Le point Vétérinaire n° 271 du 01/12/2006
 

CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE CHEZ LES BOVINS

Se former

COURS

Jean-Luc Chatré

Clinique vétérinaire
4, place du Champ-de-Foire
58000 Nevers

Très utilisée entre 1990 et 2000, la fixation externe reste en 2006 la meilleure technique chirurgicale de traitement des fractures chez le veau, mais elle doit être réservée à des indications spécifiques.

Résumé

Même si leur nombre a beaucoup diminué ces dernières années, les vétérinaires sont encore régulièrement confrontés à des fractures de vêlage chez des veaux. L’utilisation de résine ou de plâtre de Paris reste la méthode la plus facile à mettre en œuvre et la plus économique. Cependant, elle n’est pas toujours satisfaisante, par exemple, lors de fracture ouverte, de fracture du tibia ou de mauvaise réduction, etc.

La mise en place de fixateurs externes s’impose alors. Différents types de montages peuvent être employés : JAM (Jean-Alphonse Meynard), Apef (acrylyc pin external fixator), Fessa (fixateur externe du Service de santé des armées). La technique est simple et seuls certains grands principes sont à respecter pour assurer le succès de l'intervention.

Avant les années 1980, le faible nombre de fractures du veau et la difficulté à les traiter faisaient que cet aspect de la traumatologie ne semblait pas rentable en clientèle rurale. Par la suite, la valeur croissante de certains veaux génétiquement sélectionnés, en particulier dans les élevages allaitants, a amené les éleveurs à ne pas négliger ces lésions traumatiques et les vétérinaires à réfléchir sur d’éventuels traitements orthopédiques et chirurgicaux.

Les déceptions liées aux résultats obtenus avec le plâtre de Paris nous ont conduits à adapter chez le veau certaines techniques chirurgicales couramment utilisées chez le chien et le chat, notamment la fixation externe. L’emploi de ces méthodes a été intensif entre 1990 et 2000. Actuellement, la mise en œuvre de ces traitements invasifs, en particulier sur les fractures de l’os canon, a considérablement diminué.

Causes de l'évolution du traitement des fractures

Le changement de tendance dans le traitement des fractures chez le veau durant ces cinq dernières années est lié à différents facteurs :

- le mode de vie des animaux ;

- la compétence des éleveurs et la prudence des vétérinaires ;

- la répartition des fractures ;

- le respect de la biologie osseuse.

1. Mode de vie des animaux

La plupart des bovins vivent désormais en stabulation libre. Les veaux sont toujours au milieu des adultes, mais ils sont souvent bousculés, voire écrasés, pendant qu’ils dorment dans la paille. En jouant, ils peuvent aussi se coincer les membres dans des barrières de contention ou des cornadis. Ce mode de vie est donc générateur de fractures purement traumatiques, semblables à celles rencontrées chez le chien ou le chat, et intéressant n’importe quel rayon osseux. Toutes proportions gardées, le nombre de fractures de l’os canon est donc diminué, alors que les traumatismes du tibia, par exemple, sont plus fréquents.

2. Compétence des éleveurs et méfiance des vétérinaires

La compétence des éleveurs et la méfiance des vétérinaires permettent une gestion plus rigoureuse et moins risquée des vêlages. De ce fait, les fractures de l’os canon liées à des manœuvres obstétricales incontrôlées ont pratiquement disparu. Or ces fractures dites “de vêlage” étaient traitées chirurgicalement par fixation externe, afin d’éviter l’aggravation de la dévascularisation du foyer de fracture liée au plâtre de Paris.

3. Répartition des fractures

Les lésions des métacarpiens et des métatarsiens sont moins fréquentes que cinq à dix ans auparavant. En revanche, les fractures du tibia, du radius, de l’ulna et du fémur sont en nombre croissant. Des fractures diaphysaires d’origine traumatique sont désormais souvent rencontrées. Les fractures métaphysaires près des cartilages de croissance sont devenues plus rares sur l’os canon. Elles persistent encore sur le fémur où elles sont très difficiles à réduire et à contenir.

4. Respect de la biologie osseuse

Les fractures de vêlage sur la zone métaphysaire distale de l’os canon étaient dues à des tractions obstétricales trop importantes, entraînant une véritable striction du membre par les lacs de vêlage. Lorsque ces fractures étaient traitées à l’aide d’un plâtre de Paris, les complications de nécrose et d’escarre n’étaient pas rares, et certains animaux finissaient par être amputés ou euthanasiés. Pour pallier ces inconvénients, les vétérinaires ont opté pour le traitement par fixation externe. Mais des matériaux de contention orthopédique (résines) sont désormais disponibles. Ils sont adaptés à ces fractures basses chez le veau. L’utilisation d’un fixateur externe, même “à ciel fermé”, provoque une dévascularisation toujours supérieure à la pose d’un pansement orthopédique, rigide et léger, à l’aide d’une résine synthétique. De plus, le suivi postopératoire est moins contraignant, et le veau peut vivre en liberté et normalement avec ce type de contention. À ces arguments s’ajoute l’élément économique indispensable à la réflexion du praticien qui propose un traitement pour un animal de rente. L’intervention chirurgicale n’est donc plus la seule solution lors de fracture de l’os canon chez le veau.

Conséquences de cette évolution

L’évolution des traitements aboutit à quatre constats :

- le nombre de veaux opérés diminue ;

- l’apprentissage de la technique chirurgicale par le vétérinaire est plus difficile ;

- les indications chirurgicales sont mieux définies ;

- de nouveaux matériels et des techniques innovantes sont utilisés.

1. Diminution du nombre de veaux opérés

Dans notre clientèle, une diminution du nombre de veaux opérés de l’os canon a été observée (voir le TABLEAU “Répartition des différents types de traitement d’une fracture de l’os canon chez le veau dans notre clientèle”).

L’utilisation devenue systématique des résines synthétiques semble bénéfique : une diminution du temps de formation du cal de fracture par rapport au traitement chirurgical de l’ordre de 10 à 15 jours est en effet observée (PHOTO 1 ET PHOTO 2).

2. Apprentissage plus difficile de la technique opératoire

Au milieu des années 1990, les fractures traitées chirurgicalement étaient souvent localisées au niveau de l’os canon et généralement simples. L’environnement musculaire peu important permettait la pose facile d’un fixateur externe en cadre latéro-médial, accompagné ou non d’un hémifixateur frontal. Actuellement, les traumatismes concernent n’importe quel os, et très souvent le tibia ou le fémur. Des montages complexes, associant implants internes et fixation externe, doivent alors être imaginés (PHOTO 3A ET PHOTO 3B). Le praticien doit passer par une période d’apprentissage en anatomie et en chirurgie atraumatique. Sinon, il s’expose à de nombreux échecs et complications infectieuses.

3. Indications chirurgicales mieux définies

La diminution du nombre d’actes chirurgicaux n’a pas conduit à leur disparition, mais à une meilleure définition des indications de la fixation externe. Ces dernières sont :

- les fractures de l’os canon : fractures ouvertes, non-unions ou reprises de traitements conservateurs (cal vicieux) ;

- les fractures du tibia, qui représentent à présent l’indication principale ;

- les fractures de la mandibule ;

- les fractures du fémur ;

- les fractures d’autres os (radius et ulna notamment).

4. Utilisation de nouveaux matériels et de techniques innovantes

Contrairement à l’évolution de la traumatologie chez l’enfant, le chiot et le chaton, qui a conduit à l’engouement pour les ostéosynthèses biologiques (chirurgie mini-invasive), les traitements modernes employés chez le veau utilisent des matériels de fixation externe de plus en plus rigides, associés souvent à une implantation interne réalisée “à ciel semi-ouvert” (ouverture cutanée a minima). La raison de cette différence est liée à l’animal traité. Le veau est certes jeune, mais également lourd et ses mouvements ne peuvent pas être contrôlés. De plus, il vit dans un milieu contaminé, et toute instabilité de montage conduirait à une ostéomyélite et à l’échec de la technique. Dans notre expérience, nous avons constaté que les progrès liés aux nouveaux matériels et techniques raccourcissent le temps de formation du cal et diminuent les risques infectieux.

Implants utilisés chez le veau

Le fixateur externe JAM (Jean-Alphonse Meynard) n’est plus le seul appareil utilisé par les vétérinaires chez le veau. L’Apef (acrylyc pin external fixator) et le Fessa (fixateur externe du Service de santé des armées) connaissent un succès grandissant auprès de nombreux confrères. Ils ont désormais leurs indications dans la chirurgie osseuse bovine. D’autres implants peuvent aussi être employés lors d’un acte chirurgical mixte : vis de 3,5 mm de diamètre, broches de Kirschner de 3 ou 4 mm, et parfois implants spécialisés comme le clou à expansion du docteur Bellon pour le traitement des fractures du fémur.

1. Fixateur externe JAM

Le JAM est un appareil entièrement en acier inoxydable qui comporte des broches de 3 ou de 4 mm de diamètre, des barres de 4 mm et des coapteurs de 3 par 4 chez le veau (PHOTO 4) [2]. Ces coapteurs sont formés de deux cylindres munis en leur centre d’un trou de passage pour la vis de serrage, et de deux gorges de logement pour les broches et les barres. Les avantages de ce système sont sa simplicité et son coût relativement faible (coût moyen d’environ 400 € HT sur l’os canon et de 500 € HT sur le tibia). Cet instrument est couramment utilisé par les vétérinaires, car il est vendu par toutes les centrales d’achat et permet de nombreuses configurations de montage en transfixion comme en hémifixation. Ses inconvénients sont liés à la taille des broches et des barres imposée par celle des coapteurs et à l’obligation de respecter un seul et unique plan de broches. Si une broche s’écarte de ce plan, elle ne peut pas être serrée sur la barre et la solidité du montage s’en trouve diminuée. Enfin, cet appareil est relativement peu rigide en raison d’un diamètre d’implants faible par rapport au poids de l’animal, en particulier chez le veau (réserver cette intervention à des veaux de moins de 100 kg de préférence).

2. Apef

Dans l’Apef, les barres sont remplacées par des gaines en plastique remplies d’une résine acrylique (méthylméthacrylate) qui se durcit à la prise (PHOTO 5) [4]. Les avantages de ce système sont sa grande modularité dans l’espace et son faible coût (coût moyen d’environ 400 € HT sur l’os canon et de 500 € HT sur le tibia), lié à l’utilisation de gaines d’électricien ou de vidange de machine à laver. Le chirurgien n’est pas obligé de respecter un seul plan de broches dans la mesure où ces gaines sont molles et peuvent s’adapter à la position des implants. De plus, cet appareil est beaucoup plus rigide que le JAM en raison du grand diamètre des gaines (25 mm chez le veau). Ses inconvénients relèvent d’une technique de pose plus compliquée, d’une certaine fragilité aux chocs pouvant entraîner des fissures dans la résine et de l’échauffement des broches au cours du séchage de la résine.

3. Fessa

Le Fessa comporte des broches autotaraudeuses de 5 mm de diamètre (broches de Meyrueis) d’une grande qualité de fabrication et des barres qui sont des tuyaux creux en acier inoxydable de 18 mm de diamètre percés de deux séries de trous dans deux plans perpendiculaires pour permettre, les uns, le passage des broches et, les autres, celui de vis de serrage à fond plat. C’est actuellement le meilleur système de liaison os-barre (PHOTO 6) [1]. Des colliers spéciaux relient différents plans de broches. Cet appareil ne permet que des montages en hémifixation, très solides et peu encombrants. Le seul véritable inconvénient de ce matériel est son prix très élevé pour la chirurgie des animaux de rente, même si de nombreuses pièces peuvent être stérilisées et réutilisées : il n’est utilisable chez le veau qu’avec du matériel récupéré auprès des hôpitaux ou des cliniques.

Technique opératoire générale

1. Fixateur JAM

Les points de technique ne sont pas décrits dans cet article.

Avant d’entrer dans la salle d’opération

Chez le veau, nous n’utilisons que des anesthésiques injectables (hors autorisation de mise sur le marché) :

- tilétamine-zolazépam à la dose de 1 à 3 mg/kg par voie intraveineuse. La durée d’action est d’environ 40 minutes. Si l'intervention chirurgicale est plus longue, le tiers de la dose initiale peut être ajouté ;

- lidocaïne à 2 % à la dose de 10 à 20 ml par voie épidurale basse.

Au moins un cliché radiographique de la fracture est réalisé et, si possible, deux, en incidences latéro-médiale et dorso-plantaire.

La préparation de l’animal est effectuée de façon classique : tonte soignée, désinfection, brossage et protection des onglons.

Dans la salle d’opération

La salle d’intervention n’a pas à être entièrement stérile : il ne s’agit pas d’un bloc opératoire. Néanmoins, un environnement propre, nécessaire à tout acte de chirurgie atraumatique, est indispensable. Le veau est conduit dans une salle spéciale, adaptée à la chirurgie osseuse. Le chirurgien et son aide portent des habits et des gants stériles. Deux couches de champs stériles sont mises en place sur l’animal, autour du site opératoire.

La technique générale de pose d’un fixateur externe en cadre latéro-médial à six broches doit respecter les points suivants :

- les broches 1 et 6 sont placées le plus loin possible du foyer de fracture ;

- les broches 3 et 4 se situent le plus près possible du foyer de fracture ;

- la position des broches 2 et 5, intermédiaires, n’a pas de réelle incidence sur la stabilité finale du montage. Elles peuvent être inclinées pour éviter un effet de glissement de tout le cadre lié à une légère ostéolyse thermique ;

- toutes les broches traversent l’os selon son plus grand diamètre ;

- toutes les broches sont dans le même plan. Pour ce faire, la technique de la double barre placée sur les deux premières broches est utilisée. Un plan rectangulaire est alors dessiné. Il sert d’appui au praticien pour mettre en place les autres implants.

La distance os-barre doit être constante (voir la FIGURE “Technique générale de pose d’un fixateur externe en cadre latéro-médial à six broches” et PHOTO 7).

Ces principes de base ne peuvent pas toujours être respectés en raison de la position de la fracture sur un os donné et de la forme du membre.

En sortant de la salle d’opération

Un ou deux clichés radiographiques de contrôle sont réalisés et un pansement épais de type Robert-Jones est mis en place.

2. Apef

Différents temps opératoires se succèdent. Ils doivent tous être rigoureusement respectés pour obtenir le résultat souhaité :

- mise en place des broches ;

- réduction et stabilisation temporaire à l’aide d’une barre JAM et de quelques coapteurs placés sur les broches dans le même plan que celles-ci et au ras de la peau ;

- pose des gaines de plastique et mise en place d’un bouchon (PHOTO 8A ET PHOTO 8B) ;

- préparation, coulage et séchage de la résine. Le coulage doit être minutieux pour éviter la formation de bulles d’air. Une sonde urinaire qui longe l’intérieur du tube peut être employée. Elle permet la remontée vers l’extérieur de l’air qui gêne le remplissage complet. À la fin du séchage, la résine devient brûlante, et il convient donc d’arroser en permanence l’entrée et la sortie des broches à l’aide d’une solution antiseptique pour limiter l’élévation thermique nécrosante au sein des tissus mous et de l’os ;

- retrait de la barre JAM.

3. Fessa

La technique de pose du Fessa est relativement simple. Le principal élément à retenir est que les deux premières broches doivent être placées perpendiculairement au plan sagittal de l’os, et non pas à la surface cutanée (PHOTO 9).

Application des techniques opératoires chez le veau

1. Ostéosynthèse biologique

Le veau est un animal jeune qui possède un périoste épais et actif, des zones métaphysaires larges et très vascularisées, des cartilages d’accroissement à respecter et une grande faculté de remodelage du cal durant les semaines qui suivent sa formation. Tous les critères sont donc réunis pour pratiquer l’ostéosynthèse biologique, celle qui favorise la contention souple par rapport à la réduction soignée du foyer et qui, en matière de fixation externe, est réalisée “à ciel fermé”. Mais chez le veau, en raison de son poids et du mode de vie de l’animal, mais aussi en raison de la difficulté à aligner les abouts osseux (sur le tibia surtout), la chirurgie mixte “à ciel ouvert”, tout en touchant peu à l’hématome fracturaire, est souvent un facteur de réduction du temps de formation du cal (PHOTO 10A, PHOTO 10B, PHOTO 11A ET PHOTO 11B). De plus, le veau ayant des corticales minces, l’emploi de la fixation interne n’est pas recommandé.

2. Repères anatomiques à connaître chez le veau

Les repères anatomiques donnés ici correspondent à un veau âgé de 15 à 30 jours.

Os canon

Les petits onglons sont localisés à l’aplomb de l’articulation métacarpo-phalangienne. Le plan du cartilage de croissance se trouve à 2 ou 3 cm au-dessus de ces onglons. L’articulation carpo-métacarpienne se situe à environ 3 cm au-dessous de la pointe de l’os pisiforme (saillie osseuse facilement palpable sur la face palmaire du carpe). Cette articulation doit être respectée lors du passage des broches car elle est un peu mobile et répond rapidement par l’inflammation et l’infection si elle est traumatisée. L’articulation tarso-métatarsienne se trouve dans un plan situé à environ 14 cm de la pointe du calcanéum. Elle est fixe, et souffre donc peu du pontage ou de la transfixion par une broche.

Tibia

Le cartilage de croissance proximal, qui est souvent près du foyer de fracture, doit être repéré. Il n’est pas ponté, ce qui laisse peu de place à l’implantation.

La pointe de la crête tibiale se situe dans le prolongement de ce cartilage, l’ensemble étant dans un plan perpendiculaire à l’axe de la diaphyse de l’os.

Suivi de l’animal

Le suivi de l’animal varie d’un cas à l’autre. En général, les deux premiers changements de pansement sont faits à huit jours d’intervalle à la ferme, dans un petit local propre, paillé quotidiennement, où le veau vit durant toute sa convalescence, seul avec sa mère.

Pour le troisième pansement, entre J20 et J25, le veau est ramené à la clinique par son propriétaire. Une radiographie de contrôle est pratiquée, et l’ablation du matériel d’ostéosynthèse est décidée ou non. Elle peut avoir lieu en totalité ou n’être que partielle (“dérigidification”), en fonction de l’estimation des qualités mécaniques de l’os néoformé. Celle-ci s’effectue par palpation et mobilisation douce manuelle du membre et par analyse des clichés radiographiques. Il est toujours préférable d’enlever précocement le matériel car, plus le temps passe, plus le risque infectieux augmente.

Principales complications

1. Complications mineures

Certaines complications ont peu de conséquences :

- l’irritation de la peau et du périoste sous-jacent est fréquente avec le JAM quand un coapteur vient frotter sur l’épiderme et que le périoste, très sensible, est enflammé. Il suffit de déplacer la broche et le coapteur qui gêne ou d’enlever définitivement l’implant si la formation du cal est assez avancée (PHOTO 12) ;

- le ring séquestre osseux. L’élévation thermique liée à la vitesse de rotation de la perceuse lors de l’implantation peut provoquer une nécrose osseuse locale autour d’une broche et la rendre instable (PHOTO 13). Là encore, la broche doit être changée de place ou enlevée. Le comblement du séquestre se fait naturellement.

2. Complications majeures

Les complications graves sont l’ostéomyélite, l’arthrite et la pseudarthrose (PHOTO 14). Les deux premières sont toujours possibles. Elles aboutissent inévitablement à l’amputation ou à l’euthanasie de l’animal, et signent l’échec de la technique. Même si le risque d’infection existe réellement chez les bovins, l’infection postchirurgicale est liée à une faute d’asepsie du chirurgien dans plus de 80 % des cas. La pseudarthrose est une non-union osseuse, avec formation au sein du foyer de fracture d’une néo-articulation. Elle est liée à un appauvrissement très important ou à une disparition totale de vascularisation au sein du foyer de fracture. Cette complication est rarissime (PHOTO 15). Nous l’avons rencontrée une seule fois sur une fracture de vêlage, mais l’éleveur n’a pas souhaité poursuivre les soins sur ce veau qui a été euthanasié.

En 2006, les objectifs de la chirurgie osseuse ont changé par rapport aux discours tenus vingt ans auparavant. La fixation externe reste la meilleure technique chirurgicale dans le traitement des fractures chez le veau, mais elle doit être réservée à des indications désormais bien ciblées. La diminution du nombre d’actes chirurgicaux sur l’os canon ne signifie pas un échec de la méthode, mais elle relève du fruit de l’expérience et de la réflexion. La meilleure technique est celle qui permet d’obtenir le bon résultat à un moindre coût pour l’éleveur. L’évolution de cette réparation des fractures n’est pas terminée. De bons cals de fracture sont obtenus avec des pansements orthopédiques à base de résine appliqués sur certains traumatismes du tibia. L’imagination des praticiens a encore de beaux jours devant elle !

Points forts

Les traitements employés chez le veau utilisent des matériels de fixation externe de plus en plus rigides, au contraire de l’évolution des procédés en traumatologie de l’enfant.

Les méthodes de fixation JAM ou Apef sont les plus utilisées.

La chirurgie mixte “à ciel ouvert”, bien que touchant peu à l’hématome fracturaire, réduit le temps de formation du cal.

Les complications les plus graves de la fixation externe sont l’ostéomyélite, l’arthrite et la pseudarthrose.

  • 1 - Chancrin JL. Manuel de fixation externe. Chapitre 12 : Fessa. Éd. Prat. Méd. Chir. Anim. Comp. Paris. 1997:326-343.
  • 2 - Chatré JL. Les fractures chez le veau : éléments cliniques et thérapeutiques raisonnés. Bull. GTV. 1998 (n° spécial “Orthopédie bovine”) : 83-100.
  • 3 - Chatré JL. Traitement chirurgical des fractures du tibia chez le veau. Bull. GTV. 2005;28:190-196.
  • 4 - Egger EL. Manuel de fixation externe. Chapitre 13 : Apef. Éd. Prat. Méd. Chir. Anim. Comp. Paris. 1997:346-351
  • 5 - Latte Y. Spécial orthopédie : l’enclouage trans-articulaire ; traitement des disjonctions épiphysaires basses du fémur du chat. Prat. Méd. Chir. Anim. Comp. 1991;26:3:263-269.

PHOTO 1. Fracture de vêlage de l’os canon traitée par fixation externe de type JAM, avec ablation du matériel d’ostéosynthèse à J45.

Technique générale de pose d’un fixateur externe en cadre latéro-médial à six broches

PHOTO 10A. Fracture du tibia traitée avec un JAM “à ciel fermé” avec ablation du matériel d’ostéosynthèse à J45. Une mauvaise réduction de la fracture est visible.

PHOTO 10B. Fracture du tibia traitée avec un JAM “à ciel fermé” avec ablation du matériel d’ostéosynthèse à J45. Une mauvaise réduction de la fracture est visible.

PHOTO 11A. Fracture du tibia traitée avec un JAM “à ciel ouvert” avec ablation du matériel d’ostéosynthèse à J30. Une bonne réduction de la fracture est observée.

PHOTO 11B. Fracture du tibia traitée avec un JAM “à ciel ouvert” avec ablation du matériel d’ostéosynthèse à J30. Une bonne réduction de la fracture est observée.

PHOTO 12. Irritation de la peau et du périoste sous-jacent lors d’un traitement par JAM (flèches).

PHOTO 13. Ring sequestre osseux en formation. Le montage est resté en place environ 40 jours

PHOTO 14. Ostéoarthrite du boulet à la suite d’une fracture du radius et de l’ulna traitée avec un Apef et qui a cicatrisé en conservant des troubles neurologiques irréversibles (paralysie irréversible des extenseurs des plalanges : le veau marchait sur son boulet).

PHOTO 15. Cliché radiographique de face d’un os canon de veau : pseudarthrose à la suite d’un traitement par JAM.

PHOTO 2. Fracture de vêlage de l’os canon traitée par résine (cal plus rapide et homogène).

PHOTO 3A. Technique simple de fixation externe JAM avec un seul cadre sur une fracture de l’os canon mise en œuvre en 1998 (A) et méthode plus complexe avec vis de traction et fixation externe sur deux plans réalisée en 2004 (B).

PHOTO 3B. Technique simple de fixation externe JAM avec un seul cadre sur une fracture de l’os canon mise en œuvre en 1998 (A) et méthode plus complexe avec vis de traction et fixation externe sur deux plans réalisée en 2004 (B).

PHOTO 4. Exemple de montage JAM classique en cadre latéro-médial sur une fracture de l’os canon.

PHOTO 5. Montage classique d’Apef en deux plans sur une fracture de l’os canon.

PHOTO 6. Montage Fessa sur une fracture ouverte de l’os canon avec deux hémicadres en “V”.

PHOTO 7. Utilisation de la technique de la double barre pour garantir un alignement des broches.

PHOTOS 8A. Technique de pose de l’Apef sur une fracture de l’os canon.

PHOTOS 8B. Technique de pose de l’Apef sur une fracture de l’os canon.

PHOTO 9. Technique de pose d’un Fessa sur une fracture de l’os canon.

Répartition des différents types de traitement d’une fracture de l’os canon chez le veau dans notre clientèle