Le point Vétérinaire n° 273 du 01/03/2007
 

DERMATOLOGIE CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT

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COURS

Emmanuel Bensignor

Consultant en dermatologie
et allergologie vétérinaire
(Rennes, Paris, Nantes)
6, rue de la Mare Pavée
35510 Cesson-Sévigné

Le diagnostic différentiel des pododermatites est vaste, et une anamnèse soigneuse, ainsi que des examens complémentaires sont essentiels pour préciser le diagnostic.

Résumé

Les lésions des pieds sont un motif fréquent de consultation. De nombreuses dermatoses peuvent en effet se localiser dans cette région. Cette partie du corps est fréquemment traumatisée par les contacts répétés avec le milieu extérieur lors de la marche, et elle est par ailleurs une zone aisée de léchage. Après avoir brièvement rappelé les caractéristiques anatomiques des pieds des carnivores domestiques, cet article passe en revue les principales causes d’atteinte podale chez le chien et le chat en différenciant les principaux motifs de consultation en pratique quotidienne (atteinte d’un seul pied, pied érythémateux, nodules et fistules podaux, ulcères podaux) avant d’envisager les particularités diagnostiques et thérapeutiques, et de proposer une conduite à tenir face à une pododermatite dans ces espèces.

Sous le terme de “pododermatite” sont regroupées diverses affections cutanées caractérisées par l’atteinte d’un ou de plusieurs pieds [1 à 6]. Il s’agit chez le chien d’une entité extrêmement fréquente, qui peut poser de nombreuses difficultés diagnostiques et thérapeutiques. Chez le chat, les pododermatites sont plus rares, mais elles sont souvent plus graves que chez le chien [2]. Le motif de consultation peut être dermatologique (les plus fréquents sont l’alopécie et le prurit podal), mais peut aussi être une boiterie. Le plus souvent, les pododermatites sont multifactorielles, avec de fréquentes pyodermites secondaires : l’appellation “complexe pododermatite” est alors utilisée. Pour citer Peter Ihrke, professeur de dermatologie vétérinaire à l’Université de Davis, « le diagnostic et le traitement des pododermatites sont l’art de la dermatologie vétérinaire ».

Éléments d’anatomie et principales pododermatites

• Le pied du chien et du chat est constitué de plusieurs zones distinctes [1, 3, 4]. Les doigts sont au nombre de quatre ou cinq sur chaque patte, sauf exception pour certaines races de chien de berger, comme le berger de Beauce, qui possèdent deux pouces (ergots) sur les pattes postérieures et parfois sur les antérieurs. Cette anomalie est occasionnellement rencontrée chez le chat. Les doigts sont séparés par les espaces interdigités. Deux zones distinctes sont présentes sur chaque pied : la face dorsale et la face ventrale (palmaire pour les antérieurs, plantaire pour les postérieurs) en contact avec le sol. La peau du pied présente une structure semblable à celle du reste du tégument cutané. Les griffes sont des productions cornées spécialisées qui prolongent et protègent les doigts. Enfin, les coussinets sont des zones particulières, où l’épiderme est très épais et festonné. Ils permettent l’adhérence au sol grâce à la présence de nombreuses villosités et de glandes sudoripares particulières. Ils protègent les autres structures podales des traumatismes lors des déplacements et jouent un rôle d’amortisseur pendant la marche.

• Les pieds du chien constituent une zone humide et chaude, avec de nombreux replis qui favorisent la macération et qui subissent en permanence des traumatismes. Ils sont en outre en contact direct avec l’environnement, ce qui les prédispose à des blessures. Un grand nombre d’affections cutanées sont donc rencontrées à leur niveau.

• Dans l’espèce canine, la majorité des lésions du pied concerne les espaces interdigités et les doigts. Les coussinets et les griffes sont rarement atteints, au contraire de l’espèce féline.

• Cet article ne traite que des maladies localisées exclusivement aux pieds, qui prennent un aspect particulier dans cette zone, ou qui tiennent une place importante par leur fréquence (voir le TABLEAU “Principales dermatoses du pied chez le chien et le chat”).

Atteinte d’un seul pied

Lorsqu’un seul pied est atteint, il est nécessaire de rechercher en premier lieu la présence d’un corps étranger ou d’une tumeur [3].

• Il convient de suspecter la présence d’un corps étranger lors de toute lésion podale unilatérale d’apparition soudaine chez le chien. Le traitement nécessite la découverte et le retrait du corps étranger associés à une antisepsie locale pendant quelques jours.

Les épillets de graminées provoquent souvent des lésions podales. Ces corps étrangers pénètrent dans les espaces interdigités et créent des lésions fistuleuses, parfois profondes, qui engendrent une boiterie et un léchage intenses, d’apparition brutale.

• Les tumeurs podales sont relativement rares. Il s’agit le plus souvent de tumeurs digitées. Les carcinomes épidermoïdes, les mastocytomes et les mélanomes sont les tumeurs les plus fréquemment observées. Toute masse ou ulcération digitée qui apparaît sur un seul pied doit faire suspecter l’évolution d’un processus néoplasique et justifie la réalisation de biopsies cutanées.

• Un trouble du comportement qui engendre un prurit localisé (dermatite de léchage, onychophagie) peut provoquer une podomertatite unilatérale (PHOTO 1). Le plus souvent, il s’agit d’un rituel ou de la manifestation d’une anxiété. Le diagnostic éthologique est primordial. Le traitement fait appel à la phéromonothérapie, à la chimiothérapie et à la thérapie comportementale.

Atteinte interdigitée ou “pied rouge”

1. Pododermatites environnementales

• Une des principales causes d’atteinte podale est le contact direct de cette zone avec l’environnement. Les substances irritantes ou caustiques (comme les hydrocarbures, les herbicides, les engrais, les désinfectants ménagers, etc.) sont à l’origine du développement de dermatoses inflammatoires irritatives, qui sont fréquentes, contrairement aux dermatoses par allergie de contact vraies.

• L’inflammation provoque l’apparition d’un érythème et d’un léchage intenses, parfois d’une boiterie. La mise en évidence de la substance responsable des lésions cutanées est parfois difficile.

• Le traitement nécessite un nettoyage soigneux. Il convient d’éviter de futurs contacts avec la substance incriminée [1, 3, 4, 6].

2. Pododermatites fongiques

• Les pododermatites fongiques sont fréquentes. Les lésions sont semblables à un exsudat blanchâtre qui envahit les espaces interdigités et la face ventrale de la palmure.

• Les dermatophytes atteignent rarement les pieds sauf Trichophyton mentagrophytes et Microsporum persicolor, qui sont des dermatophytes telluriques (PHOTO 2). Il s’agit essentiellement, dans cette localisation, de levures : Malassezia pachydermatis et Candida albicans. La dermatite à Malassezia est une complication fréquente des dermatites allergiques, surtout dans sa localisation podale (PHOTO 3). La candidose est rare. Généralement, elle survient après une blessure (PHOTO 4).

• Le diagnostic passe par la réalisation d’examens microscopiques de l’exsudat et par des cultures fongiques.

• Le traitement est fondé sur l’administration de substances antifongiques par voie locale ou générale, principalement à base de molécules azolées [1, 3, 4, 6].

3. Pododermatites parasitaires

Les causes de pododermatite parasitaire sont nombreuses.

Démodécie canine

La démodécie canine se localise très souvent au niveau podal. Sur le plan sémantique, le terme de “pododémodécie” est parfois utilisé à tort à la place de “démodécie podale”. Celle-ci peut évoluer seule ou dans le cadre d’une démodécie.

• Les lésions initiales sont un érythème, éventuellement associé à des squames et à une odeur nauséabonde (PHOTO 5). Les lésions se modifient très rapidement sous l’effet de la macération, des traumatismes et des surinfections. Des furoncles, des ulcères, des fistules, puis une nécrose cutanée sont observés (PHOTO 6).

• La démodécie podale est difficile à traiter et doit toujours être considérée sur le plan thérapeutique comme une démodécie généralisée. Le traitement comporte un acaricide topique (amitraze dilué dans le propylène glycol) ou systémique (milbémycine oxime 0,5 à 2 mg/kg/j par voie orale ou moxidectine en application locale sous forme de spot-on) administré jusqu’à obtention de deux séries de raclages cutanés négatifs à un mois d’intervalle. Lors d’apparition d’une démodécie podale chez un chien âgé, il convient de rechercher une maladie sous-jacente comme un diabète sucré, un syndrome de Cushing ou un syndrome néoplasique interne. Il est également primordial d’identifier et de corriger précocement la présence d’une éventuelle infection bactérienne secondaire, qui est rapidement responsable, dans cette localisation, de furoncles, puis d’ulcérations handicapantes pour l’animal. La gestion de la douleur, lorsqu’elle est présente, est importante [1, 3, 4, 6].

Trombiculose

• La trombiculose se localise souvent dans les espaces interdigités. Les larves de Trombicula autumnalis sont faciles à visualiser à l’œil nu, sous la forme de petits points orangés. Elles occasionnent un léchage important des extrémités, d’apparition brutale, après une sortie dans un environnement contaminé en fin d’été.

• Un traitement acaricide permet de contrôler les symptômes. Le fipronil chez le chien ou le chat ou la perméthrine en spray chez le chien sont préconisés dans cette localisation. Une corticothérapie locale ou systémique de courte durée est parfois nécessaire dans les cas graves pour soulager l’animal [1, 3, 4, 6].

Autres parasites

D’autres parasites sont plus rarement rencontrés. Ils affectent des chiens qui vivent dans de mauvaises conditions d’hygiène (exemple des larves de Pelodera). Les larves sont présentes dans les litières humides et souillées, et pénètrent à travers les follicules pileux et/ou la peau en contact avec le sol (espaces interdigités, face ventrale du corps). Elles entraînent un prurit, souvent initialement modéré, un érythème et parfois des papules. Plusieurs chiens d’un effectif peuvent être atteints simultanément. Le diagnostic nécessite la réalisation de raclages cutanés ou d’examens coproscopiques, beaucoup plus rarement de biopsies qui ne mettent qu’exceptionnellement en évidence les parasites. Le traitement consiste à vermifuger les animaux et surtout à désinfecter le milieu extérieur afin d’éviter les recontaminations. Des traitements locaux, sous forme de shampoings antiseptiques, doivent être associés [1, 3, 4, 6].

4. Pododermatites allergiques

• Les pododermatites allergiques sont la deuxième cause d’atteinte podale chez le chien après les infestations parasitaires. Le léchage intensif des extrémités des pattes est un critère majeur de diagnostic clinique de dermatite atopique chez le chien. Ce symptôme est observé lors de l’évolution d’une dermatite atopique, d’une allergie ou d’une intolérance alimentaire ou, moins souvent, en cas de dermatite par allergie aux piqûres de puces.

Une étude récente suggère que les lésions podales sont plus fréquentes en cas de sensibilisation aux acariens des poussières, peut-être parce que la pénétration des allergènes a lieu en partie par voie transcutanée dans la dermatite atopique (E. Bensignor, données non publiées, 2006).

• Les symptômes sont relativement peu spécifiques : érythème discret initialement, coloration ochracée(1) des poils, puis, rapidement, le léchage provoque une chute des poils. Les surinfections bactériennes et/ou fongiques sont responsables de l’apparition d’érosions recouvertes d’un enduit plus ou moins épais (PHOTO 7).

• Les dermatites par allergie de contact, rares chez le chien, peuvent provoquer l’apparition de lésions uniquement podales. Dans ce cas, la substance allergisante est présente dans l’environnement. Les lésions sont initialement localisées sur les zones en contact avec le sol, donc sur les faces palmaires et/ou plantaires des pieds. Il s’agit d’un élément important d’orientation qui différencie cette hypothèse des autres dermatites allergiques initialement localisées en région interdigitée. Des vésicules (rarement), un érythème et un léchage des pieds sont observés. Des complications bactériennes apparaissent rapidement. Les substances allergisantes sont variées. Il convient d’être particulièrement vigilant vis-à-vis des détergents, des nettoyants ménagers (surtout ceux contenant de l’eau de Javel) et du bichromate de potassium contenu dans le ciment [1, 3, 4, 6].

Le diagnostic est basé sur l’anamnèse et l’examen clinique. L’utilisation des tests épicutanés permet de confirmer la sensibilisation, mais leur réalisation nécessite souvent le recours à un vétérinaire dermatologue car la lecture et l’interprétation ne sont pas toujours faciles. Les Repeated Open Application Test (tests épicutanés ouverts itératifs) sont très utiles selon notre expérience

Le traitement repose sur une corticothérapie locale, éventuellement générale, et surtout sur l’éviction de l’allergène. La pentoxifylline pourrait aussi représenter une option intéressante (Torental (2),10 mg/kg trois fois par jour par voie orale).

Nodules et fistules

Les causes les plus fréquentes d’apparition de nodules ou de fistules au niveau podal sont :

- les infections bactériennes, surtout celles liées à Staphylococcus intermedius, mais aussi, plus rarement, à des mycobactéries, à des bactéries du genre Nocardiaou Actinomyces ;

- les infections fongiques, qui restent rares (kérion dermatophytique, sporotrichose, phæohyphomycose) ;

- les néoplasmes cutanés ;

- certaines maladies immunologiques mal comprises (pyogranulome stérile par exemple) [1, 2, 4, 6].

1. Pododermatites bactériennes

• Les pododermatites bactériennes sont dues à la multiplication de bactéries pathogènes (surtout Staphylococcus intermedius) dans la peau. Au contraire du reste du tégument, les lésions bactériennes sont peu évocatrices sur le pied. Un épaississement cutané et des ulcérations, éventuellement des fistules, sont observés (PHOTO 8).

Les pustules sont rares. En revanche, des lésions sous forme de nodules plus ou moins grand ou “kystes interdigités”, qui correspondent à des furoncles (rupture des sacs folliculaires et réaction pyogranulomateuse à corps étranger) sont fréquentes (PHOTO 9).

En raison de l’environnement facilement souillé et humide de cette zone, ces infections bactériennes sont très fréquentes chez le chien et doivent systématiquement être suspectées en cas d’atteinte podale.

• Le diagnostic nécessite la réalisation d’examens cytologiques du produit des lésions cutanées, éventuellement d’une recherche bactériologique avec antibiogramme.

• Le traitement est fondé sur l’utilisation d’antibiotiques. La mupirocine ou la fucidine en applications locales sont d’excellents choix en traitement empirique de première intention. En prévention, les balnéations fréquentes avec des antiseptiques, comme la chlorhexidine, sont efficaces. Il existe dans certains pays européens des formulations sous forme de mousse faciles à utiliser.

Cependant, une antibiothérapie systémique, longue de plusieurs semaines, est fréquemment indiquée, car ces lésions sont le plus souvent multiples et difficiles à gérer avec un traitement local seul [1, 2, 4, 6].

2. Mycoses profondes

Les mycoses profondes (cryptococcose, sporotrichose, blastomycose, etc.) sont rares, mais elles peuvent toucher sélectivement les pieds, sous la forme d’érosions ou d’ulcérations, et parfois de nodules suintants. Le diagnostic se fonde principalement sur l’examen histopathologique et la culture fongique [1, 2, 4, 6].

3. Tumeurs

• Certaines tumeurs cutanées se localisent préférentiellement au niveau podal [1, 2, 4, 6]. C’est notamment le cas des carcinomes épidermoïdes chez les chiens noirs. Un seul pied peut être touché, mais il existe des formes atypiques, avec plusieurs pieds atteints, parfois d’origine métastatique.

• Les métastases d’adénocarcinome bronchique sont localisées aux doigts dans l’espèce féline [4]. Elles se manifestent sous la forme de nodules suintants, envahissants, qui provoquent une boiterie. Le diagnostic passe par la cytoponction à l’aiguille fine et la biopsie cutanée.

4. Pyogranulome stérile

• Le pyogranulome stérile est une affection d’origine indéterminée. Les lésions sont caractérisées par l’apparition de nodules qui sont principalement localisés dans les espaces inter-digités. Une fistulisation est possible [1, 2, 4, 6].

• L’examen cytologique révèle la présence de polynucléaires neutrophiles et de macrophages en l’absence de germes. L’examen bactériologique est stérile. L’examen histopathologique montre une réaction pyogranulomateuse, sans mise en évidence d’élément figuré avec les colorations spéciales.

• Le traitement consiste en une immunomodulation qui repose sur l’association tétracyclines-nicotinamide, une corticothérapie topique et/ou systémique, de la ciclosporine par voie orale et une application locale de tacrolimus.

5. Dermatofibrose nodulaire

Une dermatofibrose nodulaire est rapportée, notamment chez le berger allemand [1, 2, 4, 6]. Cette dermatose se manifeste cliniquement sous la forme de nodules localisés de préférence, bien que non exclusivement, aux extrémités podales (PHOTO 10). Les lésions correspondent à des naevi collagéniques et sont associées à une tumeur rénale ou utérine, souvent de mauvais pronostic.

Le diagnostic repose sur l’analyse histopathologique de biopsies cutanées et l’échographie abdominale. Aucun traitement n’est disponible [1, 2, 4, 6].

6. Complexe granulome éosinophilique félin

Chez le chat, toute lésion érythémateuse en plaque ou en relief doit faire suspecter l’évolution d’une lésion du complexe granulome éosinophilique (PHOTO 11) [2]. La localisation lésionnelle est variable : face dorsale ou ventrale ; un ou plusieurs doigts peuvent être atteints. Ces lésions sont souvent d’origine allergique. Le diagnostic est facile à établir grâce à la réalisation de cytoponctions de la lésion, qui révèlent une population de cellules inflammatoires, à dominante éosinophilique. La biopsie cutanée est rarement nécessaire. Le diagnostic étiologique est plus délicat et des mesures d’éviction sont indispensables.

Ulcères

• Les érosions et les ulcères localisés au pied sont peu fréquents. Ce type de lésion peut être observé lors d’une nécrose cutanée (brûlure, vascularite par exemple) ou de détachement dermo-épidermique (maladies auto-immunes, toxidermies par exemple).

• Les brûlures et les gelures sont rares. Elles surviennent le plus souvent chez de jeunes animaux (PHOTO 12). Le risque d’apparition majoré lors de séjours à la montagne impose d’être attentif. Une prophylaxie (tannage des coussinets palmaires et plantaires) est recommandée.

• Les dermatites auto-immunes provoquent surtout des lésions des coussinets en cas d’atteinte podale.

• La poxvirose est rencontrée chez des chats ruraux, chasseurs de rongeurs. Elle est due à l’inoculation transcutanée d’un orthopoxvirus de la famille des Poxviridae, qui provoque initialement une lésion ulcérée et croûteuse. Dans un délai de quatre à seize jours, de multiples lésions secondaires apparaissent sur tout le corps. Il s’agit de macules, de papules et de nodules qui s’ulcèrent rapidement.

Ces lésions sont plus ou moins prurigineuses selon les chats. Vingt pour cent des chats atteints développent en outre des lésions ulcérées de la langue et de la cavité buccale. Dans de rares cas, des signes généraux (abattement, anorexie, hyperthermie, conjonctivite, coryza) sont rapportés. Lors d’évolution favorable, une cicatrisation spontanée des lésions secondaires est notée en quelques semaines. Lors de surinfection bactérienne ou d’immunodépression, souvent due au virus FIV, l’évolution peut être beaucoup plus dramatique avec la généralisation des lésions cutanées et une pneumonie entraînant parfois la mort de l’animal.

Le diagnostic est clinique, cytologique (mise en évidence d’inclusions éosinophiles intracytoplasmiques dans les kératinocytes), histopathologique (corps d’inclusions éosinophiles intracytoplasmiques qui dilatent les cellules de l’épiderme et des annexes), et repose éventuellement sur la microscopie électronique et la PCR (polymerase chain reaction) [1, 3, 5].

Il n’existe pas de traitement spécifique de la poxvirose. La corticothérapie est contre-indiquée et peut être responsable de la généralisation des lésions. C’est une zoonose.

Particularités diagnos­tiques

• L’étude de l’anamnèse et en particulier de l’environnement de l’animal est primordiale dans l’abord diagnostique d’une pododermatite : il est nécessaire de s’enquérir du type de sol, du couchage, des sorties, du type de litière chez le chat, etc.

• Les raclages ne sont pas toujours faciles à réaliser dans les espaces interdigités et une tranquillisation peut être indiquée. Certains auteurs proposent de réaliser une biopsie en cas de doute, car les Demodex présents dans les lésions fibreuses, épaissies et remaniées sont difficiles à prélever par raclage à cet endroit (voir la FIGURE “Démarche diagnostique simplifiée des pododermatites”).

• L’examen cytologique d’un calque cutané obtenu par impression n’est pas très utile dans cette localisation (la lame a tendance à se casser et/ou peut couper le chien) et permet d’observer moins facilement les micro-organismes que le test à la cellophane adhésive, qui est donc à privilégier.

• La biospie est souvent indiquée en cas d’atteinte des coussinets. La réalisation d’une biopsie n’est pas évidente dans cette zone très épaisse.

Il convient impérativement d’utiliser un trépan neuf, de diamètre important (8 mm). Les points cutanés tiennent mal dans cette zone et un pansement compressif est donc souvent nécessaire. L’utilisation de colles chirurgicales de type VetBond® est très utile [3]. L’atteinte des coussinets sera traitée dans un article ultérieur.

Un très grand nombre de dermatoses atteignent les pieds. Les infections secondaires, bactériennes ou fongiques, sont très fréquentes et précoces dans cette zone facilement souillée, humide et chaude, à replis cutanés et subissant des traumatismes permanents. Le tableau clinique dermatologique est donc rarement typique et le diagnostic des pododermatites est difficile à établir.

Plus que dans toute autre zone, la prévention est essentielle : éviter les traumatismes inutiles, tanner les coussinets trop mous, nettoyer régulièrement les espaces interdigités avec des shampoings adaptés (et bien rincer), sécher les pattes de l’animal après une sortie par temps humide, inspecter les espaces interdigités en cas de léchage. Être attentif et adopter quelques règles hygiéniques évitent souvent bien des désagréments.

  • (1) De couleur ocre.

  • (2)Médicament à usage humain.

Points forts

Les pododermatites sont souvent multifactorielles et se compliquent fréquemment d’infections secondaires.

Les pieds du chien sont prédisposés aux lésions par leur anatomie et les interactions avec l’environnement.

L’atteinte d’un seul pied doit évoquer un corps étranger ou une tumeur.

Une atteinte interdigitée peut être causée par des facteurs environnementaux, fongiques, parasitaires ou allergiques.

Des affections bactériennes, fongiques, néoplasiques, voire immunologiques, peuvent être à l’origine de nodules ou de fistules.

Les ulcères podaux sont relativement rares.

La prévention des lésions podales est essentielle.

  • 1 - Bensignor E, Germain PA. Dermatologie du chien et du chat. Éd. MedCom, Paris. 2005 : 216-220.
  • 2 - Guaguère É, Hubert B, Delabre C. Feline pododermatoses. Vet. Dermatol. 1992 ; 3 : 1-12.
  • 3 - Pin D, Prélaud P, Guaguère É. Conduite diagnostique des pododermatites. Dans : Guaguère É et Prélaud P. Guide pratique de dermatologie canine. Mérial Kalianxis. 2006 : 543-551.
  • 4 - Scott DW, Miller WH, Griffin CE. Muller and Kirk’s small animal dermatology. 6th ed. WB Saunders, Philadelphia. 2006 : 935-936.
  • 5 - White SD. An approach to pododermatitis. II. In : Foster A and Foil C. Manual of Small Animal Dermatology. 2nd ed. BSAVA, Goucester. 2003 : 112-115.
  • 6 - White SD. Pododermatitis. Vet. Dermatol. 1989 ; 1 : 1-18.

PHOTO 1. Dermatite de léchage chez un chien liée à un trouble du comportement. Le prurit est violent. Noter la profondeur des lésions.

PHOTO 10. Dermatofibrose nodulaire, nombreux nodules localisés sur un pied.

Démarche diagnostique simplifiée des pododermatites chez le chien

DAC : dermatite atopique canine. IDR : intra-dermoréaction. DAI : dermatite auto-immune. D’après Z. Alhaidari.

PHOTO 11. Granulome éosinophilique chez un chat allergique : lésion en relief, ulcérée.

PHOTO 12. Brûlure chez un chat caractérisée par un ulcère franc.

PHOTO 2. Dermatophytose à Trichophyton mentagrophytes chez un berger : lésions squameuses des coussinets.

PHOTO 3. Pododermatite à Malassezia chez un setter allergique : érythème interdigité marqué.

PHOTO 4. Candidose chez un bull-terrier : lésions érythémateuses et enduit caséeux.

PHOTO 5. Démodécie podale chez un chien, lésions kératoséborrhéiques sur un fond érythémateux.

PHOTO 6. Démodécie podale chez un dobermann : furoncles et cellulite.

PHOTO 7. Dyscoloration pilaire chez un chien allergique. Noter ici également l’hypertrichose consécutive au traitement par la ciclosporine.

PHOTO 8. Furonculose digitée chez un bull-terrier : furoncles et fistules.

PHOTO 9. Furonculose interdigitée chez un labrador atopique : nodules ulcérés.

Principales dermatoses du pied chez le chien et le chat

E = exclusive ; P = principale ; S = intégrée dans le cadre d’une dermatose systémique. ? non documenté avec certitude.