Le point Vétérinaire n° 276 du 01/06/2007
 

TRAITEMENT DE L’INFERTILITÉ DES VACHES À CHALEURS RÉGULIÈRES

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QUESTION DE LECTEUR

Fabienne Constant

Unité de reproduction animale
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Le choix entre les divers traitements de l’infertilité à chaleurs normales est de plus en plus difficile.

Un essai, présenté au Congrès mondial de buiatrie 2006, avait pour objectif de concevoir un protocole de traitement des causes hormonales du repeat-breeding [a]. L’administration d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) en fin de phase lutéale a permis d’obtenir un taux de gestations de 40 % dans un groupe de 44 vaches infertiles à chaleurs régulières, communément appelées “repeat-breeders”.

Dans cette étude, 176 vaches non gestantes après au moins quatre inséminations artificielles (IA) ont été réparties au hasard dans quatre groupes. Dans le premier, un traitement T1 à base de GnRH a été injecté quatre à six heures avant l’IA par voie intramusculaire. Dans le deuxième, de la progestérone a été administrée en plus de T1, par voie intravaginale toutes les 12 heures de J4 à J6, J0 étant le jour de l’IA (T2). Dans le troisième, 0,5 mg/kg de méloxicam (Metacam®) ont été injecté par voie sous-cutanée, tous les jours de J17 à J19, en plus de T2 (T3). Dans le quatrième, aucun traitement n’a été administré (T4). Le taux de gestations est apparu statistiquement meilleur avec T3 par rapport à T1 (20,4 %) et à T4 (15,9 %). En revanche, le taux de gestations avec T2 (29,3 %) n’a pas été statistiquement différent de celui des autres groupes.

L’étiologie de l’infertilité à chaleurs régulières est multifactorielle (voir l’encadré complémentaire “Étiologie de l’infertilité à chaleurs régulières” sur www.planete-vet. com). Ces affections sont souvent très difficiles à diagnostiquer avec les méthodes actuelles. C’est pourquoi le choix d’un traitement spécifique n’est en général pas possible. Des traitements multiples à base d’anti-infectieux et/ou d’hormones sont donc proposés et les résultats varient d’une étude à l’autre.

Dans l’étude d’Amiridis GS et coll. [a] :

- l’injection de GnRH quelques heures avant l’IA, en provoquant l’ovulation, réduit la fréquence des ovulations retardées ;

- la supplémentation en progestérone en début de phase lutéale limite les effets d’une faible production de celle-ci dans les jours qui suivent l’ovulation (responsable de retard de développement embryonnaire) ;

- l’administration d’un AINS réduit le risque de lutéolyse précoce, malgré la présence d’un embryon, qui pourrait être due aux effets d’un stress.

Une autre étude récente a montré que les taux sanguins de certains marqueurs de stress (β-endorphines, radicaux libres), étaient plus élevés au cours de la phase lutéale, pour les vaches repeat-breeders que pour les vaches à fertilité normale [4]. Or ces molécules agissent sur la synthèse de progestérone par le corps jaune et activent la phospholipase A2 qui intervient dans le mécanisme de la lutéolyse. La plupart des AINS étant des inhibiteurs de cette voie de l’inflammation, cela pourrait expliquer l’effet positif observé avec ce traitement sur le taux de gestations.

À notre connaissance, l’étude d’Amiridis GS et coll. est une première. L’effet observé mériterait d’être étudié dans d’autres travaux. Il serait aussi intéressant de déterminer les effets des AINS utilisés seuls.

Toutefois, l’intérêt économique d’utiliser des protocoles thérapeutiques complexes et coûteux pour traiter des vaches infertiles, en l’absence de diagnostic peut être discuté.

a - Amiridis GS, Tsiligianni T, Valasi, I, et coll. Effects of non-steroidal anti-inflammatory drugs on treating the repeat breeder cow. Poster présenté au Congrès mondial de buiatrie, Nice 2006.