Le point Vétérinaire n° 269 du 01/10/2006
 

VACCINATION CANINE

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

4, Square de Tourville
44470 Carquefou

Les données scientifiques et les notices d’autorisation de mise sur le marché (AMM) de la gamme Nobivac® recommandent des rappels de vaccin CHP tous les trois ans.

« Trop peu de chiens et de chats sont vaccinés, mais sans doute trop souvent. » Cette phrase du professeur Marian Horzinek de la faculté vétérinaire d’Utrecht, spécialiste de la vaccinologie du chien et du chat en Europe, est mise en exergue par Intervet pour souligner l’intérêt médical de vacciner davantage de chiens (et de chats), quitte à le faire moins fréquemment pour certaines valences virales. Chez les chiens, les trois valences concernées sont la maladie de Carré, l’hépatite de Rubarth et la parvovirose (CHP). Seulement la moitié des chiens et 30 % des chats sont “correctement vaccinés”. Pour éviter l’émergence ou la réémergence d’une maladie contagieuse dans une population, il serait souhaitable qu’au moins 60 ou 70 % de ses individus soient protégés, ce qui est loin d’être le cas.

En 2006, pour la première fois sur le marché français, un fabricant de vaccins, Intervet, lance une gamme canine, Nobivac®, avec des rappels recommandés tous les trois ans après une primovaccination classique, selon les résumés officiels des caractéristiques du produit (RCP). Cette révolution potentielle dans les protocoles vaccinaux conduit à s’interroger sur la vaccination chez le chien.

Les épreuves virulentes indispensables, mais coûteuses

Les chiens vaccinés pour les valences CHP, avec les vaccins Nobivac® sont-ils correctement protégés pendant trois ans ? Oui, sans aucun doute. L’évaluation de la durée d’immunité ne s’appuie pas seulement sur des études sérologiques. Depuis 1998, le délai d’apparition de l’immunité et la durée de protection sont démontrés à travers des études par épreuve virulente. Dans le cas des valences CHP, ces épreuves reproduisent expérimentalement la maladie de la Carré, l’hépatite de Rubarth (CAV-1) ou la parvovirose (CPV-2b), dans des conditions souvent beaucoup plus sévères que les infections naturelles. Les études, réalisées en station expérimentale, permettent de conclure à l’efficacité sans ambiguïté. Elles ont duré plus de trois ans [4]. Les chiots témoins non vaccinés ont subi les mêmes épreuves virulentes à l’âge de trois ans et quelques mois et ont tous présenté des signes cliniques sévères de maladie, avec des taux de mortalité compris entre 33 % et 100 % selon les épreuves. En revanche, les chiens vaccinés depuis environ trois ans ont tous été protégés lors de l’épreuve virulente. Les écarts sont statistiquement significatifs. Si Intervet est le premier en France à valider des durées d’immunité de trois ans, la plupart des autres fabricants de vaccins commercialisent déjà dans d’autres pays, principalement aux États-Unis, des vaccins avec des rappels tous les trois ans. À moyen ou à long terme, ces vaccins seront probablement autorisés en France.

La recommandation de l’American Animal Hospital Association (AAHA) est de vacciner pour les valences CHP tous les trois ans depuis 2003. Celle-ci a été renouvelée en 2006 (voir le TABLEAU “Protocoles vaccinaux 2006 recommandés aux États-Unis”) [1].

Pas de risque à vacciner tous les ans

Vacciner pour les valences CHP tous les ans représente-t-il un bénéfice ou un risque supplémentaire par rapport à une vaccination tous les trois ans ? Bien qu’aucune essai comparative n’existe, les essais par épreuve virulente montrent que la protection conférée est de très bonne qualité après trois ans. De nombreuses associations, anglo-saxonnes surtout, parfois de propriétaires d’animaux de compagnie, craignent que la vaccination n’induise des effets secondaires, voire que, paradoxalement, les animaux vaccinés soient plus malades que ceux qui ne le sont pas.

Vacciner est sans effet secondaire

Une étude britannique récente sur près de 4 000 propriétaires de chiens confirme qu’il n’en est rien [3]. Le taux de chiens malades dans les deux semaines qui précèdent le recueil des données est de 16,4 % chez les chiens vaccinés récemment (depuis moins de trois mois), de 18,8 % chez ceux vaccinés depuis plus de trois mois, et de 25 % chez ceux non vaccinés ou avec un statut vaccinal inconnu de leur propriétaire. Ces résultats, non significatifs, seraient donc plutôt en faveur d’une vaccination. Une analyse plus fine des résultats montre, avec une confiance statistique de 90 %, que la vaccination récente (de moins de trois mois) ne peut ni accroître le taux de survenue d’un signe clinique de maladie de plus de 0,1 %, ni diminuer ce taux de plus de 4,9 %. Vacciner tous les six mois, tous les ans ou tous les trois ans ne présente donc pas un risque moindre ou supplémentaire pour le chien.

Les données actuelles

Selon l’expression consacrée, « les données actuelles de la science », validées par les nouvelles autorisations de mise sur le marché (AMM) des vaccins de la gamme Nobivac® militent pour un rappel vaccinal pour les valences CHP tous les trois ans. Néanmoins, les rappels annuels ne représentent aucun risque chez le chien, contrairement au chat pour lequel toute injection est susceptible d’induire un fibrosarcome (avec une prévalence de l’ordre d’un cas pour 10 000 à 30 000 chats vaccinés).

Expliquer la vaccination pour éviter la défiance

Le vaccin CHP doit-il être effectué tous les ans, tous les deux ans ou tous les trois ans ? Cela doit rester au choix du praticien, sachant que la vaccination contre la leptospirose reste annuelle. Cette question cache surtout la crainte des praticiens français de voir leurs clients les plus fidèles, qui reviennent chaque année pour la vaccination, déserter leurs salles d’attente. En outre, à terme, la protection des vaccins antirabiques devrait aussi être allongée à deux ans ou trois ans, comme c’est déjà le cas avec les mêmes vaccins dans de nombreux autres pays européens.

À la lumière des expériences américaines et britanniques, le risque est surtout celui d’une crise de confiance entre le vétérinaire et son client, si ce dernier apprend, par la “rumeur” ou les médias, que les vaccins pour lesquels le rappel est annuel pourraient être davantage espacés, ce que lui aurait “caché” son vétérinaire. Pour le moment, ce débat sensible a été évité en France.

Le consentement éclairé sur la vaccination

Il est alors souhaitable d’obtenir, même pour la (trop ?) banale vaccination annuelle, « le consentement éclairé du client » et de lui expliquer chaque année, en toute transparence, contre quelles maladies les vaccins protègent son animal. En outre, l’incidence économique des rappels de vaccin CHP tous les trois ans est très faible, voire nulle, pour le propriétaire comme pour le praticien, tant que les rappels contre la leptospirose et la rage s’effectuent sur un rythme annuel. Si les durées d’immunité des vaccins antirabiques peuvent s’allonger à l’avenir, il est peu probable que celles contre la leptospirose, zoonose potentielle, dépassent un an.

Une durée d’immunité d’un an contre la leptospirose

Pour le nouveau vaccin Nobivac® Lepto, la durée d’immunité a ainsi été validée à un an par épreuve virulente et présente l’atout de protéger le chien contre le portage rénal et l’excrétion urinaire, ce qui n’est pas le cas pour d’autres vaccins (étude par épreuve virulente à L. canicola) [2].

Le vétérinaire a la possibilité d’expliquer son choix en toute confiance à son client. Il peut décider de vacciner tous les ans pour les valences CHPLR, dans un souci de simplicité et sans impact majeur sur le prix de la consultation vaccinale, ou de vacciner pour les valences CHP tous les trois ans, et LR tous les ans « compte tenu des données les plus récentes sur la durée d’immunité des vaccins ».

L’essentiel est de maintenir, à travers le principe d’une consultation vaccinale annuelle acceptée par le client, le support d’un examen médical complet. Celui-ci permet en effet aussi, et peut-être surtout, de dépister une tumeur, une insuffisance cardiaque, un début d’arthrose, etc.

En savoir plus

- Girard A. La vaccination canine annuelle est-elle encore justifiée ? Point Vet. 2005 ; 36(257) : 8-9.

- Girard A. Protocoles vaccinaux canins et félins. Vers un allongement des intervalles de rappel de vaccination ? Point Vet. 2004 ; 35(247) : 8-9.

- Girard A. Vaccination. Réflexion scientifique sur l’acte vaccinal. Les fondements de la vaccination sont à réévaluer, pour mieux la réhabiliter. Semaine Vét. 2005 ; 1203 : 22-25.

- Girard A. Vaccins “Core” canins. Validation des durées d’immunité protectrice. Remise en cause de la vaccination annuelle ? Les données scientifiques actuelles plaident pour des rappels vaccinaux plus espacés. Semaine Vét. 2005 ; 1195 : 26.

  • 1 - American Animal Hospital Association. Canine Vaccine task force. Am. Anim. Hosp. Assoc. canine vaccines guidelines. 2006 (www.aahanet.org).
  • 2 - André-Fontaine G, Branger C, Gray AW et coll. Comparison of the efficacy of three comercial bacterins in preventing canine leptospirosis. Vet. Rec. 2003 ; 153 : 165-169.
  • 3 - Edwards DS, Henley WE, Ely ER et coll. Vaccination et ill-health in dogs : a lack of temporal association and evidence of equivalence. Vaccines. 2004 ; 22 : 3270-3273.
  • 4 - Gore TC, Lakshmanan N, Duncan KL et coll. Three-year duration of immunity in dogs following vaccination against canine adenovirus type-1, canine parvovirus and canine distemper virus. Veterinary Therapeutics. 2005 ; 6(1) : 10 p.

Les protocoles vaccinaux 2006 recommandés aux États-Unis

Ces recommandations ont été actualisées en 2006 par l’American Animal Hospital Association (AAHA) en fonction des vaccins commercialisés aux États-Unis. En France, si de telles recommandations étaient développées, la vaccination contre la leptospirose serait certainement recommandée pour tous les chiens (core vaccine).