Le point Vétérinaire n° 274 du 01/04/2007
 

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CARDIOLOGIE

François Serres*, Valérie Chetboul**, Carolina Carlos Sampedrano***, Vassiliki Gouni****, Jean-Louis Pouchelon*****


*Unité de cardiologie, ENVA,
**Unité de cardiologie, ENVA,
*** UMR Inserm-ENVA U841
****Unité de cardiologie, ENVA,
***** UMR Inserm-ENVA U841
******Unité de cardiologie, ENVA,
******* UMR Inserm-ENVA U841
********Unité de cardiologie, ENVA,
********* UMR Inserm-ENVA U841
**********Unité de cardiologie, ENVA,

Un labrador mâle, castré, âgé de neuf ans, est présenté pour l’exploration d’une bradycardie décelée huit mois auparavant, en raison de deux syncopes.

Aucun autre antécédent pathologique n’est rapporté par les propriétaires. L’examen clinique ne montre aucune anomalie de coloration ou de perfusion des muqueuses. La fréquence et l’amplitude des mouvements respiratoires sont normales.

L’examen cardiovasculaire révèle une fréquence cardiaque basse (45 battements par minute, ou bpm) associée à un rythme régulier, et à un pouls frappé synchrone. À l’auscultation, les bruits cardiaques sont d’intensité normale. Aucun bruit surajouté n’est détecté.

Examens complémentaires

Un examen électrocardiographique confirme une bradycardie régulière (45 ventriculogrammes par minute), d’aspect non sinusal, avec des complexes de morphologie supraventriculaire (TRACÉ 1). Des dépolarisations atriales, beaucoup plus nombreuses (150 dépolarisations par minute) et non suivies de dépolarisation ventriculaire leur sont associées.

Plusieurs examens complémentaires sont entrepris afin d’explorer une éventuelle atteinte structurale myocardique associée à ce trouble du rythme.

Un examen échocardiographique ne met pas en évidence de lésion macroscopique cardiaque, notamment aucune dilatation cavitaire secondaire à la bradycardie.

Un dosage de la troponine I et un examen sérologique (recherche d’IgM et d’IgG) permettent d’exclure une myocardite secondaire à l’évolution d’une borréliose [1].

Diagnostic et traitement

Un diagnostic de bloc atrioventriculaire du troisième degré (BAV3), très probablement idiopathique, est établi. Les propriétaires de l’animal ne souhaitent pas qu’un pacemaker soit posé. Vu la faible fréquence du rythme d’échappement, un traitement médical est instauré (théophylline, ®Theolair LP®, 15 mg/kg/j par voie orale).

Un examen de suivi est réalisé une semaine plus tard. L’animal est asymptomatique. Un examen électrocardiographique montre la persistance du BAV3 (TRACÉ 2). Cependant, la fréquence ventriculaire est augmentée et les ventriculogrammes ont désormais un aspect ventriculaire gauche.

Discussion

Les blocs atrioventriculaires de haut grade sont une des causes les plus connues de bradycardie chez le chien (un bloc est dit de “haut grade” lorsqu’un seul ventriculogramme est observé pour trois dépolarisations atriales). Les labradors retrievers, les cockers spaniels, les lévriers afghans, etc., sont prédisposés au développement d’un BAV de haut grade [2, 3]. Les femelles et les animaux âgés sont plus souvent atteints [2].

Lors de BAV de haut grade chez le chien, l’évolution est le plus souvent favorable, même en l’absence d’implantation d’un pacemaker (médiane de survie supérieure à 350 jours [2]). Cependant, une mort subite survient chez un quart des animaux dans le mois qui suit le diagnostic [2]. Plusieurs facteurs pronostiques ont été identifiés [2]. Si la présence et la nature des symptômes n’ont pas d’influence, la survie est en revanche, de façon surprenante, plus longue chez les animaux qui présentent une fréquence cardiaque plus basse (inférieure à 45 bpm) et chez ceux dont les échappements sont de morphologie ventriculaire.

La pose de pacemaker, un acte chirurgical bien maîtrisé, augmente significativement la durée de survie de l’animal et constitue le traitement de choix chez le chien symptomatique [2, 3]. Dans le cas de ce labrador, l’intérêt de cette procédure est discuté, le risque de mort subite ne restant élevé que pendant les six premiers mois après le diagnostic [2]. Chez les animaux asymptomatiques ou peu symptomatiques (ou face à des propriétaires peu motivés), l’administration de théophylline (15 à 25 mg/kg/j en formulation à libération prolongée) peut être proposée. Le mode d’action de ce traitement repose sur l’effet chronotrope positif des inhibiteurs des phosphodiestérases, qui augmente la fréquence d’échappement du rythme de secours, ainsi que la fréquence atriale. Cet effet explique l’augmentation de fréquence observée dans le cas étudié, le rythme de secours ventriculaire ayant été plus “sensible” à l’activité du médicament, et ayant dépassé le rythme de secours jonctionnel initial. Une hausse même faible de la fréquence cardiaque permet, dans certains cas, une nette amélioration clinique. Cependant, l’influence sur le pronostic d’un tel traitement reste à démontrer [2].

  • 1 - Levy SA, Duray PH. Complete heart block in a dog seropositive for Borrelia burgdorferi. Similarity to human Lyme carditis. J. Vet. Intern. Med. 1988;2:138-144.
  • 2 - Schrope DP, Kelch WJ. Signalment, clinical signs, and prognostic indicators associated with high-grade second - or third-degree atrioventricular block in dogs  124 cases (January 1, 1997-December 31, 1997). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2006;228:1710-1717.
  • 3 - Wess G, Thomas WP, Berger DM. Applications, complications, and outcomes of transvenous pacemaker implantation in 105 dogs (1997-2002). J. Vet. Intern. Med. 2006;20:877-884.

TRACÉ 2. Réalisation après 15 jours de traitement (théophylline). Noter un BAV3 avec échappements ventriculaires gauches. Fréquence cardiaque = 55 bpm