Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

PATHOLOGIE DE LA REPRODUCTION CHEZ LA VACHE LAITIÈRE

Éclairer

NOUVEAUTÉS

John Mee

Teagasc, Moorepark Dairy
Production Research Centre,
Fermoy, Co. Cork, Ireland

Une sonde intravaginale spécifique peut être utile pour détecter les infections utérines dans les grands cheptels et gagner en spécificité sans échographe.

L’endométrite est la plus coûteuse des causes de subfertilité d’origine infectieuse chez les vaches laitières. Elle se définit par la présence d’un écoulement vaginal purulent au - delà de trois semaines après levêlage. L’endométrite chronique est souvent sous - diagnostiquée en l’absence de signes systémiques. La métrite puerpérale aiguë peut entraîner des signes généraux, mais ce n’est pas systématique. Un des premiers conseils à donner aux éleveurs pour en améliorer la détection est d’enregistrer les vaches qui ont présenté des vêlages difficiles. Celles-ci présentent en effet un risque d’endométrite. En pratique, les éleveurs se contentent souvent de rechercher des écoulements anormaux chez les vaches, sur le sol ou sur les tubes des logettes. Pour établir le diagnostic d’endométrite, les praticiens vétérinaires utilisent en général la vidange manuelle du contenu vaginal, la palpation transrectale (PTR) ou, plus récemment, l’examen échographique. L’observation directe au vaginoscope, enseignée dans les écoles vétérinaires, est aussi largement utilisée dans les pays de tradition anglo-saxonne. Dans le cadre d’études expérimentales, d’autres techniques de diagnostic de l’endométrite peuvent être mises en œuvre, mais elles sont plus élaborées et/ou coûteuses : un lavage utérin en vue d’une cytologie endométriale ou d’un diagnostic par bandelette Multistix®, un écouvillonnage ou un cytobrossage utérin suivi d’un examen microbiologique ou d’un frottis, ou encore une biopsie utérine suivie d’une analyse histopathologique.

La sonde intravaginale ou “racleur à yaourt”

En France comme en Irlande, la vidange vaginale manuelle avec un gant de fouille est la méthode la plus utilisée par les vétérinaires pour le diagnostic d’endométrite.

La prévalence de l’endométrite dépend de la méthode employée. Par exemple, en élevage laitier irlandais, elle a été estimée à seulement 10 % lorsque le diagnostic s’effectue par vidange manuelle au gant de fouille, alors qu’elle peut atteindre 30 % avec le recours à l’échographie par voie transrectale, avec toutefois de grandes variations entre les cheptels [a].

Metricheck® (firme Simcro) a été conçu en Nouvelle-Zélande en 2002 pour diagnostiquer l’endométrite (voir la PHOTO sur planete-vet.com). Il facilite l’inspection du contenu vaginal (voir la FIGURE “Principe d’utilisation de la sonde intravaginale Metricheck®>).

L’avantage de cet appareil par rapport à un vaginoscope classique est sa rapidité et sa facilité d’utilisation. Il ne nécessite aucune source lumineuse. L’observation du contenu vaginal s’effectue à distance, après extraction, et l’opérateur n’a pas besoin de baisser la tête au niveau du vagin de l’animal, ce qui peut être dangereux. En Allemagne, cette nouvelle sonde intravaginale a été baptisée “bâton à mucus”. Aux Pays-Bas, elle est souvent appelée “racleur à yaourt”.

Un outil pour l’éleveur de demain?

•  Ce dispositif simple intéresse les éleveurs laitiers qui cherchent à mieux détecter les endométrites. Certains peuvent se l’être déjà procuré via Internet, mais son usage mérite un certain nombre de conseils vétérinaires. Ainsi, un geste trop brutal, en l’absence de lubrification, est susceptible d’engendrer des lésions d’abrasion sur l’orifice urétral ou dans le vagin. De même, l’éleveur peut négliger le nettoyage vulvaire au risque d’introduire des germes fécaux dans le vagin. Un autre risque potentiel est la transmission des germes entre vaches (mais aussi entre élevages lors d’usage vétérinaire) si la sonde n’est pas convenablement lavée et désinfectée après chaque examen.

• Ce système est moins coûteux qu’un vaginoscope de bonne qualité (75 euro contre 175 euro) et beaucoup moins qu’un échographe (de l’ordre de 9 000 euro).

En pratique, des vaginos-copes sommaires sont parfois fabriqués avec un morceau de tuyau en PVC biseauté à l’extrémité, ou bien des applicateurs de spirales intravaginales sont réutilisés pour l’inspection. Ces dispositifs ne permettent pas un examen aussi précis qu’un vaginoscope commercial.

• Outre le diagnostic d’endométrite, Metricheck® peut être employé de façon annexe par l’éleveur pour apprécier la qualité du mucus vaginal dans le cadre d’une décision d’insémination, par exemple chez une vache mise à la reproduction assez précocement après vêlage, ou qui a un historique de dystocie ou d’écoulements vaginaux. Ce dispositif peut permettre aussi, plus anecdotiquement, un diagnostic d’urovagin.

Une évaluation comparative

Une étude a comparé le diagnostic d’endométrite par Metricheck®, à l’aide d’un vaginoscope classique, par inspection du périnée ou par palpation transrectale, et celui par examen échographique [b]. Cette dernière procédure a été utilisée comme la méthode de référence, en sachant que les vaches déclarées atteintes d’endométrite par échographie ont un taux de fécondité de 17 à 50 % (selon la gravité de l’endométrite), alors que celles déclarées non affectées par cette technique ont un taux de fertilité de 57 % en moyenne [a].

L’étude comparative a porté sur 80 vaches holstein - frisonnes, issues d’un élevage dont les vêlages se déroulent en automne. Chacune des cinq techniques comparées a été mise en œuvre à deux périodes différentes, par un seul opérateur : entre 14 et 21 jours post-partum (moyenne de 18 jours), puis entre 28 et 35 jours post-partum (moyenne de 32 jours). La sonde a été utilisée selon les recommandations du concepteur, mais sans lubrification. À la suite de l’examen avec Metricheck® ou à l’aide d’un vaginoscope, un score a été attribué au contenu vaginal entre 0 (absence d’écoulement) et 5 (écoulement purulent avec odeur nauséabonde). L’endométrite correspond à un score de 3 (écoulement mucopurulent) ou plus. Les données ont été analysées statistiquement. Pour la simple inspection, l’examen a consisté à noter la présence ou l’absence d’écoulement vaginal sur la vulve, la queue ou le périnée. Pour le diagnostic par palpation transrectale, les utérus en position intra-abdominale sont distingués des utérus en position intrapelvienne. À l’échographie, un score d’échogénicité et de volume a été attribué au contenu utérin.

Une période optimale d’utilisation

La prévalence des endométrites est apparue variable selon la méthode employée (voir la figure “Prévalence des endométrites dans un élevage de 80 prim’hostein, diagnostiquées par cinq techniques différentes entre 14 à 21 jours et 28 à 35 jours ). Très peu de vaches présentent un écoulement vaginal visible sur la zone postérieure (< 5 %). Cette méthode simple prisée des éleveurs n’est donc pas satisfaisante.

• La proportion de vaches atteintes d’endométrite diagnostiquées par Metricheck® ou à l’aide d’un vaginoscope classique chute de 50 à 30 % entre la première période d’utilisation (18 jours post-partum en moyenne) et la seconde (32 jours). Cela reflète parfaitement le phénomène de guérison spontanée pour cette affection après le vêlage. La période optimale d’usage de la sonde est donc plutôt aux alentours d’un mois post-partum dans les troupeaux qui vêlent toute l’année (un mois avant la mise à la reproduction dans les élevages aux chaleurs groupées). L’examen échographique tout comme la palpation transrectale ont conduit à établir le diagnostic pour une forte proportion de vaches atteintes d’endométrite au premier examen (90 %). Pour l’échographie, la proportion de diagnostics positifs chute à 30 % au second examen, alors que pour la palpation elle se maintient à 68 %. Entre les deux périodes d’examen, le nombre de vaches qui ont ovulé a plus que doublé (de 30 à 65 %).Or ce processus accélère l’involution utérine. Si l’inspection seule conduit à une sous-estimation, l’appréciation du positionnement utérin par PTR semble plutôt conduire à une surestimation. Le vaginoscope classique et Metricheck® ont donné des résultats comparables pour le diagnostic d’endométrite dans cette étude.

Le vaginoscope, moins sensible mais plus spécifique que la palpation

Dans la comparaison des différentes méthodes diagnostiques par rapport à l’examen échographique, l’inspection périnéale a été exclue de l’analyse en raison du trop faible nombre de cas. La sensibilité relative de la palpation s’est avérée significativement meilleure que celle du vaginoscope ou de Metricheck®. Cela signifie que davantage de vaches dont le diagnostic d’endométrite a été établi par échographie ont été déclarées atteintes par palpation comparativement au diagnostic par sonde, mais cela n’exclut pas la possibilité de faux positifs. La valeur prédictive positive d’un diagnostic d’endométrite par vaginoscope ou Metrichek® s’est avérée significativement supérieure à celle d’un diagnostic par palpation. Ainsi, la probabilité qu’une vache déclarée atteinte d’endométrite par vaginoscopie ou par Metricheck® le soit aussi par examen échographique est plus élevée que cette même probabilité appliquée à la palpation. La spécificité relative du vaginoscope et de la sonde est significativement supérieure à celle de la simple palpation. Cela signifie que davantage de vaches déclarées atteintes d’endométrite avec l’échographe sont détectées avec le vaginoscope ou Metricheck®, mais l’existence de faux négatifs reste possible.

La capacité diagnostique de la nouvelle sonde et du vaginoscope traditionnel ne diffère pas significativement, en valeur comparée, de celle de l’examen échographique.

Le dispositif Metricheck®, malgré sa simplicité, mérite en définitive de remplacer le vaginoscope. Il a déjà conquis la Nouvelle-Zélande dans les zones de grands élevages laitiers, aux vêlages bien groupés. Toutefois, pour des cheptels plus petits, qui vêlent toute l’année, encore largement représentés en Europe, le besoin de techniques rapides est moindre.

Les méthodes actuellement proposées par les praticiens restent pertinentes.

Principe d’utilisation de la sonde intravaginale Metricheck®

Avant toute utilisation, la vulve est lavée et séchée. Une légère lubrification externe est conseillée par le concepteur du dispositif. Elle ne gêne pas, selon notre expérience, le diagnostic d’endométrite. Elle est pertinente lorsque l’opérateur débute, pour les primipares, pour les vaches qui n’ont pas fraîchement vêlé, pour celles qui ont une vulve étroite et/ou qui sont en anœstrus. La sonde est insérée délicatement, en visant théoriquement l’orifice postérieur du col. Elle est retirée en soulevant le manche pour optimiser la récolte de contenu vaginal dans les hémisphères en latex situés à son extrémité. Entre chaque examen, l’instrument est lavé au jet d’eau ou dans un seau d’eau, puis désinfecté (solution antiseptique usuelle diluée). La partie amovible (hémisphères en latex) est la plus contaminée. Pour un usage par un praticien, elle est soigneusement désinfectée à la sortie de l’élevage et changée régulièrement.

Prévalence des endométrites dans un élevage de 80 prim’hostein, diagnostiquées par cinq techniques différentes entre 14 à 21 jours et 28 à 35 jours post-partum