Le point Vétérinaire n° 273 du 01/03/2007
 

PRÉVENTION DES MALADIES PARASITAIRES CHEZ LE CHIEN

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

4, square de Tourville
44470 Carquefou

Les antigènes parasitaires solubles des deux souches de Babesia (B. canis de type A et B. rossi) confèrent une protection hétérologue au nouveau vaccin Nobivac Piro®.

Le vaccin contre la piroplasmose d’Intervet (Nobivac Piro®), composé d’antigènes parasitaires solubles (APS) de deux souches différentes de Babesia canis, est certainement une réelle nouveauté par rapport au vaccin monovalent Pirodog®, révolutionnaire lors de son lancement en 1985.

Selon le rapport d’évaluation de l’Agence européenne du médicament (EMEA), « les vaccins à base de babésies inactivées ne sont pas efficaces. Seuls les APS peuvent avoir un effet immunitaire protecteur ». En outre, « aucune protection hétérologue n’est conférée par un vaccin monovalent contenant des APS d’une seule souche de B. canis, même en répétant fréquemment les injections de rappel », indique l’EMEA.

Deux vaccins inactivés adjuvés à base d’APS

Les deux vaccins, bivalent pour Nobivac® Piro, monovalent pour Pirodog®, sont composés des APS de souches différentes de Babesia canis. Ces antigènes externes sont libérés lors de la lyse de l’hématie et ont un rôle crucial dans la pathogénie complexe des babésioses.

Les APS libérés dans le plasma sont à l’origine de la formation d’anticorps, donc d’une immunité. C’est pourquoi ils sont utilisés dans la fabrication des vaccins inactivés et adjuvés à la saponine (voir l’ENCADRÉ complémentaire “Rôle des antigènes parasitaires solubles dans la pathogénie de la piroplasmose”, sur planete-vet.com).

Une des difficultés dans la mise au point de ce type de vaccin est sa production industrielle. Il est, en effet, nécessaire de cultiver les souches babésies sur érythrocytes pour produire les APS. Pour le nouveau vaccin, cette culture de babésies est réalisée sur érythrocytes in vitro à la température corporelle du chien : 37 °C.

Protection croisée avec les APS de Babesia rossi

La principale originalité du vaccin bivalent est l’utilisation d’une souche de Babesia canis rossi. Ce développement repose sur le constat que les chiens naturellement infectés par Babesia rossi et qui survivent à cette forme grave de babésiose sévissant en Afrique « ont développé une immunité contre une infection à Babesia canis », selon le rapport de l’EMEA. « Un vaccin à base d’APS de Babesia rossi seul ne protège toutefois pas contre une infection à Babesia canis. Mais un vaccin contenant des APS produits par une même quantité de B. canis et de B. rossi induit une immunité protectrice et hétérologue lors d’un challenge par un autre type de B. canis ». Tout l’intérêt du vaccin Nobivac Piro® repose sur ces connaissances préalables. Le nouveau vaccin contient ainsi les APS produits par la même quantité (5 x 107) d’érythrocytes infectés par une souche de Babesia canis de type A et de Babesia rossi.

Grâce à cette association, le vaccin bivalent présente une protection croisée ou hétérologue contre les différentes Babesia canis canis présentes en France et en Europe (voir le TABLEAU complémentaire “Différents types de Babesia présents chez le chien”, sur planete-vet.com).

Les chiens vaccinés moins sévèrement atteints

L’efficacité d’un tel vaccin est surtout évaluée par des études expérimentales avec épreuve virulente. Ici, l’épreuve (ou challenge) consiste en l’administration intraveineuse d’un à deux millions d’hématies infectées par une souche de Babesia canis de type B (hétérologue aux deux souches vaccinales). La vaccination permet de réduire significativement la gravité des scores cliniques, ainsi que la sévérité de l’anémie mesurée par l’hématocrite (voir la FIGURE “Évolution du score clinique après épreuve virulente”).

Une amélioration clinique après quatre à six jours

Dans ces essais où le challenge est particulièrement sévère, les chiens vaccinés présentent des signes cliniques modérés et une réduction de l’hématocrite environ quatre à six jours après l’épreuve. Mais, à partir du sixième jour, une amélioration clinique des chiens vaccinés est constatée, alors que l’anémie et l’état clinique des chiens témoins non vaccinés s’aggravent.

Un effet sur les APS, peu d’effet sur la parasitémie

La vaccination n’a pas ou peu d’action sur la parasitémie (voir le TABLEAU “Résultats des essais de protection hétérologue par le vaccin”). En effet, elle ne peut pas empêcher qu’une tique infestante injecte les parasites dans le sang du chien vacciné. Cette parasitémie est toutefois un peu plus faible chez les animaux vaccinés. Plus important, le taux plasmatique d’antigènes parasitaires solubles (APS pathogènes) est significativement réduit d’environ 35 %. Cela témoigne aussi d’une moindre multiplication des babésies dans les globules rouges des chiens vaccinés. Ce résultat est bien le signe d’une protection immunitaire efficace.

97 % de protection sérologique

En complément des essais avec challenge, des études sérologiques démontrent une séroconversion efficace chez 122 chiens de toutes races âgés de six mois à dix ans. Des taux supérieurs à un seuil validé comme protecteur vis-à-vis de l’anémie (hématocrite) sont atteints chez plus de 97 % de ces chiens sains représentatifs. Ces recherches sérologiques présentent surtout l’intérêt d’étendre à la population canine les conclusions des essais avec challenge réalisés chez des chiens de laboratoire homogènes : des beagles âgés de six mois en début d’essai.

95 % de protection clinique sur le terrain

Enfin, dans une étude française sur 195 chiens de dix clientèles vétérinaires situées en zones de fortes endémies (Sud-Ouest surtout), plus de 95 % des chiens vaccinés en 2005 et en 2006 n’ont pas présenté de signe clinique de piroplasmose au cours de la saison suivante.

Une vaccination pour le chien adolescent

La primovaccination est prévue chez des chiens âgés de six mois ou plus. Elle comprend deux injections espacées de trois à six semaines. Le délai d’apparition de l’immunité étant de trois semaines, le chien ne peut être correctement protégé par ce vaccin qu’à l’âge de sept mois et demi. Il ne s’agit donc plus d’une vaccination précoce des chiots lors de leur arrivée chez leurs nouveaux maîtres, mais de la vaccination d’un chien adolescent.

Des rappels tous les six mois

Les rappels sont recommandés tous les six mois, au moins trois semaines avant la saison des tiques (printemps, automne pour Dermacentor). Si les chiens sont déjà vaccinés avec Pirodog®, Intervet recommande néanmoins de réaliser une primovaccination en deux injections, et non pas un simple rappel, compte tenu de la composition antigénique très différente entre les deux vaccins.

Du côté des effets indésirables, une réaction générale post vaccinale, modérée et transitoire (24 à 48 heures) est parfois rapportée. Les réactions locales au point d’injection sont plus rares.

Le vaccin se présente dans une boîte avec un flacon unidose de lyophilisat et un flacon de solvant, pour un prix HT (centrale) d’environ 23 €.

Évolution du score clinique après épreuve virulente

Le score clinique des animaux vaccinés est significativement plus faible que celui des témoins à partir du 5e jour après challenge. Pour des raisons éthiques, les animaux les plus affectés (hématocrite ≤15 %) reçoivent de l’imidocarbe pendant deux jours. Source : Intervet.

Résultats des essais de protection hétérologue par le vaccin

(1) Challenge hétérologue (B. canis canis type B). Injection intraveineuse de 106 globules rouges infectés.(2) Parasitémie : Log10 du nombre de globules rouges infectés dans le sang périphérique (résultat normalisé : la valeur 1 correspond à la moyenne de tous les animaux).(3) Charge APS (antigène parasitaire soluble) : titration par la technique Elisa. Mesure de densité optique. Résultat normalisé : la valeur 1 correspond à la moyenne de tous les animaux.(4) Pourcentage de diminution maximale de l’hématocrite. Les résultats sont exprimés en  % de la valeur normale mesurée à J0, juste avant le challenge. Source : Schetters TPM et coll. Vet. Parasitol. 2006 ; 138 : 140-146.