathique. Chez le veau et le jeune bovin, les cystites sont associées dans la plupart des cas à des vestiges ombilicaux (inflammation du canal de l’ouraque, omphalo-artérite) qui, par les tractions exercées, empêchent la vidange complète de la vessie [8, 15, 26].

• Les urolithiases sont assez fréquentes : 3 à 10 % des bovins seraient concernés aux États-Unis [7, 8, 15, 18 26]. Les calculs sont principalement localisés dans la vessie. Néanmoins, la présence d’urolithiases dans les bassinets rénaux ou les uretères n’est pas rare [19]. Des calculs peuvent également se loger dans l’urètre, en particulier chez le mâle, l’urètre étant plus étroit. Cette affection affecte préférentiellement les taurillons à l’engraissement. Son étiologie reste multifactorielle : un apport liquidien limité, un déséquilibre minéral et/ou vitaminique de la ration (excès de NaHCo3, déficit en vitamine A, excès de vitamine D), un apport élevé de concentrés ou une castration. La plupart du temps, les urolithiases sont constituées de phosphates de calcium, de magnésium ou d’ammonium [18]. Les calculs à base de silice ou d’oxalates sont plus rares et associés à la consommation de plantes riches en ces composés et en œstrogènes [21].

• L’hématurie enzootique ou cystite hémorragique, plus rare, est liée à la consommation de fougère aigle (Pteridium aquilinum) sur de longues périodes () [26]. Des foyers prolifératifs (hémangiomes) de la paroi vésicale, qui saignent facilement lorsque la vessie se distend et se contracte, sont observés [3].

3. Affections urinaires secondaires

Les maladies à l’origine d’une affection urinaire secondaire, essentiellement rénale, sont nombreuses [3, 26]. Elles incluent le syndrome prurit-fièvre-hémorragie (affection rare, non infectieuse, probablement induite par une toxine produite par Penicillium et Aspergillus ; l’ingestion d’herbe en début de printemps serait également impliquée), l’intoxication par les glands, la piroplasmose, l’infarctus rénal secondaire à une thrombose de la veine cave postérieure et de nombreuses causes de bactériémie et de septicémie (mammite, métrite, arthrite, etc.).

Diagnostic des affections urinaires

1. Examen clinique

Anamnèse

L’anamnèse spécifique porte sur l’abreuvement, le comportement de l’animal au cours de la miction, les caractéristiques de l’urine et l’utilisation de médicaments potentiellement néphrotoxiques. Dans certains cas, les circonstances d’apparition (saison, région, nombre de bovins atteints, âge, etc.) orientent vers une recherche d’exposition à des toxiques rénaux (plantes, métaux).

Examen clinique général

• Lors d’atteinte rénale, les symptômes généraux sont peu spécifiques : baisse de l’appétit, amaigrissement, chute de la production laitière. L’hyper­thermie est généralement peu fréquente et d’intensité modérée. Au cours de l’examen clinique, une diarrhée, du méléna, des œdèmes sous-cutanés, une anémie, des saignements, une odeur ammoniacale qui accompagnent souvent l’insuffisance rénale doivent être recherchés. Une urine pâle peut être émise en grande quantité ou, au contraire, en très faible quantité (nécrose tubulaire aiguë). L’examen des mamelles, de l’utérus et des articulations doit être systématique puisque les glomérulonéphrites des bovins sont secondaires à des foyers infectieux (mammite, métrite, arthrite, etc.).

• Les bovins atteints de pyélonéphrite sont fébriles, perdent du poids et présentent une dysurie, une polyurie, une hématurie ou une pyurie (encadrés 1 et 2). Comme en cas de cystite (les deux maladies peuvent d’ailleurs coexister), leur robe est parfois décolorée, sèche et brunâtre avec des taches d’urines sur la queue et le périnée.

• Les troubles de la miction sont davantage liés aux affections urétrales et vésicales, excepté lors de pyélonéphrite. Les bovins présentent généralement une dysurie (émission douloureuse de petits jets d’urine) et une pollakiurie (mictions très fréquentes et peu abondantes). Parfois, les mouvements de la queue ou des postérieurs suggèrent une douleur. L’aspect de l’urine est souvent modifié : trouble, colorée. Lors de cystite hémorragique, les pertes sanguines peuvent être suffisamment sévères pour entraîner une anémie marquée.

• Les symptômes liés à une urolithiase ne sont observés que chez le mâle, compte tenu de l’anatomie de l’urètre. Ils apparaissent lorsque le calcul se loge au niveau ou juste en amont de l’inflexion sigmoïde ou dans la portion distale du pénis. Le bovin présente tout d’abord une dysurie et des signes de douleur (colique, démarche raide, abattement). Des concrétions peuvent être observées sur les poils, parfois décolorés, du prépuce. Après quelques jours d’évolution, la rupture de l’urètre provoque un dépôt d’urine dans le tissu conjonctif sous-cutané et la formation d’un matelas dans la région abdominale ventrale. Parfois, la rupture de la vessie conduit à un uropéritoine [3, 9, 10, 25, 26, 27].

Examen transrectal

• L’examen transrectal permet d’évaluer le volume, la lobulation, la sensibilité et la consistance du rein gauche. Le volume est augmenté dans toutes les néphropathies avancées, en particulier lors d’amyloïdose, de pyélonéphrite, d’hydronéphrose, voire de tumeur rénale. L’atrophie rénale est extrêmement rare. Le tissu adipeux périrénal peut avoir une consistance gélatineuse lors d’infiltration hémorragique, œdémateuse (dans certains cas d’intoxication par les glands ou l’amaranthe), urineuse (urolithiase). Habituellement, le rein droit ne peut pas être palpé par cette voie et l’absence d’anomalie sur le rein gauche ne permet pas d’exclure une néphropathie unilatérale, par exemple lors de pyélonéphrite.

• Les uretères normaux ne sont pas palpables par voie rectale. Néanmoins, lors d’inflammation (infection ascendante du tractus urinaire) ou dans de très rares cas d’urolithiase, il devient possible de les identifier, en particulier lorsqu’ils croisent le col de l’ilium sous forme de cordons durs plus ou moins bosselés.

• La palpation permet enfin d’examiner l’épaisseur de la paroi vésicale, une éventuelle déformation et la sensibilité de cet organe. Elle peut également révéler la présence d’un globe vésical et, parfois, les urolithiases sont identifiées [26, 27].

Exploration urinaire

L’analyse des urines devrait être systématique et s’effectue à partir d’une miction spontanée (essentiellement chez le mâle puisque le “S” pénien empêche tout cathétérisme vésical), ou grâce à une sonde urinaire (cette modalité est la plus appropriée pour des examens bactériologiques). Dans ces conditions, l’utilisation d’une sonde stérile et une désinfection minutieuse de la vulve sont nécessaires, afin d’éviter toute contamination par cette voie. La récolte de l’urine se fait dans une seringue à usage unique ou dans un récipient propre, sec et dénué de traces de désinfectant ou d’antiseptique (risques de faux positifs à la bandelette).

2. Examen macroscopique des urines

À l’examen macroscopique des urines, le praticien observe en premier lieu :

- la consistance. L’urine peut être visqueuse lorsqu’elle est mélangée à des exsudats ou du pus. Une urine mousseuse suggère la présence de pigments biliaires ou de substance amyloïde ;

- la transparence. L’urine est trouble lors de pyurie ou en présence de cellules, de cylindres ou de cristaux ;

- la couleur. Elle dépend essentiellement de sa concentration. Lors de polyurie, l’urine est très claire alors qu’elle se fonce (jaune d’or à brunâtre) lors d’oligurie. L’élimination urinaire de pigments sanguins (hémoglobine) ou musculaires (myoglobine) colore les urines en rouge, voire en brun (urines chocolat, ). La centrifugation permet de différencier une hématurie (surnageant clair) d’une hémoglobinurie ou d’une myoglobinurie (surnageant de couleur brune). L’hématurie est observée lors d’affection urinaire généralement isolée (hématurie enzootique, pyélonéphrite, cystite), alors que la myoglobinurie et l’hémoglobinurie ont une origine extra-urinaire (nécrose musculaire, hémolyse intravasculaire) [5, 20, 27].

3. Bandelette urinaire

Les bandelettes urinaires permettent d’obtenir quelques renseignements rapidement et à moindre coût.

• La plage leucocytes détecte certaines estérases leucocytaires, mais elle est peu sensible (46 %). Une leucocyturie est observée lors de cystite classique ou de pyélonéphrite.

• La plage sang permet de détecter une activité peroxydasique non spécifique. Elle ne permet pas de différencier une hématurie vraie d’une hémoglobinurie ou d’une myoglobinurie. Les faux positifs sont fréquents (microhématurie à la suite d’une ponction urinaire traumatisante, leucocyturie massive).

• La plage protéines permet de détecter une teneur en albumine supérieure à 50 mg/l. Elle est peu spécifique (des urines très alcalines sont à l’origine de nombreux faux positifs) et devrait théoriquement être complétée par une réaction à l’acide nitrique (réaction de Heller, encadré 3) ou à l’acide sulfosalicylique. Les protéinuries rénales et postrénales sont les plus fréquentes. Les atteintes glomérulaires (amyloïdose, glomérulonéphrite) induisent une protéinurie systématique et sévère, alors que les atteintes tubulaires ou les affections du bas appareil urinaire sont à l’origine d’une protéinurie plus modérée et inconstante. Lors de pyélonéphrite, la protéinurie est très fréquente et intense. Il existe des faux négatifs dans le cas de diurèse importante.

• La plage glucose : selon les bandelettes, le seuil de détection est compris entre 0,4 et 1 g/l. L’interprétation d’une glucosurie nécessite le dosage de la glycémie. Une glucosurie accompagnée d’une hyperglycémie (> 1,8 g/l) s’observe lors d’hypocalcémie, de stress, d’injection de corticoïdes ou de perfusion de solutés glucosés. Une glucosurie normoglycémique est synonyme d’une réduction des capacités tubulaires de réabsorption consécutives à une atteinte rénale d’origine diverse.

• La plage pH : le pH de l’urine dépend essentiellement de l’excrétion du potassium et peut varier en fonction de la ration. Chez les bovins adultes consommant une forte proportion de fourrages, le pH urinaire est compris entre 7 et 8. Il est classiquement alcalin (pH > 8,5) lors de contamination bactérienne et acide lors d’anorexie (pH < 7). Cependant, de nombreuses exceptions existent. Il est nécessaire d’interpréter simultanément les plages pH, leucocytes, protéines et densité [5, 20, 27].

4. Densité urinaire

La mesure de la densité urinaire permet d’évaluer la capacité rénale à concentrer les urines. Néanmoins, elle doit être interprétée en fonction de l’état d’hydratation de l’animal. La densité urinaire est habituellement élevée chez les bovins (1,020 à 1,040). Seul un réfractomètre permet de la mesurer de manière fiable. Une densité inférieure à 1,020 (isosthénurie), en particulier chez un bovin déshydraté, suggère une altération de la fonction rénale et nécessite une exploration plus poussée. Son évaluation est nécessaire, afin de valider les résultats de la bandelette urinaire [5, 27].

5. Sédiment urinaire

L’examen microscopique du sédiment urinaire est indiqué lors de troubles de la miction, en présence d’anomalies sur la bandelette urinaire [27]. Cet examen doit être réalisé rapidement après l’obtention des urines. Après une centrifugation et parfois une coloration, l’examen du culot urinaire permet de visualiser des leucocytes, des hématies, des cellules épithéliales, des cristaux et des bactéries. Mais cet examen ne permet pas d’établir de façon précise le diagnostic et est rarement pratiqué.

6. Bactériologie urinaire

Une mise en culture des urines, ainsi qu’un antibiogramme peuvent être réalisés. Les bactéries les plus fréquemment rencontrées lors de pyélonéphrite sont : Corynebacterium renale, Corynebacterium cystidis, Corynebacterium pilosum et Escherichia coli [29]. Lors de cystite, sont isolés, en plus des bactéries précédemment évoquées, des streptocoques, des staphylocoques, des entérocoques ainsi que Proteus spp. Un antibiogramme permet d’adapter le traitement [16].

7. Biochimie, ionogramme, numération et formule sanguines

Biochimie

L’exploration des fonctions rénales, chez les bovins, fait essentiellement appel au dosage de la créatinine et de l’urée (). Ce sont des marqueurs assez peu sensibles de la filtration glomérulaire. La mesure de leur concentration plasmatique ne permet pas, sur une valeur isolée, d’évaluer la gravité et le pronostic de la néphropathie. Il est également difficile de différencier des atteintes prérénale (choc hypovolémique, hémorragique, endo­toxinique), rénale (inflammation, infection, dégénérescence du parenchyme rénal) et post-rénale (obstruction) (). Cependant, la facilité de dosage et son faible coût autorisent des mesures successives, très utiles pour un suivi thérapeutique [1, 27].

Ionogramme

L’insuffisance rénale aiguë s’accompagne d’une hypochlorémie, d’une hypocalcémie et, dans 50 % des cas, d’une hyponatrémie, d’une hypokaliémie, d’une hyperphosphorémie et d’une alcalose métabolique. Ces modifications sont souvent les mêmes lors d’insuffisance rénale chronique, mais elles sont alors irréversibles [27].

Numération et formule sanguines

Les cystites et les pyélonéphrites s’accompagnent d’une leucocytose neutrophilique. Le taux de fibrinogène est alors normal à augmenté. Une anémie non régénérative, liée à une baisse de production de l’érythropoïétine, caractérise l’insuffisance rénale chronique (par exemple lors d’amyloïdose). Enfin, lors d’intoxication à la fougère aigle (hématurie enzootique), les bovins peuvent présenter une thrombocytopénie () [11].

8. Imagerie

Chez les bovins, l’échographie constitue un outil utile pour l’exploration des reins et de la vessie, en raison de son caractère non invasif et indolore, de sa pratique possible à la ferme et de son intérêt diagnostique et pronostique. En effet, cet examen permet de déterminer précisément de nombreuses affections (lithiase, hydronéphrose, kyste rénal, etc.) [6, 14, 22].

Méthode d’examen

Le rein droit est visualisable à l’aide d’une sonde linéaire sectorielle ou convexe de 3,5 ou de 5 MHz par voie transabdominale, essentiellement en région lombaire dans l’espace compris entre les processus transverses des vertèbres T13 et L1, L1 et L2 et L2 et L3. Cependant, les biopsies sont réalisées plus aisément dans le creux du flanc, car c’est à ce niveau que le rein est le plus proche de la paroi abdominale.

Le rein gauche peut être observé par voie transrectale à l’aide d’une sonde linéaire de 7,5 ou de 5 MHz.

La voie transrectale est également utilisée afin de visualiser la vessie (même sonde que pour le rein gauche).

Chez le veau, la voie transabdominale permet d’examiner l’ensemble du tractus urinaire et l’ombilic.

Application de l’échographie rénale et vésicale

L’examen échographique de la vessie peut révéler du sédiment, un calcul, du pus, un épaississement anormal de la paroi. Il permet également de réaliser une cystocentèse échoguidée chez le veau.

Pour les reins, il convient de rechercher :

- une augmentation de leur taille (hydronéphrose, pyélonéphrite, abcès, amyloïdose) ;

- une dilatation de l’uretère ou des calices rénaux (pyélonéphrite, hydronéphrose, obstruction urétérale) ;

- une modification de l’échogénicité (calcul) ;

- une masse anormale dans le parenchyme rénal (tumeur, abcès, kyste) ;

- une diminution de l’épaisseur du parenchyme rénal (hydronéphrose).

L’ultrasonographie permet de visualiser l’ensemble du tractus urinaire et de diagnostiquer assez aisément une urolithiase ou un vestige ombilical chez le veau.

Traitement des affections urinaires

Le traitement est illusoire lors d’amyloïdose ou d’hématurie enzootique, et il est conseillé de réformer les bovins avant que leur état général ne se dégrade.

1. Traitement médical

Antibiothérapie

Lors de pyélonéphrite ou de cystite classique, des ß-lactamines (amoxicilline + acide clavulanique : respectivement 7 mg/kg et 1,75 mg/kg, ceftiofur : 1 mg/kg) ou des sulfamides (15 à 30 mg/kg), par voie parentérale, sont utilisés en première intention sur une période minimale de sept à dix jours. Dans certains cas plus graves, les anti-infectieux sont poursuivis sur une période de 15 jours à 10 semaines. Les quinolones (marbofloxacine : 2 mg/kg, danofloxacine : 6 mg/kg) peuvent également être employées, de préférence en seconde intention. Le traitement anti-infectieux est éventuellement adapté selon les résultats de l’antibiogramme () [3, 9, 16, 25, 26, 27].

Les bovins atteints d’une crise hémolytique à Leptospira spp. peuvent répondre à l’administration de tétracyclines lorsque le traitement est entrepris suffisamment tôt [3.

Fluidothérapie

Elle est essentielle lors d’atteinte rénale (nécrose tubulaire aiguë, pyélonéphrite). Un soluté salé isotonique additionné de KCl (20 à 40 mEq/l) peut être utilisé. Du calcium sous forme de borogluconate est administré (250 à 500 ml) pour combattre l’hypocalcémie. Le Ringer-lactate constitue une solution alternative.

Les volumes à perfuser sont évalués à partir de l’état de déshydratation de l’animal et de la reprise de la diurèse.

Autres traitements

• Lors d’urolithiase, des antispasmodiques (comme la butylscopolamine, 100 mg/bovin par voie intraveineuse ou intramusculaire) peuvent être utilisés en début de traitement et en l’absence de lésions de la vessie et de l’urètre. Lors de stagnation urinaire consécutive à un traumatisme de l’urètre ou à une paralysie vésicale, il est nécessaire d’associer des anti-inflammatoires non stéroïdiens et une évacuation de l’urine par la mise en place d’une sonde urinaire.

• Lors de nécrose tubulaire aiguë et en présence d’une vache anurique ou oligo-anurique, sous réserve d’un apport hydro-électrolytique suffisant, du dextrose 30 à 50 % (soit 1 l de mannitol 20 % par voie intraveineuse) peut être administré avec du furosémide (1 mg/kg), afin de forcer la diurèse. En cas d’échec, la dobutamine (Dobutrex®, 5 mg/kg/min) diluée dans du glucose à 5 % peut être utilisée.

2. Traitement chirurgical

Néphrectomie

Chez les bovins, les indications d’une néphrectomie sont rares : la réforme anticipée de l’animal, lorsqu’elle est possible, est préférable. La chirurgie est réservée aux animaux atteints unilatéralement de pyélonéphrite (un examen échographique permet de vérifier l’intégrité de l’autre rein), trop maigres ou ayant reçu de trop fortes doses d’antibiotiques pour être abattus. L’ablation du rein non fonctionnel permet d’éliminer le foyer infectieux et de reporter la diurèse sur son homologue sain. Cette chirurgie est relativement facile et peut être réalisée sur l’exploitation. Une fluidothérapie appropriée est un des éléments clés pour la réussite de cette intervention. Lors de pyélonéphrite aiguë et unilatérale, le pronostic est généralement bon. Néanmoins, celui-ci s’assombrit lorsque la maladie devient chronique, avec la formation d’abcès et la perte partielle ou totale de la structure du parenchyme. Les hémorragies constituent les principales complications des néphrectomies [4, 13, 17, 23].

Urétrostomie

L’urétrostomie est indiquée chez les bovins mâles atteints de lithiase urinaire et en état de rétention urinaire par obstruction urétrale. Généralement, elle intervient après une tentative infructueuse de soins médicaux. C’est une intervention de sauvegarde de l’animal et elle est tentée principalement chez les animaux de valeur. La technique de choix est l’urétrostomie périnéale dorsale au scrotum. Lors de rupture vésicale, un drainage de l’uropéritoine et un rinçage de la cavité abdominale avec une solution salée (5 à 6 l) sont nécessaires. La vessie est ensuite suturée lors d’une laparotomie ; une sonde de Foley peut être utilisée afin de la vidanger lors de rupture de l’urètre ou de la vessie. Malgré un traitement chirurgical, ces carcasses sont souvent saisies à l’abattoir car la viande est imprégnée d’urine [12, 18, 28].

Prévention des affections urinaires

• La prévention des urolithiases est essentielle et nécessite une ration équilibrée. Afin de limiter la formation de calculs à base de phosphates, il est nécessaire d’augmenter la dose de calcium dans la ration et de diminuer celle de phosphore afin d’obtenir un ratio de 2/1.

Des acidifiants urinaires tels que le chlorure d’ammonium peuvent être ajoutés à l’aliment. Un complément de sel dans la ration (4 % de la matière sèche) augmente considérablement l’apport d’eau et dilue l’urine. Les animaux doivent disposer d’un accès facile à l’eau fraîche et les cystites doivent être contrôlées, afin d’éviter toute affection ascendante [3, 9, 17, 24, 25].

• Dans le cadre des pyélonéphrites, les moyens de prévention sont assez limités et peu spécifiques : hygiène de la mise bas, entretien des locaux, etc. La lutte contre la nécrose tubulaire aiguë consiste en une utilisation raisonnée des antibiotiques potentiellement néphrotoxiques et des anti-inflammatoires non stéroïdiens, en particulier chez les bovins déshydratés.

L’élimination de la fougère aigle de la ration alimentaire et des litières permet de prévenir les cystites hémorragiques. Pour assainir les pâturages, des désherbants sélectifs sont disponibles et des apports de chaux sont préconisés.

Les affections urinaires sont encore souvent méconnues, alors que les cystites, les pyélonéphrites et les nécroses tubulaires ne sont pas si rares. Les symptômes sont souvent peu spécifiques et les examens de laboratoire peu utilisés.

Bien que les atteintes rénales soient souvent incurables, un traitement rationnel permet cependant d’améliorer le pronostic et de conduire à une réforme rapide de l’animal avant que son état général ne se dégrade.

Références

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Encadré 1 : Diagnostic différentiel lors de dysurie et de strangurie

• Urolithiase

• Lésion urétrale secondaire à un traumatisme lors de la mise bas

• Hémorragie des voies urinaires

• Lésion du pénis ou du prépuce

• Cystite

• Vessie pelvienne

• Fracture du sacrum

• Traumatisme de la moelle épinière

• Lymphome

D'après [10].

Encadré 2 : Diagnostic différentiel lors d’hématurie

• Lésions de l’urètre : calcul, traumatisme, urétrite, papillome de la verge.

• Lésions de la vessie : calcul, papillome, cystite banale, polypes, intoxication par la fougère aigle, purpura, coryza gangréneux.

• Lésions rénales : pyélonéphrite, traumatisme, fièvre catarrhale, choc endotoxinique.

D’après [10].

Encadré 3 : Recherche d’une protéinurie par la réaction de Heller

• La technique de la réaction de Heller est fondée sur la dénaturation des protéines en milieu acide. L’urine (2 à 3 ml) est mélangée à de l’acide nitrique pur (même volume). Lors de protéinurie, un anneau blanc floconneux apparaît à l’interface et son épaisseur est proportionnelle à la quantité de protéines.

• L’acide sulfosalicylique, en solution à 5 %, utilisé dans les mêmes conditions, conduit à des résultats similaires.

D’après [5, 27].

POINTS FORTS

• La pyélonéphrite et la nécrose tubulaire aiguë sont les affections rénales les plus fréquentes.

• Les cystites sont souvent secondaires à un traumatisme lors de la mise bas.

• Les urolithiases touchent préférentiellement les taurillons à l’engraissement.

• Les symptômes sont généralement peu spécifiques et l’analyse des urines doit être systématique.

• L’échographie constitue un outil utile et non invasif pour l’exploration du tractus urinaire des bovins.

• Le traitement des cystites et des pyélonéphrites fait appel à des bêta-lactamines ou à des sulfamides par voie parentale sur une période d’au moins sept jours.

• La réforme anticipée de l’animal, lorsqu’elle est possible, est à préférer.

1 L’ingestion de fougère peut provoquer des hématuries importantes.

2 Un prélèvement d’urine permet de confirmer rapidement une suspicion de piroplasmose.

Tableau 1 : Causes de nécrose tubulaire aiguë chez les bovins

D'après [27].

Tableau 2 : Intervalles de référence des principaux paramètres biochimiques sanguins chez les bovins

D'après [1].

Tableau 3 : Signes biologiques des différents types d’insuffisance rénale

D'après [27].

Tableau 4 : Valeurs normales de l’hématologie bovine

D'après [11]

Tableau 5 : Antibiosensibilité des principales bactéries responsables de pyélonéphrite et de cystite

D'après [16].