Le point Vétérinaire n° 270 du 01/11/2006
 

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CARDIOLOGIE

François Serres*, Grégory Jouvion**, Vassiliki Gouni***, Valérie Chetboul****, Jean-Louis Pouchelon*****


*Unité de cardiologie, ENVA
**UMR 703 Inra/ENVN
***Unité de cardiologie, ENVA
****Unité de cardiologie, ENVA
*****UMR Inserm-ENVA U 660
******Unité de cardiologie, ENVA
*******UMR Inserm-ENVA U 660

Un chatte de race burmese, stérilisée, et âgée de six ans, est référée à la consultation de cardiologie pour explorer un épanchement pleural.

En raison d’une dyspnée aiguë présentée par l’animal, une ponction pleurale est effectuée en urgence.

L’analyse du liquide d’épanchement est en faveur d’un chylothorax (exsudat blanc laiteux riche en triglycérides, en granulocytes neutrophiles et en petits lymphocytes).

Aucun antécédent n’est rapporté par les propriétaires

Au cours de l’examen clinique, l’animal est nettement polypnéique (fréquence respiratoire = 70 mouvements par minute) malgré la ponction de 200 ml de liquide pleural effectuée la veille.

La fréquence cardiaque est élevée (180 à 200 battements par minute), avec un rythme régulier et un pouls frappé et synchrone. L’auscultation, rendue difficile par la polypnée, ne détecte aucun bruit supplémentaire.

Examens complémentaires

L’échographie cardiaque confirme la présence d’un épanchement pleural très abondant. Un épanchement péricardique de faible quantité qui s’accompagne d’un épaississement irrégulier du péricarde est constaté. L’examen met également en évidence une masse de grande taille située à la base du cœur. Cette formation infiltre l’atrium droit, et entoure les artères pulmonaires gauche et droite depuis la bifurcation du tronc pulmonaire. Elle entoure également le départ de l’aorte et l’abouchement des veines caves caudale et craniale. La présence de cette masse très infiltrante peut expliquer l’épanchement pleural observé, par envahissement ou compression des structures lymphatiques et/ou du retour veineux au cœur droit. Face à une atteinte néoplasique probable, les propriétaires de l’animal décident de l’euthanasier.

Autopsie

L’autopsie de l’animal confirme la présence d’une masse très envahissante qui occupe la base du cœur (PHOTO 1). L’analyse histologique de cette formation révèle qu’il s’agit d’une tumeur mal délimitée, non encapsulée, à croissance infiltrante. Les cellules tumorales s’organisent en lobules délimités par un stroma conjonctif grêle richement vascularisé. Les cellules tumorales sont polygonales, jointives, aux limites bien visibles (cellules épithéliales tumorales) (PHOTO 2). L’anisocytose et l’anisocaryose sont modérées, l’index mitotique est faible et des emboles lymphatiques sont observés. L’hypothèse principale est celle d’un chémodectome malin. Un carcinome thyroïdien ectopique ne peut cependant être totalement exclu.

Discussion

La plupart des cas décrits de chylothorax chez les carnivores domestiques sont idiopathiques [1]. La réalisation d’un examen échographique du thorax est néanmoins indispensable car de nombreuses maladies peuvent être responsables d’une obstruction au flux lymphatique. Chez le chat, une myocardiopathie hypertro­phique (notamment lors d’hyperthyroïdie), une autre cardiopathie droite (dysplasie tricuspidienne, dirofilariose, etc.) ou encore un épanchement péricardique doivent être plus particulièrement recherchés [2]. L’examen échographique du thorax permet également d’identifier certaines masses médiastinales pouvant comprimer le retour veineux et/ou lymphatique (lymphome, thymome, granulome fongique, etc.). Plus rarement, une masse cardiaque, notamment une tumeur de la racine de l’aorte, est identifiée.

Chez le chat, une dizaine de chémodectomes sont décrits dans la littérature. Il s’agit le plus souvent de lésions malignes, associées à des métastases majoritairement thoraciques [3]. Un lien entre l’apparition de ces tumeurs et l’exposition à une hypoxie chronique (vie en altitude, profil brachycéphale, etc.) est supposé chez l’homme et le chez chien [3]. À ce jour, aucune relation n’a été mise en évidence chez le chat.

Dans ce cas, le chylothorax résulte à la fois de la compression des voies veineuses et de l’envahissement des voies lymphatiques par le tissu tumoral. Le pronostic d’une telle affection est sombre. L’exérèse est le plus souvent impossible. Une chimiothérapie et une radiothérapie peuvent être proposées, mais aucune publication n’a évalué l’efficacité d’un tel traitement.

  • 1 - Fossum TW, Forrester SD, Swenson CL et coll. Chylothorax in cats: 37 cases (1969-1989). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1991;198:291-294.
  • 2 - Fossum TW, Miller MW, Rogers KS et coll. Chylothorax associated with right-sided heart failure in five cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1994;204:84-89.
  • 3 - Paltrinieri S, Riccaboni P, Rondena M et coll. Pathologic and immunohistochemical findings in a feline aortic body tumor. Vet. Pathol. 2004;41:195-198.

PHOTO 1. Pièce nécroscopique : le chémodectome se présente sous la forme d’une masse qui envahit la base du cœur.

PHOTO 2. Tumeur épithéliale maligne, caractérisée par des cellules tumorales organisées en lobules délimités par un stroma conjonctif grêle richement vascularisé : chémodectome (coloration HES).