Le point Vétérinaire n° 273 du 01/03/2007
 

ENVENIMATIONS CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT

Se former

COURS

Christelle Decosne-Junot

Unité Siamu
École nationale vétérinaire
de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-l’Étoile

En raison d’une thérapeutique spécifique non accessible en médecine vétérinaire ou inexistante, le traitement des envenimations par les ophidiens ou les batraciens est symptomatique.

Résumé

Les ophidiens responsables d’envenimation chez le chien et le chat en France métropolitaine sont presque exclusivement des serpents autochtones, même si la population de serpents exotiques, considérés comme des nouveaux animaux de compagnie, augmente. Les symptômes varient en fonction de l’espèce impliquée et de la quantité de venin injecté. Le traitement est local et symptomatique lors de troubles généraux, car la thérapeutique spécifique est inabordable en médecine vétérinaire.

Les batraciens sont des animaux venimeux passifs : le chien doit comprimer les glandes à venin pour s’envenimer. Les symptômes sont majoritairement locaux, mais des troubles généraux plus ou moins graves peuvent résulter de l’ingestion d’une quantité importante de venin, voire du batracien.

En France métropolitaine, les envenimations ophidiennes sont essentiellement dues à des vipères et exceptionnellement à des couleuvres. Néanmoins, avec l’attrait sans cesse croissant pour les animaux exotiques, un carnivore peut se faire mordre ou piquer par un serpent exotique de type nouvel animal de compagnie (NAC) [6, 7].

La plupart des amphibiens sont venimeux car leurs glandes cutanées sécrètent des substances toxiques. En France métropolitaine, les envenimations par les amphibiens chez les carnivores sont essentiellement dues aux crapauds et, dans une moindre mesure, aux salamandres [2].

Envenimations par les serpents

Les serpents peuvent être classés selon la disposition de leurs crochets [2, 3].

• Les aglyphes (sans crochet à venin) font partie de la famille des Colubridés et sont inoffensifs (orvet).

• Les opistoglyphes (crochets en arrière de la bouche) composent aussi la famille des Colubridés. Ils sont peu venimeux car leur morsure est rarement suivie de l’inoculation de venin du fait de la position des dents (couleuvres).

• Les protéroglyphes (crochets en avant de la bouche et fixes), dont la famille des Élapidés fait partie, sont des serpents très venimeux, à l’origine du syndrome cobraïque (cobras, serpents à lunette, mambas).

• Les solénoglyphes (crochets en avant et mobiles) sont des serpents de la famille des Vipéridés et des Crotalidés. Ils sont responsables du syndrome vipérin.

1. Envenimations par les serpents autochtones

Espèces concernées

• Les vipères à l’origine des envenimations de carnivores en France sont essentiellement la vipère aspic (Vipera aspis) et la vipère péliade (Vipera berus).

La vipère aspic vit préférentiellement dans le sud de la France et en altitude (3 000 m) alors que la vipère péliade se rencontre plus fréquemment au nord de la Loire, jusque dans le Massif central et les Alpes.

• D’autres espèces de vipères peuvent être à l’origine d’envenimation chez les carnivores :

- la vipère de Séoane (Pays basque, Vipera seoani) ;

- la vipère de Lataste (Pyrénées-Orientales, Vipera latastei) ;

- la vipère d’Orsini (Basses-Alpes, Vipera urinii) ;

- la vipère d’ammodyte (Savoie et Haute-Savoie, Vipera ammodytes).

• La couleuvre à l’origine des envenimations chez le chien et le chat est la couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulana) (voir le TABLEAU “Différences morphologiques entre la vipère et la couleuvre”) [2, 3, 5].

Mode d’envenimation

• Les envenimations ont lieu le plus souvent entre mars et octobre. Les vipères et les couleuvres vivent préférentiellement dans les zones humides ou rocailleuses. Elles attaquent rarement, excepté en période de mue ou de reproduction.

• Les morsures sont souvent défensives [2, 8]. La couleuvre mord et, rarement, pique (les crochets ne pénètrent pas dans la peau), elle envenime donc son adversaire de façon exceptionnelle.

La vipère peut :

- mordre, sans inoculer de venin ;

- piquer : les crochets pénètrent dans le corps, l’inoculation de venin n’est pas systématique ;

- envenimer son adversaire : le venin est inoculé [5].

Les signes cliniques associés sont variables selon le type d’agression et l’espèce concernée.

• Le venin de vipère a pour rôle de tuer la proie et de commencer à la digérer. Il est composé :

- de toxines (cytotoxines, myotoxines, désintégrines) ;

- d’enzymes (endopeptidases, arginine ester hydrolase, kininogénase, thrombine-like enzyme, activateur du facteur X, etc.) [2].

La composition diffère d’une espèce à l’autre. Le venin induit donc une hémolyse, diminue l’agrégation plaquettaire, provoque une hypotension et une vasodilatation périphérique (état de choc distributif), ainsi qu’une lyse tissulaire localisée.

Les doses toxiques chez le chien et le chat ne sont pas connues avec précision. Une vipère porte dans ses crochets jusqu’à 10 g de venin, mais n’en injecte qu’une partie. Le chat serait autant sensible au venin que le chien, et les morsures à la tête ou à des zones très vascularisées sont plus graves que celles aux membres (diffusion systémique du venin).

Signes cliniques

• Pour une morsure simple, les traces des crochets sont visibles après tonte : deux lésions ponctiformes espacées de 5 à 15 mm, ou une unique si seul l’un des crocs a mordu, ou plusieurs si les morsures sont multiples. Elles se situent préférentiellement sur la face ou les membres. Ces plaies sont peu douloureuses et seule une complication septique est à craindre.

• Pour une piqûre avec peu de venin inoculé, pour les points d’inoculation sont rapidement œdématiés, douloureux et érythémateux. Selon la quantité de venin administré, les symptômes locaux s’accompagnent de symptômes régionaux (adénopathie, pétéchies, hématomes), voire généraux (détresse respiratoire).

• Pour une envenimation vraie, les signes locaux (œdème, hématome et douleur) s’accompagnent de signes généraux (PHOTOS 1 à 4). Le venin de vipère entraîne une hémolyse massive et des troubles de la coagulation qui se traduisent sur le plan clinique par l’apparition de saignements spontanés par les différents orifices (hématurie, hématémèse, méléna, épistaxis, etc.) et aux points de ponction ou de pression (hématomes sous-cutanés). Un choc hypotensif se développe en parallèle, avec altération du débit cardiaque par perte sanguine. Une détresse respiratoire est souvent observée. Elle est la conséquence, soit du lieu de la morsure (œdème laryngé lors de morsure à la face ou à la gorge), soit de la réaction systémique à l’envenimation (hémorragie pulmonaire, syndrome de détresse respiratoire aiguë, etc.). Un monitorage cardiovasculaire (électrocardiogramme, pression artérielle, suivi de l’hématocrite) et respiratoire (oxymétrie de pouls a minima) est alors indispensable pour anticiper les défaillances multi-organiques à l’origine de la mort éventuelle de l’animal.

Tous les organes peuvent être atteints lors d’envenimation : reins, foie, intestin, etc. Ils peuvent être touchés directement par les toxines et les enzymes contenues dans le venin, et aussi indirectement par l’état de choc distributif : insuffisance d’apport en oxygène au système urinaire (insuffisance rénale, cystite hémorragique), au foie (insuffisance hépatique) ou aux intestins (gastro-entérite hémorragique).

Certaines toxines modifient la structure membranaire des hématies (d’où l’hémolyse) et des plaquettes (d’où une agrégation plaquettaire anormale à l’origine d’un phénomène de coagulation intravasculaire disséminée [2, 3, 5, 8].

Diagnostic

Le diagnostic étiologique se fonde à la fois sur [2] :

- les commémoratifs (chien de chasse, jeune chien ou chat en extérieur, époque de l’année) ;

- l’anamnèse (animal en bonne santé dont l’état se dégrade rapidement après qu’il a émis des cris) ;

- le descriptif clinique (traces de morsures et signes cliniques).

Traitement et pronostic

Le traitement est essentiellement symptomatique (voir l’ENCADRÉ “Conduite à tenir lors d’envenimation par les ophidiens et les batraciens en France”) [2, 4, 8].

Les soins locaux consistent à tondre et à désinfecter la zone mordue.

Le monitorage est une aide précieuse pour ajuster le traitement.

• Lors de détresse respiratoire, une oxygénothérapie et une intubation sont mises en place, et une ventilation assistée est ajoutée si nécessaire.

• Pour un choc distributif, une fluidothérapie adaptée et l’administration d’un sympathomimétique (adrénaline 0,01 à 0,02 mg/kg par voie intraveineuse, dobutamine 2 à 20 ìg/kg/min en perfusion) sont nécessaires.

• Lors de troubles de la coagulation, des facteurs de coagulation sont apportés par une transfusion de sang frais (aide au rétablissement de la volémie en cas de choc distributif). L’héparine n’est pas recommandée car elle majore le risque d’hématome et d’hémorragie.

• Lors de douleur, un traitement analgésique à base d’opiacés est le plus adapté car, à l’inverse des anti-inflammatoires, ils n’ont pas de répercussions hématologiques (morphine 0,05 à 0,2 mg/kg/h en perfusion, ou 0,1 à 0,5 mg/kg par voie sous-cutanée selon le degré de douleur) [4].

• Une antibiothérapie immédiate n’est pas à instaurer de façon systématique. Elle peut être mise en place de façon différée si l’évolution de la plaie le nécessite (complication septique sur les plaies nécrotiques) [2, 4].

• Une corticothérapie systématique n’apporte aucun bénéfice pour la gestion des œdèmes ou des réactions générales ; elle peut, à fortes doses, aggraver les saignements digestifs. Elle doit être réservée à l’utilisation concomitante de la sérothérapie (prévention d’un choc anaphylactique) [2, 4, 5].

• Les diurétiques ne sont conseillés qu’en début d’évolution pour favoriser l’élimination du venin : furosémide 1 à 2 mg/kg toutes les quatre à huit heures par voie intraveineuse. Leur action sur les œdèmes est quasi nulle car ceux-ci sont purement inflammatoires et non vasculaires (pression hydrostatique peu modifiée) [2, 4].

• Autres thérapeutiques : utilisée très précocement lors d’envenimation ophidienne, l’aprotinine peut s’avérer utile car c’est un inhibiteur des enzymes protéolytiques.

Son obtention n’est toutefois pas aisée en médecine vétérinaire (voir le TABLEAU “Complément thérapeutique lors d’envenimation ophidienne chez le chien.”). Elle est contre-indiquée lors de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) [1, 2, 3, 5].

En médecine humaine, lors d’envenimation sévère, il est recommandé d’administrer une immunothérapie antivenimeuse (Viperfav®). C’est un sérum composé de fragments F(ab’)2 d’immunoglobulines équines antivenin de vipères européennes (Vipera aspis, Vipera berus et Vipera ammodytes). Les sérums ne sont plus composés de l’ensemble des immunoglobulines d’un animal immunisé, mais uniquement des fragments efficaces extraits par purification. Chez l’homme, le fragment d’immunoglobuline le plus efficace est divalent et nommé F(ab’) (et non plus le F(ab), monovalent, qui était utilisé avant).

Son coût prohibitif (environ 1 000 €) et sa difficulté d’obtention (réserve hospitalière) empêchent d’analyser réellement son efficacité thérapeutique chez les carnivores. Dans quelques rares cas, des réactions anaphylactiques ont été observées chez l’homme (sérum hétérologue). Il convient de prendre de multiples précautions lors de son utilisation chez le chien et le chat, notamment si ceux-ci ont déjà reçu des traitements de sérothérapie (sérum antitétanique, par exemple).

Le pronostic vital doit être réservé pendant au moins une semaine lors d’envenimation ophidienne vraie chez les carnivores.

2. Envenimations par les serpents exotiques

Signes cliniques

Selon l’espèce, l’endroit de la morsure, la quantité de venin inoculé, l’expression clinique peut être très variable. Il convient de distinguer [1, 3, 5] :

- le syndrome vipérin qui associe un syndrome local marqué (douleur, œdème, nécrose) et un syndrome hémorragique ;

- le syndrome cobraïque avec l’apparition rapide de troubles neuromusculaires qui se généralisent. La mort est la conséquence de la paralysie des muscles respiratoires.

Traitement

Dans les deux cas, le traitement étiologique passe par une sérothérapie spécifique qu’il est difficile de se procurer en clinique vétérinaire. La détention d’espèces exotiques est réglementée et impose au propriétaire de se procurer le sérum spécifique.

Le traitement est alors essentiellement symptomatique avec une réanimation cardiopulmonaire et cérébrale pour le syndrome cobraïque. Pour le syndrome vipérin, le traitement est le même que celui des envenimations par les serpents autochtones. Il est contre-indiqué d’aspirer le venin. L’efficacité des systèmes d’aspiration mécanique (de type Aspivenin®) est controversée : le venin est en position trop profonde pour que la procédure soit réellement efficace [5].

La pose d’un garrot est aussi contre-indiquée, car des troubles majeurs de reperfusion tissulaire s’installent après la levée de celui-ci.

L’animal qui vient de subir une morsure de serpent doit être maintenu au calme et présenté de toute urgence à un vétérinaire.

Pronostic

Le pronostic dépend de la rapidité de mise en place des mesures thérapeutiques, de la quantité de venin inoculé et de l’espèce du serpent.

Envenimations par les crapauds

1. Espèces concernées

Plusieurs espèces de crapauds résident en France. Ils appartiennent à plusieurs familles. Le plus répandu sur le territoire est le crapaud commun (Bufo bufo) de la famille des Bufonidés (voir le TABLEAU “Différents crapauds venimeux observables en France métropolitaine”). Ce sont des animaux hétérothermes : leur période d’activité maximale, donc le risque d’envenimation, est comprise entre mars et octobre. Ce sont des animaux crépusculaires [2].

2. Mode d’envenimation

Leur venin est contenu dans deux types de glandes :

- les glandes muqueuses qui sont réparties tout le long du corps ;

- les glandes granuleuses situées en arrière des yeux et dans les glandes parotides.

La composition du venin varie selon son origine (glande muqueuse ou granuleuse) et l’espèce de crapaud concernée.

Ce venin contient en général :

- des dérivés digitaliques (toxicité cardiaque) appelés encore bufotaline, bufotoxine, bufotalinine et bufotalidine ;

- des alcaloïdes (vasoconstriction, action de type nicotinique) tels que la bufoténine ou la bufoténidine ;

- des amines biogènes à l’origine du caractère inflammatoire du venin (sérotonine, histamine, adrénaline, dopamine, etc.).

Les crapauds sont des animaux venimeux passifs : le carnivore doit prendre et écraser dans sa gueule les glandes à venin pour s’envenimer. Cela explique que le chien soit beaucoup plus sujet à ce genre d’envenimation que le chat et que les descriptions chez l’homme soient assez rares [2, 9].

3. Signes cliniques

Les signes cliniques observés sont d’abord locaux, avec une stomatite, une glossite et une gingivite. La douleur est intense. Ces signes surviennent dans l’heure qui suit le contact. Des vomissements peuvent être observés [2].

Lors d’ingestion, un syndrome abdominal aigu est observé. Des signes généraux peuvent apparaître selon la sensibilité de l’animal et la quantité de venin ingéré [2, 9].

• Les troubles cardiaques sont les plus fréquents, avec une bradycardie, une arythmie cardiaque (bloc atrioventriculaire), voire une fibrillation ventriculaire et un arrêt cardiaque. Les extrasystoles ventriculaires sont aussi courantes.

• Les troubles respiratoires sont souvent concomitants d’une détresse respiratoire aiguë (œdème aigu pulmonaire d’origines cardio­génique et inflammatoire).

• Des troubles neuromusculaires sont décrits : trémulations, paralysie ascendante et convulsions. Leur importance dépend de l’espèce de crapaud à l’origine de l’envenimation.

• Des signes oculaires sont décrits lors d’envenimation par les crapauds. Ils sont dus à la projection de venin dans l’œil lors de la préhension du crapaud. Une blépharite, une conjonctivite, voire une kératite sont observées. L’œil est en mydriase (action des amines biogènes) et très douloureux [2].

4. Diagnostic

L’anamnèse est indispensable pour le diagnostic différentiel car, au début de l’envenimation, le praticien doit effectuer le diagnostic différentiel entre les différentes causes de stomatite et de glossite chez le chien (envenimation aux chenilles processionnaires, ingestion d’un caustique, etc.).

Une promenade dans un endroit humide, en l’absence de pins, doit plutôt orienter le clinicien vers un diagnostic d’envenimation amphibienne.

L’apparition secondaire de troubles du rythme cardiaque ou de signes neurologiques permet de confirmer ce diagnostic.

5. Traitement

Le traitement à mettre en place est essentiellement symptomatique (voir l’ENCADRÉ “Conduite à tenir lors d’envenimation par les ophidiens et les batraciens en France”) [2, 4].

Il doit tout d’abord être local afin de limiter l’absorption du venin par les muqueuses buccales. Le venin de crapaud étant acide, il peut être neutralisé par l’application de bicarbonate de sodium sous forme de rinçage abondant.

Les yeux doivent être nettoyés avec une solution oculaire (pas de bicarbonate dans les yeux), puis protégés par un lacrymomimétique. Un traitement spécifique peut être mis en place selon les lésions observées (perte de substances cornéennes par un produit chimique).

Des pansements gastro-intestinaux sont administrés si l’animal est en mesure de les déglutir (phosphate d’alumine, kaopectines, smectines, etc.).

Lorsque l’animal présente des signes généraux, il convient de les contrôler par monitorage (électrocardiogramme a minima) afin de les traiter de façon précoce :

- en cas de bradycardie, l’administration d’atropine est conseillée (0,2 à 0,5 mg/kg par voie intraveineuse) [2] ;

- l’utilisation d’anti-inflammatoires corticoïdes est discutée car, à forte dose, ils augmentent les ulcérations gastro-intestinales induites par l’envenimation ;

- les anti-histaminiques diminuent les effets de la bufotoxine sur les muqueuses (prométhazine 0,5 à 2 mg/kg/j par voie intraveineuse) ;

- si des convulsions surviennent, elles doivent être traitées le plus rapidement possible (diazépam 2 mg/kg par voie intraveineuse, à renouveler si nécessaire) ;

- les â-bloquants peuvent être prescrits lors de tachycardie ventriculaire (propanolol 20 à 60 ìg/kg sur 5 à 10 min par voie intraveineuse) ;

- la lidocaïne est préconisée pour le traitement des extrasystoles ventriculaires (lidocaïne 25 à 80 ìg/kg/min par voie intraveineuse après un bolus de 2 à 8 mg/kg chez le chien) [4].

L’oxygénothérapie est souvent indiquée dès l’admission de l’animal.

La mise en place d’une voie veineuse permet d’administrer les médicaments en fonction du monitorage et de favoriser l’élimination rénale du venin : fluidothérapie associée à l’utilisation de diurétiques comme le furosémide, 1 à 2 mg/kg toutes les 4 à 8 heures.

6. Pronostic

Le pronostic doit être réservé tant que des anomalies gastro-intestinales persistent ou que la fonction cardiaque ne s’est pas normalisée, en général sous 48 heures. Le taux de mortalité n’est pas connu, mais cette envenimation peut, dans les cas les plus défavorables, être mortelle chez le chien comme chez le chat, et laisse des séquelles (perte de substance linguale, insuffisances rénale, hépatique ou cardiaque).

Envenimations par la salamandre et le triton

1. Espèces concernées

La famille des Salamandridés comprend les salamandres, les tritons et les euproctes.

Salamandres

Trois espèces de salamandres vivent en France métropolitaine :

- la salamandre tachetée : Salamandra salamandra ;

- la salamandre noire (Salamandra atra) ;

- la salamandre de Lanza (Salamandra lanzai).

La salamandre tachetée occupe une grande partie du territoire français, excepté les Alpes, alors que la salamandre noire ne se trouve que dans les zones de montagne (Alpes, Jura).

La salamandre de Lanza vit exclusivement dans les Alpes franco-italiennes [2].

Tritons

Il existe cinq variétés de tritons en France :

- le triton palmé (Triturus helveticus), présent dans la France entière ;

- le triton vulgaire (Triturus vulgaris), qui vit au nord d’une ligne Vendée/Savoie ;

- le triton alpestre (Triturus alpestris), qui vit au nord d’une ligne Loire-Atlantique/Alpes-Maritimes ;

- le triton crêté (Triturus cristatus), présent dans les deux tiers nord de la France, en plaine ;

- le triton marbré (Triturus marmoratus), dans l’ouest de la France, en plaine [2].

Euproctes

Les euproctes sont peu nombreux en France et leur mode de vie essentiellement aquatique (torrents de montagne) rend leur rencontre avec un carnivore domestique très peu probable.

2. Mode d’envenimation

Le venin de la salamandre est issu de glandes parotides en arrière de la tête, de glandes granuleuses en région dorsale de la queue et de glandes séreuses cutanées.

Les glandes à venin du triton se situent sur tout le corps [9].

Compte tenu du mode de vie aquatique des salamandres et des tritons, les envenimations chez les carnivores sont rares.

3. Signes cliniques

Les toxines (samandarines et tétrodotoxines) contenues dans les venins de salamandre et de triton sont essentiellement neurotoxiques. Les samandarines ont une action convulsivante et paralysante. Les tétrodotoxines ont essentiellement une action paralysante. Ce venin est aussi très irritant par contact direct [2, 9].

Le venin est très toxique et les signes cliniques sont souvent importants : vomissements, inflammations buccales majeures, troubles nerveux (convulsions, paralysie) et défaillance cardiorespiratoire (arrêt cardiaque, paralysie des muscles respiratoires) [2].

4. Traitement

Le traitement est symptomatique comme pour les autres amphibiens. Le rinçage abondant des zones touchées est essentiel [2].

Les envenimations ophidiennes sont fréquentes chez les carnivores domestiques.

La particularité du chien à vouloir saisir les animaux avec sa gueule le rend aussi sujet à de graves envenimations (batraciens). Elles sont rares en médecine humaine et leur description est exceptionnelle chez les carnivores.

Les signes cliniques peuvent être variables d’un individu à l’autre en fonction de la quantité de venin inoculé ou ingéré.

Le traitement chez les carnivores est avant tout symptomatique, même si l’immunothérapie antivenimeuse ophidienne reste possible dans les cas les plus graves. La connaissance du milieu environnant et la surveillance rapprochée des chiens et des chats restent la meilleure prévention.

Conduite à tenir lors d’envenimation par les ophidiens et les batraciens en France

Envenimations ophidiennes

• Tonte et désinfection de la zone piquée ou mordue

• Oxygénothérapie, ventilation assistée en cas de détresse respiratoire

• Fluidothérapie, transfusion sanguine de sang frais homologue

• Adrénaline, dobutamine en cas de choc distributif

• Analgésie morphinique

• Antibiothérapie éventuelle

• Corticothérapie si sérothérapie associée

• Diurétiques dans les 24 premières heures

• Aprotinine si disponible

• Sérothérapie en cas d’envenimation grave et si disponible

Envenimations amphibiennes

• Lavage abondant de la zone d’envenimation (port de gants et de lunettes conseillé)

• Protecteurs gastro-intestinaux

• Soutien cardiovasculaire, fluidothérapie

• Traitement symptomatique des troubles cardiaques : atropine si bradycardie, propanolol si tachycardie

• Oxygénothérapie

• Anti-histaminiques

• Anticonvulsivants

• Analgésie

• Diurétiques

Points forts

En France métropolitaine, les envenimations par les ophidiens sont essentiellement dues aux serpents autochtones, principalement les vipères.

Les thérapeutiques spécifiques de l’envenimation par les ophidiens sont peu accessibles en médecine vétérinaire, en raison de leur coût et de leur usage humain quasi exclusif. Le traitement est donc symptomatique.

L’envenimation par les batraciens nécessite une préhension, une prise en gueule ou une ingestion pour déclencher des symptômes locaux et/ou généraux.

Aucune thérapeutique spécifique n’existe pour les envenimations par les batraciens, leur traitement est symptomatique.

  • 1 - Ducluzeau R, Harry P, de Haro L. Envenimations et piqures. Dans : Infotox : bulletin de la société de toxicologie clinique. 2000 : 1-12.
  • 2 - Eyme V. Étude bibliographique des principaux animaux venimeux pour les carnivores domestiques en France métropolitaine : description, localisation, venin et envenimation. Thèse de doctorat vétérinaire, Lyon. 2003 : 140 p.
  • 3 - Galleau S. Envenimation ophidienne du chien en France métropolitaine : actualité clinique et thérapeutique sur la base d’une enquête de terrain. Thèse de doctorat vétérinaire, Lyon. 2003 : 188 p.
  • 4 - Goy-Thollot I, Decosne-Junot C, Junot S. Urgences, réanimation et soins intensifs du chien et du chat. Éd. Point Vétérinaire. 2006 : 299 p.
  • 5 - Kaouadji K, Kaker N, Vallet B. Morsures, griffures et envenimations : conduite à tenir en urgence. EMC Médecine. 2004 : 337-351.
  • 6 - Lassak F. Bilan d’activité du Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires pour l’année 2002. Thèse de doctorat vétérinaire, Lyon. 2005 : 133p.
  • 7 - Sapin R. Bilan d’activité du Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires pour l’année 2001. Étude par classe d’agent toxique. Thèse de doctorat vétérinaire, Lyon. 2004 : 135p.
  • 8 - Segev G, Shipov A, Klement E, Harrus S, Kass P, Aroch I. Vipera palaestinae envenimation in 327 dogs : a retrospective cohort study and analysis of risk factors for mortality. Toxico. 2004 ; 43 : 691-699.
  • 9 - Toledo RC, Jared C. Cutaneous granular glands and amphibian venoms. Comp. Biochem. Physiol. 1995 ; 111A(1) : 1-29.

PHOTO 1. Signes locaux (œdème, hématome) trois jours après l’envenimation par un serpent.

PHOTO 2. Ischémie linguale (J + 3).

PHOTO 3. Supplémentation en oxygène et alimentation par sondes (J + 4).

photo 4. Guérison des lésions huit jours après l’envenimation.

Différences morphologiques entre la vipère et la couleuvre

(1) Sauf vipère péliade. D’après [3, 5].

Complément thérapeutique lors d’envenimation ophidienne chez le chien

(1) Spécialité humaine. D’après [2, 3, 5].

Différents crapauds venimeux observables en France métropolitaine