Le point Vétérinaire n° 268 du 01/09/2006
 

COMPORTEMENT DU CHIEN ET DU CHAT

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COURS

Thierry Habran

314, route de Schirmeck
67200 Strasbourg

Les dépressions du chien et du chat sont des affections graves de pronostic réservé. Leur détection doit être précoce pour éviter le passage à la chronicité, de traitement plus long, ou la mort de l’animal lors de dépression aiguë.

Résumé

Chez le chiot, la dépression réactionnelle se manifeste par une diminution de l’activité et une anorexie. Elle se caractérise par l’apparition brutale d’un état d’inhibition chez un chiot auparavant normal à la suite d’un stress violent. Lors de dépression de détachement précoce, le chiot présente des crises de panique, absentes lors de dépression de privation. La dépression réactionnelle peut conduire à la mort du chiot par anorexie. Les dépressions du chien adulte peuvent être liées à un déséquilibre endocrinien. À partir de l’âge de sept ans, le chien peut présenter une dépression d’involution, avec la perte des apprentissages. Chez le chat, une modification du territoire entraîne parfois une dépression qui comporte souvent des symptômes dermatologiques et une anorexie qui peut provoquer la mort de l’animal.

Comme chez l’homme, la dépression chez un animal se traduit par une diminution de réactivité de l’organisme face à des stimuli présents dans l’environnement, ce qui conduit à une perte d’adaptabilité aux modifications de l’environnement [1, 19]. La dépression est diagnostiquée en tant qu’état pathologique à partir de critères primaires et secondaires [14, 23]. Cependant, il existe de nombreuses formes de dépression selon qu’elle affecte un animal jeune, adulte ou âgé, ou qu’elle présente un caractère aigu ou chronique.

Les dépressions du chiot

Toute diminution de l’activité motrice (notamment les jeux) chez un chiot, une baisse d’intérêt pour son environnement et une diminution d’appétit peuvent évoquer une dépression. Toutefois, une affection inflammatoire ou infectieuse est susceptible de provoquer les mêmes symptômes d’inhibition que ceux d’une dépression aiguë [22].

En effet, chez l’animal, les affections bactériennes ou virales sont associées à une anorexie, à une perte de poids, à une somnolence, à une baisse des capacités cognitives et à une diminution de l’exploration [2, 15]. Les modifications comportementales liées à la maladie sont dues à l’action des cytokines (l’utilisation d’antagonistes des cytokines diminue ces modifications) [4]. L’activation immunitaire engendrée par un état infectieux produit chez l’animal un syndrome de type dépressif [2, 15]. Lors de dépression, une augmentation du taux d’interleukine 12 est notée. Ce taux diminue après un traitement antidépresseur [16]. Une injection centrale ou périphérique d’interleukine a des effets dépresseurs sur les comportements spontanés ou appris [3]. Il y a donc un lien entre les réponses physiologiques et comportementales par rapport à l’infection ou à l’inflammation [4].

Les causes infectieuses doivent donc être écartées avant d’envisager une affection comportementale. Pendant l’enfance et l’adolescence, les troubles dépressifs peuvent être aigus (dépression réactionnelle) ou chroniques (dépression de détachement précoce et syndrome de privation de stade 3).

1. Dépression réactionnelle du chiot

La dépression réactionnelle du chiot est caractérisée par l’apparition brutale d’un état d’inhibition généralisée chez un chiot auparavant normal : il ne joue plus, ne mange plus, ne boit plus, ne bouge plus, etc. Les propriétaires décrivent un animal qui dort beaucoup et qui présente parfois une énurésie et une encoprésie (éliminations nocturnes sur le lieu de couchage) [18, 19, 22, 23].

L’état d’inhibition est irréversible : même en s’occupant de l’animal (soins, réanimation, alimentation forcée, etc.), le retour à l’état normal n’est pas obtenu. Les propriétaires ne rapportent jamais d’anomalie comportementale à l’arrivée du chiot dans la famille (comme lors de syndrome de privation) et l’attachement se fait sans difficulté (ce qui n’est pas le cas dans la dépression de détachement précoce). Dans les commémoratifs, un stress violent est signalé, qui peut être physique (tatouage à la pince sans anesthésie) ou affectif (décès du propriétaire). Les données chiffrées sur cette affection sont rares, mais, dans notre expérience, l’état de sidération émotionnelle apparaît rapidement (quelques jours) et les propriétaires consultent en général au bout de huit à dix jours, car l’inhibition persiste. Le pronostic vital est souvent en jeu en raison de l’anorexie et de l’adipsie.

Le traitement a pour but de relancer l’appétit et l’activité du chiot. Il consiste en une chimiothérapie à base de miansérine(1) (Athymil®, 2 à 5 mg/kg en deux prises). Il est possible d’associer un anxiolytique comme la trioxazine (Relazine®, 0,14 à 0,28 mg/kg) [13]. Chez les animaux très jeunes qui ne se réalimentent pas, une hospitalisation est nécessaire pour les réhydrater, voire afin de mettre en place une alimentation forcée. Si le chiot est hospitalisé, il convient de le manipuler, de le stimuler par des jeux, etc.

La thérapie comportementale, fondée sur le jeu, doit permettre une reprise rapide des comportements exploratoires et des contacts sociaux. Un mois après la reprise d’activité et la stabilisation de l’état émotionnel, un sevrage médicamenteux progressif peut être envisagé [17].

2. Dépression de détachement précoce

La dépression de détachement précoce (DDP) est un trouble rare du développement des conduites sociales qui est souvent confondu avec le syndrome de privation en raison de la précocité d’apparition des symptômes et de l’état d’inhibition de l’animal [19].

• Les propriétaires amènent en consultation un “chiot trop sage” qui ne joue pas, bouge et mange peu, ou qui présente une énurésie et/ou une encoprésie. Les symptômes apparaissant tôt, dès l’acquisition du chiot quel que soit son âge, il convient d’expliquer aux propriétaires les difficultés d’adaptation de leur animal à son milieu de vie et de leur proposer une thérapie comportementale et médicamenteuse dès la première consultation. La difficulté à interagir avec leur chiot motive les propriétaires à consulter : celui-ci ne semble éprouver aucune émotion (il ne remue pas la queue, n’a aucune expression faciale, regarde dans le vide, etc.). Il peut même manifester de véritables crises de panique (tremblements, agitation, hurlements, tentatives de fuite) dès qu’il est caressé ou lors d’essais d’approche. Il ne montre un attachement à aucun membre de la famille, ne recherche pas le contact et reste isolé et prostré toute la journée.

Une hyporexie précoce peut également être observée, ainsi qu’une absence d’activité motrice (aussi bien de jeu que d’exploration), à l’exception parfois de balancements de tout le corps (stéréotypies) et une absence de communication (animal inexpressif et renfermé). Le réflexe de sursautement, qui disparaît normalement dès la troisième semaine de vie, persiste (voir l’ENCADRÉ “Réflexe de sursautement”). Ces animaux qui ne subissent aucune imprégnation sont incapables de nouer des contacts avec quelque espèce que ce soit. Plus tard, ils ne présentent aucune activité sexuelle (ou exclusivement onaniste).

• Le pronostic est réservé, surtout si le diagnostic est tardif (plus de trois mois). Un manque de commémoratifs peut en effet rendre le diagnostic difficile (par exemple chez des animaux adoptés en refuge). Ces animaux présentent souvent des séquelles et sont incapables d’apprentissages complexes (il convient donc de les déconseiller comme chiens de travail).

• Le traitement comporte deux molécules, en particulier la sélégiline (Selgian®, 0,5 mg/kg) et la miansérine(1) (Athymil®, 2 à 5 mg/kg en deux prises), qui relancent le comportement exploratoire et facilitent les contacts avec la famille. La thérapie comportementale est une méthode de structuration par le jeu au cours de laquelle le chiot est amené à jouer : le propriétaire établit ainsi progressivement des contacts physiques avec son animal jusqu’à ce qu’un lien d’attachement se crée. En pratique, le chiot joue d’abord seul (avec une balle, par exemple) sans chercher à intervenir dans le jeu. Dans un deuxième temps, une personne peut tenter d’intervenir dans le jeu (par exemple, lancer la balle vers un membre de la famille qui reste immobile : le chiot doit seulement venir chercher la balle à côté de lui). Quand le chiot prend de l’assurance, il va chercher le jouet dans la main d’une personne (celle-ci ne doit toujours pas toucher le chiot, ni le regarder). Enfin, lors du jeu, la personne doit pouvoir arriver à toucher et à regarder le chiot afin qu’un lien d’attachement se crée.

Cet attachement aide le chiot à reprendre un développement comportemental (habituation au milieu de vie, socialisation). Les résultats sont lents et ne sont pas toujours à la hauteur des espérances, un hyperattachement persiste souvent et ces chiots ont du mal à acquérir leur autonomie (par exemple, souvent, ils ne peuvent pas rester seuls sans hurler ni détruire).

3. Dépression de privation

La dépression de privation correspond au stade 3 du syndrome de privation sensorielle (stade 1 : phobies ontogéniques ; stade 2 : anxiété de privation) [17, 19]. Cette entité comportementale regroupe des tableaux cliniques qui ont une origine commune : le développement du jeune dans un milieu hypostimulant. Ce syndrome est aussi dénommé “syndrome du chenil” (“kennel syndrom” anglo-saxon) à cause de sa prévalence élevée chez les animaux qui ont grandi en cage (PHOTO 1). Les stades 1 et 2 sont fréquents. En revanche, le stade dépressif est plus rare et semble, dans notre expérience, lié à un maintien en chenil jusqu’à un âge avancé (cinq à six mois). Ce stade est le plus souvent rencontré chez des chiots “invendus” qui sont restés longtemps à l’élevage dans des conditions austères.

• Comme dans la DDP, l’activité motrice est faible ou nulle, le chiot reste prostré dans son panier dont il ne sort que la nuit pour manger. Toute élimination se fait la nuit, à proximité du lieu de couchage, voire à l’intérieur (encoprésie, énurésie). Puis, en quelques semaines, apparaissent des troubles du sommeil, avec, selon Pageat [19], une inversion des deux phases (le sommeil paradoxal intervient dès l’endormissement) et des réveils agités dans la demi-heure qui suit l’endormissement.

Même si l’animal est extrêmement craintif (donc difficile à approcher), aucune crise de panique ni aucun réflexe de sursautement n’est constaté lors de la manipulation. En outre, l’animal parvient à créer un lien d’attachement dans la famille (qui évolue souvent en hyperattachement secondaire). Ces trois points permettent de faire le diagnostic différentiel avec la DDP.

• Le pronostic est réservé car il est difficile de remédier aux nombreux déficits (exploratoires notamment) de l’animal et, même avec un traitement, de lourdes séquelles persistent souvent (57 % des animaux traités présentent des déficits hédoniste et exploratoire un an après l’arrêt du traitement) [19]. Il convient de déconseiller la mise au travail de tels animaux qui présentent également des difficultés d’apprentissage.

• Le traitement a pour objectif de lever l’inhibition du chiot. La sélégiline (Selgian®, 0,5 mg/kg) est le traitement de choix, d’emblée ou en relais après la miansérine(1) (Athymil®, 2 à 5 mg/kg en deux prises). La trioxazine (Relazine®) peut être associée à la miansérine(1). Dans tous les cas, le traitement est long (au moins un an).

La thérapie comportementale consiste à enrichir progressivement le milieu de façon à stimuler l’exploration du chiot et à lui procurer des expériences positives (faire jouer le chiot à la maison afin de stimuler le comportement exploratoire : jeux de balle, recherche de friandises). Un lien d’attachement fort avec le propriétaire améliore cette thérapie. Une fois ce lien d’attachement créé, une thérapie d’habituation et de désensibilisation peut être entreprise (voir l’ENCADRÉ “Habituation et désensibilisation”), notamment pour habituer le chien à l’environnement urbain (promener le chiot dans des rues de plus en plus bruyantes sans renforcer les phénomènes de peur). Cette thérapie peut être longue (six à vingt-quatre mois) [17, 19].

Les dépressions du chien adulte

L’adulte peut présenter une dépression aiguë ou chronique. La forme chronique peut faire suite à une forme aiguë, mais elle apparaît le plus souvent d’emblée à la suite d’une anxiété non traitée.

1. Dépression réactionnelle

Comme chez le chiot, ce trouble fait suite à un stress violent (accident, décès du propriétaire ou mort d’un autre chien). Les symptômes apparaissent après une dizaine de jours et un état d’inhibition généralisée est observé. Hyporexie, voire anorexie, et somnolence sont caractéristiques. Le comportement exploratoire est diminué, l’animal reste dans son panier en gémissant. Les jeux et les contacts sociaux sont diminués, voire absents.

L’évolution se fait, soit, dans de rares cas [19], vers une rémission spontanée des symptômes en trois à quatre semaines, soit vers un passage à la chronicité. Dans ce dernier cas, un hyperattachement secondaire est fréquent.

Le pronostic après traitement est favorable, mais, comme chez le chiot, il convient de réagir rapidement devant l’absence de prise de nourriture. Les conséquences sont toutefois moins graves (ou, en tout cas, plus tardives) que chez le chiot ou chez le chat.

Le traitement est le même que celui de la dépression réactionnelle chez le chiot.

2. Dépression chronique

Lors de dépression chronique (PHOTO 2), le tableau clinique est marqué par l’apparition de crises émotionnelles (avec des cris et de l’agitation) chez un animal devenu profondément inhibé. Une alternance de boulimie et d’anorexie, et des gémissements sont également constatés. Le sommeil est régulièrement perturbé, les animaux rechignent souvent à aller se coucher : une anxiété préhypnotique se traduit par des gémissements, des halètements et de longues déambulations. Un avancement et un allongement du sommeil paradoxal sont également mentionnés [19].

Dans toutes ces formes de dépression chronique du chien adulte, il convient de rechercher des causes organiques et, spécialement, des déséquilibres endocriniens (hypothyroïdie ou hypercorticisme) (PHOTO 3) [10].

Le pronostic après traitement est bon, mais les rechutes sont fréquentes (11 % après un arrêt du traitement de plus de six mois d’après Pageat [19]).

Plusieurs molécules peuvent être utilisées : la sélégiline, la fluvoxamine(1) (Floxyfral®, 0,5 à 4 mg/kg, voire, pour une action antidépressive, 5 mg/kg), la fluoxétine(1) (Prozac®, 2 mg/kg), la clomipramine (Clomicalm®, 2 à 4 mg/kg) [7]. La thérapie comportementale a pour but de relancer l’activité spontanée de l’animal et à le stimuler par des jeux. Il est demandé au propriétaire de faire jouer son chien (jeux de balle, jeux de rapport). Ces jeux sont récompensés par des félicitations et des caresses, ce qui renforce le contact avec le maître. Il est également conseillé de maintenir les promenades et de les varier afin de stimuler l’animal.

Pour les formes endogènes, un traitement causal est nécessaire.

Ces formes chroniques de dépression peuvent évoluer sur une longue période et les propriétaires supportent souvent mal les troubles du sommeil, car ils ne dorment plus non plus, ce qui justifie alors des traitements de longue durée (plus de six mois).

Les dépressions du chien âgé

Les dépressions chroniques sont fréquentes chez le chien âgé (PHOTO 4).

À partir de l’âge de sept ans, l’animal peut en outre présenter des symptômes d’involution (régression comportementale). Cette dépression d’involution se traduit par :

- une malpropreté (énurésie et/ou encoprésie) ;

- une perte des apprentissages (absence de réponse aux ordres, perte des habiletés) ;

- une exploration orale ;

- des destructions et des vocalises lorsque le chien est seul [20].

Comme dans toutes les formes de dépression chronique, l’hyperattachement secondaire est fréquent.

• Le diagnostic est fondé sur la mise en évidence des symptômes de la dépression chronique : crises émotionnelles malgré une forte inhibition, gémissements, dysorexie, troubles du sommeil, conflits hiérarchiques (perte des capacités sociales). La mise en évidence d’une dépression chronique accompagnée d’au moins deux symptômes d’involution parmi ceux cités ci-dessus permet de déterminer l’existence d’une dépression d’involution.

Des facteurs exogènes ou endogènes sont responsables de l’involution ou de la dépression [12, 19, 20, 23].

Les facteurs exogènes sont :

- un état anxieux non traité ;

- une rupture d’activité chez le chien (chasse, agility, travail de police, etc.) ;

- une perturbation hiérarchique liée à l’arrivée d’un nouveau chien ou à la modification de la famille ;

- des modifications relationnelles (perte d’affection).

Les facteurs endogènes peuvent être :

- des altérations cérébrales liées au vieillissement ;

- des dysendocrinies : troubles thyroïdiens ou surrénaliens ;

- une tumeur cérébrale.

• Le diagnostic différentiel doit être fait avec le syndrome confusionnel. Celui-ci est dû au vieillissement cérébral (donc il est indépendant des troubles thymiques). Il est mis en évidence par :

- une désorientation spatiale : le chien ne retrouve plus son chemin (il fugue et se perd, ne retrouve plus la porte d’entrée, ne retrouve plus sa gamelle, etc.) ;

- une désorientation temporelle (confusion entre le jour et la nuit : il dort le jour et est actif la nuit) ;

- une altération des apprentissages (oubli de son nom, de la propreté, des règles hiérarchiques).

Le diagnostic différentiel avec les troubles dépressifs peut être difficile à établir, mais, souvent, l’absence de troubles du sommeil permet de les distinguer.

• Le pronostic de la dépression du chien âgé (avec ou sans involution) dépend de la motivation des maîtres. En effet, les nuisances et le refus des propriétaires d’accepter que l’animal n’est plus (et ne sera plus) le même qu’avant aboutissent souvent à une demande d’euthanasie. Le pronostic reste bon car les symptômes peuvent s’améliorer (sauf en cas de tumeur). Cependant, la guérison totale n’est pas l’objectif du praticien [12].

• Les traitements doivent être poursuivis sur une longue durée. Les rechutes sont fréquentes et un traitement à vie est parfois nécessaire, mais les bons résultats obtenus permettent de maintenir l’animal au sein de la famille.

Le traitement est essentiellement médical. Plusieurs psychotropes peuvent être utilisés [5, 12, 19] :

- la clomipramine (Clomicalm®, 2 à 4 mg/kg en deux prises chez le chien ; 0,25 à 0,5 mg/kg en une ou deux prises chez le chat). Elle peut être associée à la trioxazine (Relazine®, 20 mg/kg en trois prises). La clomipramine permet de régulariser rapidement les troubles du sommeil. Il existe toutefois des contre-indications (prostatite, glaucome). Il est possible de l’associer au piracétam(1) (Nootropyl®, 20 à 40 mg/kg) ;

- la sélégiline (Selgian®, 0,5 mg/kg chez le chien, 1 mg/kg chez le chat en une prise) ;

- un inhibiteur strict de recapture de la sérotonine (ISRS) : la fluoxétine(1) (Prozac®, 1 mg/kg chez le chien ; 0,5 mg/kg chez le chat) ou la fluvoxamine(1) (Floxyfral®, 2 à 6 mg/kg en deux prises).

Lorsque le traitement médicamenteux doit être maintenu à vie, la sélégiline est préférée en raison de l’absence d’effets secondaires. L’amélioration des souillures est toutefois plus lente et il convient alors d’insister auprès des propriétaires sur l’importance de ne pas isoler leur animal. Le recours à un ISRS est également possible pour des périodes très longues (plusieurs années).

Les particularités du chat

Le chat est une espèce territoriale : sa vie est organisée en fonction de son territoire et c’est la stabilité de celui-ci qui apporte de l’apaisement [6, 21]. Les relations sociales existent également chez le chat, la structure sociale étant familiale (mère + jeunes). D’une manière générale, tout ce qui perturbe ses champs d’activité est une source de stress pour lui.

Cela l’oppose au chien, espèce sociale dont le socle est constitué par sa position hiérarchique ou les interactions sociales dans la famille-meute.

Chez le chat, le tableau clinique des états dépressifs est moins bien documenté que chez le chien [11]. Les descriptions réalisées chez le chien dépressif sont toutefois souvent transposables au chat (trouble du sommeil, de l’appétit, etc.), avec, en plus, une perturbation des comportements propres à cette espèce.

En particulier, le toilettage peut être soit totalement inhibé (le poil est sale, terne et piqué), soit exacerbé, avec, dans ce cas, une alopécie extensive féline : une dépilation étendue est constatée sur les flancs et/ou l’abdomen (sans doute d’origine traumatique par léchage et arrachage du poil). Dans d’autres cas, des granulomes de léchage ou des plaies de grattage en région cervicale sont observés [11, 23].

Les marquages faciaux, ainsi qu’un allomarquage (marquage facial) sont réduits ou absents.

1. Dépression aiguë

Chez le chat, les mêmes causes de stress aigu que chez le chien sont trouvées, auxquelles peuvent être ajoutées deux autres causes spécifiques à l’espèce féline : la perturbation brutale du territoire (en particulier le déménagement) et l’immersion dans un effectif canin (surtout chez le chaton) [23]. Comme chez le chien, un tableau d’inhibition (activité motrice faible, voire prostration), de l’anorexie et de l’adipsie sont observés. Une énurésie et/ou une encoprésie sont possibles mais rares.

Le comportement de toilette est modifié (absence de toilettage) (PHOTO 5) et des activités somesthésiques peuvent apparaître : grattage en région cervicale [11], léchage ou morsure d’un membre [23]. Les contacts physiques sont mal supportés et déclenchent un léchage intense ou un rolling skin syndrom (tremblement de la peau qui parcourt le dos du chat et se termine parfois par un frétillement de la queue ou des mouvements de queue très saccadés).

Le traitement médicamenteux fait appel (comme chez le chien) à la miansérine(1) (Athymil®, 1 à 2 mg/kg) afin de relancer rapidement les comportements exploratoire et alimentaire. La clomipramine (Clomicalm®, 0,2 à 0,5 mg/kg) peut aussi être prescrite. Elle est éventuellement relayée par un ISRS (Prozac®(1), 0,5 mg/kg). La thérapie consiste à remédier au stress aigu et à permettre au chat de reconstruire son territoire. Pour cela, il est possible dans un premier temps de réduire l’espace à une seule pièce où le chat peut organiser ses principaux champs territoriaux (champs d’alimentation, de repos et d’élimination). Dans cette pièce, il est intéressant de mettre en place un diffuseur de phéromones (Feliway®). Dès que les signes d’inhibition ont disparu (le chat mange et explore correctement cette pièce), l’accès aux autres pièces est rendu possible progressivement.

La dépression réactionnelle du chat doit être considérée comme une urgence en raison de l’anorexie qu’elle provoque (risque de lipidose hépatique). Une hospitalisation peut être nécessaire, avec perfusion et alimentation forcée.

2. Dépression chronique

Chez le chat, les perturbations territoriales chroniques (déménagements fréquents, déplacements fréquents du mobilier) et les difficultés de cohabitation récurrentes peuvent être mises en cause. Une dépression aiguë non traitée peut également évoluer en forme chronique.

L’administration chronique de progestatif (acétate de mégestrol) pourrait être à l’origine de dépression [23].

Les manifestations cliniques de la dépression chronique sont variées [8, 23, 24] :

- des gémissements ou des miaulements nocturnes ;

- une dysorexie ou une boulimie spectaculaire, avec une obésité marquée ;

- une malpropreté (élimination) ;

- une augmentation du toilettage, un léchage ou un arrachage des poils (alopécie extensive féline), des plaies de grattage en région cervicale ;

- de l’agressivité (agressions par peur et par irritation) ;

- un hyperattachement.

Les demandes de consultation ne sont pas fréquentes, car, à l’inverse du chien, le chat dépressif chronique est peu gênant (sauf lors de malpropreté et d’agressivité). Le plus souvent, l’obésité ou la malpropreté, mais aussi les plaies de léchage (PHOTO 6) ou de grattage, les miaulements nocturnes et la “tristesse” sont les principaux motifs de consultation.

Deux molécules peuvent être utilisées : la clomipramine (Clomicalm®, 0,3 à 0,5 mg/kg en une ou deux prises) et la sélégiline (Selgian®, 1 mg/kg en une prise), mais aussi la fluoxétine(1) (Prozac®, 0,5 à 1 mg/kg) si la boulimie est présente. Si un traitement long est envisagé, la sélégiline est préférable en raison de son absence d’effets indésirables, même si la prise du comprimé est difficile en raison de son amertume. L’usage de la fluoxétine(1) est également possible pour de longues périodes. L’utilisation de phéromones d’identification (Feliway®) en spray ou en diffuseur est également judicieuse. Comme souvent chez le chat, la thérapie consiste à enrichir et à stabiliser le territoire.

3. Dépression d’involution

Dans l’espèce féline, la dépression d’involution est souvent spectaculaire et particulièrement gênante pour les propriétaires [12, 23, 24]. Les principaux symptômes sont :

- une malpropreté erratique (le chat élimine n’importe où) et des séquences de marquage simplifiées ;

- des miaulements nocturnes déchirants et incessants qui mettent à mal la patience des propriétaires ;

- une boulimie parfois spectaculaire (le chat peut ouvrir le réfrigérateur) ;

- une modification du toilettage : soit une absence complète, ce qui rend le pelage terne et piqué, soit une exacerbation qui entraîne une alopécie extensive ;

- une exploration orale.

Chez le chat âgé qui présente une dépression d’involution (plus généralement une dépression chronique), il convient de faire le diagnostic différentiel avec une cause organique : par ordre de fréquence, une hyperthyroïdie, une hypertension, une tumeur cérébrale ou méningée, un diabète.

Le traitement médical est indispensable. Il est possible d’administrer de la clomipramine, de la sélégiline ou de la fluoxétine(1) (surtout lors de boulimie) (Prozac®, 0,5 à 1 mg/kg) [5, 9]. L’installation permanente d’un diffuseur de phéromones (Feliway®) est une solution envisageable. Les rechutes sont fréquentes et des traitements longs sont nécessaires [12].

Les états dépressifs sont une réalité chez le chien et chez le chat. Ils sont caractérisés par une inhibition sévère et irréversible qui interdit toute adaptation de l’animal à son milieu. Les affections du chien sont maintenant bien décrites, celles du chat méritent d’être précisées. Qu’ils soient aigus ou chroniques, les états dépressifs peuvent atteindre les chiens et les chats de tous âges. Les dépressions du jeune sont particulièrement graves et doivent être traitées avec attention et comme une véritable urgence.

Chez l’adulte toutefois, la dépression est également à traiter en urgence car les demandes d’euthanasie sont fréquentes en raison des troubles du sommeil et des problèmes de malpropreté. Chez l’adulte, les formes aiguës, bien que de pronostic favorable, doivent être prises au sérieux, afin d’anticiper un éventuel passage à la chronicité. Les formes chroniques peuvent s’améliorer à la faveur d’un hyperattachement secondaire [19]. Néanmoins, chez le chien, des troubles comportementaux particulièrement gênants (vocalises, malpropreté) apparaissent lorsque le chien est seul. L’espérance de vie des animaux de compagnie ayant tendance à augmenter, les dépressions du chien et du chat âgés seront de plus en plus fréquentes. Un diagnostic précoce et adapté permet à ces animaux âgés de conserver une qualité de vie satisfaisante.

  • (1) Médicament à usage humain.

Réflexe de sursautement

L’animal est placé sur un support le moins stressant possible. Lors d’un claquement de mains à une dizaine de centimètres au-dessus de sa tête, le chiot sursaute et se laisse retomber. Ce réflexe correspond à la fin du développement du cortex temporal : à ce stade, l’audition devient fonctionnelle.

Chez certains chiots atteints de dépression de détachement précoce (DDP), le réflexe de sursautement peut être fortement augmenté : ils sursautent, tombent sur le côté et tremblent pendant plusieurs minutes.

Les conditions de développement de l’animal permettent de comprendre ce trouble : les commémoratifs rapportent généralement une mère agressive (qui présente elle-même un déficit de socialisation) qui refuse d’avoir des contacts avec ses petits, une absence de maternage pendant les quatre premières semaines de vie, une fratrie peu nombreuse (chiot unique qui n’a donc pas la possibilité d’interagir avec un autre chiot) [19]. Tout ce qui est à l’origine d’une hypostimulation tactile du chiot augmente le risque de DDP.

Habituation et désensibilisation

L’habituation est un processus qui permet d’apprendre à l’animal à ne plus réagir à un stimulus neutre très fréquent dans son environnement.

La désensibilisation est un protocole qui expose l’animal à un stimulus donné de façon répétitive et à intensité croissante afin de modifier sa réponse émotionnelle à celui-ci [17].

Points forts

Chez le chiot, une affection inflammatoire ou infectieuse peut mimer une dépression aiguë.

La dépression réactionnelle du chiot est caractérisée par l’apparition brutale d’un état d’inhibition généralisée chez un animal auparavant normal.

La dépression de détachement précoce chez le chiot comporte la même absence d’activité motrice que lors d’une dépression de privation, mais inclut des crises de panique.

La dépression aiguë met en jeu le pronostic vital chez le chiot.

Les dépressions chroniques du chien adulte peuvent être liées à un déséquilibre endocrinien.

Le chat dépressif présente souvent des symptômes dermatologiques.

  • 5 - Debove C. Utilisation des psychotropes chez le chien et le chat âgés. Point Vét. 2004; 35 (n° spécial “Les traitements en comportement du chien et du chat”):36-39.
  • 7 - Dehasse J. Construire un traitement par type de molécule. Point Vét. 2004;35 (n° spécial “Les traitements en comportement du chien et du chat”):82-88.
  • 9 - Dramard V. Les antidépresseurs : IMAO, imipraminiques et ISRS. Point Vét. 2004;35 (n° spécial “Les traitements en comportement du chien et du chat”):20-24.
  • 10 - Dramard V, Benoit E. Comportement : une approche des dysendocrinies. Point Vét. 2004;35 (n° spécial “Les traitements en comportement du chien et du chat”):40-43.
  • 11 - Dramard V, Hannier I. La dépression réactionnelle chez le chat. Point Vét. 1996:27(173):985-990.
  • 13 - Habran T. Indications des anxiolytiques chez le chien et le chat. Point Vét. 2004;35 (n° spécial “Les traitements en comportement du chien et du chat”):30-35.
  • 14 - Habran T, Derlon AL. La dépression : concept et bases neurobiologiques. Point Vét. 2005;256:18-21.
  • 20 - Pageat P. Dépression d’involution du vieux chien. Point Vét. 1990;22:417-422.

PHOTO 1. L’élevage dans un box isolé augmente le risque de dépression de privation.

PHOTO 2. Chez le chien adulte, une dermite de léchage accompagne souvent une dépression chronique.

PHOTO 3. Une dépression chronique peut être liée à un désordre endocrinien, comme un syndrome de Cushing.

PHOTO 4. Les dépressions chroniques sont fréquentes chez le chien âgé.

PHOTO 5. Défaut de toilettage lors de dépression chez un chat.

PHOTO 6. Granulome de léchage chez un chat dépressif.