Le point Vétérinaire n° 273 du 01/03/2007
 

ÉTUDE DES ANOMALIES CONGÉNITALES BOVINES

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Alain Ducos

UMR Inra-ENVT 898
Cytogénétique
des populations animales
ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
BP 87614
31076 Toulouse Cedex 3

Les travaux sur les anomalies congénitales bovines ont permis d’en détecter deux émergentes. L’origine héréditaire de l’une d’entre elles a été confirmée.

La fréquence des mutations responsables d’anomalies héréditaires chez les bovins (malformations congénitales, anomalies métaboliques, neurologiques, etc.) est, en règle générale, faible à très faible. Toutefois, les populations bovines sélectionnées ont une structure génétique particulière. Ainsi, certains reproducteurs sont massivement utilisés, ce qui génère d’importants “goulets d’étranglement”. La fréquence de certaines mutations peut donc évoluer rapidement à certaines périodes. Ce phénomène a été observé récemment en race prim’holstein dans le cas des anomalies Blad (Bovine leucocyte adhesion deficiency, 1989-1992), Bulldog (achondroplasie, 1999-2000) ou encore CVM (Complex vertebral malformation, 2000-2002). Ces anomalies doivent être identifiées rapidement et il est nécessaire de disposer à brève échéance de tests moléculaires autorisant l’identification précoce des individus porteurs de gène(s) délétère(s). Les pertes économiques pour les filières concernées sont ainsi moindres.

Besoin des vétérinaires

Au début des années 2000, en pleine “crise CVM”, la mise en place de programmes structurés et d’outils collectifs efficaces de surveillance permettant une détection précoce de l’émergence d’anomalies est apparue indispensable. En France, en 2002, un projet d’observatoire des anomalies bovines a été initié, avec des moyens modestes, par le département de génétique animale de l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra) et ses partenaires professionnels : l’Union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination artificielle (UNCEIA), l’Institut de l’élevage, le SNGTV, France contrôle laitier, France Upra Sélection. Conformément aux objectifs fixés, différentes actions ont été engagées (voir l’ENCADRÉ “Modalités de déclaration de cas”). Les résultats obtenus au cours des quatre premières années de fonctionnement de l’observatoire sont encourageants et montrent la pertinence de cette approche. Le nouveau dispositif de surveillance devrait néanmoins acquérir une dimension sensiblement plus importante pour gagner en efficacité.

Près de 90 % des fiches de déclaration d’anomalies reçues par l’observatoire ont été renseignées par les représentants de coopératives d’insémination (techniciens et inséminateurs). À ce stade, une implication plus forte des vétérinaires praticiens paraît indispensable, notamment pour la déclaration et la description des cas. Les retombées attendues d’un tel programme concernent les éleveurs par une meilleure gestion des anomalies et une diminution des pertes subies, mais aussi les vétérinaires par une meilleure connaissance de certaines affections (voir l’ENCADRÉ “Principaux objectifs de l’observatoire des anomalies bovines”).

1 700 déclarations reçues

Quatre campagnes de vêlages complètes ont à ce jour été menées à l’aide du dispositif mis en place. Sur les 1 700 déclarations reçues au 1er novembre 2006, environ 80 % concernent la race prim’holstein. Une centaine d’anomalies potentiellement différentes ont été signalées dans cette race lors des deux dernières campagnes de vêlages.

Seules les déclarations d’anus présent non fonctionnel apparaissent récurrentes pour la race prim’holstein. Elles correspondent en quasi-totalité à des cas d’atrésie du côlon ; plus de 600 déclarations concernant cette affection ont été reçues, ce qui représente environ 40 % du nombre total de fiches transmises à l’observatoire pour cette race. Cette anomalie est connue depuis longtemps en race holstein [2]. Une origine génétique a été envisagée une dizaine d’années auparavant aux États-Unis [3]. Toutefois, d’autres facteurs de risque ont été mis en évidence, comme le constat de gestation par palpation rectale dans les 42 jours après insémination [1].

Pour initier un programme de localisation d’éventuel(s) gène(s) de prédisposition à cette affection, une collecte à large échelle d’échantillons biologiques chez les veaux atteints et leurs mères a été mise en œuvre. L’observatoire dispose actuellement de prélèvements pour 242 couples veau et mère. Dans plus de 75 % de ces cas, le constat de gestation par palpation rectale avant 42 jours n’a pas été pratiqué.

Un déterminisme génétique complexe ?

L’origine familiale des cas d’atrésie du côlon est extrêmement diversifiée (PHOTOS 1, 2 et 3). Les 242 veaux prélevés sont ainsi issus de 120 taureaux différents. Dans cette collection d’échantillons, seuls deux taureaux ont plus de dix descendants atteints. Si la nature héréditaire d’une partie de ces cas est confirmée, une telle situation pourrait être la traduction d’un déterminisme génétique complexe. L’hypothèse actuellement privilégiée est que plusieurs gènes de prédisposition à cette affection sont en ségrégation (1) dans la population holstein française (et sans doute mondiale). Pour aller plus loin dans l’exploration de cette piste étiologique, un maximum d’échantillons est nécessaire, donc la collecte de sang (sur EDTA, 5 à 10 ml) doit être poursuivie chez les couples mère et veau affectés pendant une ou deux campagnes de vêlages supplémentaires. Si une prise de sang n’a pu être effectuée chez le veau, un fragment d’oreille (quart ou demi) peut également permettre l’analyse. Ces prélèvements accompagnés de leur fiche sont gérés par l’observatoire [a]. La recherche de gènes de prédisposition à cette affection par une approche dite de “full genome scan” a été initiée en 2006 et se poursuit en 2007, grâce à un financement d’environ 90 000 € mis à disposition par le ministère de l’Agriculture, l’UNCEIA et l’Inra. La mise en œuvre de ce programme nécessite la réalisation d’au moins 50 000 génotypages de marqueurs moléculaires. Les premiers résultats devraient être disponibles courant 2008.

Le syndrome d’hypoplasie généralisée capréoliforme

Un programme comparable a été réalisé pour une autre anomalie récurrente détectée par l’observatoire pour la race montbéliarde. Initialement baptisée “tête de chevreuil”, cette maladie a été récemment renommée “syndrome d’hypoplasie généralisée capréoliforme”, ou SHGC (PHOTOS 4 et 5). Fin 2004, un gène de prédisposition a été localisé sur le chromosome 13. Un test de génotypage indirect sur marqueurs a été développé et mis à la disposition des organisations professionnelles (voir l’article “Qu’est-ce que le syndrome d’hypoplasie généralisée capréoliforme ?” du même auteur, dans ce numéro).

Cet exemple est une première réussite à porter au crédit de l’observatoire et des organisations professionnelles impliquées. Il montre l’intérêt et la pertinence d’une gestion active et volontaire d’incidents pathologiques survenant dans une population animale.

  • (1) Un gène est dit « en ségrégation » s’il est présent avec une certaine fréquence dans la population et s’il se transmet de parents à descendants dans un nombre significatif de familles.

  • (2) Contact : fax (05 61 19 39 24) ou courrier électronique (a.ducos@envt.fr.).

Modalités de déclaration de cas

La fiche générale de déclaration standardisée des cas en élevage a été développée et diffusée dans les coopératives d’insémination artificielle et auprès de certains cabinets vétérinaires. Tout praticien peut se la procurer sur le site Internet de l’unité Inra chargée de la coordination des activités de l’observatoire [a]. Une déclaration systématique des anomalies par les praticiens permettrait d’améliorer sensiblement l’efficacité du dispositif de surveillance. Les fiches remplies sont à retourner (par courrier postal, électronique ou fax) à l’animateur de l’observatoire (Alain Ducos (2), avec le cas échéant copie au centre d’insémination ayant réalisé la mise en place de la semence. Des documents peuvent les accompagner (photographies, rapport d’autopsie, etc.).

Principaux objectifs de l’observatoire des anomalies bovines

L’observatoire des anomalies bovines a plusieurs objectifs.

Mettre en place des moyens et des structures de surveillance afin de détecter tous les types d’anomalies constatées chez les veaux nouveau-nés.

Mener des actions permettant de documenter l’origine (alimentaire, sanitaire, iatrogène, génétique, etc.) des anomalies détectées. Ces mesures doivent contribuer à la production de connaissances scientifiques sur l’étiologie et l’épidémiologie des anomalies bovines. Une fois l’origine connue, l’observatoire peut aussi proposer des stratégies de prévention adaptées pour limiter l’impact de ces anomalies.

Proposer des stratégies de gestion pour les anomalies d’origine génétique avérée, de manière à éviter la diffusion des mutations dans les populations sélectionnées.

  • Brenner J, Orgad U. Epidemiological investigation of an out-break of intestinal atresia in two Israeli dairy herds. J. Vet. Med. Sci. 2003 ; 65 : 141-143.
  • Nicol JM, Herbeval A. Observations cliniques. À propos de l’atrésie du côlon des veaux holstein. Bull. GTV. 2003 ; 18 : 51-52.
  • Syed M, Shanks RD. What causes atresia coli in Holstein calves ? Cornell Vet. 1993 ; 83 : 261-263.

PHOTO 1. Veau atteint d’atrésie du côlon : un ballonnement est noté.

PHOTO 2. Glaires anales observées lors d’atrésie du côlon.

PHOTO 3. Aspect lésionnel d’un cas d’atrésie intestinale. 1 Côlon très dilaté par des gaz.2 Portion interrompue. 3 Portion d’intestin vide. 4 Côlon rempli.

PHOTO 4. Retard de développement lors de syndrome d’hypoplasie généralisée capréoliforme chez un veau (à droite).

PHOTO 5. Veau atteint du syndrome d’hypoplasie généralisée capréoliforme, avec des oreilles blanches (important signe d’appel).