Le point Vétérinaire n° 271 du 01/12/2006
 

OBSTÉTRIQUE CHEZ LES PETITS RUMINANTS

Pratiquer

EN IMAGES

C. Delaunay*, C. François**, J.-L. Inquimbert***, K. Adjou****


*78270 Bennecourt
**94700 Maisons-Alfort
***12400 Saint-Affrique
****Unité de pathologie du bétail, ENV d’Alfort

Lors de césarienne par la ligne blanche, la préparation de l’intervention et la préhension de l’utérus sont facilitées.

La césarienne chez la brebis est un acte courant. En effet, la fragilité du col utérin limite les manœuvres obstétricales forcées dans cette espèce. De plus, prolapsus vaginaux et torsions utérines sont fréquents, surtout chez les multipares (voir l’ENCADRÉ “Principales indications de la césarienne chez la brebis”). Les brebis de réforme ayant peu de valeur pour la production de viande, l’opération est rentable seulement si les agneaux sont viables ou si la mère a une forte valeur génétique. Dans la filière lait, le bénéfice d’une saison de lactation supplémentaire justifie le recours à la césarienne, même si les agneaux sont morts.

Le matériel nécessaire est limité (PHOTO). La réalisation de l’acte au cabinet sur une table à évacuation d’eau permet une hygiène et des conditions de travail bien meilleures qu’en bergerie. Lorsque cela n’est pas possible, la brebis peut être caléedans une brouette ou avec des bottes de paille pour un abord par la ligne blanche.

L’éventration et la déhiscence de plaie, souvent évoquées à propos de cette voie d’abord, ne semblent pas, en pratique, représenter de complications courantes. Le risque est théoriquement moindre avec un abord par le flanc gauche ou droit, car les organes digestifs ne pèsent pas sur la cicatrice. Toutefois, pour les brebis de race peu lainée (lacaune, par exemple), qui ont peu de laine autour du nombril et de la ligne blanche, l’abord par le flanc impose une tonte plus importante, d’où un temps de manipulation accru. En outre, l’abord par le flanc est déconseillé en cas d’infection utérine (agneaux emphysémateux).

Avec un abord par la ligne blanche, l’accès à l’utérus est facile. Il est plus complexe par le flanc droit car les intestins peuvent gêner la préhension utérine. Par le flanc gauche, il convient de repousser le rumen (qui assure toutefois une bonne obstruction de la plaie).

Chez la chèvre, cet abord par le flanc gauche chez l’animal debout ou en décubitus latéral sur la table, sous anesthésie locale, semble préféré. En effet, la contention sur le dos et la tranquillisation chimique sont mal supportées par cet animal.

Cet article est un exposé de la réalisation pratique de la césarienne par la ligne blanche chez une brebis lacaune présentée pour une torsion utérine.

Principales indications de la césarienne chez la brebis

Chez la brebis, une césarienne est indiquée lors de :

- non-dilatation du col utérin, avec ou sans torsion associée ;

- prolapsus vaginal récidivant avant le part ;

- malformations fœtales (peu fréquentes) ;

- disproportion fœto-maternelle.

Les disproportions fœto-maternelles sont rares. Elles sont surtout rencontrées chez des agnelles dans le cas d’agneau unique.

1 Contention Pour un abord par la ligne blanche au cabinet vétérinaire, la brebis est couchée sur le dos et attachée par les quatre pattes au moyen de lacs. Elle peut être tranquillisée : xylazine, hors autorisation de mise sur le marché dans cette espèce, par exemple Rompun®, à la dose de 0,5 à 0,7 ml par voie intraveineuse.

10 Phase postopératoire Dans cet exemple, un antibiotique a été pulvérisé sur la plaie à la fin de l’intervention, mais un nettoyage antiseptique peut être préféré. Aucun soin de la plaie n’est ensuite nécessaire. Les agrafes tombent après deux à trois semaines. Une antibiotiothérapie est généralement prescrite. Dans ce cas, une association de pénicilline et de streptomycine a été utilisée : Penijectyl®, par voie intramusculaire, à la dose de 10 ml/j par brebis pendant quatre jours.

PHOTO. Les instruments et le matériel nécessaires pour l’intervention sont : - une lame de bistouri n° 22 ou 23 ; - une paire de ciseaux ; - une pince de Kocher ; - du fil résorbable tressé décimale 4 ou 5, avec une aiguille à section ronde ou triangulaire (exemple, Vicryl®) ; - une pince et des agrafes de Michel (de 2 cm) pour la peau, si elle n’est pas suturée (dans ce cas, Nylon® ou soie).

2 Préparation du site opératoire La peau est épilée ou tondue, lavée et désinfectée à l’aide de povidone iodée savon, puis de chlorhexidine en solution alcoolique en pulvérisation. Le site d’incision est anesthésié par des injections sous-cutanées traçantes de lidocaïne (Laocaïne®, 3 à 5 ml au total) en évitant les veines mammaires. Le port de gants est recommandé en raison du risque de transmission d’agents pathogènes (dont la brucellose).

3 Incision de la peau Une incision cutanée est réalisée sur 12 à 15 cm sur la ligne blanche entre la mamelle et l’ombilic, en évitant les veines mammaires. Elle peut éventuellement être agrandie en fonction de la taille des agneaux. Elle est médiale ou paramédiale, et s’adapte au réseau veineux mammaire, plus ou moins développé. La ligne blanche est ponctionnée, puis l’incision est poursuivie avec les ciseaux.

4 Abord utérin L’extrémité de la corne gravide est extériorisée avec précaution, car elle peut être fragile, surtout en cas de torsion (œdème). L’utérus est ponctionné et ouvert sur sa grande courbure sur 12 à 15 cm. Selon la taille des agneaux, il est parfois nécessaire d’agrandir l’ouverture aux ciseaux, après repérage de la disposition anatomique de la corne. La détorsion n’est pas toujours réductible avant d’avoir extériorisé le (ou les) agneau(x). Elle est souvent réalisée après suture.

5 Extraction des agneaux Le premier agneau est extériorisé en exerçant une traction vers le haut. Il est saisi par les membres pelviens, thoraciques, ou par la tête. Puis les autres sont recherchés et extériorisés. Dans ce cas, trois agneaux sont présents.

6 Soins aux agneaux Dès la mise bas, le praticien doit s’assurer que l’agneau respire normalement. Si ce n’est pas le cas, les voies respiratoires sont dégagées des débris pouvant les obstruer, et les réflexes de respiration sont stimulés, par exemple en saisissant l’animal par les membres pelviens et en lui faisant décrire de larges cercles descendants. Ensuite, l’éleveur applique sur le cordon ombilical de la teinture d’iode immédiatement après la naissance et deux à trois jours plus tard. Il aide les agneaux faibles à prendre le colostrum (au pis ou à la sonde). Les animaux en hypothermie sont enroulés dans une couverture en laine ou baignés dans de l’eau tiède pendant deux à dix minutes, puis frottés vigoureusement avec un linge sec. L’éleveur veille ensuite au maintien d’une température élevée dans l’emplacement destiné aux agneaux, par exemple grâce à une lampe chauffante. Si la mère meurt, il est nécessaire de trouver une brebis nourrice ou de nourrir les agneaux au biberon.

7 Suture de l’utérus Contrairement aux bovins, un simple surjet enfouissant est réalisé sur l’utérus (ici, avec un Vicryl® 5). Un oblet à base d’antibiotiques est inséré dans la cavité utérine. L’étanchéité de la suture doit être vérifiée.

8 Suture de la paroi abdominale et précautions infectieuses Le plan musculaire est également fermé par un surjet simple. Lors d’un abord par le flanc, la paroi peut être refermée en un ou deux plans. Une injection de pénicilline et de streptomycine (par exemple 10 ml de Penijectyl®) est réalisée sous le plan musculaire, pour bénéficier de la diffusion locale de l’antibiotique. Dans ce cas, une poudre à base de tétracycline et de sulfamide (Orospray®) a été pulvérisée sur la plaie avant la suture cutanée, mais un nettoyage avec une solution antiseptique peut lui être préféré.

9 Fermeture du plan cutané La peau est suturée avec des agrafes de Michel de 20 mm (15 à 20 au total), car ce procédé est rapide et simple à mettre en œuvre. Celles-ci doivent être bien ajustées (risque d’ouverture).