Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

TRAITEMENT DE L’OBÉSITE CHEZ LE CHIEN

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

4, square de Tourville
44470 Carquefou

Lors de traitement par le mitratapide, une perte de 1 % du poids vif par semaine est observée chez un chien sur deux, contre un sur huit avec le placebo.

Lanssen vient de mettre sur le marché Yarvitan® en France et en Europe, le premier traitement médical permettant de lutter contre le surpoids et l’obésité chez le chien. Ce médicament, à base de mitratapide, le premier inhibiteur des MTP (microsomal triglyceride transfer protein), a été approuvé en septembre 2006 par l’Agence européenne du médicament et est officiellement autorisé depuis décembre dernier. Janssen ne devrait pas rester le seul à développer cette nouvelle indication. Pfizer devrait, en effet, se lancer dans la course en 2007 avec le dirlotapide (Slentrol®), un autre inhibiteur des MTP approuvé le 15 février dernier par l’Agence européenne du médicament.

Un programme global à trois valences

Les deux médicaments, le mitratapide (Yarvitan®) et le dirlotapide (Slentrol®), sont de la même classe thérapeutique (les inhibiteurs des MTP), sans équivalenten médecine humaine. Ils se présentent en solution orale. Ils sont indiqués comme “une aide au contrôle du surpoids et de l’obésité chez les chiens adultes”. Ils doivent être prescrits dans le cadre d’un “programme global de gestion du poids, comprenant aussi des modifications nutritionnelles et de l’exercice physique”.

Chez l’homme, le surpoids est considéré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une véritable pandémie mondiale qui touche les États les plus riches comme beaucoup de pays en voie de développement. Le surpoids est devenu une cause nationale, avec la mise en place depuis quelques années du plan national nutritionnel santé (PNNS). Chez l’homme, comme chez le chien, les mêmes raisons (la sédentarité croissante, la diminution de l’exercice physique quotidien et une nourriture trop abondante ou déséquilibrée) produisent les mêmes effets sur le poids, la santé et, surtout, sur l’accumulation d’une proportion excessive de graisses. Chez le chien, le surpoids est caractérisé par un taux de graisse supérieur à 20 %, ou à 30 % lors d’obésité. Un traitement médical de l’obésité doit donc logiquement prévenir cette accumulation de lipides.

La perte de poids allonge l’espérance de vie

Le surpoids et l’obésité concernent 35 à 40 % des chiens, avec des conséquences médicales sévères sur la survenue d’affections chroniques comme l’arthrose et les maladies cardiovasculaires, entre autres. La perte de poids améliore la santé de l’animal en surpoids, sa qualité de vie et allonge significativement son espérance de vie.

Les échecs des “y’a qu’à”, “faut qu’on”

Dans un premier temps, un médicament destiné à faire maigrir un chien peut faire sourire ceux qui critiquent l’anthropomorphisme excessif des propriétaires. Pour faire maigrir un chien, “y’a qu’à” restreindre son alimentation, et notamment son apport calorique. Contrairement à l’homme, le chien n’ouvre pas seul le réfrigérateur pour y grignoter une friandise, et ne va pas chercher des frites et des sodas dans les fast-food. Aucune autre mesure ne semble nécessaire. “Faut qu’on” soit juste un peu plus précis sur les quantités d’aliments.

Pourtant, faire maigrir un chien constitue un défi. Deux propriétaires sur trois qui ont essayé de le faire avouent ne pas avoir totalement réussi avec un régime. Et seulement un propriétaire sur deux accepte de tenter le régime nutritionnel.

Les principales sources d’échec sont liées davantage au propriétaire qu’à son chien : manque de motivation, découragement devant une perte de poids trop peu visible, etc.

En outre, le propriétaire développe un fort sentiment de culpabilité face à son animal qui ne maigrit pas vite, et qui lui apparaît malheureux et affamé en permanence.

Après stérilisation ou lors d’obésité avec complication

Le médicament peut-il permettre d’éviter ces échecs ? Selon Géraldine Blanchard, nutritionniste à l’École vétérinaire d’Alfort, il est utile de le prescrire dans trois situations.

1 Pour des chiens en simple surpoids, Yarvitan® peut permettre de commencer précocement un régime en évitant les échappements et les échecs fréquents durant les premières semaines de restriction alimentaire. Car, au-delà de l’effet visible sur la perte de poids, le mitratapide est aussi à l’origine d’un effet de satiété. L’animal en restriction calorique a donc moins tendance à quémander, et la culpabilisation du propriétaire est moindre.

2 Pour les chiens vraiment obèses, le mitratapide constitue une aide indéniable.

3 Lors de léger surpoids, par exemple quelques semaines après une stérilisation, il évite l’installation durable de celui-ci chez de jeunes adultes.

Une action différente des “coupe-faim”

Selon l’Agence européenne du médicament (EMEA), le mitratapide est “un puissant inhibiteur de la protéine microsomiale de transfert des triglycérides (MTP) au niveau des entérocytes”. Cette action dose-dépendante est donc périphérique, et non centrale. À l’inverse des médicaments humains “coupe-faim” d’action centrale (Meridia® ou Réductil®), le mitratapide ne diffuse pas dans le système nerveux central. Le transfert des lipides alimentaires de la lumière intestinale vers la circulation sanguine est inhibé dans les entérocytes. Cela conduit à “une résorption réduite des lipides alimentaires qui restent bloqués dans les entérocytes, d’où une présence accrue de gouttelettes lipidiques dans ces cellules. Une diminution dose-dépendante en cholestérol sérique et en triglycérides est aussi observée” (voir la FIGURE “L’action du mitratapide sur la résorption des triglycérides”).

Cette activité périphérique conduit aussi à observer un effet satiétogène, avec une diminution, voire une perte d’appétit.

En outre, le mitratapide n’est pas non plus un inhibiteur de la lipase comme le Xénical® utilisé chez l’homme.

Compte tenu de leur mode d’action, les inhibiteurs des MTP ne sont pas recommandés chez les jeunes chiens encore en croissance, mais seulement chez les adultes (plus de 18 mois), ni chez les chiennes gestantes ou allaitantes.

Un schéma “3-2-3” pour 8 % de perte de poids

Le traitement représente une aide ponctuelle pour démarrer une perte de poids, et non pas une prise en charge à vie des chiens qui ont tendance à grossir. En revanche, le régime nutritionnel hypocalorique et l’exercice physique doivent être maintenus après le traitement médical.

Le schéma thérapeutique dit “3-2-3” comprend :

- trois semaines de traitement ;

- deux semaines d’arrêt de ce traitement ;

- puis à nouveau trois semaines de traitement.

La solution orale s’administre avec le repas pour augmenter la biodisponibilité de la molécule (de l’ordre de 55 à 69 %), à la dose de 0,63 mg/kg/j, soit 1 ml/8 kg. Le principe actif est éliminé rapidement (demi-vie de six heures), mais les trois métabolites actifs le sont plus lentement (demi-vies de 9, 12 et 45 heures).

La restriction alimentaire peut être prescrite dès le premier jour de traitement (J1) ou après la première phase de traitement (J21) pour éviter la reprise de poids durant la période sans traitement. Le chien est ensuite pesé de nouveau pour ajuster la dose d’emploi avant la seconde période de cure de trois semaines (J35). Les résultats des deux essais cliniques multicentriques comparatifs contre placebo sur 360 chiens sont présentés dans le TABLEAU “Efficacité du mitratapide sur la perte de poids”. Les deux tiers des chiens traités par Yarvitan® présentent une perte de poids supérieure à 5 %, la moitié une perte de poids de 7,5 %. En moyenne, la perte de poids est de 8 % en huit semaines, ce qui correspond aux objectifs habituels d’une perte de 1 % par semaine. ldquo;Le traitement devrait être limité à un seul cycle complet 3-2-3 par chien”, indique l’Agence européenne du médicament. Un second cycle “3-2-3” est possible après quatre semaines sans traitement, en cas de résultat jugé insuffisant ou de rechute.

Pas d’interaction avec les AINS ni avec les IECA

Les effets indésirables sont décrits comme “bénins, transitoires, dose-dépendants et réversibles à l’arrêt du traitement”, avec une incidence environ du double par rapport au placebo dans les essais cliniques (voir le TABLEAU “Effets indésirables observés dans les essais cliniques”). Il s’agit de vomissements, de diarrhée ou de selles molles, et plus rarement de léthargie. Le fort taux de liaison du mitratapide aux protéines plasmatiques (> 99 %) n’a pas conduit à observer des interactions avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA) qui présentent aussi des taux élevés de liaison à ces protéines.

Néanmoins, l’effet satiétogène du médicament conduit à observer fréquemment une perte d’appétit. Celle-ci ne doit pas être considérée comme un effet indésirable. Toutefois, lorsqu’une anorexie totale est notée pendant deux jours consécutifs, un arrêt de l’administration est recommandé.

En savoir plus

Agence européenne du médicament. Rapport d’évaluation du médicament Yarvitan®. http://www.emea.europa.eu/vetdocs/vets/Epar/yarvitan/yarvitan.htm

L’action du mitratapide sur la résorption des triglycérides

L’inhibition des MTP (microsomal triglyceride transfer protein) induit une nette diminution postprandiale des triglycérides, des phospholipides et du cholestérol.

Efficacité du mitratapide sur la perte de poids

Dans les essais multicentriques américains et européens, randomisés et en aveugle, les 360 chiens obèses inclus sont traités, soit par le mitratapide, soit par un placebo, ainsi qu’à l’aide d’un régime diététique. À l’issue d’un cycle de traitement “3-2-3” (trois semaines de traitement, deux semaines d’arrêt, puis trois semaines de traitement), le mitratapide permet d’obtenir un meilleur résultat que le régime diététique seul (p < 0,0001). Source : Agence européenne du médicament (EMEA).

Effets indésirables observés dans les essais cliniques

Les effets indésirables sont notés comme bénins et transitoires dans les documents officiels diffusés par l’Agence européenne du médicament (EMEA). Le plus souvent, ils ne nécessitent pas d’interrompre le traitement. L’arrêt de ce dernier est toutefois recommandé lorsque ces signes persistent. Source : EMEA.