Le point Vétérinaire n° 271 du 01/12/2006
 

BIOLOGIE CLINIQUE DU CHIEN ET DU CHAT

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Alexandra Briend-Marchal*, Christine Médaille**, Nathalie Bourgès-Abella***, Catherine Trumel****


*Laboratoire Vebiotel,
41 bis, av. Aristide-Briand,
94117
Arcueil Cedex
**Laboratoire Vebiotel,
41 bis, av. Aristide-Briand,
94117 Arcueil Cedex
***Département des sciences
cliniques,
École national vétérinaire
de Toulouse,
23, chemin des Capelles,
31076 Toulouse Cedex
****Département des sciences
cliniques,
École national vétérinaire
de Toulouse,
23, chemin des Capelles,
31076 Toulouse Cedex

Le choix d’un analyseur de biochimie ou d’hématologie est un investissement important qui doit répondre à différents critères objectifs et raisonnés.

Les performances des nouveaux automates ne doivent pas faire oublier que l’utilisation efficace de la biologie médicale ne peut pas être fondée uniquement sur les possibilités analytiques des équipements.

Elle doit aussi reposer sur une solide con­nais­sance des motifs d’analyse, des principes de mesure et des critères d’interprétation des résultats. Une analyse utile est une analyse pratiquée de façon courante ; dans les cas moins fréquents, il est souvent préférable de référer l’examen à un laboratoire d’analyses biologiques vétérinaires.

Avant de s’équiper d’analyseurs, il convient d’avoir à disposition dans sa clinique le minimum de matériel de base en analyse biologique, d’avoir pris l’habitude de l’utiliser correctement et d’en connaître les limites. Il s’agit de :

- l’ensemble du matériel et des con­som­mables nécessaires pour effectuer les différents prélèvements prévus et les stocker ;

- une centrifugeuse pour séparer les plasmas et les sérums, sédimenter les urines ;

- un microscope de bonne qualité ;

- un réfrigérateur-congélateur pour conserver les spécimens et les réactifs ;

- des réactifs/matériels sim­ples : des bandelettes d’analyses urinaires, des lames et des colorants pour les frottis sanguins, un réfractomètre, éventuellement un appareil de mesure de la glycémie (du type de ceux utilisés par les diabétiques en médecine humaine).

Différentes raisons de s’équiper

Les motifs d’équipement les plus souvent évoqués sont :

- l’obtention rapide des résultats, argument décisif pour les analyses jugées urgentes (ex.: réanimation) ;

- l’amélioration des prestations médicales résultant de l’intégration de la biologie à la consultation ;

- la facturation de l’analyse directement au client.

En pratique, le seul bon argument est le besoin médical, c’est-à-dire la pertinence d’obtenir le (ou les) résultat(s) dont le vétérinaire estime avoir besoin en cours d’intervention ou de consultation ou peu après.

Adéquation entre les capacités techniques de la personne faisant les analyses et les impératifs de l’équipement choisi

Tous les équipements qui demandent des manipulations de l’échantillon et/ou de réactifs doivent être réservés à des personnes sachant et ayant le temps de les faire correctement, car la qualité des résultats en est totalement dépendante. C’est en particulier le cas de tous les spectrophotomètres et systèmes dérivés plus ou moins automatisés.

En revanche, les systèmes fermés (c’est à dire qui n’acceptent que les réactifs et les consommables qui lui sont spécifiquement destinés) sont plus robustes et supportent mieux les variations de manipulation en fonction des opérateurs, ce qui est souvent le cas dans les cliniques vétérinaires où plusieurs praticiens et/ou leur(s) ASV peuvent effectuer des analyses sur les mêmes machines.

Quel que soit l’automate, il convient de se renseigner très précisément sur le petit matériel utilisé pour réaliser l’analyse. Ainsi, certains automates d’hématologie n’acceptent qu’un seul type de tubes (du gabarit prévu pour entrer dans l’automate et être homo­généisé, perçé, prélevé, et rejeté), ce qui oblige :

- soit à n’acheter que ce type de tube (parfois plus cher) ;

- soit à transférer le prélèvement d’un tube sur l’autre, ce qui implique une manipulation et peut engendrer des erreurs.

Stratégie de demande d’analyses

En hématologie, sauf pour les automates récents, les analyseurs effectuent toutes les analyses pour lesquelles ils sont programmés (souvent l’hémogramme complet ou l’hémogramme et la formule leucocytaire). Cependant, le praticien peut choisir de disposer d’un analyseur offrant un nombre limité de constituants et réserver les autres analyses à un laboratoire spécialisé.

En biochimie, les matériels permettent d’effectuer :

- des analyses unitaires “mono-test/mono-animal”, par exemple avec le Réflovet® (Scil)

- des bilans “mono-animal” plus ou moins larges pour lesquels le choix des analytes est : soit optionnel, ce qui est le cas par exemple des réactifs du Vettest® (Idexx), du DT II® (Vitros) ou du Spotchem® (Scil), soit fermé comme par exemple avecle M-Scan® (Melet) ou l’I-Stat® (Scil).

Le mode de fonctionnement personnel doit être clairement analysé avant tout achat.

Qualité des résultats d’analyse

Les équipements commercialisés actuellement donnent en général des résultats de bonne qualité. Cependant, la plupart n’ont pas été validés pour tous les analytes dans toutes les espèces. Cette absence de validation des analyseurs a assez peu de conséquences en biochimie car les méthodes sont en général identiques pour tous les mammifères. Mais elle peut en avoir en hématologie et en endocrinologie (ex : réalisation peu fiable des formules leucocytaires, numération plaquettaire erronée chez le chat). Il est donc important de demander, avant l’achat, de pouvoir examiner les documents attestant des spécifications analytiques des équipements et réactifs et la validation des analyses dans les espèces concernées.

Doivent aussi être prises en compte les multiples difficultés rencontrées en pratique courante et qui peuvent modifier très nettement les résultats : conséquences de la lipémie ou de l’hémolyse sur la qualité des résultats, importance de la température de la pièce où se situe l’automate, nettoyage de certains éléments (ex : présence de caillot dans le prélèvement pouvant boucher certains éléments de l’analyseur, etc.) (voir le TABLEAU “Sources d’erreur conduisant à un résultat erroné”).

Les laboratoires de biologie, à la différence des cliniques vétérinaires pour lesquelles il n’existe pas pour le moment de réglementation des examens biologiques, sont soumis à des contrôles de qualité interne réguliers. Ainsi, des échantillons “contrôles” sont passés avant chaque série d’analyses, afin de vérifier la répétabilité des mesures et l’absence de dérive des résultats rendus par l’automate. Avec les lots de contrôle, le fabricant fournit un document dans lequel sont inscrits les intervalles de valeurs attendues. Une valeur rendue par l’analyseur montre en dehors de cet intervalle une dérive analytique et des actions correctives doivent être mises en place (nettoyage, recalibrage de l’automate, changement de certains éléments du système, etc.). Bien que cette obligation n’existe pas à l’heure actuelle pour les laboratoires des cliniques vétérinaires, la législation peut évoluer d’ici à quelques années, et l’intérêt des contrôles qualité n’est plus à démontrer.

Conditions d’utilisation de l’équipement

La préparation d’un plasma nécessite une centrifugation du spécimen, donc un équipement, un délai et une manipulation. Elle est obligatoire pour certains systèmes qui ne fonctionnent que sur plasma ou sérum (comme le Vettest® ou le DT II®). Elle peut être évitée, soit par des dispositifs de filtration (par exemple Reflovet®), soit par des cen­trifugeuses incorporées dans le système (par exemple Spotchem®).

D’autre part, les résultats peuvent différer pour certains paramètres dans le sang total et le sérum ou le plasma (par exemple pour le fibrinogène et les protéines totales).

Intervalles de référence

Au moins en biochimie, les analyseurs actuellement commercialisés donnent des résultats voisins pour la plupart des substrats (glucose, créatinine, bilirubine, etc.) et des minéraux, ainsi que des résultats analogues à ceux des laboratoires d’analyses médicales. En revanche, il n’en est pas de même pour les enzymes ou les hormones, pour lesquelles la transférabilité, donc les possibilités de comparaison inter-laboratoires ou intercliniques, est parfois très mauvaise. Par exemple, la température de réaction (30 °C ou 37 °C) peut faire varier de plus de 50 % la mesure des phosphatases alcalines.

Cela impose de :

- se référer aux intervalles de valeurs usuelles fournis par le fabricant, même si le plus souvent la façon dont ces intervalles ont été déterminés n’est pas précisée, ou mieux, de déterminer ses propres valeurs usuelles en réalisant des dosages répétés dans les mêmes conditions pour des animaux sains ;

- utiliser l’intervallede valeurs usuelles spécifique à chaque système analytique.

De même, les unités utilisées pour les résultats, en particulier en endocrinologie, peuvent changer d’un automate à un autre (par exemple, le cortisol peut être rendu en mg/ml ou en nmol/l). Il convient d’être vigilant lors de changement de matériel, comme lors de comparaison entre les valeurs rendues par deux automates différents.

Réfléchir au coût

La question du coût des analyses est souvent celle sur laquelle les commerciaux insistent le plus. Cependant, elle n’est que secondaire : une analyse inutile ou mal effectuée est toujours trop chère. De plus, le coût réel d’une analyse est souvent plus élevé que ce qui est évalué. Outre l’achat de l’équipement et des réactifs, l’évaluation du coût de revient d’une analyse doit incorporer le coût de la maintenance, des contrôles de qualité et du temps passé pour faire l’analyse et éventuellement la vérifier.

Compte-rendu et gestion des résultats d’analyses

Les concepteurs des automates de biologie prennent de plus en plus en compte l’aspect visuel des résultats d’analyses pour deux raisons :

- les vétérinaires apprécient de pouvoir situer rapidement l’anomalie au sein d’une série de données chiffrées. Par exemple, le VetLab®d’Idexx met en rouge les résultats qui sont en dehors de l’intervalle des valeurs usuelles chez l’espèce concernée, et fournit un indicateur de “normalité” sous forme d’une barre divisée en trois zones (bas/normal/élevé) sur laquelle est placée la valeur de l’animal testé. L’Advia 120® de Bayer donne des résultats sous forme de valeurs chiffrées et sous formes de nuages de points colorés sur des graphiques ;

- les clients demandent régulièrement une copie des examens de biologie réalisés, soit pour pouvoir le fournir à un autre vétérinaire (lors de déplacement en vacances par exemple, ou pour prendre un second avis), soit pour “vérifier” eux-mêmes sur internet (car telle est l’évolution constatée au sein de la clientèle) la pertinence des examens demandés et “évaluer” les résultats obtenus.

Il convient aussi de ne pas sous-estimer l’importance de la gestion informatique et du stockage des données biologiques. Si l’automate est raccordé au réseau informatique de la clinique, cela facilite nettement ces étapes en stockant les résultats des analyses dans le dossier de l’animal, ce qui permet de les retrouver rapidement.

Le choix d’un équipement doit toujours être réfléchi et ne pas obéir à une impulsion positive ou négative. Face à une offre large et variée, l’analyse doit être personnelle et adapté à la situation particulière de la clinique et au mode d’exercice du ou des praticiens utilisateur(s). Chaque vétérinaire a donc son “bon choix”.

Les informations indiquées ci-dessus pour certains matériels et/ou réactifs ne sont données qu’à titre d’exemple et n’impliquent ni une opinion des auteurs sur leur qualité, ni un engagement des fabricants ou des agents commerciaux.

Sources d’erreur conduisant à un résultat erroné