Le point Vétérinaire n° 276 du 01/06/2007
 

Mammites cliniques

Pratique

SUR ORDONNANCE

Éric Vandaële

4, square de Tourville
44470 CarquefouAuteur-coordinateur : Hervé Pouliquen

Des bénéfices cliniques peuvent résulter de l’injection sous-cutanée d’un AINS actif localement dans le parenchyme mammaire enflammé.

Un éleveur est demandeur, auprès du cabinet vétérinaire, d’un plan de traitement raisonné des mammites en première intention, sans faire appel au praticien pour traiter chacun des cas. Jusqu’à présent, l’éleveur emploie une spécialité intramammaire associant des antibiotiques et de la prednisolone (Mastijet®). Le vétérinaire profite des nouvelles dispositions réglementaires du décret prescription-délivrance. Il réalise le bilan sanitaire et rédige un protocole de soins qui inclut les mammites cliniques dans la liste des affections présentes dans l’élevage contre lesquelles une prescription-délivrance “hors examen clinique” est possible.

Cobactan® LC : Une céphalosporine récente de quatrième génération

Cobactan® est une gamme de cinq médicaments à base de cef qui nome commercialisée par Intervet. La cef qui nome appartient aux céphalosporines de quatrième génération, caractérisées par une structure chimique, qui facilite le passage transmembranaire, et un encombrement stérique qui lui confère une résistance accrue aux β-lactamases des bactéries à Gram négatif. Le spectre d’action inclut donc les bactéries à Gram positif et négatif isolées dans les mammites. Le traitement proposé permet de maintenir des concentrations supérieures aux CMI de S. uberis, E. coli et S. aureus dans le lait pendant 60 à 84 heures.

Les céphalosporines de troisième ou de quatrième génération doivent-elles être administrées en première intention ou réservées lors d’échec ? Les experts de l’Agence européenne du médicament (EMEA) considèrent qu’elles devraient être prescrites lors d’échec ou d’échec prévisible aux céphalosporines de première génération, notamment si des résistances ont été mises en évidence.

De notre point de vue, elles peuvent être prescrites, y compris en première intention, si le plan de traitement prévu est raisonné et s’appuie sur des données cliniques, épidémiologiques et microbiologiques qui justifient leur usage, comme dans cet élevage.

Metacam® Solution injectable bovins, porcins, chevaux : Un AINS qui diffuse dans le lait

La solution injectable Metacam® est une formulation aqueuse à 20 mg/ml de méloxicam. Le schéma posologique prescrit est celui de l’EMEA dans le résumé des caractéristiques du produit : une administration unique à 0,5 mg/kg par voies sous-cutanée ou intraveineuse.

L’emploi des AINS bovins est bien décrit dans les mammites cliniques aiguës colibacillaires, notamment contre le choc endotoxinique et les symptômes généraux liés aux mammites aiguës. Pour la plupart, ces spécialités ne revendiquent pas d’action locale intramammaire.

Pour le traitement de première intention des mammites cliniques, les éleveurs apprécient particulièrement la guérison clinique rapide obtenue avec les deux spécialités intramammaires formulées avec un corticoïde, la prednisolone : Mastijet® et Synulox® Intramammaire. Tous les experts et de nombreux vétérinaires s’accordent, de longue date, pour considérer que l’objectif des traitements est d’abord d’obtenir la guérison bactériologique par le choix d’un antibiotique adapté, plutôt qu’une guérison clinique à l’aide d’un anti-inflammatoire. Le méloxicam ouvre une perspective nouvelle en revendiquant une efficacité locale dans la glande mammaire, et pas seulement une action générale. Après administration sous-cutanée, les concentrations de méloxicam atteintes dans le lait sont susceptibles d’être efficaces pour inhiber la synthèse des prostaglandines pro-inflammatoires depuis le foyer mammaire.

Plusieurs arguments plaident en faveur de cette extension de l’usage de cet AINS : la lutte contre la douleur avec une reprise rapide de l’appétit, celle contre les symptômes locaux (rougeur et œdème) et, de manière générale, l’obtention d’une guérison clinique rapide. La crainte est toujours que cette guérison clinique apparente ne masque une absence de guérison bactériologique. Toutefois, la régression de l’inflammation locale peut aussi favoriser la guérison bactériologique. De plus, l’importance des lésions cicatricielles dans le parenchyme mammaire est à rapprocher de la gravité du processus inflammatoire. Enfin, un AINS permet de diminuer l’étendue et la sévérité de ces lésions dans d’autres affections (lésions pulmonaires lors de maladie respiratoire).

Néanmoins, des études cliniques comparatives seraient utiles pour mesurer si les bénéfices de l’injection sous-cutanée de cet AINS sont effectivement supérieurs au coût supplémentaire du médicament.