Le point Vétérinaire n° 272 du 01/01/2007
 

DIARRHÉES NÉONATALES CHEZ LE VEAU

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Hervé Pouliquen

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN, Atlanpôle, La Chantrerie, BP 40706, Nantes

La prescription d’un médicament disposant d’une AMM pour l’espèce animale et dans l’indication recherchée prime sur les autres alternatives.

Un vétérinaire est appelé dans une exploitation de bovins allaitants connue pour des troubles récurrents de cryptosporidiose chez des veaux âgés de quelques jours. Afin de prévenir la maladie, il choisit de prescrire Halocur®, l’unique spécialité pharmaceutique vétérinaire dont l’autorisation de mise sur le marché (AMM) comporte une indication dans le traitement préventif de la cryptosporidiose du veau.

Paromomycine : Une importation interdite

Des essais réalisés chez le veau ont noté une efficacité davantage préventive que curative du sulfate de paromomycine (ou aminosidine). La dose efficace est de 100 mg/kg/j pendant sept jours. Cet antibiotique n’est pas commercialisé en France, mais en Belgique (Gabbrovet®) et en Italie (Gabbrocol®). La procédure d’importation en France nécessite une autorisation de l’Afssa-ANMV, qui l’a toujours refusée en raison de l’AMM accordée à Halocur®.

Halocur® : Un antiprotozoaire actif contre Cryptosporidium parvum

Halocur® est une solution orale qui contient 0,5 mg/ml d’halofuginone (sous forme de lactate). L’halofuginone est un composé artificiel du groupe des quinazolones. Sous forme de bromhydrate (additif), c’est un anticoccidien à large spectre, coccidiostatique et coccicide. Il est actif sur la plupart des stades asexués des coccidies. Sous forme de lactate, son activité est limitée à la prévention ou au traitement précoce des cryptosporidioses. Il est prescrit pendant une semaine et la dose doit être respectée (accidents de surdosage à partir du double de la posologie thérapeutique). Des limites maximales de résidus (LMR) définitives (annexe I) ont été fixées pour l’halofuginone chez les bovins, mais ce médicament est interdit chez les vaches laitières.

Deccox® Décoquinate 6 : Pas d’efficacité prouvée contre Cryptosporidium parvum

Un autre protocole consiste à traiter les mères gestantes avec un aliment médicamenteux à base de Deccox® Décoquinate 6, un prémélange dosé à 6 g/kg de décoquinate, incorporé à 0,5 % dans l’aliment. Ce traitement repose sur l’épidémiologie des cryptosporidies, sur des résultats encourageants de prévention de la coccidiose de l’agneau par le traitement des mères, ainsi que sur sa commodité et sa sécurité d’emploi chez les vaches allaitantes.

L’AMM de Deccox® Décoquinate 6 ne prévoit pas ce protocole thérapeutique. La “cascade” doit donc être appliquée. Si le prescripteur peut montrer l’intérêt de la prévention de la cryptosporidiose des veaux par le traitement des mères avec du décoquinate (sécurité, efficacité, commodité), il dispose alors d’éléments techniques solides pour justifier de cet usage hors AMM.

Le décoquinate est inscrit en annexe II (LMR inutiles, temps d’attente nul) pour une utilisation orale chez les bovins et les ovins, mais pas chez les femelles laitières.

En outre, le vétérinaire, responsable de la fabrication de l’aliment médicamenteux selon les articles L. 5141-5 et R. 5142-55 du Code de la santé publique, est tenu de veiller à ce que celle-ci respecte les conditions décrites dans l’AMM. Or l’AMM du prémélange Deccox® Décoquinate 6 ne prévoit aucune condition d’emploi, ni pour le traitement de la cryptosporidiose, ni pour celui des vaches.

Enfin, l’efficacité du décoquinate sur l’excrétion des cryptosporidies n’est pas prouvée. La dernière étude américaine montre l’inefficacité de cette molécule dans cette indication chez le veau [1].

En outre, même si le décoquinate était actif sur l’excrétion des cryptosporidies chez les adultes, aucun essai ne révèle qu’une réduction de l’excrétion des parasites chez ces derniers diminue celle des jeunes. L’administration de décoquinate chez la vache semble donc inefficace pour réduire la cryptosporidiose du veau. Ainsi, la prescription hors AMM de Deccox® Décoquinate 6 dans cette indication n’est pas justifiée.

  • 1 - Moore DA et al. Prophylactic use of decoquinate for infections with Crystosporidium parvum in experimentally challenge neonatal calves. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2003 ; 223(6) : 839-845.