Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

DERMATOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

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COURS

Emmanuel Bensignor

Consultant en dermatologie
et allergologie vétérinaire
(Rennes, Paris, Nantes)
6, rue de la Mare-Pavée
35510 Cesson-Sévigné

Les causes des atteintes des coussinets sont variées alors que les lésions observées sont en petit nombre. Le diagnostic s’établit donc principalement par un examen histologique de biopsies.

Résumé

Les affections des coussinets ont des origines variées. Les aspects cliniques se résument à un petit nombre de lésions différentes, peu caractéristiques d’une affection : épaississement ou, à l’inverse, amincissement, craquelures, ulcères. Souvent, seul l’examen histopathologique d’une biopsie permet d’identifier la maladie et de mettre en place un traitement, s’il existe.

Les principales dermatoses des coussinets se présentent sous la forme d’un épaississement ou d’une ulcération. De nombreuses maladies peuvent être responsables d’une atteinte de cette zone. Elles font aussi partie du complexe plus général des pododermatites, décrites dans un article précédent du Point Vétérinaire [1].

Maladies virales

• Des cas d’épaississement des coussinets chez des chiots atteints de maladie de Carré ont été rapportés sous le nom de hard pad disease (maladie des coussinets durcis).

• Scott a décrit l’existence de cornes cutanées localisées aux coussinets plantaires de chats séropositifs pour le virus FeLV [3]. Le virus a été isolé sur des cultures de cornes cutanées. Celles-ci sont uniques ou multiples, de forme conique ou cylindrique, de quelques millimètres d’épaisseur et de 1 à 2 cm de hauteur.

Le traitement repose sur l’exérèse chirurgicale. Ces troubles de la kératinisation peuvent être rapprochés des affections rencontrées chez l’homme, comme le syndrome de Reiter ou l’ichthyose acquise chez les malades du sida. Ces désordres prolifératifs auraient un mécanisme physiopathologique semblable, à savoir la stimulation des kératinocytes, soit directement par le virus, soit par les cytokines libérées par les monocytes ou les lymphocytes T infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (HIV) ou féline (FIV) [2].

Pododermatites plasmocytaires félines

• Ces affections débutent cliniquement par une douleur importante sur un ou plusieurs coussinets plantaires. Les coussinets métacarpiens ou métatarsiens semblent les plus souvent atteints. Ils sont volumineux, mous et décolorés, et présentent à leur surface une fine striation et de minces squames. Les plus atteints finissent par s’ulcérer et laissent apparaître un tissu de granulation exubérant très douloureux, qui saigne facilement au moindre contact. Les chats atteints sont en général en bonne santé. Certains animaux présentent une stomatite plasmocytaire associée. Jusqu’à 50 % des chats malades seraient infectés par le FIV. Dans une autre étude, des cellules immunoréactives au virus FIV ont été retrouvées dans l’infiltrat inflammatoire sur des coupes à congélation d’un coussinet de chat atteint.

• Le traitement est soit chirurgical (exérèse des coussinets atteints), soit médical. Les options thérapeutiques sont variées : doxycycline “per os” à 10 mg/kg/j, efficace dans 75 % des cas, corticothérapie, ciclosporine à la dose de 5 mg/kg/j [3].

Génodermatoses

• La dermatose répondant à l’administration de zinc est rare. Elle peut être de type I (déficit d’absorption) chez les chiens nordiques qui présentent une anomalie de l’absorption intestinale de zinc, ou de type II (déficit d’apport) chez des chiots de races de grande taille en croissance dont la ration est déséquilibrée, avec un excès de phytates et/ou de calcium.

Les lésions podales se caractérisent surtout par un épaississement marqué des coussinets. Des squames et/ou des croûtes peuvent être observées.

Le diagnostic est établi à l’aide de biopsies.

Le traitement, simple, nécessite une supplémentation en zinc et un rééquilibrage de la ration alimentaire.

• Chez le bull terrier, l’acrodermatite létale, une maladie rare, atteint un ou plusieurs chiots de la même portée. Les animaux sont petits, chétifs, et présentent des lésions alopéciques et croûteuses des extrémités qui s’infectent rapidement (PHOTO 1). La maladie est mortelle à moyen terme en raison de déficits immunitaires généralisés qui se traduisent par des infections cutanées, respiratoires et digestives.

• Certains chiens, principalement les irish terriers, les kerry blue terriers et les dogues de Bordeaux, présentent une hyperkératose digitée localisée sur les coussinets. Ceux-ci sont très épaissis et craquelés, avec une formation de véritables cornes exubérantes (PHOTO 2). Le traitement, symptomatique, consiste à ramollir l’excès de kératine et à couper ou à tailler les lésions.

• Chez le braque allemand, des épidermolyses bulleuses sont régulièrement rapportées. La jonction dermo-épidermique est anormalement fragile, à l’origine d’ulcères localisés aux points de friction, notamment sur les coussinets (PHOTO 3).

Le diagnostic est histopathologique. Aucun traitement n’est disponible [3].

Pododermatites auto-immunes

• Les pemphigus sont rares. Ils regroupent diverses entités caractérisées par la présence d’auto-anticorps dirigés contre des constituants des desmosomes, qui sont des éléments importants de l’adhésion interkératinocytaire. Le pied est une localisation préférentielle de ces dermatites (PHOTOS 4 et 5). Parfois, il s’agit de la seule région atteinte. Les lésions touchent les quatre membres, sur les coussinets, les griffes, plus rarement les espaces interdigités. Des ulcérations, des croûtes, un épaississement des coussinets et, moins fréquemment, des pustules sont observés.

Le diagnostic est difficile à établir. Il est fondé sur la conjonction d’arguments cliniques et, surtout, sur la réalisation de biopsies cutanées.

Le traitement consiste en une immunosuppression par les corticoïdes ou l’azathioprine chez le chien, ou à l’aide de chlorambucil chez le chat.

• Les maladies auto-immunes de la jonction dermo-épidermique sont très rares. La pemphigoïde bulleuse, la pemphigoïde des muqueuses, l’épidermolyse bulleuse acquise et la dermatose à IgA linéaire se distinguent en fonction de la cible des auto-anticorps au sein de la membrane basale.

Les présentations cliniques de ces maladies sont assez semblables, avec une apparition de bulles, puis d’ulcères. Les pieds peuvent être atteints, mais souvent en association avec d’autres localisations (notamment la face, les points de pression et les muqueuses).

Le diagnostic fait appel à l’examen histopathologique de biopsies cutanées, à des techniques immunologiques, parfois sophistiquées (immunofluorescence, Western Blot) et/ou à la microscopie électronique. Le traitement repose sur une immunomodulation.

• Les vascularites sont des affections des vaisseaux. La plupart sont d’origine auto-immune, mais il existe également d’autres causes (médicamenteuse, infectieuse).

Les lésions siègent préférentiellement sur les vaisseaux de petit calibre. En pratique, les extrémités des membres ou des pavillons auriculaires sont souvent touchées. Cliniquement, il s’agit de lésions ulcératives à l’emporte-pièce, parfois nécrotiques et hémorragiques (PHOTO 6). Un cas relativement typique est l’ulcère profond localisé au centre d’un coussinet.

• La maladie des agglutinines froides est due à une coagulation excessive dans les vaisseaux de petit calibre situés aux extrémités par temps froid ou lors de contact avec une substance froide. Les vaisseaux sanguins thrombosés ne permettent plus le passage du sang. Une acrocyanose est observée et précède des pertes de substance comme des érosions ou des ulcères.

• Le vitiligo est probablement une dermatite auto-immune, caractérisée par la destruction des mélanocytes épidermiques.

Il est souvent localisé sur les coussinets, sous la forme de taches dépigmentées, surtout chez le chat (PHOTO 7).

Le diagnostic est clinique [3]. Il n’existe pas de traitement spécifique, mais des essais prometteurs sont en cours (Guaguère E. et Bensignor E., données non publiées).

Maladies métaboliques

• Le syndrome hépato-cutané est une entité rare, décrite chez le chien âgé. Il est dû à la présence d’un cancer du foie ou d’une cirrhose. Les mécanismes d’apparition des lésions cutanées sont inconnus, bien qu’une hypo-amino - acidémie puisse être à l’origine des troubles cutanés. L’hyperglucagonémie, systématique chez l’homme, est rarement présente dans l’espèce canine.

Des croûtes et des lésions exsudatives sur la face, des jonctions cutanéo-muqueuses et des extrémités sont observées. Les coussinets sont épaissis et craquelés (PHOTO 8).

Le diagnostic repose sur la réalisation de biopsies de peau dont l’aspect est caractéristique à l’analyse histopathologique : parakératose massive, œdème de la couche granuleuse et acanthose des couches profondes.

Aucun traitement n’est efficace et le pronostic est réservé.

• Des cas de calcinose localisée aux coussinets ont été rapportés chez des chiens atteints d’insuffisance rénale chronique. Une hyperparathyroïdie secondaire est probablement à l’origine de ces dépôts ectopiques de calcium. Les coussinets sont épaissis, douloureux et parfois ulcérés. Le diagnostic repose sur l’histopathologie. Le traitement de l’insuffisance rénale est indiqué [3].

Mycosis fongoïde

Lors de mycosis fongoïde, l’atteinte des coussinets est assez fréquente. Les premières lésions peuvent apparaître sous la forme d’une dépigmentation, qui évolue rapidement vers l’ulcération. Des cas d’épaississement des coussinets ont également été rapportés. Le diagnostic requiert une biopsie cutanée.

Le traitement fait appel à une chimiothérapie. Le pronostic est réservé [3].

Comme lors d’atteinte plus globale du pied, différents types d’affections entraînent des lésions des coussinets. Celles-ci se traduisent le plus souvent par un épaississement, qui peut aller jusqu’à la formation de corne, ou par des ulcérations. L’examen histologique de prélèvements de ces lésions est une aide précieuse pour établir le diagnostic.

Le praticien peut ainsi proposer un pronostic et un traitement, s’il existe. Les progrès constants en thérapeutique pourraient permettre à terme de prendre en charge les maladies pour lesquelles aucun traitement n’est disponible actuellement.

Points forts

Des affections virales peuvent entraîner une atteinte proliférative des coussinets.

Les pododermatites plasmocytaires félines sont parfois douloureuses et souvent associées à une infection par le virus de l’immunodéficience féline.

Hormis le cas de la dermatose qui répond à l’administration de zinc, il n’existe pas de traitement pour les génodermatoses.

Le traitement des pododermatites d’origine immunitaire repose principalement sur une immunomodulation.

Les maladies métaboliques qui provoquent une atteinte des coussinets sont rares.

Le pronostic du mycosis fongoïde est réservé.

  • 1 - Bensignor E. Diagnostic différentiel des pododermatites. Point Vét. 2007;38(273):26-31.
  • 2 - Bensignor E, Germain PA. Dermatologie du chien et du chat. MedCom Ed, Paris. 2005:216-220.
  • 3 - Scott DW, Miller WH, Griffin CE. Muller and Kirk’s Small Animal Dermatology. 6th ed. WB Saunders, Philadelphia. 2006:935-936.

PHOTO 1. Acrodermatite létale chez un bull terrier. Noter les lésions squameuses des coussinets.

PHOTO 2. Hyperkératose digitée chez un dogue de Bordeaux. Noter la corne cutanée et les fissurations.

PHOTO 3. Épidermolyse bulleuse chez un chiot braque allemand. Noter les ulcères des coussinets.

PHOTO 4. Pemphigus foliacé chez un chat. Noter les pustules des coussinets.

PHOTO 5. Pemphigus vulgaire chez un braque allemand. Noter les ulcères des coussinets.

PHOTO 6. Vascularite. Noter la lésion ulcérée à l’emporte-pièce.

PHOTO 7. Vitiligo chez un chat. Noter les macules hypopigmentées.

PHOTO 8. Syndrome hépato-cutané chez un chien. Noter les ulcères suintants.