Le point Vétérinaire n° 276 du 01/06/2007
 

Orthopédie canine

Pratique

PAS À PAS

Jean-Guillaume Grand

Service de chirurgie du Centre hospitalier vétérinaire de l’ENV de Nantes, Atlanpôle La Chantrerie, 44307 Nantes Cedex 03

Le bandage d’Ehmer représente une alternative à l’intervention chirurgicale lors de luxation traumatique cranio-dorsale de la hanche.

Le bandage d’Ehmer est utilisé après une réduction orthopédique d’une luxation traumatique cranio-dorsale de la hanche. La luxation traumatique est une affection orthopédique fréquente chez les chiens et les chats.

La hanche est l’articulation la plus fréquemment touchée (50 à 90 % des luxations) [4]. Si le diagnostic de cette affection est généralement aisé, le choix du traitement apparaît en revanche plus délicat. La conduite à tenir face à une luxation de la hanche impose une démarche systématique et complète qui dicte le traitement à suivre :

- réalisation de clichés radiographiques du bassin de face et de profil (accompagnées de clichés standardisés en position dite “de dysplasie” pour les races à risque afin d’écarter une dysplasie coxofémorale) ;

- réduction manuelle par taxis externe ;

- test de stabilité de la hanche ;

- choix d’une stratégie thérapeutique.

• La réalisation des radiographies permet :

- de confirmer la présence d’une luxation coxo-fémorale ;

- de déterminer le sens de la luxation, 90 % de ces déplacements étant cranio-dorsaux [4]. Toutefois, des luxations ventro-caudales sont souvent observées après une chute. La tête fémorale se coince alors sous le foramen obturateur ;

- de diagnostiquer d’éventuelles “fractures en copeaux” intra-articulaires. Basher constate 5 à 10 % de fractures/avulsions au site d’attache du ligament de la tête fémorale, 4 % de fractures acétabulaires et 1 % de fractures du grand trochanter [2].

- d’évaluer un éventuel comblement de la cavité acétabulaire (coxa plana) et la présence d’arthrose, fortement évocateurs d’une dysplasie coxo-fémorale sous-jacente.

• Pour réaliser une réduction correcte et rapide, il convient :

- d’anesthésier l’animal, avec une bonne myorelaxation et une analgésie de qualité ;

- de mettre le membre en abduction et en rotation interne (ce qui favorise le retour de la tête fémorale dans la cavité acétabulaire) en réalisant une traction sur le membre, un aide faisant contre-appui simultanément [6].

Une fois la réduction obtenue, lahanche est mobilisée en flexion/extension à plusieurs reprises pour chasser l’ensemble des débris (sang, fibrine) de la cavité acétabulaire, et ainsi minimiser le tissu d’interposition entre la surface de la tête fémorale et celle de l’acétabulum [6].

• Après réduction orthopédique, la stabilité de la hanche est évaluée. Pour cela, le membre pelvien est replacé en adduction et en rotation externe en exerçant une poussée caudo-craniale. Deux cas de figure peuvent alors se présenter :

- si la hanche est stable, un traitement conservateur (bandage d’Ehmer) est mis en place ;

- si la hanche est instable, un traitement chirurgical est préféré.

• La mise en place d’un bandage d’Ehmer est envisagée pour sept à dix jours [6]. Ce bandage présente trois caractéristiques essentielles [3, 5, 6]. Il permet :

- une soustraction d’appui ;

- une abduction ;

- une rotation interne de 20 ° de l’articulation de la hanche.

C’est en effet dans cette position que la couverture de la tête fémorale par l’acétabulum est améliorée.

L’objectif est d’obtenir une fibroplasie, c’est-à-dire le développement d’un tissu fibreux cicatriciel dont le point de départ est l’hématome primaire et qui stabilise l’articulation après le retrait du bandage d’Ehmer.

Le bandage doit être contrôlé durant les 24 premières heures, puis au moins tous les trois ou quatre jours pour détecter précocement une éventuelle reluxation ou des complications : dermatite ulcéreuse, nécrose focale sur les métatarsiens ou le quadriceps, nécrose des extrémités, glissement du bandage [1, 3, 6]. Une contention externe de plus de dix jours n’améliore pas la stabilité de la hanche, et risquerait d’entraîner une ankylose du grasset et du tarse conduisant à une dégénérescence de leur cartilage articulaire. Le gonflement et la température de l’extrémité digitée sont les paramètres à surveiller dans les heures et les jours qui suivent la mise en place du bandage. Un gonflement des doigts lié à une compression des vaisseaux saphènes peut en effet survenir à la suite d’une flexion excessive du tarse [1, 3, 6].

Lors de la mise en place d’un bandage d’Ehmer, une stabilisation est obtenue dans 50 à 70 % des cas [2].

EN SAVOIR PLUS

Crigel MH. Diagnostic et réduction de la luxation de la hanche. Point Vét. 2003;235(34):58-59.

  • 1 - Anderson DA. Ischemic bandage injuries. A case series and review of the literature. Vet. Surg. 2000;29:488.
  • 2 - Basher AWP et coll. Coxofemoral luxation in the dog and cat. Vet. Surg. 1986;15:356.
  • 3 - Decamp CE. External coaptation. In : Slatter. Textbook of Small Animal Surgery. T. 2. 3rd ed. 2003:1835-1848.
  • 4 - Drapé J et coll. Traitement chirurgical des luxations traumatiques récidivantes de la hanche par transfixion du muscle fessier profond chez le chien. Prat. Méd. Chir. Anim. Comp. 1985;20:105-111.
  • 5 - Fossum TW. Fundamentals of orthopaedic surgery and fracture management. In : Small animal practice surgery. 3rd ed. Mosby. 2002:840-841.
  • 6 - Holsworth I, Decamp C. Coxofemoral luxation. In : Slatter. Textbook of Small Animal Surgery. T. 2. 3rd ed. 2003:2002-2009.

(1) Accroche de la bande sur le métatarsien Le chien est placé en décubitus latéral, le membre atteint en position supérieure. Le matériel nécessaire à la réalisation de ce bandage est une bande d’Élastoplaste® préalablement déroulée et réenroulée sur elle-même dans l’autre sens après avoir enlevé la protection. La largeur de la bande doit être équivalente à environ la longueur des métatarsiens. Le bandage est initié en enroulant la bande autour des métatarsiens.

(2) Passage en face interne de la patte La bande est ensuite vrillée sur elle-même, de façon à ce que la surface collante se retrouve en regard de la face médiale du grasset. Elle est ensuite passée entre le flanc et la cuisse pour repasser en face externe au niveau du grasset.

(3) Rotation interne de la patte Une rotation interne de 20° est appliquée sur le tarse à partir de l’extrémité digitale. La bande passe successivement sur la face latérale du grasset et des métatarsiens, puis sur la face médiale des métatarsiens et du grasset. L’opération est renouvelée une seconde fois. À ce stade, deux objectifs sur les trois sont atteints : le jarret et le grasset sont fléchis (ce qui permet la soustraction d’appui), et le jarret est placé en rotation interne de 20°.

Bandage en huit Grasset et jarret étant fléchis, la bande décrit ensuite (au moins trois ou quatre fois) le trajet d’un huit : passage derrière le calcanéum où la bande est vrillée sur elle-même pour remonter sur la face latérale des métatarsiens et la face interne du grasset (après une seconde vrille) (A).

Bandage en huit Noter la rotation interne des doigts par rapport à l’axe du tibia (B).

Fixation à l’abdomen La bande effectue, avec une légère tension, deux tours d’abdomen , ce qui place et fige le membre (donc la hanche) en abduction et en traction craniale . Cela permet une couverture maximale de la tête fémorale. Un examen radiographique est toujours réalisé après l’application de ce bandage pour vérifier le positionnement correct de la tête fémorale dans l’acétabulum.

Fixation à l’abdomen La bande effectue, avec une légère tension, deux tours d’abdomen , ce qui place et fige le membre (donc la hanche) en abduction et en traction craniale . Cela permet une couverture maximale de la tête fémorale. Un examen radiographique est toujours réalisé après l’application de ce bandage pour vérifier le positionnement correct de la tête fémorale dans l’acétabulum.