Le point Vétérinaire n° 269 du 01/10/2006
 

ÉCHOGRAPHIE CHEZ LE CHIEN

Pratiquer

IMAGERIE

Simona Valentini*, Giuseppe Spinella**, Mario Fedrigo***


*Département clinique
vétérinaire, section de chirurgie,
Université de Bologne,
via Tolara di Sopra,
50 40064 Ozzano dell’Emilia
(Bologne)
Italie
**Université de Catanzaro,
viale Europa, Germaneto (CZ)
Italie
***Département clinique
vétérinaire, section de chirurgie,
Université de Bologne,
via Tolara di Sopra, 50
40064 Ozzano dell’Emilia
(Bologne)
Italie

L’échographie permet une bonne exploration du testicule, mais également de ses annexes. Face à des symptômes souvent frustes, elle permet d’établir un diagnostic, donc un pronostic (élimination des tumeurs).

Résumé

Lorsque l’examen clinique ne permet pas d’établir un diagnostic de certitude, l’échographie constitue le moyen complémentaire le plus approprié pour distinguer les lésions testiculaires de celles des structures testiculaires contiguës. Elle s’effectue à l’aide d’une sonde sectorielle à une fréquence de 5 à 7,5 MHz. La vascularisation du cordon spermatique est évaluée par échodoppler couleur à l’aide d’une sonde sectorielle à fréquence de 7,5 MHz. Pour l’épididyme, l’inflammation présente une image hypo-échogène lors d’affection aiguë et hyperéchogène lors de chronicité, et des néoplasies sous forme d’une structure hétérogène et irrégulière peu délimitée. Lors d’inflammation des enveloppes, les collections liquidiennes sont bien visibles. Les varicocèles du cordon spermatique peuvent mimer un hématome scrotal.

Les maladies qui affectent les enveloppes testiculaires, l’épididyme et le cordon spermatique sont souvent difficiles à diagnostiquer, en particulier quand elles n’intéressent pas les gonades. Les symptômes les plus fréquents des maladies périgonadiques sont la douleur et la tuméfaction, diffuses ou localisées, de la région scrotale. Une consultation attentive, associée à une palpation, peut apporter des informations utiles pour établir des hypothèses, sans être pour autant diagnostique dans tous les cas [3]. L’échographie constitue un moyen efficace pour localiser une affection et établir les modifications échostructurelles macroscopiques. Des examens plus spécifiques, l’analyse du sperme et les tests hormonaux, ne fournissent aucune aide au diagnostic si l’affection concerne des structures non directement liées à l’activité reproductrice. Des examens plus invasifs, comme la ponction et la biopsie, offrent la possibilité d’établir un diagnostic de certitude, mais exposent, en revanche, à un risque de stérilité permanente ou temporaire s’ils ne sont pas effectués correctement [3]. Le but de cette étude est de montrer que l’échographie peut constituer une méthode de diagnostic utile dans le cas des affections des structures périgonadiques.

Matériel et méthodes

Deux groupes d’animaux sont examinés. Le premier est constitué de dix chiens mâles non castrés de différents âges et de races variées, cliniquement sains, sur lesquels l’examen est réalisé pour obtenir des images normales d’échographie. Le deuxième groupe est constitué de quarante chiens mâles non castrés, d’âge compris entre un et quatorze ans (six ans en moyenne) et de différentes races (principalement de petite ou moyenne taille). Ces animaux présentent à l’examen clinique des symptômes liés à une affection des structures scrotales internes. Les clichés échographiques des animaux du deuxième groupe ont révélé, chez 13 d’entre eux, la présence d’une affection non testiculaire du scrotum (trois épididymites, deux sertolinomes avec métastases sur l’épididyme, deux inflammations des enveloppes testiculaires, un hydrocèle, un hématome, deux mastocytomes des enveloppes testiculaires, un spermatocèle et un varicocèle).

L’examen échographique s’effectue à l’aide d’une sonde sectorielle à une fréquence de 5 à 7,5 MHz. La vascularisation du cordon spermatique est évaluée par échodoppler couleur à l’aide d’une sonde sectorielle à fréquence de 7,5 MHz. L’animal est couché sur le dos ou sur le flanc : lorsque l’animal est en décubitus dorsal, les gonades et le cordon spermatique sont alignés sur le même plan. Pour garantir une visibilité optimale du cordon spermatique, il est recommandé d’exercer une légère traction dorso-caudale sur le testicule de façon à pouvoir examiner la structure totalement étendue. La tonte de la région examinée est facultative. Dans deux cas seulement, un sédatif a été administré (maléate d’acépromazine, 0,1 mg/kg intramusculaire).

Images échographiques normales

En conditions physiologiques, l’ultrasonographie ne permet pas toujours de distinguer les différentes structures des enveloppes testiculaires (voir la FIGURE “Coupe des enveloppes testiculaires”), dont l’épaisseur totale varie selon les races, sans dépasser généralement 5 mm [1]. Les enveloppes testiculaires se présentent comme une interface hyperéchogène ; en conditions optimales, la coupe longitudinale fait apparaître deux couches hyperéchogènes séparées par une bande normo-échogène. La couche externe hyperéchogène correspond à la peau, hautement réfléchissante en raison de la présence de fibres collagènes ; la couche hypo-échogène, d’épaisseur variable selon l’inclinaison de la sonde, est constituée du dartos et du muscle crémaster ; la couche hyperéchogène interne est composée des couches profondes, fascia spermatique interne et tunique vaginale (PHOTO 1).

L’épididyme se présente comme une structure homogène, le plus souvent hypo-échogène, mais parfois à échogénicité comparable à celle du testicule : queue et tête sont bien visibles en coupe dorsale (PHOTO 2), tandis que le corps, plus mobile, nécessite souvent des coupes orthogonales et obliques (PHOTO 3) [2, 4].

En suivant la direction dorso-craniale à partir de la tête de l’épididyme, le cordon spermatique, constitué de vaisseaux et de nerfs en provenance du plexus pelvien, apparaît, en coupe longitudinale, comme une zone triangulaire hypo-échogène qui se prolonge par une structure normo-échogène jouxtant l’épididyme (PHOTOS 4 ET 5). Les structures vasculaires présentes dans le cordon spermatique font apparaître un tracé vélocimétrique propre aux vaisseaux à faible résistance en échographie-doppler.

Principales images pathologiques

1. Épididyme

L’épididymite est une maladie peu fréquente, parfois douloureuse et accompagnée d’augmentations du volume de la région scrotale et de la consistance à la palpation. Les symptômes décrits apparaissent dans deux des trois cas de l’étude. Une consistance dure et fibreuse de la structure (épididymite chronique) n’est présente que dans un seul cas. L’image échographique varie d’un aspect hypo-échogène dans le cas des formes aiguës, à un aspect hyperéchogène dans le cas des formes chroniques, qui s’explique par le haut degré de fibrose (PHOTO 6). Dans un cas, le suivi à distance des formes aiguës a permis de mettre en évidence la persistance d’une formation kystique dont l’aspect est celui d’une cavité anéchogène arrondie, bien circonscrite et avec renfort de la paroi postérieure.

L’épididyme est rarement affecté par des néoplasies, qui généralement dérivent de formes testiculaires analogues et présentent une structure hétérogène et irrégulière, souvent peu délimitée (PHOTO 7).

2. Enveloppes testiculaires

Les phénomènes inflammatoires qui affectent les enveloppes testiculaires sont généralement causés par des traumatismes. Dans les formes aiguës, l’épaisseur augmente et l’échogénicité tend à diminuer, alors que, dans les formes chroniques, la moindre augmentation d’épaisseur s’accompagne de celle de la réponse ultrasonore (PHOTO 8). L’échographie montre avec précision la présence et l’ampleur de collections de liquide de différentes natures, dont l’aspect peut varier d’anéchogène homogène : hydrocèle (PHOTO 9) à hétérogène : hématocèle, pyocèle et urocèle.

L’aspect échographique hétérogène et irrégulier est également une caractéristique des néoplasies des enveloppes testiculaires (PHOTO 10). L’hypothèse diagnostique peut être confirmée en procédant à des ponctions ou à des biopsies échoguidées.

3. Cordon spermatique

L’échographie montre les varicocèles comme un ensemble de zones arrondies anéchogènes de différentes tailles, localisées à la hauteur de la tête de l’épididyme (PHOTO 11). Cet aspect est parfois confondu avec celui d’un hématome scrotal organisé (PHOTO 12) : la simple compression de la partie en question permet de distinguer les deux formes puisque les varicocèles disparaissent pendant la compression pour réapparaître aussitôt après. Enfin, la spermatocèle fournit une image semblable à celle décrite dans le cas des kystes épididymaux : une zone hypo-anéchogène arrondie ou ellipsoïdale bien circonscrite, suivie d’un renfort de la paroi postérieure (PHOTO 13). La torsion du cordon spermatique est une affection peu fréquente chez le chien qui atteint le plus souvent des testicules néoplasiques ou, plus rarement, fait suite à un traumatisme ou à un étirement excessif. À l’échographie, la forme aiguë se manifeste par une augmentation de volume du testicule et de l’épididyme, qui apparaissent essentiellement hypo-échogènes ou avec quelques zones anéchogènes en présence de phénomènes nécrotiques. Dans un stade avancé, le testicule et l’épididyme s’atrophient et présentent une échogénicité variable à hypo-échogène.

Les processus néoplasiques sont généralement des métastases issues de formes primaires qui affectent les gonades. En revanche, les hémangiomes et les hémangiosarcomes qui proviennent des vaisseaux du cordon spermatique sont fréquents. L’aspect échographique est généralement celui de zones hétérogènes essentiellement anéchogènes, liées à la présence de zones nécrotiques ou kystiques : l’échodoppler couleur permet d’observer les altérations du flux, souvent de type tourbillonnant en raison de la présence de shunts vasculaires, en particulier dans le cas des formes malignes.

Les résultats obtenus permettent d’attester d’une bonne sensibilité et d’une bonne spécificité de l’échographie pour l’examen des enveloppes testiculaires, de l’épididyme et du cordon spermatique chez les animaux qui présentent des lésions mal définies de la région scrotale. À l’issue de l’examen échographique traditionnel, il est recommandé, dans tous les cas, d’effectuer un échodoppler couleur pour établir un pronostic quant à la nature bénigne ou maligne des éventuelles formes néoplasiques, et pour vérifier la présence possible d’altérations trophiques liées aux affections observées.

L’échographie permet également la réalisation de prélèvements échoguidés pour des examens cyto-histologiques. La méthode est facile à mettre en œuvre et utile pour choisir l’endroit le plus adapté pour l’échantillonnage tissulaire : cela évite les risques liés aux techniques de prélèvement à l’aveugle.

En médecine vétérinaire, comme en médecine humaine, l’échographie constitue une méthode efficace d’analyse des structures péri-gonadiques, en vue d’une thérapie ciblée à la maladie diagnostiquée [4].

Points forts

L’examen échographique s’effectue à l’aide d’une sonde sectorielle à une fréquence de 5 à 7,5 MHz. La vascularisation du cordon spermatique est évaluée par échodoppler couleur à l’aide d’une sonde sectorielle de 7,5 MHz.

Le cordon spermatique est plus facilement mis en évidence en exerçant une traction dorso-caudale sur le testicule.

L’épididymite aiguë se présente sous la forme d’une image hypo-échogène, et hyperéchogène lors de chronicité.

L’échographie montre avec précision la présence, l’ampleur, voire la nature, des collections liquidiennes lors d’inflammations des enveloppes testiculaires.

Il est possible de distinguer les varicocèles d’un hématome scrotal par une compression de la zone lésée.

PHOTO 1. Enveloppes testiculaires. Coupe longitudinale. Aspect normal. Les trois couches apparaissent distinctement : deux bandes hyperéchogènes séparées par une bande hypo-échogène (flèche).

PHOTO 10. Yorkshire, mâle, quatorze ans. Région scrotale. Coupe oblique. À droite de l’image, les deux testicules apparaissent ; à gauche, une troisième masse échogène arrondie jouxte le scrotum (flèche). Un mastocytome des enveloppes testiculaire est diagnostiqué.

Coupe des enveloppes testiculaires

PHOTO 11. Setter anglais, mâle, cinq ans. Varicocèle. Coupe longitudinale. En position distale par rapport au testicule (flèche), l’ectasie du plexus veineux pampilliforme se présente sous la forme de zones arrondies anéchogènes.

PHOTO 12. Chien de race non définie, mâle, un an. Coupe oblique. Sur le côté droit de l’image est présent le testicule gauche, affecté d’une inflammation chronique d’origine traumatique. Le côté gauche fait en revanche apparaître une zone étendue altérée par des taches anéchogènes séparées par des parois hyperéchogènes (flèche). Il s’agit d’un hématome organisé.

PHOTO 13. Fox terrier, mâle, douze ans. Coupe longitudinale. En position distale par rapport au testicule, une zone ellipsoïdale anéchogène aux contours nets (flèche) est située au niveau du corps de l’épididyme dont l’épaisseur a augmenté. Un spermatocèle est diagnostiqué.

PHOTO 2. Queue de l’épididyme. Coupe longitudinale. Aspect échographique normal. La queue de l’épididyme se présente comme une zone hypo-échogène ovoïde située à droite de la gonade sur l’image (flèche).

PHOTO 3. Corps de l’épididyme. Coupe longitudinale. Aspect échographique normal. Le corps se présente comme une bande hypo-échogène en position distale par rapport à la gonade (flèche).

PHOTO 4. Tête de l’épididyme. Coupe longitudinale. Aspect échographique normal. La tête de l’épididyme se présente comme une zone hypo-échogène triangulaire (flèche).

PHOTO 5. Cordon spermatique. Coupe longitudinale. Aspect échographique normal. La portion la plus proximale hypo-échogène correspond au cône vasculaire, tandis que la partie échogène, distale par rapport à la zone précédente, correspond au canal déférent (flèche).

PHOTO 6. Boxer, mâle, six ans. Épididymite aiguë. Coupe longitudinale. L’épididyme, dont le volume a augmenté, se présente comme une zone circulaire hypo-échogène par rapport à la gonade (flèche). Le testicule fait par ailleurs apparaître une zone ovoïde hétérogène aux contours flous, affectée d’un phénomène inflammatoire localisé.

PHOTO 7. Boxer, mâle, onze ans. Testicule droit et épididyme. Coupe oblique. Le parenchyme testiculaire est totalement altéré et présente une alternance de zones hyperéchogènes et hypo-échogènes. La queue de l’épididyme présente la même forme néoplasique (flèche). Il s’agit d’une tumeur des cellules de Sertoli.

PHOTO 8. Chien de race non définie, mâle, six ans. Inflammation chronique des enveloppes testiculaires. Coupe oblique. Un épaississement des enveloppes testiculaires, signe caractéristique d’une inflammation chronique, est observé en position distale par rapport à la gonade, qui présente deux lésions hypo-échogènes.

PHOTO 9. Chien de race non définie, mâle, quinze ans. Hydrocèle. Coupe longitudinale. L’image montre l’alignement typique du testicule, de l’épididyme et du cordon spermatique. Elle permet par ailleurs d’observer le ligament scrotal qui apparaît comme une bande hyperéchogène (flèche).