Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

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NOUVEAUTÉS

Catherine Gilson

CERREC ENV de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-l’Étoile

La très grande fréquence des tumeurs malignes chez la chatte rend le pronostic difficile à établir sans les résultats de l’examen anatomopathologique.

Les tumeurs mammaires sont les troisièmes tumeurs les plus rencontrées chez le chat après les tumeurs cutanées et les tumeurs hématopoïétiques [1, 2, 3, 4, 5, 6].

Elles touchent les femelles dans 99 % des cas. Elles sont principalement diagnostiquées chez des chattes de plus de six ans, avec une moyenne d’âge de 10 à 11 ans [1, 2, 3, 4, 5, 6]. Elles apparaissent rarement et sont bénignes avant l’âge de trois ans. Passé cet âge, elles sont plus fréquentes et souvent malignes.

Les races orientales, spécifiquement les siamoises, ainsi que les chattes à poils courts présentent un risque deux fois plus élevé de développer des tumeurs mammaires [1, 4, 5, 6]. De plus, elles auraient tendance à développer des tumeurs malignes et cela, plus précocement que les autres races.

De 80 à 96 % des tumeurs mammaires félines sont des carcinomes agressifs, et, plus spécifiquement, des carcinomes (non infiltrants, tubulopapillaires, solides, cribiformes, mucineux), des carcinosarcomes et des épithéliomas spinocellulaires [2, 4].

Les femelles non stérilisées développeraient neuf fois plus de fibro-adénomes que les chattes stérilisées [2].

La classification la plus largement adoptée est celle de l’Organisation mondiale de la santé (voir le TABLEAU complémentaire “Classification histologique des tumeurs mammaires chez le chat” sur planete-vet.com.

Bilan TNM

Étant donné l’agressivité et la rapidité d’évolution de ces tumeurs. Un bilan d’extension rigoureux doit être réalisé avant toute intervention. Il s’appuie sur le système TNM ou Tumour Node Metastasis (voir l’ENCADRÉ “Stade clinique des cancers mammaires chez la chatte” et le TABLEAU “Groupement par stades”).

Le principe de ce système est d’évaluer l’extension de la maladie cancéreuse par l’intermédiaire de trois paramètres : la taille de la tumeur primitive, la présence d’une adénopathie et l’existence de métastases à distance. Les objectifs d’un tel système sont multiples. Le principal est de dresser un bilan morphologique du processus cancéreux permettant d’apporter une valeur pronostique susceptible d’orienter la démarche thérapeutique.

Tumeur primitive (T)

Plus de la moitié des chattes présentent une atteinte de plus d’une mamelle [1]. Néanmoins, une légère prédominance des mamelles axillaires et inguinales est constatée [2].

Ces tumeurs sont fréquemment rencontrées sous forme de nodules simples ou multiples et coalescents. Elles sont recouvertes d’une peau ulcérée dans 25 % des cas, et adhérentes aux plans musculaire et sous-cutané. L’envahissement lymphatique peut être visualisé par la présence de cordons nodulaires sous-cutanés. En revanche, une adénomégalie n’est pas systématiquement retrouvée, même en cas d’envahissement tumoral [4]. La tuméfaction due à un thrombus tumoral ou à une baisse du retour vasculaire peut entraîner une gêne, un œdème et une modification de la température des membres pelviens. Les mamelons atteints sont rouges, gonflés, et un liquide brun jaunâtre s’en écoule parfois. Les signes généraux apparaissent rapidement chez la chatte, en raison de l’essaimage métastatique précoce qui entraîne une altération de l’état général, une anorexie, et, parfois, une polypnée secondaire aux métastases pulmonaires ou pleurales [4].

La distinction entre tumeurs bénignes et malignes fait appel à un certain nombre d’éléments anatomo-cliniques (voir le TABLEAU “Critères architecturaux de distinction de malignité”) :

- les adénomes sont très rares et habituellement présents sous la forme de nodules solitaires, petits, modérément circonscrits et fermes à la palpation ;

- les carcinomes se présentent habituellement comme des nodules multiples, de grande taille, mal délimités, ulcérés et gonflés de manière diffuse. Ils envahissent facilement les vaisseaux lymphatiques et sanguins. Un œdème lymphatique extensif des membres pelviens peut survenir à la suite d’une croissance et d’une occlusion lymphatique rétrograde. La plupart des carcinomes croissent rapidement et se nécrosent.

Nœuds lymphatiques (N)

L’examen des nœuds lymphatiques doit être réalisé avec soin. Il est primordial de pouvoir identifier toute modification de taille et d’aspect des ganglions palpables. Les ganglions axillaires accessoires et inguinaux sont les premiers concernés en cas d’extension du processus tumoral.

Tout ganglion anormal doit faire l’objet d’une cytologie par aspiration à l’aiguille fine ou d’une biopsie.

Métastases (M)

Les carcinomes mammaires félins sont infiltrants localement et dans les tissus contigus. Le plus souvent, ils métastasent dans les poumons (83,6 % des cas). Les images radiographiques indiquent une densification interstitielle généralisée, associée à des nodules de taille variable (aspect miliaire), dont l’interprétation est parfois délicate (PHOTO). Les sites de métastase les plus fréquents, sont les nœuds lymphatiques régionaux dans 82,8 % des cas, et, plusrarement, la plèvre (42,2 %) ou le foie (23,6 %). D’autres sites sont rencontrés, mais de manière moins systématique : la rate, l’omentum, le pancréas, les surrénales, les reins, les ovaires, le cerveau, les vertèbres, les côtes, etc.

Diagnostic histopathologique

Lors de l’exérèse chirurgicale de la chaîne mammaire, chaque masse tumorale et chaque nœud lymphatique sont préparés afin de réaliser une analyse histopathologique.

Cette étape est la seule qui permette un diagnostic de certitude du type tumoral. C’est aussi l’unique moyen d’établir un pronostic fiable, ainsi qu’un plan thérapeutique ciblé.

Les tumeurs mammaires malignes de la chatte sont dans 80 % des cas des adénocarcinomes tubulaires ou papillaires simples plus ou moins différenciés ou des carcinomes solides trabéculaires. La majorité sont mixtes et constituées d’une combinaison de ces différents types tumoraux.

Les tumeurs sont habituellement très infiltrantes, mal délimitées, remaniées par de nombreux foyers de nécrose. Les emboles vasculaires péritumoraux sont très fréquents.

Pronostic

Face aux exigences croissantes des propriétaires, le vétérinaire est contraint d’établir un pronostic le plus précis possible. Ce dernier, en partie fondé sur l’histologie, donc généralement définitif après l’intervention, est lié à l’état général de l’animal et à son évolution lors du suivi postchirurgical. Le pronostic se définit en termes de survie et de récidives.

En raison de la très grande malignité des tumeurs mammaires de la chatte, le plan profond étant presque tou-jours envahi et les métastases souvent présentes lors de l’intervention chirurgicale, il est classiquement admis que le pronostic est de réservé à mauvais.

Après avoir établi le diagnostic, le temps de survie moyen est estimé à 10 mois, avec un maximum de 36 mois dans le cas d’adénocarcinome excisé avant toute implication des nœuds lymphatiques. Il est de moins de dix mois lorsque la tumeur est agressive et a déjà métastasé. Actuellement, chez le chat, il est difficile d’émettre un pronostic précis en fonction du type tumoral.

La taille de la tumeur serait le critère pronostique le plus significatif (voir l’encadré “Facteurs associés à un mauvais pronostic”) [1, 5]. Chez le chat, les tumeurs de type adénocarcinome de moins de 2cm récidivent moins souvent localement que celles de plus de 2 à 3 cm. Les chats présentant des carcinomes mammaires de plus de 3 cm ont une survie moyenne évaluée à six mois, tandis que ceux qui développent des tumeurs de moins de 2 cm ont une survie d’environ trois ans. Le volume total des tumeurs mammaires pourrait aussi être un facteur pronostique en fonction du type tumoral. L’ulcération de la tumeur est un facteur de mauvais pronostic qui signe un état d’avancement du stade tumoral. Une exérèse totale de la chaîne, comparativement à une nodulectomie, n’augmenterait pas le temps de survie, mais permettrait de diminuer le taux de récidives [2].

Une stérilisation réalisée conjointement à l’exérèse du tissu mammaire tumoral n’augmente pas le temps de survie [3].

Stade clinique des cancers mammaires chez la chatte

Tumeur primitive : taille (T)

T0 : pas de tumeur détectable

T1 : tumeur <2 cm

T2 : tumeur de 2 à 3 cm

T3 : tumeur> 3 cm

Adénopathie régionale (N)

N0 : pas d’adénopathie, ni de métastase à l’examen histologique.

N1 : adénopathie nette et/ou métastase à l’examen histologique.

Métastase à distance (M)

M0 : pas de métastase visible cliniquement.

M1 : présence de métastases à l’examen clinique.

D’après l’Organisation mondiale de la santé, 1980.

Facteurs associés à un mauvais pronostic

Taille de la tumeur supérieure à 3 cm

Ulcération présente

Taux de mitose cellulaire élevé

Cellules nécrotiques nombreuses

Métastases lymphatiques et/ou pulmonaires

Résectionchirurgicale incomplète

Récidive après exérèse chirurgicale large

  • 1 -  Johnston SD, Kustritz MV, Olson P. Canine and feline theriogenology. WB Saunders. 2001:477-483.
  • 2 - Larboulette S. Les tumeurs mammaires félines : étude bibliographique et étude personnelle. Thèse de doctorat vétérinaire, Nantes. 2003;n°49.
  • 3 -  Martin De Las Mulas J. et coll. Progesterone receptors in normal, dysplastic and tumourous feline mammary glands. Comparison with oestrogen receptors status. Res. Vet. Sci. 2002;72:153-161.
  • 4 -  Muller-Fleurisson C. Prise en charge des tumeurs mammaires. Point Vét. 2005;n° spécial : 24-30.
  • 5 -  Overley B, Shofer S et coll. Association between ovariohysterectomy and feline mammary carcinoma. J. Vet. Intern. Med. 2005;19:560-563.
  • 6 -  Todorova I. Prevalence and etiology of the most common malignant tumors in dogs and cats. Bulgarian J. Vet. Med. 2006;9(2):85-98.

PHOTO. La radiographie de thorax de profil d’une chatte atteinte d’un carcinome mammaire montre de nombreuses métastases pulmonaires sous forme de nodules de taille variable.

Groupement par stades

Critères architecturaux de distinction de malignité

D’après [2].