Le point Vétérinaire n° 277 du 01/07/2007
 

Cardiologie du chien

Pratique

CAS CLINIQUE

François Serres*, Valérie Chetboul**, Laurence Château-Escoffier***, Carolina Carlos Sampedrano****, Vassiliki Gouni*****, Jean-Louis Pouchelon******


*Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
**Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
***UMR INSERM-ENVA U841
****Unité de médecine, ENVA
*****Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
******UMR INSERM-ENVA U841
*******Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
********UMR INSERM-ENVA U841
*********Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
**********UMR INSERM-ENVA U841

Un chien de race yorkshire terrier âgé de 14 ans est présenté à la consultation à la suite de l’observation d’une dilatation abdominale apparue en quelques jours.

La propriétaire rapporte la présence d’une toux forte, non liée à l’effort, apparue trois mois auparavant. Le chien est suivi depuis plusieurs mois pour des cystites récidivantes, et un souffle systolique apexien gauche de forte intensité (4/6) a été plusieurs fois entendu, mais son exploration avait été refusée par la propriétaire.

Lors de l’examen clinique, l’animal est abattu, fortement polypnéique, et sa respiration est discordante. Le signe du flot est positif. L’examen cardiovasculaire met en évidence une fréquence cardiaque élevée (190 battements par minute) associée à un rythme régulier et à un pouls frappé synchrone. Lors de l’auscultation, un souffle systolique apexien gauchede très forte intensité (5/6) est retrouvé.

Diagnostic

En raison des difficultés respiratoires, un examen radiographique est décidé pour caractériser l’origine de la dyspnée. Il montre la présence d’une densification alvéolaire plus marquée sur les lobes caudaux, évocatrice d’un œdème aigu du poumon. Une insuffisance cardiaque globale est suspectée et un traitement mis en place pour faire régresser les symptômes congestifs, aucune dysfonction rénale n’ayant été révélée par un examen biochimique plasmatique. Un contrôle est réalisé après 72 heures de traitement anticongestif (bénazépril 0,3 mg/kg/j par voie orale, aldactone 3 mg/kg/j par voie orale et furosémide 1 mg/kg, deux fois par jour par voie sous-cutanée). L’état de l’animal s’est nettement amélioré, les symptômes respiratoires et l’ascite ont disparu. Un examen échocardiographique est réalisé pour caractériser l’origine de l’insuffisance cardiaque.

Celui-ci révèle un épaississement marqué des feuillets mitraux, un prolapsus systolique associé à une perte de coaptation valvulaire caractéristique d’une rupture de cordage () touchant le feuillet antérieur mitral. Cette rupture de cordage est responsable d’une insuffisance mitrale importante, le reflux occupant la quasi-totalité de la surface atriale en mode Doppler couleur (). Une dilatation de l’ensemble des cavités cardiaques est identifiée. Un diagnostic de maladie valvulaire mitrale, avec insuffisance cardiaque globale secondaire, est établi.

Vue l’importance des lésions cardiaques, le traitement anticongestif est maintenu.

Discussion

• Les cordages valvulaires jouent un rôle déterminant dans la fermeture des feuillets atrioventriculaires durant l’éjection systolique. Ces structures étant également atteintes lors de maladie valvulaire mitrale, elles deviennent plus fragiles et peuvent se rompre. Les conséquences des ruptures de cordages sont très variables. Elles peuvent être asymptomatiques ou être associées à l’apparition brutale d’une insuffisance cardiaque congestive comme le démontre une étude réalisée à l’unité de cardiologie de l’ENV d’Alfort sur 114 cas de ruptures de cordages [2].

• Si, en moyenne, plus d’un chien sur deux est vivant un an après le diagnostic initial (médiane de survie 425 jours), plusieurs critères assombrissent le pronostic de ce cas.

Ainsi, l’existence d’une ascite lors de la présentation initiale est péjorative [2]. La réalisation d’une valvuloplastie avec réparation du cordage rompu constitue le traitement de choix chez l’homme. La forte mortalité peropératoire et le coût de cette opération font recommander chez le chien un traitement médical [1].

Photo 1 : Examen en mode bidimensionnel des feuillets mitraux, présentant une perte de coaptation systolique (flèche) (coupe longitudinale 4 cavités, voie parasternale droite) (VD : ventricule droit ; VG : ventricule gauche ; AD : atrium droit ; AG : atrium gauche).

Photo 2 : Examen en mode Doppler couleur de la régurgitation mitrale, montrant un reflux excentré occupant la quasi-totalité de la surface atriale gauche (coupe apicale 4 cavités, voie parasternale gauche).