Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

URGENCE DU CHIEN ET DU CHAT

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COURS

Émilie Donas*, Xavier Henry**, Isabelle Goy-Thollot***


*Unité Siamu, ENV de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-L’Étoile

La prise en charge d’une urgence requiert un personnel soignant formé pour la reconnaître et y répondre, mais aussi un minimum d’équipement et d’agents pharmacologiques disponibles à tout moment.

Résumé

Les urgences peuvent être classées en fonction de leur gravité et de la rapidité d’intervention exigée. Le triage permet de déterminer quelles urgences peuvent être prises en charge à la clinique avec le matériel à disposition. L’équipement de la clinique dédié à l’urgence doit permettre a minima de satisfaire à l’obligation de moyens. Il peut être rassemblé dans une “trousse” dont les caractéristiques fonctionnelles (emplacement, forme) et le contenu sont adaptés à la pratique vétérinaire exercée. Son organisation doit autoriser un maximum d’efficacité dans la réanimation. La trousse d’urgence contient du matériel d’aide au diagnostic, du matériel thérapeutique, des agents pharmacologiques et des solutés de perfusion.

Médicalement, l’urgence se définit comme une situation nécessitant la prise en charge rapide d’un animal dont les fonctions vitales sont perturbées, voire en état de défaillance. Plusieurs niveaux d’urgence peuvent être distingués en fonction de la gravité de l’affection et de la rapidité d’intervention exigée. La technicité nécessaire à un traitement efficace de l’urgence s’accroît en général avec sa gravité.

Pour un maximum d’efficacité, le matériel et les médicaments nécessaires doivent être rassemblés dans une trousse uniquement dédiée à cet effet. Les caractéristiques fonctionnelles et le contenu de celle-ci sont déterminés en fonction du type de pratique vétérinaire exercée.

Classification de l’urgence

Une urgence peut survenir à n’importe quel moment d’une journée ou d’une nuit, et entraîne un surcroît d’activité. Le triage permet de classer l’urgence en fonction de sa gravité et d’établir un ordre de priorité. Il est souvent, dans un premier temps, téléphonique : une série de questions simples peut être posée afin d’établir le niveau de l’urgence. Le triage téléphonique permet de juger de la possibilité pour la clinique de mettre en œuvre les soins nécessaires, et de rediriger éventuellement l’animal. Le code de déontologie vétérinaire prévoit, dans les devoirs fondamentaux, une obligation de soins à l’animal en péril : « Le vétérinaire doit répondre dans les limites de ses possibilités à tout appel qui lui est adressé pour apporter des soins d’urgence à un animal. S’il ne peut répondre à cette demande, il doit indiquer le nom d’un confrère susceptible d’y répondre.» (Art. R.* 242-48, VI). L’obligation de soins s’applique a minima à toutes les urgences vraies. En ce qui concerne les urgences relatives, celles pour lesquelles le pronostic vital n’est pas engagé, mais qui provoquent une volonté impérieuse de la part du propriétaire de consulter en urgence, il semble être à la discrétion du vétérinaire d’accéder à la demande de son client.

Des urgences sont présentées spontanément à la clinique, sans appel téléphonique préalable. Pour un maximum d’efficacité, la prise en charge immédiate de ces animaux nécessite d’avoir à disposition le matériel et les agents pharmacologiques nécessaires. Le vétérinaire, s’il n’a pas d’obligation de résultat, a toutefois une obligation de moyens ; la détention d’un matériel adéquat en état de marche et de quelques médicaments, associée à une actualisation des connaissances en urgence et en réanimation, permet d’y satisfaire.

Un classement des urgences en quatre niveaux en fonction de leur gravité est proposé (voir le TABLEAU “Classification des urgences”).

Caractéristiques de la trousse d’urgence

La trousse d’urgence, quelle que soit sa forme (mallette, chariot), doit répondre à des caractéristiques fonctionnelles impératives :

- son emplacement est invariable, accessible et connu de tout le personnel soignant, vétérinaires et auxiliaires spécialisés vétérinaires ;

- elle doit être aisément transportable d’une salle à l’autre : s’il s’agit d’un chariot sur roues, ses dimensions sont compatibles avec des déplacements aisés ; s’il s’agit d’une mallette, celle-ci est à la fois légère et solide ;

- sa forme et sa présentation en font un instrument pratique : l’ensemble du matériel et des médicaments est facilement accessible. S’il s’agit d’un chariot muni de tiroirs, le contenu de ces derniers est clairement identifié (étiquettes, code couleur, etc.) ; ils peuvent être équipés d’une compartimentation, elle-même pourvue d’étiquettes. Les médicaments sont ordonnés par ordre alphabétique ; un classement par fonctions vitales est aussi envisageable ;

- son contenu est régulièrement vérifié (quantités et dates de péremption des médicaments), testé et reconditionné. Il est spécifiquement dédié aux urgences.

L’idée première pour l’organisation de cette trousse est de tendre vers un maximum d’efficacité dans la réanimation.

Contenu de la trousse d’urgence

Le choix du matériel et des médicaments de la trousse d’urgence doit être adapté au type de pratique vétérinaire exercée.

• Lors d’activité généraliste avec des urgences occasionnelles (sans gardes), la clinique n’est que rarement équipée d’un appareil d’anesthésie volatile et d’appareils de monitorages cardiovasculaire et respiratoire, car les interventions pratiquées sous anesthésie sont le plus souvent de courte durée et réalisées chez des animaux en bon état général (chirurgie de convenance, par exemple). Ainsi, une trousse de type mallette d’urgence, peu encombrante, et contenant le matériel et les médicaments strictement nécessaires à la gestion des urgences les plus courantes est plus appropriée (voir la “Fiche technique n°1”).

• À l’opposé, lors d’activité chirurgicale spécialisée, de système de garde continu avec ouverture 24 heures sur 24 et/ou de centre de référés, la clinique possède en général une source d’oxygène, un appareil d’anesthésie volatile et des appareils de surveillance. Ce type de structure est à même de prendre en charge des animaux polytraumatisés. Sur un plan pratique, il est préférable d’envisager une trousse plus conséquente, plus complète, de type chariot roulant sur lequel sont disposés l’appareil d’anesthésie volatile et le monitorage, auxquels s’ajoutent du matériel et des médicaments dédiés aux urgences (voir la “Fiche technique n° 2”>).

• Entre ces deux catégories extrêmes, plusieurs cas de figure peuvent se décliner en fonction de l’activité d’hospitalisation, du rythme des gardes et de la présence plus ou moins éloignée d’un centre de référé. Un minimum est néanmoins indispensable lors de la réalisation de gardes : une source d’oxygène, des médicaments et plusieurs solutés de perfusion, un inventaire régulier du matériel (voir la “Fiche technique n° 3”).

Le matériel et les médicaments de la trousse d’urgence doivent permettre la mise en place des mesures de réanimation. Plusieurs étapes identifiées sur le mode ABCDEF, en nomenclature anglo-saxonne, doivent ainsi pouvoir être réalisées (voir l’ENCADRÉ “Mesures de réanimation”).

Matériel d’aide au diagnostic

• Des instruments simples et peu onéreux, nécessaires à l’examen de l’animal, doivent faire partie intégrante de la trousse d’urgence :

a minima un stéthoscope, un thermomètre électronique, une lampe ophtalmologique, un marteau réflexe et une pince hémostatique ;

- éventuellement, des appareils de mesure rapide de la glycémie de type Glucotrend® et de la lactatémie de type Lactotrend®.

• À cet équipement de base peuvent s’ajouter des appareils de monitorages cardiovasculaire et respiratoire (PHOTO 2).

1 Un électrocardiographe permet de suivre l’activité électrique du cœur, ainsi que de détecter et d’identifier des troubles du rythme et d’évaluer précisément la fréquence cardiaque. Un suivi continu de l’électrocardiogramme (ECG) sur un moniteur est préférable en réanimation. Il est conseillé et toujours intéressant de surveiller en parallèle la pression artérielle (ou la présence d’un pouls) puisque l’ECG ne renseigne pas sur l’activité mécanique du cœur [5].

2 Un appareil de mesure de la pression artérielle (non invasif) :

- un Doppler : sa sonde est placée contre la peau, au contact d’une artère métacarpienne ou métatarsienne. Sa fixation avec un sparadrap permet un suivi auditif du flux sanguin en continu, et ainsi l’appréciation de la fréquence cardiaque et de la qualité du pouls. Le gonflement ponctuel du brassard autorise un suivi régulier de la pression artérielle [5] ;

- la méthode oscillométrique mesure la pression artérielle de manière automatique ; le brassard est relié à un moniteur par le biais d’un transducteur qui détermine les modifications de pression du brassard. Cette méthode permet le suivi des pressions artérielles systolique, diastolique et moyenne, et celui de la fréquence cardiaque [5]. Les informations fournies sont toutefois ponctuelles.

La mesure invasive de la pression artérielle nécessite plus de technicité et de matériel (cathéter artériel, ligne de pression artérielle, etc.). Elle est utilisée lors d’interventions chirurgicales lourdes, mais rarement en urgence.

3 Un oxymètre de pouls indique la saturation de l’hémoglobine en oxygène (SpO2). Il renseigne sur l’oxygénation tissulaire, donc sur la nécessité de mettre en place une oxygénothérapie. Dans des conditions normales, un animal qui respire l’air ambiant a une SpO2 supérieure à 95 %. Une SpO2 inférieure à 94 % peut être due à un défaut majeur de ventilation, à une obstruction des voies aériennes, à une anomalie de diffusion alvéolaire de l’oxygène (œdème pulmonaire) ou à une hypoperfusion pulmonaire [3, 5].

La sonde, en forme de pince, doit être placée sur une surface non pigmentée et dépourvue de poils (ou rasée), telle que le pavillon auriculaire, la vulve, le prépuce ou la langue. En pratique, l’agitation de l’animal peut compliquer le positionnement de la sonde et surtout son maintien. En outre, la SpO2 est un marqueur tardif de l’hypoventilation si l’animal respire de l’air enrichi en oxygène.

Un analyseur de gaz sanguins peut être utilisé pour évaluer l’efficacité de la fonction respiratoire, en particulier l’origine d’une modification de pH sanguin [5]. Du sang veineux, ou mieux du sang artériel, est prélevé à l’aide d’une seringue héparinée et analysé dans les cinq minutes. Couplée au ionogramme, la mesure des gaz sanguins est idéale pour choisir le soluté de perfusion le mieux adapté à la condition de l’animal.

Matériel thérapeutique

Une organisation sous forme de kits peut faciliter l’accès au matériel si la trousse contient peu de compartiments. Ce dernier est classé en fonction du moyen mnémotechnique ABCD.

1. Airways : A (contrôle des voies aériennes)

Matériel d’intubation orotrachéale

L’intubation orotrachéale est nécessaire >:

- pour restaurer la perméabilité des voies respiratoires supérieures lors d’obstruction (corps étranger, paralysie laryngée, syndrome brachycéphale aigu, masse intraluminale, etc.) ;

- pour permettre une ventilation manuelle lors d’insuffisance ventilatoire, et plus particulièrement lors d’arrêt respiratoire ;

- lorsqu’une intervention sous anesthésie est nécessaire pour traiter l’urgence (sondage orogastrique lors de syndrome dilatation-torsion, par exemple).

Le kit d’intubation doit contenir un jeu de sondes orotrachéales de différents diamètres, deux pas-d’âne de tailles différentes, un laryngoscope ou un abaisse-langue, de la xylocaïne en spray (surtout pour les chats), du gel de pramocaïne (Tronothane®) pour lubrifier la sonde et désensibiliser la muqueuse trachéale, un guide-sonde, un lien pour maintenir la sonde en place et une seringue sèche pour gonfler le ballonnet de la sonde (PHOTO 6).

Matériel de shunt des voies aériennes supérieures

Lorsque l’obstruction du carrefour laryngé empêche l’intubation de l’animal, un cathéter transtrachéal peut être mis en place momentanément pour faciliter l’oxygénation lors d’hypoxémie sévère. Cependant, ce dernier ne permet pas de ventiler l’animal ; une sonde de trachéotomie doit alors être utilisée. Dans la majorité des cas d’obstruction des voies aériennes supérieures, la pose d’une sonde de trachéotomie n’est pas réalisée en urgence [1].

À défaut, un cathéter intraveineux de gros diamètre peut être mis en place dans la lumière trachéale.

2. Breathing : B (ventilation)

Matériel d’oxygénothérapie

L’oxygénothérapie est fondamentale dans de nombreux cas d’urgence. La clinique doit donc être équipée d’une source d’oxygène (bouteille ou concentrateur d’oxygène) (PHOTOS 7 et 8). D’une manière générale, dans toute forme de détresse respiratoire, lors d’état de choc ou d’anémie, il est indispensable de supplémenter l’air inspiré en oxygène [1].

La méthode d’oxygénothérapie choisie doit être la moins stressante possible pour l’animal. Cela peut être réalisé par l’intermédiaire d’un tuyau maintenu sous les narines (flow-by), d’un masque à oxygène, d’un collier élisabéthain, d’une sonde nasale ou d’un cathéter transtrachéal lors de ventilation spontanée, et par une sonde endotrachéale (ou une sonde de trachéotomie) en ventilation artificielle. En ce qui concerne la trousse d’urgence, la sonde nasale peut être préférée pour des raisons d’encombrement minimal.

Le kit d’oxygénothérapie contient alors deux sondes naso-œsophagiennes de diamètres et de longueurs différents (CH6 et CH10), de la xylocaïne en spray, du sparadrap et de la glue (ou un fil de suture) pour fixer la sonde (PHOTO 9).

Matériel de thoracocentèse

Si un pneumothorax ou un épanchement pleural est suspecté chez un animal en détresse respiratoire, la thoracocentèse doit être réalisée immédiatement, avant toute autre manipulation à visée diagnostique ou thérapeutique nécessitant une contention stressante [1]. Le kit de thoracocentèse contient peu de matériel : des épicrâniennes, un robinet à trois voies (ou un clamp) et une seringue de 10 ou 20 ml (PHOTO 10).

Matériel de ventilation artificielle manuelle

Il est utilisé lors d’arrêt respiratoire, mais également lors d’apnée, d’hypoxie ou d’hypercapnie peranesthésiques. En l’absence d’appareil d’anesthésie volatile, la ventilation manuelle est réalisée à l’aide d’un ballon d’Ambu relié à la sonde endotrachéale et à une source d’oxygène (PHOTO 11). Si un appareil d’anesthésie volatile est à disposition, la ventilation manuelle s’effectue par l’intermédiaire du ballon réservoir du circuit d’anesthésie ; l’air inspiré est alors enrichi en oxygène.

3. Circulation : C (massage cardiaque)

La réalisation du massage cardiaque externe ne demande aucun matériel particulier. Pour le massage cardiaque interne, le kit d’instruments chirurgicaux décrit ci-dessous est indispensable. Un défibrillateur électrique est nécessaire lors de fibrillation ventriculaire (3 à 5 J/kg lors de défibrillation externe et 0,2 à 0,4 J/kg lors de défibrillation interne) (PHOTO 12).

4. Accès veineux périphérique

La mise en place d’une voie veineuse périphérique est indispensable en urgence. Elle permet l’administration des médicaments et la perfusion des solutés. En cas de choc perfusionnel (par exemple, hypovolémique), deux voies veineuses périphériques peuvent être requises pour obtenir une fluidothérapie efficace.

Le kit d’accès veineux comprend un garrot, des cathéters intraveineux de différents diamètres, du sparadrap et des bouchons. Le nécessaire d’entretien de la voie veineuse peut s’y adjoindre : une tubulure de perfusion et, éventuellement, un prolongateur avec un robinet à trois voies. Ce dernier permet l’injection intraveineuse de médicaments, en parallèle du soluté de perfusion (PHOTO 13).

5. Instruments chirurgicaux

Dans l’urgence, il peut être nécessaire de pratiquer un geste chirurgical tel qu’une dénudation veineuse ou une ligature. La réalisation du massage cardiaque interne nécessite l’ouverture de la paroi thoracique.

Le kit d’instruments chirurgicaux stériles comprend un manche de bistouri n° 3, un porte-aiguille de Mayo-Hegar, une paire de ciseaux de Mayo, deux pinces hémostatiques, une pince à disséquer mousse, une pince à dents de souris et des compresses. À cela s’ajoutent des lames de bistouri n° 10, des fils de suture résorbables et irrésorbables de décimales 2 et 3, un champ stérile fenêtré et des gants stériles [6].

Les indispensables

D’autres outils sont indispensables à la gestion de l’urgence :

- une tondeuse ;

- des produits d’asepsie : povidone iodée savon et solution (Vétédine®), chlorhexidine savon et solution (Hibivet®), alcool à 70°, sérum physiologique stérile (Versol®) ;

- des gants d’examen non stériles ;

- des seringues et des aiguilles hypodermiques ;

- des muselières de différentes tailles ou des liens ;

- du matériel pour pansements (compresses, bandes en crêpe, en coton et/ou cohésive, sparadrap, etc.) ;

- des tubes à prélèvements sanguins (différents anticoagulants : héparine et EDTA ; tube sec) ;

- une couverture de survie.

Médicaments

Il n’existe pas, en médecine vétérinaire, de consensus sur les médicaments d’urgence. La liste présentée dans le TABLEAU “Principaux médicaments utilisés en urgence” regroupe des spécialités indispensables à la trousse d’urgence, leurs indications et leur posologie chez le chien et le chat. Cette liste n’est pas exhaustive ; d’autres agents pharmacologiques peuvent y trouver leur place (exemple de la terbutaline) ou se substituer aux molécules citées (exemple du midazolam [Hypnovel®] qui peut remplacer le diazépam). Elle est volontairement réduite à un faible nombre de médicaments d’usage courant en urgence. Il est préférable d’utiliser un nombre restreint de molécules, mais de connaître parfaitement leurs indications, leurs doses et leurs effets indésirables [4]. Le propofol, par exemple, est à tort considéré comme un agent d’induction et de maintenance anesthésiques relativement sûr ; il possède des qualités intéressantes, telles qu’une métabolisation et une redistribution rapides, et une absence d’effets cumulatifs, mais les dépressions cardiovasculaire et respiratoire induites ne sont pas négligeables (apnée, hypotension) [2].

La dobutamine et la dopamine sont des agents pharmacologiques de réserve hospitalière. Ils ne sont accessibles aux vétérinaires, en France, que depuis quelques semaines. La pharmacie centrale des hôpitaux, mais surtout les laboratoires devraient ainsi être à même de les délivrer aisément. Tous les autres médicaments sont accessibles facilement dans les centrales d’achats vétérinaires ou à la pharmacie pour les spécialités à usage humain.

L’administration intratrachéale nécessite la dissolution du médicament dans du NaCl 0,9 % stérile et son injection par l’intermédiaire d’une sonde urinaire placée dans la sonde endotrachéale. La posologie utilisée est alors le double de la dose intraveineuse.

Les médicaments doivent être accompagnés d’un tableau reprenant les concentrations, les doses et les volumes à administrer en fonction du poids estimé de l’animal (PHOTO 14). Ce tableau doit être affiché à proximité du matériel de réanimation. Un exemple est disponible sur le site Internet de la Veterinary Emergency and Critical Care Society (http://www.veccs. org/shopping_posters.php).

Les solutés de perfusion sont également des produits indispensables de la trousse d’urgence. Par souci d’encombrement, il convient de faire un choix parmi les types de solutés disponibles et de conserver ceux qui ont un réel intérêt [8]. L’utilisation de poches souples diminue également l’encombrement et limite les risques de casse et de blessure.

1. Cristalloïdes

Cristalloïdes isotoniques

Ils peuvent être utilisés pour restaurer la volémie (déshydratation, pertes exceptionnelles, correction des désordres électrolytiques et acido-basiques). L’expansion volumique est limitée (20 à 25 %) et transitoire.

Le pH et la composition électrolytique du Ringer lactate sont proches des valeurs sanguines, avec toutefois une osmolarité et une concentration en sodium inférieures à celles du plasma. Le calcium contenu dans cette solution peut former des précipités avec d’autres molécules injectées conjointement. Le NaCl 0,9 % est compatible avec la majorité des médicaments à administrer concomitamment, mais la perfusion de ce soluté en grande quantité provoque une acidose métabolique hyperchlorémique. Ainsi, le Ringer lactate et le NaCl 0,9 % sont en général recommandés de façon indifférenciée. Il est conseillé d’avoir les deux types de solutés et de choisir l’un ou l’autre en fonction de chaque cas.

Cristalloïdes hypertoniques

En urgence, les cristalloïdes hypertoniques aident à la restauration rapide de la volémie avec une expansion volumique de 400 %. Celle-ci reste toutefois transitoire, de l’ordre d’une demi-heure. Pour maintenir l’effet de remplissage vasculaire, le relais avec un colloïde ou un isotonique est indispensable.

Les cristalloïdes hypertoniques ne doivent pas être utilisés chez des animaux déshydratés.

Il existe du NaCl à 5,85 %, à 7,5 % et à 10 %. L’emploi du NaCl à 7,5 % est conseillé pour son efficacité, mais surtout pour le risque moindre d’hémolyse. Il est administré sous forme de bolus intraveineux de 2 à 5 ml/kg en 15 minutes chez le chien et de 2 ml/kg en 15 minutes chez le chat.

Les hypertoniques de sodium sont une solution alternative au mannitol lors d’œdème cérébral.

Cristalloïdes d’usage particulier

Certains solutés ont un usage particulier en urgence. C’est le cas du mannitol, du glucose 30 % et du bicarbonate de sodium.

Le mannitol est un diurétique osmotique. Il est utilisé principalement lors d’œdème cérébral, de traumatisme crânien et d’insuffisance rénale aiguë oligo-anurique, à la dose de 0,5 à 1 g/kg en bolus intraveineux lent, sur 20 minutes.

Le glucose 30 % est prescrit essentiellement lors d’hypoglycémie majeure associée à des troubles nerveux. Il est administré sous forme de bolus intraveineux lent et la glycémie est contrôlée fréquemment.

Le bicarbonate de sodium est un agent alcalinisant utilisé principalement dans le traitement de l’acidose métabolique et des hyperkaliémies sévères à la dose de 0,5 à 1 mmol/kg par voie intraveineuse. Compte tenu de la gravité de ses effets indésirables (alcalose métabolique, troubles cardiaques, hypoxie tissulaire, hyperosmolarité iatrogénique), son emploi doit être limité aux cas d’acidose métabolique sévère [8]. En l’absence de suivi des gaz du sang, son emploi est déconseillé.

2. Colloïdes

Le colloïde de synthèse utilisé par les auteurs est un hydroxyéthylamidon de haut poids moléculaire, le Plasmohes 6 %®. Les colloïdes sont des solutés de choix lors d’hypovolémie sévère puisqu’ils assurent un remplissage vasculaire rapide et durable (16 à 18 heures). Ils ont également un pouvoir oncotique qui justifie leur emploi lors d’hypoprotéinémie (inférieure à 35 g/l) ou d’hypoalbuminémie (inférieure à 15 g/l) marquées.

Leur administration peut se faire sous forme de bolus intraveineux de 2 à 5 ml/kg chez le chien et de 1 à 2 ml/kg chez le chat, en 20 minutes. Elle peut être renouvelée sans dépasser 20 ml/kg sur 24 heures.

Quels que soient la forme et le contenu de la trousse, son matériel et ses médicaments ne sont dédiés qu’aux urgences. Son contenu doit être régulièrement contrôlé : stérilité des instruments chirurgicaux, date de péremption des médicaments, remplacement des kits utilisés, etc. La réalisation d’une liste de contrôles permet de s’affranchir de cette tâche rapidement et sans oubli.

Fiche technique n° 1

Une “trousse” d’urgence simple et pratique, pour une activité généraliste sans gardes (urgences occasionnelles).

Le modèle de la trousse peut être, par exemple, une mallette avec différents compartiments (PHOTO 1). À la fois compacte et légère, elle contient l’ensemble du matériel et des médicaments de première nécessité lors d’urgence.

Matériel d’aide au diagnostic

Le matériel de base : stéthoscope, thermomètre électronique, lampe ophtalmologique, marteau réflexe, clamp.

Matériel thérapeutique

• Kit d’intubation.

• Kit de thoracocentèse, ballon d’Ambu.

• Kit d’accès veineux.

• Kit d’instruments chirurgicaux stériles.

Les indispensables

• Une tondeuse.

• Des produits d’asepsie : povidone iodée savon et solution (Vétédine®), chlorhexidine savon et solution (Hibivet®), alcool à 70°, sérum physiologique stérile (Versol®).

• Des gants d’examen non stériles.

• Des seringues et des aiguilles hypodermiques.

• Des muselières de différentes tailles ou des liens.

• Du matériel pour pansements (compresses, bandes en crêpe, en coton et/ou cohésive, sparadrap, etc.).

• Des tubes à prélèvements sanguins (différents anticoagulants : héparine et EDTA ; tube sec).

• Une couverture de survie.

Médicaments et solutés de perfusion

• Médicaments : a minima ceux utiles en réanimation, sauf l’oxygène, et un anesthésique (voir le tableau “Principaux médicaments utilisés en urgence”).

• Solutés de perfusion : les cristalloïdes isotoniques et un cristalloïde hypertonique.

Fiche technique n° 2

Une “trousse” d’urgence ergonomique et complète, pour une activité chirurgicale spécialisée, un centre de référés et un système de garde continu avec ouverture 24 heures sur 24.

Le modèle de la trousse peut être, par exemple, un chariot roulant avec différents compartiments où sont solidarisés l’appareil d’anesthésie volatile et les appareils de monitorage (PHOTO 3). L’accès à la source d’oxygène, à l’appareil d’anesthésie gazeuse ou à l’espace dédié à la réanimation peut nécessiter un déplacement de l’animal vers le matériel d’urgence, et non l’inverse (PHOTO 4).

Matériel d’aide au diagnostic

• Le matériel de base : stéthoscope, thermomètre électronique, lampe ophtalmologique, marteau réflexe, clamp.

• Un appareil de mesure rapide de la glycémie et, éventuellement, de la lactatémie.

• Des appareils de monitorage : un électrocardiographe, un Doppler ou une méthode oscillométrique de mesure de la pression artérielle, un oxymètre de pouls. L’acquisition de ces différents paramètres peut se faire sur le même moniteur.

• Un ionogramme, indispensable, et un analyseur des gaz sanguins, vivement conseillé.

Matériel thérapeutique

• Kit d’intubation, cathéter transtrachéal.

• Kit d’oxygénothérapie, kit de thoracocentèse, appareil d’anesthésie volatile et ballon d’Ambu.

• Défibrillateur.

• Kit d’accès veineux.

• Kit d’instruments chirurgicaux stériles.

Les indispensables

• Une tondeuse.

• Des produits d’asepsie : povidone iodée savon et solution (Vétédine®), chlorhexidine savon et solution (Hibivet®), alcool à 70°, du sérum physiologique stérile (Versol®).

• Des gants d’examen non stériles.

• Des seringues et des aiguilles hypodermiques.

• Des muselières de différentes tailles ou des liens.

• Du matériel pour pansements (compresses, bandes en crêpe, en coton et/ou cohésive, sparadrap, etc.).

• Des tubes à prélèvements sanguins (différents anticoagulants : héparine et EDTA ; tube sec).

• Une couverture de survie.

Les médicaments et solutés de perfusion

• Médicaments : a minima ceux cités dans le tableau “Principaux médicaments utilisés en urgence”.

• Solutés de perfusion : des cristalloïdes isotoniques, un cristalloïde hypertonique, un colloïde, du mannitol, du glucose 30 %; du bicarbonate de sodium si mesure des gaz sanguins disponible.

Fiche technique n° 3

Une “trousse” d’urgence indispensable pour une activité généraliste avec gardes

Le modèle de la trousse peut être, par exemple, un petit chariot roulant avec différents compartiments (PHOTO 5); il est alors aisément transportable d’une salle à l’autre. L’accès à la source d’oxygène et/ou à l’appareil d’anesthésie gazeuse peut nécessiter un déplacement de l’animal vers le matériel d’urgence, et non l’inverse.

Matériel d’aide au diagnostic

• Le matériel de base : stéthoscope, thermomètre électronique, lampe ophtalmologique, marteau réflexe, clamp.

• Un appareil de mesure rapide de la glycémie.

• Des appareils de monitorage : a minima, un électrocardiographe et un Doppler

Matériel thérapeutique

• Kit d’intubation.

• Kit d’oxygénothérapie, kit de thoracocentèse, ballon d’Ambu +/ - appareil d’anesthésie volatile.

• Kit d’accès veineux.

• Kit d’instruments chirurgicaux stériles.

Les indispensables

• Une tondeuse.

• Des produits d’asepsie : povidone iodée savon et solution (Vétédine®), chlorhexidine savon et solution (Hibivet®), alcool à 70°, sérum physiologique stérile (Versol®).

• Des gants d’examen non stériles.

• Des seringues et des aiguilles hypodermiques.

• Des muselières de différentes tailles ou des liens.

• Du matériel pour pansements (compresses, bandes en crêpe, en coton et/ou cohésive, sparadrap, etc.).

• Des tubes à prélèvements sanguins (différents anticoagulants : héparine et EDTA ; tube sec).

• Une couverture de survie.

Les médicaments et solutés de perfusion

• Médicaments : a minima ceux utiles en réanimation et les anesthésiques (voir le TABLEAU “Principaux médicaments utilisés en urgence”). L’oxygène est indispensable.

• Solutés de perfusion : des cristalloïdes isotoniques et un cristalloïde hypertonique, du mannitol.

Mesures de réanimation

Réanimation de base : ABC

A : Airway, (prise de contrôle des voies aériennes)

B : Breathing (ventilation)

C : Circulation (massage cardiaque)

Réanimation avancée : DEF

D : Drugs (administration de médicaments)

E : Electrical activity, ECG (activité électrique du coeur)

F : Fluids, Follow-up (fluidothérapie et suivi)

Plusieurs étapes classées sur le mode ABCDEF sont réalisées lors d’une réanimation. Cette dénomination dérive de la nomenclature anglo-saxonne.

Points forts

La détention d’un minimum d’équipement et d’agents pharmacologiques dédiés à l’urgence permet de satisfaire à l’obligation de moyens.

La trousse d’urgence est organisée pour que la réanimation soit la plus efficace possible.

La trousse d’urgence doit être adaptée au type de pratique vétérinaire exercée. La prise en charge des urgences impose un équipement minimal (source d’oxygène notamment).

Le contenu de la trousse est strictement dédié à l’urgence et vérifié de façon régulière.

En savoir plus

Brissaud F. Une unité mobile de réanimation à usage vétérinaire : conception et utilisation pour les urgences cardiovasculaires et respiratoires chez les carnivores domestiques. Thèse d’exercice vétérinaire, ENVL. 2001 : 346 p.

  • 1 - Bistner SI, Ford RB, Raffe MR. Handbook of veterinary procedures and emergency treatment, 7th ed. WB. Saunders Company. 2000:1022p.
  • 2 - Campbell VL. Anesthetic protocols for common emergencies. Vet. Clin. North Am. Small. Anim. Pract. 2005;35:435-453.
  • 3 - Hackett TB. Pulse oxymetry and end tidal carbon dioxide monitoring. Vet. Clin. North Am. Small. Anim. Pract. 2002;32:1021-1029.
  • 4 - Hackett TB, Lehman TL. Practical considerations in emergency drug therapy. Vet. Clin. North Am. Small. Anim. Pract. 2005;35:517-525.
  • 5 - Junot S. La surveillance instrumentale de l’anesthésie chez le chien et le chat. Nouv. Prat. Vét. 2005:25;23-26.
  • 6 - Pariaut R. Les gestes techniques en urgence, fiches de procédure. Thèse d’exercice vétérinaire, ENVL. 2002:126p.
  • 7 - Plumb DC. Veterinary drug handbook, 5th ed. Blackwell publishing. 2005:929p.
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photo 1. Exemple de mallette d’urgence.

PHOTO 10. Exemple de composition du kit de thoracocentèse.

PHOTO 11. Le ballon d’Ambu est indispensable à la ventilation artificielle manuelle, en l’absence de circuit d’anesthésie volatile.

PHOTO 12. Le défibrillateur permet de lutter contre les fibrillations ventriculaires.

PHOTO 13. Exemple de composition du kit d’accès veineux.

PHOTO 14. Un tableau des doses reprend les principaux médicaments utilisés.

PHOTO 2. Moniteur permettant le suivi du tracé électrocardiographique, de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle (méthode oscillométrique), de la fréquence respiratoire, de la température et de la saturation de l’hémoglobine en oxygène (SpO2).

PHOTO 3. Exemple de chariot de réanimation pour une structure spécialisée.

PHOTO 4. Unité Siamu, ENV de Lyon. Un espace doit être dédié à la réanimation dans les structures spécialisées.

PHOTO 5. Exemple de chariot d’urgence de petit format.

PHOTO 6. Exemple de composition du kit d’intubation.

PHOTO 7. Une bouteille d’oxygène de petit format peut être amenée au chevet de l’animal. Elle permet éventuellement un transport sous O2, vers une autre structure d’accueil.

PHOTO 8. Le concentrateur d’oxygène est une solution alternative à la bouteille d’oxygène.

PHOTO 9. Exemple de composition du kit d’oxygénothérapie.

Classification des urgences

Une classification des urgences en quatre niveaux est proposée en fonction de leur gravité et de la rapidité d’intervention exigée. Une série d’exemples est énoncée pour chaque niveau d’urgence.

Principaux médicaments utilisés en urgence

IV : voie intraveineuse. IT : voie intratrachéale. IR : voie intrarectale. SC : voie sous-cutanée. IM : voie intramusculaire. CN : chien. CT : chat. (1) Médicament à usage humain. Ce tableau regroupe des médicaments d’usage courant en médecine d’urgence chez le chien et le chat. Cette liste n’est pas exhaustive. Les médicaments “utiles en réanimation” sont indispensables à la gestion des urgences et facilement accessibles. Les médicaments “utiles en soins intensifs” (dobutamine et dopamine) sont d’emploi plus délicat et réservés à des structures spécialisées ; leur approvisionnement n’est pas facile. Les agents d’anesthésie proposés dans ce tableau peuvent être utiles en urgence. D’après [7, 8].