Le point Vétérinaire n° 269 du 01/10/2006
 

REPRODUCTION DES BOVINS

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EN QUESTIONS-RÉPONSES

Philippe Arzul

NBVC
12, chemin des Joncs
69570 Dardilly

D’après les résultats d’une station d’évaluation et d’une ferme expérimentale, le vêlage à deux ans en race allaitante peu utilisé en France, semble plus économique. Il ne provoque pas plus de dystocies que le vêlage à trois ans.

Résumé

Très utilisé chez les Anglo-Saxons, le vêlage à deux ans est peu pratiqué en France. Pourtant, les résultats d’une station d’évaluation et d’une ferme expérimentale en race charolaise semblent démontrer l’intérêt de cette conduite d’élevage. De nombreux éleveurs craignent des baisses de fertilité et des difficultés supplémentaires au vêlage, mais ces complications peuvent être évitées si certaines règles sont respectées : suivi de croissance des animaux, alimentation adéquate, sélection des taureaux, choix des animaux, etc. Si toutes ces mesures sont appliquées, l’éleveur peut espérer un bénéfice allant jusqu’à 80 € par unité gros bovin (UGB) présente sur l’exploitation.

Le vêlage à deux ans est quasi inexistant en troupeau allaitant français (moins de 1 %), alors qu’il est largement utilisé chez les Anglo-Saxons, mais avec des races plus précoces (hereford).

En France, pour plusieurs raisons, les génisses charolaises vêlent entre 33 et 36 mois :

- la maturité sexuelle, plus tardive chez les bovins allaitants, est jugée insuffisante pour un vêlage à deux ans ;

- la fréquence des difficultés de mise bas est plus importante chez les primipares de trois ans et les éleveurs ne souhaitent pas l’aggraver ;

- la plupart des éleveurs ont choisi le regroupement des vêlages sur une seule période, ce qui élimine la solution de vêlage à 30 mois.

Le vêlage à deux ans a été peu décrit en France, en partie parce qu’il a rencontré un succès limité. Deux stations qui pratiquent le vêlage à deux ans ont été étudiées :

- la station d’évaluation des taureaux du schéma de sélection en race charolaise, située à Agonges (03). Depuis 1970, le troupeau de génisses est conduit en vêlage précoce à deux ans pour accélérer l’évaluation des femelles issues de taureaux sélectionnés ;

- la ferme expérimentale de Jalogny (71). Depuis 1999, le troupeau est conduit pour moitié en vêlage à deux ans et pour moitié en vêlage à trois ans.

Les risques de dystocie sont-ils accrus ?

L’essai réalisé à Jalogny sur cinq ans montre que la conduite en vêlage à deux ans (V2) n’accentue pas les difficultés de vêlage, ni la mortalité des veaux.

La croissance des veaux est-elle limitée ?

La quantité de lait produite par les génisses V2 est inférieure à celle produite par les génisses V3. Cela pénalise donc logiquement la croissance des veaux au pis.

Cependant, si les veaux sont complémentés dès le jeune âge avec un concentré équilibré de type jeune bovin à 18 % de protéines, distribué à l’auge dans le parc à veaux, puis au nourrisseur ad libitum au champ, leurs performances sont identiques, avec un poids au sevrage qui équivaut à celui des veaux issus de génisses vêlées à trois ans (V3) (PHOTO 1).

Quel que soit le type de conduite, la croissance après sevrage est identique.

Les performances de reproduction sont-elles diminuées ?

Les performances de reproduction se détériorent chez les génisses et les primipares V2. Le taux de gestation est inférieur de 10 % par rapport aux génisses et aux primipares V3.

Le taux de gestation des génisses V2 dépasse les 93 % lorsque le poids au sevrage est supérieur à 340 kg et lorsque celui à la mise à la reproduction à 15 mois est supérieur à 470 kg (PHOTO 2). En revanche, si le poids se situe en dessous de 450 kg à la mise à la reproduction (65 % du poids adulte), le vêlage à deux ans est à éviter.

Le taux de gestation des primipares V2 s’améliore nettement lorsque le poids à l’insémination artificielle, après le premier vêlage, dépasse les 590 kg.

La fécondité des multipares est comparable quelle que soit la conduite d’élevage.

La croissance et le gabarit des vaches sont-ils réduits ?

La conduite V2 freine la croissance des animaux en fin de gestation et surtout pendant la première lactation (PHOTO 3). Cela pénalise les animaux les plus légers, si bien que la différence de poids adulte est d’environ de 30 kg en défaveur des V2 (PHOTO 4). L’écart de poids carcasse est encore d’environ 15 kg chez des vaches adultes réformées à l’âge de six à sept ans, ce qui confirme un moindre développement corporel. Pour cette raison, les génisses V2 ont besoin d’un supplément alimentaire (1,5 kg de concentré en plus) pour compenser une capacité d’ingestion plus faible.

Néanmoins, les animaux V2 les plus lourds (> 300 kg au sevrage et > 450 kg à l’insémination à 15 mois) ont d’aussi bonnes croissances que les V3.

Quel est le gain économique ?

L’essai de Jalogny montre que la production de viande par unité gros bovin (UGB) est plus importante en conduite V2 : elle est de l’ordre de plus de 25 kg/UGB par rapport à une conduite V3.

La production de la génisse vêlée à deux ans coûte 1 033 €, soit 226 € de moins que la génisse de trois ans : le gain est majoritairement dû à une économie de fourrages.

Entre la naissance et le premier vêlage, une génisse V2 consomme 4,5 tonnes de matière sèche de fourrage de moins que la génisse V3. Le gain potentiel avec une conduite en vêlage à deux ans intégrale, à UGB constant, est proche de 80 € par UGB présente.

Quels sont les avantages ?

Le vêlage à deux ans permet :

- une réduction de l’effectif des génisses d’un tiers ;

- une réduction du chargement pour complément extensif PAC (politique agricole commune) ;

- une augmentation du nombre de vaches à vêler avec un même chargement ;

- une réduction des besoins en bâtiments et en fourrages ;

- un avantage économique : gain de 220 € par génisse élevée ;

- cette conduite d’élevage n’entraîne pas plus de difficulté au vêlage, ni de mortalité de veaux ;

- une meilleure longévité.

Quelles sont les règles à respecter ?

Pour réussir une conduite d’élevage à deux ans, il convient de respecter les règles suivantes :

- l’élevage doit avoir un bon potentiel génétique qui autorise de fortes croissances ;

- l’éleveur doit être motivé et avoir un bon niveau technique ;

- un contrôle de croissance est obligatoire : pesée au sevrage, à l’insémination, à 15 et à 27 mois ;

- les génisses sont choisies avec un poids au sevrage à huit mois supérieur à 350 kg ;

- le poids à l’insémination à 15 mois doit être supérieur à 450 kg ;

- les veaux sous la mère sont complémentés pour atteindre un maximum de poids au sevrage ;

- les génisses doivent avoir un complément en pâture si elles manquent d’herbe, surtout en fin de gestation ;

- la primipare qui vêle à deux ans doit recevoir une alimentation complémentaire avant et après le vêlage ;

- le poids à l’insémination après le premier vêlage doit être supérieur à 590 kg ;

- en hiver, des rations équilibrées en énergie, en protéines, en minéraux et en vitamines sont distribuées ;

- utiliser un taureau à vêlage facile pour les génisses inséminées à 15 mois.

Quels sont les objectifs de croissance ?

L’objectif est d’atteindre un poids vif de 700 kg à deux ans, c'est-à-dire équivalent au poids des génisses qui vêlent à trois ans, soit 85 % du poids adulte après le vêlage : 630 kg environ (voir le TABLEAU “Recommandations NBVC pour la race charolaise”).

La consommation de concentrés en V2 doit être supérieure de 500 kg par génisse par rapport à une conduite V3. Les densités énergétiques et protéiques des rations doivent être supérieures. Par rapport à une conduite V3, il convient d’apporter :

- un nourrisseur à concentré ad libitum pour les veaux sous la mère jusqu’au sevrage ;

- 1,5 kg de concentré de type VL18(1) en supplément du sevrage à la mise à l’herbe ;

- 1,5 kg de concentré de type VL18 en supplément les trois derniers mois de gestation ;

- 1,5 kg de concentré de type VL18 en supplément du premier vêlage à la mise à l’herbe.

Ce vêlage est-il possible dans d’autres races ?

La race charolaise est l’une des races à viandes les plus tardives. Si le vêlage à deux ans peut être pratiqué dans cette race, il devrait pouvoir l’être dans d’autres (voir le TABLEAU “Recommandations de poids pour l’insémination artificielle à 15 mois dans les principales races allaitantes françaises”). En Belgique, les éleveurs de la race blanc-bleu-belge pratiquent couramment cette technique.

En race charolaise, le vêlage à deux ans est peu pratiqué. Toutefois, chez un éleveur d’un bon niveau technique disposant d’un élevage avec une génétique de qualité, cette méthode peut permettre un gain économique jusqu’à 80 €/UGB présente. Les points clés à maîtriser sont un poids au sevrage de 350 kg au minimum, un poids de 500 kg à la mise à la reproduction vers 15 mois et un poids de 700 kg au vêlage à 24 mois. L’alimentation doit être soutenue et équilibrée pendant toute la phase d’élevage.

  • (1) Un concentré de type VL18 est un concentré équilibré contenant 18 % de protéines et 0,9 à 1 UFL par kg brut.

Points forts

Le vêlage à deux ans n’accroît pas les difficultés de vêlage.

Le gain potentiel est de 80 €/UGB présente sur l’exploitation.

Les génisses doivent vêler à deux ans avec un poids vif équivalent au poids de celles qui vêlent à trois ans.

Pour atteindre le poids cible au vêlage (85 % du poids adulte), l’alimentation doit être soutenue et équilibrée pendant toute la phase d’élevage.

En savoir plus

1 - Arzul P. La génisse charolaise : vêlage à trois ans ou à deux ans, intérêt technique et économique. Congrès national de la SNGTV, Dijon, mai 2006.

2 - Guibert P. Analyse de la reproduction dans un troupeau allaitant. Effet d’un premier vêlage à deux ans. Rapport de fin d’études, université de Tours. 2003 : 10p.

3 - Guinay T. Le vêlage à deux ans en race charolaise, comparaison à une conduite classique et conséquences zootechniques, ferme expérimentale de Jalogny, 1999-2005. Mémoire de fin d’études Enesad. 2005 : 40.

4 - Inra. Alimentation des bovins, des ovins, des caprins. Livre rouge. Éd. Inra, Paris. 1988 : 200p.

5 - Petit M. Vêlage précoce dans les troupeaux de vaches allaitantes. Texte présenté à Copenhague, 4 juin 1975.

6 - Troccon JL, Petit M. Croissance des génisses de renouvellement et performances ultérieures. Inra Production Animale. 1989 ; 2(1) : 55-64.

PHOTO 1. Veau pesant 130 kg à 120 jours, issu d’une mère de 650 kg vêlée à deux ans. Les performances de ce type de veau sont identiques à celles des veaux issus d’un vêlage à trois ans.

PHOTO 2. Génisse V2 de 17 mois, pesant 560 kg. Le taux de gestation de ce type de génisse est supérieur à 93 % lorsque le poids à la mise à la reproduction à 15 mois dépasse les 470 kg.

PHOTO 3. Génisse gestante V2 pesant 639 kg. La conduite d’élevage en V2 freine la croissance des animaux en fin de gestation.

PHOTO 4. Une différence de poids adulte est observée entre les génisses vêlées à deux ans et celles vêlées à trois ans. À gauche sur la photo, cette génisse vêlée à deux ans pèse 630 kg, à droite, cette génisse vêlée à trois ans pèse 670 kg.

Recommandations NBVC pour la race charolaise

GMQ : gain moyen quotidien ; UFL : unité fourragère lait ; PDI : protéines digérées dans l’intestin ; MAT : matière azotée totale ; P : phosphore ; Ca : calcium.

Recommandations de poids pour l’insémination artificielle à 15 mois dans les principales races allaitantes françaises