Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

ENDOCRINOLOGIE CHEZ LE CHIEN

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Hervé Pouliquen*, Brigitte Siliart**


*Unité de pharmacologie et toxicologie
**Unité de nutrition et endocrinologie, ENV de Nantes

Le trilostane est le traitement de choix du syndrome de Cushing spontané. Un suivi clinique et biochimique de l’animal reste nécessaire.

Un chien de race cocker pesant 15 kg et âgé de huit ans est présenté à la consultation pour une polyuropolydipsie et une alopécie bilatérale. Après un examen clinique approfondi, un syndrome de Cushing spontané est suspecté, puis confirmé par un test de stimulation à l’ACTH. Un traitement médical à base de Vétoryl® est mis en place afin de lutter contre cet hypercorticisme non iatrogène.

VETORYL® Un anticorticostéroïde à action réversible

Vétoryl® se présente sous forme de gélules dosées à 30 ou à 60 mg de trilostane. Dérivé des stéroïdes, le trilostane est un anticorticostéroïde qui inhibe la 3-â-hydroxystéroïde déshydrogénase, et bloque la synthèse de cortisol, de corticostérone et, dans une moindre mesure, d’aldostérone et d’hormones stéroïdes sexuelles. Il diminue donc les sécrétions de gluco- et de minéralocorticoïdes par le cortex surrénalien. Il n’agit ni sur le système nerveux central, ni sur la sécrétion hypophysaire d’ACTH (hormone adréno-corticotropique) et ne possède pas d’action cytotoxique. En raison de son mode d’action, le trilostane est indiqué dans le syndrome du Cushing spontané d’origine hypophysaire ou surrénalienne ; en revanche, il ne l’est pas dans le syndrome de Cushing iatrogène qui correspond à un hypocortisolisme. De plus, l’action du trilostane est réversible à l’arrêt du traitement, ce qui diminue considérablement le risque addisonien.

La suspicion de syndrome de Cushing spontané doit être confirmée, généralement par un test de stimulation à l’ACTH, avant le début du traitement. La dose de départ est la plus faible possible, 2 mg/kg/j en une seule prise. Cela évite l’apparition d’un syndrome de privation en corticoïdes (léthargie, anorexie, etc.) lié à un effet trop puissant du trilostane sur le blocage de la synthèse de cortisol. La présentation n’est pas adaptée chez les chiens de petite taille pour lesquels des gélules à 10 mg seraient plus pratiques. Il n’est toutefois pas recommandé d’ouvrir la gélule pour la fractionner. Il convient d’effectuer un suivi à dix jours, à un mois, à trois mois, puis tous les trimestres en réalisant un bilan biochimique cholestérolémie, glycémie, urémie, créatininémie, kaliémie et natrémie) et des mesures de la cortisolémie après stimulation à l’ACTH (quatre heures en moyenne après la prise du médicament). La dose est adaptée selon l’évolution des signes cliniques et les résultats des examens. Si elle est optimale, une régression des signes généraux est observée en dix jours environ. Cependant, le bénéfice est maximal après un à trois mois de traitement. La repousse des poils n’est généralement notée qu’au-delà de 3 à 12 semaines de traitement.

Le trilostane est contre-indiqué chez les animaux reproducteurs et les femelles gestantes ou allaitantes en raison de son interaction potentielle avec la synthèse des hormones stéroïdes sexuelles, et aussi en cas d’insuffisance hépatique ou rénale. De plus, une interaction est possible avec la spironolactone ou les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, à l’origine d’une hyperkaliémie. L’évaluation du rapport bénéfice/risque de l’administration d’une telle association par le praticien, ainsi qu’un suivi de la kaliémie sont alors recommandés. Dans tous les cas, le propriétaire de l’animal doit surveiller l’apparition de tout signe anormal.

Op’DDD Hors AMM, réservé à l’usage hospitalier et moins sûr

Avant la mise sur le marché de Vétoryl®, le traitement de choix du syndrome de Cushing spontané d’origine hypophysaire reposait sur l’administration de mitotane(1), ou Op’DDD(1). Le mitotane(1) entraîne une lyse et une nécrose sélectives des zones réticulée et fasciculée de la corticosurrénale. La spécialité pharmaceutique humaine, Lysodren®(1) comme le principe actif, le mitotane(1), sont réservés à l’usage hospitalier. Il est donc impossible pour un praticien d’y avoir accès légalement. De plus, selon le principe de la cascade, la prescription d’un médicament vétérinaire disposant d’une autorisation de mise sur le marché validée pour l’espèce animale et dans l’indication echerchée prime notamment sur celle d’une spécialité pharmaceutique humaine ou d’une préparation magistrale.

Le mitotane(1) possède une action cytotoxique, ce qui ne permet pas une réversibilité de son action, contrairement à dans 5 à 17 % des cas, celle du trilostane. Il est responsable, d’une insuffisance corticosurrénalienne iatrogène grave car souvent irréversible. Le trilostane n’est responsable d’une telle insuffisance que dans moins de 3 % des cas, et celle ci est réversible à l’arrêt du traitement. Enfin, le mitotane(1) est responsable d’effets indésirables de gravité variable (toxicité propre au système nerveux, anorexie, léthargie, vomissements, diarrhée, etc.)

  • (1) Médicament à usage humain.