Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

MALADIES CONTAGIEUSES CHEZ LES BOVINS

Se former

COURS

Amélie Camart-Périé*, Yves Millemann**, Barbara Dufour***


*7, rue Victor-Hugo,
27400 Louviers
**Service de pathologie du bétail
***Service des maladies contagieuse
ENV Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort

En raison de son importance économique et de son risque en santé publique, la salmonellose fait l’objet d’une surveillance épidémiologiqueet clinique constante sur le territoire français.

Résumé

Chez les bovins, les symptômes de la salmonellose sont très variés, mais le tableau clinique est dominé par une entérite, aussi bien chez les veaux que chez les adultes.

Un traitement rapide et adapté, fondé sur les résultats du laboratoire, s’avère indispensable afin de réduire la mortalité et l’excrétion bactérienne. L’acquisition progressive d’une multi­résistance aux antibiotiques par les salmonelles impose un emploi rationnel des anti-infectieux.

Compte tenu de leur importance pour la santé publique, les salmonelles font l’objet d’une surveillance épidémiologique permanente. Différents réseaux ont été créés afin d’évaluer l’incidence de la maladie et de limiter les risques de contamination humaine

Les infections par les salmonelles constituent une préoccupation majeure pour les différentes productions animales et pour la santé publique. Les ruminants, en particulier les bovins, sont victimes de salmonelloses aux symptômes graves et aux conséquences économiques lourdes. Ces maladies sont également la source de toxi-infections alimentaires, notamment via le lait et les produits laitiers.

Compte tenu de la gravité de l’infection sur les plans vétérinaire comme hygiénique, celle-ci variant notamment avec le sérotype incriminé, et de l’acquisition par les salmonelles de nombreuses résistances aux antibiotiques, le diagnostic de certitude et un antibiogramme doivent être établis dans les meilleurs délais.

Des réseaux d’épidémiosurveillance dédiés ou généralistes contribuent à la surveillance des salmonelles et des salmonelloses bovines. Après quelques rappels cliniques, cet article fait le point sur la situation actuelle, en France, de l’épidémiologie des salmonelloses bovines.

Salmonellose bovine  aspects cliniques

Chez les bovins, cette maladie se caractérise par un grand polymorphisme d’où l’emploi du pluriel  salmonelloses bovines. À côté des formes classiques, digestive et génitale, d’autres types moins fréquents peuvent être rencontrés.

1. Principales formes cliniques

Forme digestive

Depuis les années 1980, la salmonellose bovine se présente essentiellement comme une entérite qui touche aussi bien les adultes que les veaux. Le sérovar Typhimurium est souvent isolé, mais d’autres sérovars comme Montevideo ou Anatum sont également en cause. Les veaux atteints sont âgés d’une semaine à trois mois (voir la FIGURE “Sérotypes isolés sur des fèces de bovins malades du 1). Le tableau clinique typique comporte une hyperthermie (41 °C), une baisse d’appétit et une émission de selles liquides, nauséabondes, qui peuvent contenir du mucus, du sang et des fragments de muqueuse. Cette diarrhée s’accompagne d’épreintes, de ténesme et de coliques abdominales. Les veaux se déshydratent rapidement. Dans un élevage, la morbidité atteint les 80 % et la mortalité avoisine les 20 % (jusqu’à 50 à 60 %). La morbidité et la mortalité sont proportionnelles à l’âge et varient avec le sérotype incriminé  les formes les plus graves sont rencontrées avec le sérotype Typhimurium. Les adultes, généralement des vaches laitières hautes productrices, présentent les mêmes symptômes, ainsi qu’une baisse de la sécrétion lactée.

Forme génitale

La forme génitale de la salmonellose est liée à l’infection par divers sérovars parmi lesquels Salmonella Dublin occupe une place particulière. Ce sérovar entraîne des avortements tardifs, généralement suivis de rétention placentaire. Aucune augmentation de l’infertilité ni de l’anœstrus n’est constatée.

Forme septicémique

Plus rares, les septicémies dues à des salmonelles se développent habituellement dans les élevages industriels (veaux de boucherie) et sont liées au stress de l’allotement. Cette forme est moins fréquente chez les adultes, hormis chez les vaches laitières hautes productrices ou les animaux dont le système immunitaire est affaibli. Les veaux atteints d’une septicémie due à des salmonelles sont généralement âgés d’une semaine à sept mois, avec un pic d’incidence chez les animaux d’un mois. La salmonellose se manifeste alors par une fièvre intense accompagnée d’un abattement profond. La pression artérielle chute, les extrémités se refroidissent  la peau est froide et les muqueuses sont cyanosées. La mort peut être brutale sans prodrome, ou être précédée de symptômes respiratoires ou digestifs. L’évolution est suraiguë en raison du choc endotoxinique. S. Typhimurium est le sérovar le plus fréquemment isolé.

Forme respiratoire

La forme respiratoire était essentiellement décrite dans les années 1970 avec le développement des grandes collectivités (nurseries, ateliers d’engraissement). Le confinementexcessif et la contamination aérienne étaient responsables de la très grande contagiosité et du caractère épizootique de la salmonellose. L’atteinte de l’appareil respiratoire se traduit par une dyspnée, une toux sèche et quinteuse, un jetage séreux puis muqueux. Elle ne présente pas de particularités cliniques par rapport aux autres bronchopneumonies, mais elle évolue en général de façon plus défavorable. Les pneumonies dues à des salmonelles sont très contagieuses. En l’absence de traitement, la maladie évolue rapidement vers la mort chez les animaux les plus jeunes.

Les symptômes respiratoires sont souvent accompagnés de diarrhée, il s’agit alors d’un syndrome de pneumo-entérite.

Autres formes

D’autres localisations sont plus rares  arthrite, méningo-encéphalite, ostéite, gangrène des extrémités, uvéite, mammite, complication de césarienne (péritonite, abcès de paroi) [12].

Portage passif

En France, 10 % des élevages laitiers et allaitants, excréteraient des salmonelles dans les fèces [17]. Dans ces cheptels, le taux d’excréteurs varierait de 5 à 10 % en dehors des périodes de vêlages et de 50 à 80 % durant ces périodes. Or moins d’un troupeau sur cinq a connu un épisode de salmonellose clinique au cours des années précédentes [18]. Il est difficile de formuler des hypothèses sur l’origine du portage, en raison du caractère ubiquitaire de la plupart des sérotypes peut en outre persister après des cas cliniques, ou les précéder. Ni les facteurs bactériens ni ceux liés à l’hôte favorisant l’apparition de la maladie ne sont connus précisément. Le porteur représente un véritable danger dans la transmission et la pérennisation de l’infection au sein de l’élevage.

2. Diagnostic de la salmonellose bovine

• Une suspicion clinique de salmonellose est évoquée lors de diarrhée et d’hyperthermie pour les formes digestives, d’avortements tardifs chez les adultes, de symptômes respiratoires chez les veaux. Face au grand polymorphisme de la maladie, il convient de prendre en compte les caractères épidémiologiques de l’affection  grande contagiosité, type d’animaux touchés (veaux de boucherie, vaches laitières hautes productrices), ainsi que la forte mortalité en l’absence de traitement.

• Bien que les lésions de salmonellose soient peu spécifiques, une autopsie fournit une orientation. De plus, cet acte est l’occasion d’effectuer des prélèvements. En effet, le diagnostic de salmonellose ne peut être établi qu’après confirmation par le laboratoire. En cas de résultat positif, le typage bactérien est indispensable et le recours à l’antibiogramme doit être systématique (voir le TABLEAU“Prélèvements pour le diagnostic de salmonellose”).

Les prélèvements sont envoyés au laboratoire vétérinaire départemental (LVD) pour confirmation. Dans le cadre du Ressab (Réseaud’épidémiosurveillance des suspicions cliniques des salmonelloses bovines), le diagnostic est standardisé et fait appel à des milieux d’isolement et d’enrichissement spécifiques [3]. L’identification des souches est effectuée d’après leurs caractéristiques biochimiques et sérologiques. L’examen complet comprend aussi un antibiogramme. L’ensemble de la procédure requiert au moins 96 heures, mais des résultats partiels peuvent être obtenus dans des délais plus courts et communiqués en cas d’urgence.

• Depuis une quinzaine d’années, d’autres méthodes de diagnostic, utilisées essentiellement dans l’industrie agro-alimentaire, se sont développées  techniques immunologiques, agglutinations, techniques d’impédancemétrie, d’hybridation et PCR (polymerase chain reaction). Actuellement, les techniques d’amplification génomique ne sont utilisées que pour confirmer les résultats obtenus par isolement bactériologique. Cependant, leur simplicité, leurs excellentes sensibilité et spécificité (95 %), le gain de temps et la possibilité d’automatisation en font des technique d’avenir. Mais la PCR ne permet pas de typer précisément la souche de salmonelle, ni d’en connaître le profil d’antibiorésistance. De plus, il existe une discordance entre les résultats issus de la bactériologie et de la PCR. Ward et coll. proposent que deux PCR positives successives définissent les bovins atteints de salmonellose [20]. Certaines modifications sont encore nécessaires pour que la PCR devienne la méthode de référence.

• L’analyse sérologique peut être également employée. Dans l’espèce bovine, l’épreuve de séro-agglutination lente est la méthode classiquement utilisée. Cependant, la prudence doit être toujours de règle lors de l’interprétation des résultats. Comme pour tout diagnostic sérologique, un résultat positif ne signe pas nécessairement une infection en cours. De même, un animal peut être excréteur et séronégatif si la séroconversion n’a pas encore eu lieu. Par ailleurs, l’analyse sérologique salmonellose présente d’autres limites  le manque de sensibilité de l’épreuve de séro-agglutination lente, l’existence d’un très grand nombre de sérovars de Salmonella ayant pour certains d’entre eux des communautés antigéniques à l’origine de réactions croisées (par exemple entre les sérovars Typhimurium et Enteritidis), la variabilité des résultats entre séries d’épreuves et entre laboratoires [12]. Tous ces aspects limitent considérablement l’utilité de la sérologie pour détecter les animaux infectés.

Un des seuls intérêts de l’analyse sérologique serait le dosage des IgM, afin de différencier des infections aiguës et persistantes dans un élevage essentiellement au cours d’études épidémiologiques [10]. Elle permettrait de déterminer le degré de contamination à l’échelle du troupeau, en particulier lors d’infection à S. Dublin, et d’évaluer l’efficacité des moyens de contrôle [17]. Des essais de diagnostic sérologique sur un lait de mélange ont été conduits  d’après les résultats, l’analyse sérologique sur un lait de mélange permettrait également de déterminer les troupeaux contaminés parS. Dublin [21]. Enfin, d’après une étude récente, une méthode Elisa indirecte pourrait être utile pour diagnostiquer une infection individuelle à S. Dublin dans un élevage où les animaux sont âgés de plus de 100 jours [16].

Épidémiologie en France

Étant donné l’impact de la salmonellose sur la santé publique, une épidémiosurveillance fondée sur différents réseaux est en place. Elle permet de suivre l’émergence et la diffusion des souches bactériennes, notamment antibiorésistantes.

1. Situation actuelle en France

• La France n’a pas été épargnée par l’épizootie mondiale de salmonellose bovine due à une souche particulière de Salmonella Typhimurium, appelée DT104, très virulente pour les bovins, mais également pour l’homme, et qui présente de plus une pentarésistance aux antibiotiques. Cette vague épizootique a progressivement régressé dans notre pays alors qu’elle semble affecter certains États nordiques jusqu’alors épargnés. Dans la grande majorité des élevages européens touchés cliniquement, un seul sérovar est isolé alors que, aux États-Unis, des infections simultanées par plusieurs sérovars sont décrites. S. Typhimurium a une forte prédominance par rapport aux autres sérovars. Il est souvent multirésistant. D’autres sérovars tels que S. Anatum, S. Enteritidis et S. Montevideo progressent aussi [6].

• Depuis 1997 (année de mise en place du réseau), en France, dans les départements partenaires du Ressab (une dizaine environ), une diminution de l’incidence des salmonelloses bovines cliniques est notée. Depuis 2000, cette dernière est stabilisée à un cheptel sur 1 000 surveillés  ce chiffre correspond à un bruit de fond des formes cliniques digestives (voir la FIGURE “Évolution de l’incidence annuelle des salmonelloses cliniques digestives depuis 1997” et le TABLEAU “Morbidité et mortalité de la salmonellose en France au cours de la période 2000-2004”) [15]. Des variations saisonnières de l’incidence de la salmonellose bovine sont observées avec un pic annuel en fin d’automne et au début de l’hiver. Ce pic est superposable au pic des vêlages [13]. Cette saisonnalitéest plus marquée pour S. Typhimurium etS. Dublin que pour S. Montevideo.

• La présence de salmonelles a été décrite dans tous les pays, mais elle apparaît comme prévalente dans les régions d’élevage intensif, notamment de volailles et de porcs. Depuis l’explosion des cas dans les élevages de veaux

de boucherie au début des années 1980, l’ensemble du territoire français est touché par la salmonellose bovine (voir la FIGURE “Origine des souches collectées par le réseau Salmonella à partir de prélèvements issus de bovins malades ou porteurs”).

2. Différents réseaux d’épidémiosurveillance français

Les salmonelles représentent la première cause identifiée de toxi-infections alimentaires collectives en France, ce qui justifie l’organisation de systèmes permanents de surveillance chez l’homme et dans diverses niches écologiques. Dans un premier temps, les objectifs de ces réseaux d’épidémiosurveillance sont 

- d’évaluer la prévalence et l’incidence des foyers de salmonellose clinique bovine 

- de limiter les risques de contamination humaine en travaillant en collaboration avec le Centre national de référence des salmonelles et des shigelles (CNRSS), les directions des services vétérinaires (DSV) et/ou les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) 

- de réduire les pertes économiques dans les élevages touchés.

En France, cette surveillance est effectuée grâce à différents réseaux nationaux d’épidémio­surveillance qui sont tous animés par les laboratoires de l’Afssa (Agence francaise de sécurité sanitaire des aliments).

Réseau Salmonella

•  Depuis plus de 25 ans, l’Afssa est associéeau Centre national de référence de l’InstitutPasteur de Paris pour la surveillance des salmonelles d’origine animale. L’objectif de ce réseau est de hiérarchiser l’importance des différents sérotypes de salmonelles d’origine animale (aliment, pathologie animale, environnement) et de suivre leur évolution dans le temps. Ce réseau étudie aussi l’antibiorésistance au sein de certains sérotypes d’importance clinique.

• Actuellement, près de 200 laboratoires publics (laboratoires vétérinaires départementaux essentiellement) ou privés adressent des souches ou des informations à l’Afssa. Ces données sont traitées et un bilan est adressé chaque mois à l’Institut Pasteur de Paris, centre national de référence pour les salmonelles. Par ailleurs, un bulletin trimestriel est édité, et, une fois par an, un inventaire complet de l’évolution des différents sérotypes de salmonelles provenant du monde animal est réalisé et diffusé.

• En 2001, le réseau Salmonella a collecté 16 868 souches de salmonelles issues de trois grands secteurs  la santé et les productionsanimales (71 %), l’hygiène des aliments (26 %) et l’écosystème naturel (3 %).

Les souches d’origine bovine ne représentent qu’une faible proportion de la totalité des isolements (1 191 souches, soit 7 %), loin derrière les souches d’origine aviaire qui représentent les trois quarts des souches répertoriées [9].

Resapath

• Le réseau de surveillance des bactéries antibio­résistantes chez les bovins (Resabo) a été créé en 1982 pour surveiller la résistance aux agents anti-infectieux des principales bactéries pathogènes chez les bovins, et notamment parmi les souches de salmonelles isolées en pathologie bovine. Ce réseau a été rebaptisé Resapath, cogéré par l’Afssa Lyon et l’Afssa Ploufragan, et il s’étend désormais aux filières avicole et porcine.

• Ce réseau a pour objectifs de détecter l’apparition de nouvelles résistances, de suivre leur évolution dans l’espace et dans le temps et de constituer une collection de souches représentatives en vue d’études approfondies sur les mécanismes biochimiques et/ou génétiques de ces résistances. Ces informations permettent une utilisation plus rationnelle des antibiotiques en médecine vétérinaire.

• Les laboratoires, partenaires du Resapath, reçoivent des prélèvements de produits pathologiques d’origine bovine dans le cadre de demandes de diagnostic pour recherche de salmonelles. Ils effectuent l’isolement et l’identification des bactéries pathogènes. Ils déterminent la sensibilité aux antibiotiques par la méthode de diffusion en milieu gélosé (technique des disques). Cette méthode est standardisée et échelonnée. Les résultats, exprimés sous forme de diamètres des zones d’inhibition, sont ensuite envoyés à l’Afssa avec les commémoratifs.

• Grâce à ce réseau, les tendances d’évolution des fréquences de résistance des principaux sérovars rencontrés en pathologie bovine peuvent être déterminées. Plus un sérovar est fréquent, plus le nombre de résistances augmente  les souches de S. Typhimurium sont globalement beaucoup plus résistantes que les souches de S. Dublin [12]. Toutefois, au cours de ces dernières années, les différents sérovars rencontrés en pathologie bovine montrent une tendance à l’élévation de la multirésistance.

Ressab

• Le Ressab a été créé en 1996 à la suite d’une réflexion engagée entre la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV), la Fédération nationale des groupements de défense sanitaire (FNGDS), l’associationdes directeurs de laboratoires vétérinairesd’analyse (Adilva), l’École nationale vétérinaire d’Alfort et le Centre national d’études vétérinaires et alimentaires (Cneva) [7]. En effet, au début des années 1990, de nombreux cas de salmonellose ont été diagnostiqués chez les bovins. L’idée de créer un système d’enregistrement permettant de suivre l’évolution des suspicions cliniques et d’approcher le risque pour la santé publique est alors née.

Ce réseau s’attache à surveiller 

- l’évolution de l’incidence des cas de salmonellose clinique des bovins adultes en élevage, avec identification des sérotypes en cause 

- l’importance de la résistance aux antibiotiques des sérotypes identifiés.

Depuis 2000, d’autres objectifs sont recherchés 

- la détermination de l’importance de la diffusion des salmonelles dans le milieu, dans le lait du bovin malade et dans le lait de tank pour les troupeaux laitiers 

- la surveillance de la contamination des veaux de mères malades dans les élevages allaitants.

• La participation à ce réseau est fondée sur le volontariat. En 2005, huit départements en font partie  la Manche, l’Orne, la Mayenne, la Sarthe, la Loire-Atlantique, la Nièvre, la Saône-et-Loire et le Doubs. Ils étaient 13 lors de sa création en 1997 [8].

• Les résultats par départements sont diffusés trimestriellement sous forme d’un bulletin. Les comités départementaux de pilotage se chargent des diffusions interne (auprès des membres du réseau) et externe. Une synthèse nationale des résultats de tous les départements est régulièrement effectuée par l’Afssa.

Entre 1997 et 2004, le Ressab a comptabilisé 1 557 suspicions cliniques et 456 cas ont été confirmés, soit 29,3 % [14]. Le taux de salmonelloses digestives chez l’adulte est relativement bas. Il a diminué entre 1997 et 1999, puis s’est stabilisé [4].

La morbidité est désormais de 37 % et la mortalité de 0,8 % dans les élevages atteints. Typhimurium est le sérovar le plus fréquemment isolé et il se révèle résistant à de nombreux antibiotiques. Depuis 2006, le réseau surveille également les avortements d’origine salmonellique.

Salmonelles et antibiorésistance

Une antibiothérapie précoce et adaptée apparaît indispensable chez les bovins qui présentent une salmonellose clinique. Un usage inapproprié des antibiotiques pourrait cependant favoriser le portage [18]. L’acquisition par les salmonelles de nombreuses résistances aux antibiotiques pose des difficultés lors de la mise en place du traitement et constitue une préoccupation majeure en santé publique. Une utilisation prudente et raisonnée des antibiotiques est indispensable dans ce contexte.

1. Antibiotiques et antibiorésistances

Une proportion significative des salmonelles présente une résistance à plusieurs familles d’antibiotiques β-lactamines, aminosides, sulfamides et triméthoprime, tétracyclines, phénicolés, et même les quinolones qui font partie de l’arsenal thérapeutique habituel sont concernées. Pour les β-lactamines, les salmonelles sont essentiellement résistantes à l’association amoxicilline et acide clavulanique. Des résistances aux céphalosporines ont été décrites dans d’autres pays ou pour des souches isolées d’autres filières. Bien que fortement résistantes à la plupart des aminosides, les salmonelles isolées par le Ressab le sont peu à la gentamicine. La résistance aux sulfamides est fréquente, mais celle au triméthoprime est limitée et justifie ainsi une recherche systématique dans les antibiogrammes. De nombreuses souches, majoritairement S. Typhimurium DT104, sont résistantes aux phénicolés et aux tétracyclines. D’après le Ressab, aucune résistance envers la colistine n’a été mise en évidence. Cette molécule conserve donc toute son utilité. Enfin, peu de salmonelles présentent des résistances élevées aux fluoroquinolones. Cependant, il convient d’être vigilant car des souches avec une sensibilité diminuée à ces molécules sont actuellement isolées [14].

2. Vers une multirésistance des salmonelles

Depuis quelques années, des salmonelles, essentiellement S. Typhimurium, multirésistantes sont isolées. Ces souches présentent souvent une résistance simultanée à cinq familles d’antibiotiques (phénotype ACSSuT)  les β-lactamines, les phénicolés, la streptomycine et la spectinomycine, les sulfamides, les tétracyclines. Cette pentarésistance est caractéristique de Salmonella Typhimurium lysotype DT104. Au Royaume-Uni, 68 % des souches de S. Typhimurium DT104 isolées sont pentarésistantes [6]. Ces différentes résistances sont conférées par des gènes situés sur un fragment du chromosome appelé “locus de multirésistance” (voir la FIGURE “Représentation schématique du locus de multirésistance de S. Typhimurium DT104”). Ce locus est inclus dans une structure particulière appelée “îlot génomique SGI1” (Salmonella genomic island 1) [1]. Les gènes à l’origine de cette pentarésistance sont le gène pse 1 pour les β-lactamines, le gène sull pour les sulfamides, le gène tet(G) pour les tétracyclines, le gène floR pour les phénicolés, le gène aadA2 pour les aminosides. Récemment, il a été montré que la pentarésistance n’est pas restreinte à S. Typhimurium DT104  elle a aussi été identifiée chez S. Agona et S. Paratyphi en particulier. L’organisation des gènes de résistance est la même dans ces différents sérovars.

3. Pourquoi cette multirésistance ?

• Le principal facteur qui conditionne la sélection de salmonelles multirésistantes est l’utilisation d’antibiotiques  il s’agit de la pression de sélection. Cette sélection peut être d’autant plus rapide et efficace que l’antibiothérapie est massive et inadaptée. L’emploi d’un antibiotique sélectionne les bactéries résistantes à celui-ci, mais aussi les mécanismes de résistance à d’autres antibiotiques lorsque les gènes correspondants sont présents simultanément dans la bactérie (résistance croisée) [14]. Les souches de S. Typhimurium DT104, déjà multi­résistantes, deviendraient davantage résistantes au contact de certaines β-lactamines.

• Un usage raisonné des antibiotiques en pratique médicale humaine et vétérinaire est indispensable pour éviter l’accroissement de la résistance aux antibiotiques actifs tels que les quinolones. Il est primordial de poursuivre l’étude de l’évolution de la résistance à travers des réseaux de surveillance, afin de détecter l’émergence de nouveaux types de résistance.

4. Et en pratique ?

• Le traitement antibiotique doit être réservé aux animaux qui présentent des symptômes généraux (hyperthermie, perte d’appétit), en plus de la diarrhée [5]. Les doses et les durées de traitement (au moins cinq jours pour les molécules temps-dépendantes) doivent être respectées. En raison de la fréquence et de la variété des antibiorésistances des salmonelles, la culture et l’antibiogramme demeurent indispensables.

• L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) propose un protocole pour le traitement des salmonelloses bovines  sur les souches sensibles, il est préférable d’utiliser des céphalosporines classiques, des sulfamides et de la colistine. Les quinolones et les céphalosporines de dernière génération (ceftiofur) sont réservées aux souches multirésistantes (voir les TABLEAU “Critères de choix de l’antibiotique pour le traitement de la salmonellose chez le veau et l’adulte” et “Antibiotiques les plus couramment utilisés dans le traitement des salmonelloses bovines”).

• L’amélioration de l’état général d’un bovin adulte doit être rapide  retour à la normale de la température en 24 heures, régression des signes digestifs en 48 heures. En revanche, le traitement antibiotique est souvent décevant chez les veaux en raison de la fréquence des atteintes multifocales et de la moindre résistance de ces animaux aux toxi-infections. Dans les cas graves, et en particulier chez le veau, la mise en place d’une fluidothérapie s’avère indispensable pour lutter contre l’hypovolémie en complément du traitement antibiotique.

Le monde animal constitue un très grand réservoir de salmonelles, ce qui rend difficile la lutte contre les salmonelloses. Depuis les années 1980, les praticiens doivent faire face surtout à des entérites dues à des salmonelles graves, contagieuses et mortelles en l’absence de traitement antibiotique raisonné. Au-delà des pertes occasionnées en élevage, l’importance des salmonelles en hygiène et en santé publique (la salmonellose est la première des zoonoses alimentaires en France) impose une meilleure connaissance de l’incidence de cette maladie, qui fait donc l’objet d’une surveillance constante. L’acquisition par les salmonelles de nombreuses résistances aux antibiotiques est préoccupante. Cette antibiorésistance est surveillée par les réseaux épidémiologiques en place.

Points forts

La salmonellose bovine se manifeste classiquement par une entérite hémorragique hyperthermisante contagieuse, accompagnée parfois de symptômes respiratoires.

L’incidence de la maladie est stable et tend à diminuer.

Le sérovar Typhimurium est prédominant et souvent multirésistant.

Le diagnostic des salmonelloses bovines repose d’abord sur l’isolement et l’identification des salmonelles.

Compte tenu de la multirésistance des salmonelles, un antibiogramme est nécessaire.

  • 2 - Buret Y, Chazel M. Le Ressab, réseau de surveillance des salmonelloses cliniques des bovins  bilans et enseignements, In  Procceding des Journées nationales des GTV, Nantes,25, 26, 27 mai 2005:713-720.
  • 12 - Martel J-L. Les salmonelloses chez les ruminants. Point Vét. 2001;221:30-34.
  • 15 - Millemann Y, Evans S, Cook A, Sischo B, Chazel M, Buret Y. Salmonellosis. In  infections and parasitic disease of livestock. Lavoisier, Paris (à paraître).

Sérotypes isolés sur des fèces de bovins malades du 1er1 janvier 2000 au 31 décembre 2004

Évolution de l’incidence annuelle des salmonelloses cliniques digestives depuis 1997

L’incidence est calculée en proportion du nombre de cheptels suivis. D’après [2].

Origine des souches collectées par le réseau Salmonella à partir de prélèvements issus de bovins malades ou porteurs

Les départements en vert représentent les départements d’origine des souches collectées par le réseau. D’après [9].

Représentation schématique du locus de multirésistance de S. Typhimurium DT104

D’après [1]

Prélèvements pour le diagnostic de salmonellose

(D’après [3]).

Morbidité et mortalité de la salmonellose en France au cours de la période 2000-2004

D’après [15]

Antibiotiques les plus couramment utilisés dans le traitement des salmonelloses bovines

D’après [4]

Critères de choix de l’antibiotique pour le traitement de la salmonellose chez le veau et chez l’adulte

D’après [4]