Le point Vétérinaire n° 277 du 01/07/2007
 

Examens paracliniques chez les bovins

Mise à jour

CONDUITE À TENIR

Gilles Jubert*, Bérangère Ravary**


*rue du Bourg
58500 Chevroches
**Unité pédagogique
de chirurgie
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex

Certaines analyses du liquide de paracentèse abdominale peuvent être effectuées en exploitation, mais elles ne suffisent pas toujours. Les variations des résultats autour de la normale sont à considérer.

Résumé

Étapes essentielles

Étape 1 : observations directes

• Débit, volume, turbidité, coagulation, odeur, aliments

• Attention à l’interprétation en fin de gestation

Étape 2 : typage

• Mesure du taux protéique au réfractomètre ou avec l’analyseur, mais paramètre insuffisamment discriminant

• Tenir compte de l’âge

Étape 3 : examens avancés

• Taux et différentiel cellulaires, biochimie (urée, créatinine)

• Interpréter conjointement avec une analyse de sang

Les caractères macroscopiques du liquide d’épanchement péritonéal sont évalués afin d’affiner un diagnostic, d’optimiser un traitement, voire d’établir un pronostic vital ou de retour en productivité(1).

Étape 1 : observations directes

L’examen “de base” de l’échantillon de liquide péritonéal recueilli inclut une évaluation de son odeur et de son aspect macroscopique(1). Cinq à 10 ml suffisent pour effectuer toutes les analyses, mais la facilité d’obtention du liquide, sa vitesse d’écoulement et le volume total collecté sont des données importantes à noter.

1. Observation dynamique

Le débit est notamment augmenté dans les états inflammatoires. L’excès de volume peut être la seule anomalie détectable (par exemple, lors d’uropéritoine ou d’ascite, car les taux de protéines ou la numération cellulaire restent dans les limites admises). Chez un bovin sain ou chez une vache saine et non gestante ou en début de gestation, le volume total de liquide péritonéal présent dans la cavité abdominale varie de 15 à 20 ml à 50 ml [7, 14]. Toutefois, il augmente avec l’avancement de la gestation ou après une intervention chirurgicale abdominale, sans qu’aucune infection péritonéale ne se soit développée [12, 14].

2. Anomalies macroscopiques

Un liquide péritonéal normal de bovin est incolore à jaune clair ou ambré (). Il vire au léger rosé en fin de gestation. Il peut néanmoins être légèrement trouble [11, 12, 14]. Les transsudats sont en général inodores, clairs et incolores [9]. Les exsudats sont troubles, aqueux, parfois épais, de couleur variable et coagulent rapidement à l’air libre (). L’odeur peut être répugnante (anaérobies). La présence d’éléments figurés traduit une infection (flocons de fibrine, flammèches de pus) [14]. Une augmentation de la turbidité indique fréquemment une cellularité plus importante [15].

Étape 2 : typage de l’épanchement

1. Mesure possible en exploitation

La concentration en protéines totales est estimée avec un réfractomètre ou un analyseur, afin de typer l’épanchement(1) (passif ou actif) ( et ).

2. Limites du taux protéique

Les épanchements passifs sont pauvres en protéines, contrairement aux épanchements actifs qui en sont riches, mais cela n’est pas toujours vérifié chez les bovins [5]. Le liquide péritonéal chez un animal sain est relativement pauvre en protéines (en général moins de 30 g/l). Toutefois, le seuil permettant d’affirmer que le taux de protéines est anormalement augmenté varie selon les études. Certains auteurs considèrent que le liquide péritonéal recueilli chez un bovin sain peut contenir 63 g/l de protéines [4, 9, 14, 15]. Ainsi, la mesure de la concentration en protéines suffit rarement à classifier avec certitude un épanchement chez les bovins. Il est souvent nécessaire d’avoir recours à une analyse cytologique de l’épanchement(1).

3. Variations physiologiques

Chez les bovins en fin de gestation, le taux de protéines et le taux cellulaire demeurent bas, alors que le volume de liquide péritonéal présent dans la cavité abdominale augmente [15]. Le liquide péritonéal des veaux de moins d’un mois présente un comptage cellulaire et un taux de monocytes relativement plus élevés que les bovins plus âgés, et, au contraire, un taux d’éosinophiles et un taux de protéines plus bas () [15].

Étape 3 : examens avancés

1. Analyse cytologique

L’inflammation, la destruction tissulaire ainsi que les néoplasies sont à l’origine d’une altération des caractéristiques cytologiques du liquide péritonéal. Il est donc intéressant de réaliser une analyse cytologique complète du liquide recueilli en déterminant le taux, mais aussi le différentiel cellulaires(1) (encadré).

2. Biochimie lors d’uropéritoine

Des dosages biochimiques complémentaires peuvent être effectués lors de suspicion d’uropéritoine. Ainsi, lors de rupture du tractus urinaire, la concentration en créatinine dans l’épanchement est environ le double de celle de la créatinine sanguine, pour un taux d’urée identique (molécule de plus petite taille, rediffusant plus facilement vers le sang au travers de la membrane péritonéale) [2, 14]. Il n’existe pas de valeurs normales d’urée et de créatinine dans le liquide péritonéal. Ces deux paramètres sont donc dosés de façon conjointe dans le liquide péritonéal et dans le sang.

Des informations simples peuvent être fournies par l’analyse du liquide de paracentèse abdominale directement en exploitation, en particulier lors de modification franche de son aspect macroscopique, mais des analyses approfondies se révèlent souvent nécessaires.

Tout au long de la procédure, le praticien doit garder à l’esprit les pièges de ce type d’analyse : par exemple face à un prélèvement hémorragique ou infructueux (multiplier les ponctions, tableau 3, photos 1 et 4). En outre, il semble pertinent de réaliser parallèlement une analyse sanguine pour améliorer la valeur pronostique des résultats obtenus (voir “Intérêts et limites de la paracentèse abdominale à partir de 52 cas”, de B. Ravary et coll.).

  • (1) Voir “Quelle place pour la paracentèse abdominale ?”, “Paracentèse abdominale bovine : outils décisionnels et interprétatifs” et “Intérêts et limites de la paracentèse abdominale”, de G. Jubert, B. Ravary et coll. dans ce numéro.

Encadre : Examen cytologique “qualitatif”

• Taux cellulaire : les transsudats possèdent généralement une cellularité faible (< 5 000 cellules/µl), comparable à celle du liquide péritonéal normal. Les exsudats présentent une cellularité normale à augmentée (> 10 000 cellules/µl). Toutefois, contrairement aux équins, chez les bovins, la cellularité peut demeurer basse même en présence d’un épanchement actif.

• Différentiel cellulaire : il donne souvent plus d’informations sur la nature de l’épanchement que le comptage cellulaire total. Chez un animal sain, les monocytes et les neutrophiles sont présents en proportion comparable [1, 4, 9].

Lors de péritonite aiguë, le nombre et le pourcentage de neutrophiles augmentent [4, 13]. Lors de péritonite chronique, le nombre de neutrophiles diminue, tandis que celui de macrophages et de lymphocytes augmente [13].

• Morphologie des cellules : les neutrophiles peuvent dégénérer en présence de certaines toxines bactériennes (toxogramme positif(1)). Il convient de rechercher alors si des bactéries ne sont pas aussi visibles, libres et/ou phagocytés au sein des neutrophiles. Des signes de “toxicité” peuvent aussi être observés lors de mauvaise conservation du prélèvement ou lors de prélèvement post-mortem [21].

• Éléments anormaux : des plasmocytes, des mastocytes, voire des cellules tumorales lors de lymphosarcome, de mésothéliome ou de carcinome sont parfois retrouvés [15]. Des débris végétaux et des bactéries sont observés sur les lames d’examen cytologique lors de perforation digestive, mais aussi en cas de contamination du prélèvement par ponction accidentelle d’un viscère digestif. Aucun accident de perforation intestinale n’est toutefois décrit chez les bovins, contrairement aux équins [15].

(1) Un toxogramme positif correspond à la présence de granulocytes neutrophiles matures anormaux dans le sang. Lors de réactions inflammatoires prononcées, la morphologie des neutrophiles peut être modifiée et présenter des signes de “toxicité”. Ces modifications morphologiques visibles à l’hématologie consistent en l'apparition de corps de Döhle, d’une basophilie du cytoplasme, de vacuoles dans le cytoplasme et, enfin, d’une lyse nucléaire indistincte et/ou d’un gigantisme cellulaire lors de toxicité sévère.

Références

  • 1 - Anderson DE, Cornwell D, St-Jean G, Desrochers A, Anderson LS. Comparative of peritoneal fluid analysis before and after exploratory celiotomy and omentopexy in cattle. Am. J. Vet. Res. 1994;55(12):1633-1637.
  • 2 - Buczinski S, Belanger AM, Francoz D. Douleur et distension abdominale : chirurgie ou non. Point Vét. 2005;36(253):42-46.
  • 3 - Burton S, Lofstedt J, Webster S, McConkey S. Peritoneal fluid values and collection technique in young, normal calves. Vet. Clin. Pathol. 1997;26(1):38-44.
  • 5 - Crespeau F. Identification, classification étiologique et pathogénique des épanchements thoraciques et abdominaux du chien et du chat. Point Vét. 1994;26 (n° spécial):519-527.
  • 6 - Fecteau G. Management of peritonitis in cattle. Vet. Clin. North Am. Food. Anim. Pract. 2005;21:155-171.
  • 8 - Guattéo R, Assié S, Cesbron N. L’abdominocentèse chez les bovins. Point Vét. 2005;36(253):56-57.
  • 14 - Ravary B. Procédures diagnostiques utiles pour investiguer un problème digestif chez un bovin. Dans : Médecine et chirurgie digestive en pratique bovine. Polycopié. École nationale vétérinaire d’Alfort, Département des productions animales et de santé publique, 2003:9p.
  • 15 - Ravary B. Déformations du flanc chez les bovins. Point Vét. 2004 35(n°spécial):131-139.

1 Liquide de paracentèse abdominale prélevé chez une génisse atteinte de péritonite localisée en région abdominale craniale. Sur un fond hémorragique (contamination sanguine du site de ponction), le liquide de paracentèse apparaît légèrement trouble. Il coagule anormalement après une dizaine de minutes, ce qui permet de suspecter un exsudat (péritonite fibrineuse localisée).

2 Analyse au réfractomètre. La mesure de la concentration en protéines est facile au chevet du malade, mais elle ne suffit que rarement à classifier avec certitude un épanchement chez les bovins.

3 Paracentèse abdominale chez le veau. Sur un veau couché en décubitus latéral gauche, le premier site possible 1 est situé 5 cm environ à droite de l’ombilic. En cas d’échec, une ponction plus caudale est réalisée 2 en zone inguinale, équivalente au site de ponction caudal de l’adulte [4, 10]. Le liquide a aussi quelques particularités cytologiques physiologiques par rapport à l’adulte.

4A Sites de ponction abdominale chez la vache adulte. Sans échoguidage, pour limiter le risque de faux négatif, la ponction est réalisée dans chacun des “quatre cadrans”, en commençant par le plus suspect cliniquement. Chez un animal debout, contenu avec une entrave de flanc, une corde autour des jarrets ou en soulevant la base de la queue [13], la paracentèse abdominale craniale est réalisée un travers de main à gauche A ou à droite de la ligne médiane et un travers de main en arrière du processus xiphoïde. La ponction caudale est réalisée légèrement médialement au pli du grasset gauche B ou droit, c'est-à-dire latéralement à la mamelle.

4B Sites de ponction abdominale chez la vache adulte. Sans échoguidage, pour limiter le risque de faux négatif, la ponction est réalisée dans chacun des “quatre cadrans”, en commençant par le plus suspect cliniquement. Chez un animal debout, contenu avec une entrave de flanc, une corde autour des jarrets ou en soulevant la base de la queue [13], la paracentèse abdominale craniale est réalisée un travers de main à gauche A ou à droite de la ligne médiane et un travers de main en arrière du processus xiphoïde. La ponction caudale est réalisée légèrement médialement au pli du grasset gauche B ou droit, c'est-à-dire latéralement à la mamelle.

4C Sites de ponction abdominale chez la vache adulte. Sans échoguidage, pour limiter le risque de faux négatif, la ponction est réalisée dans chacun des “quatre cadrans”, en commençant par le plus suspect cliniquement. Chez un animal debout, contenu avec une entrave de flanc, une corde autour des jarrets ou en soulevant la base de la queue [13], la paracentèse abdominale craniale est réalisée un travers de main à gauche A ou à droite de la ligne médiane et un travers de main en arrière du processus xiphoïde. La ponction caudale est réalisée légèrement médialement au pli du grasset gauche B ou droit, c'est-à-dire latéralement à la mamelle.

Tableau 1 : Caractéristiques du liquide péritonéal chez un bovin sain

Des variations sont possibles en fonction de l'état physiologique du bovin (âge, gestation). D'après (1, 4, 6, 9, 14].

Tableau 2 : Typage du liquide péritonéal chez les bovins

La concentration en protéines est déterminée sur le surnageant après centrifugation du liquide prélevé sur EDTA [10]. Le taux protéique seul suffit rarement à déterminer le type d'épanchement : il doit être associé à une analyse cytologique. D'après [21]

Tableau 3 : Les pièges de l’abdominocentèse

(1) Le prélèvement accidentel de jus de rumen est rare chez les bovins [7, 15]. (2) Séchage à l'air libre et fixation avec un spray adapté ou de la laque à cheveux forte ; le fixateur est éliminé avant coloration par un bref trempage dans de l'alcool méthylique [5].