Le point Vétérinaire n° 268 du 01/09/2006
 

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CARDIOLOGIE

François Serres*, Carolina Carlos Sampedrano**, Vassiliki Gouni***, Valérie Chetboul****, Jean-Louis Pouchelon*****


*Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
**Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
***Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
****Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
*****UMR Inserm-ENVA U660
******Unité de cardiologie d’Alfort, ENVA
*******UMR Inserm-ENVA U660

Une chienne de race bulldog anglais, non stérilisée et âgée de 11 mois, est référée au service de cardiologie pour l’exploration d’un souffle cardiaque détecté à l’occasion d’une visite vaccinale.

La survenue de plusieurs épisodes de syncope liés à l’effort est rapportée par les propriétaires.

L’animal est en bon état général. L’examen de l’appareil cardiovasculaire révèle une fréquence cardiaque normale (120 à 130 battements par minute) associée à un rythme régulier. Il confirme la présence d’un souffle systolique de forte intensité (grade 4/6), audible sur le côté gauche à la base du coeur et irradiant jusqu’à l’apex gauche. Un souffle médio-thoracique droit de plus faible intensité (2/6) est également mis en évidence. Les muqueuses sont roses et le temps de recoloration capillaire est dans les normes.

Examens complémentaires

Un examen électrocardiographique est pratiqué dans un premier temps afin de visualiser d’éventuelles modifications du tracé expliquant les épisodes de syncope (voir le TRACÉ). Le tracé obtenu montre une fréquence normale et un rythme régulier et sinusal. Plusieurs remaniements du tracé font suspecter une modification du coeur droit :

- l’onde P montre un hypervoltage modéré (amplitude = 0,4 mV) mais net, avec un aspect dit d’onde P “pulmonaire” (onde P “pointue”) compatible avec une dilatation atriale droite ;

- les ventriculogrammes présentent un aspect négatif prédominant, avec des ondes S de fortes amplitudes sur les dérivations D1 et D2 ce qui traduit la présence d’une modification ventriculaire droite [3]. L’axe électrique calculé indique une nette déviation à droite (voir la FIGURE “Axe électrique”).

L’association de ces deux anomalies à la présence d’un souffle basal gauche évoque la présence d’une sténose pulmonaire grave, et la réalisation d’un examen échocardiographique est recommandée.

L’examen échocardiographique confirme la présence d’une sténose pulmonaire valvulaire grave, avec un gradient transvalvulaire élevé (120 mmHg). La dilatation ventriculaire droite est retrouvée, associée à une hypertrophie ventriculaire droite et à un aplatissement du septum interventriculaire. Enfin, un reflux tricuspidien de forte vélocité (secondaire à l’augmentation de la pression ventriculaire droite consécutive à la sténose) est mis en évidence au mode Doppler couleur. Ce reflux explique le souffle droit ausculté et la dilatation atriale droite, qui est confirmée.

Traitement

La malformation cardiaque diagnostiquée est symptomatique et une prise en charge est préconisée. Un traitement médical est mis en place, en raison de la visualisation au cours de l’examen échocardiographique d’un trajet anormal de l’artère coronaire gauche, qui entoure la base de l’artère pulmonaire. Cette anomalie, décrite en particulier chez le bulldog anglais [1], fait que la dilatation par ballonnet, traitement de choix de la sténose pulmonaire, ne peut être proposé, car il risque d’entraîner la rupture de la coronaire anormale.

L’examen électrocardiographique a longtemps été la technique de référence pour l’évaluation des dilatations cavitaires cardiaques. S’il a été supplanté dans cette application par l’examen échographique, certaines modifications caractéristiques doivent être connues. De même, l’estimation de l’axe électrique peut aider le clinicien dans sa démarche diagnostique. Cependant, l’examen électrocardiographique, bien que spécifique, ne possède qu’une sensibilité limitée. Une onde P pulmonaire ne serait observée que chez moins de la moitié des animaux présentant une dilatation atriale droite [3]. Une onde S de forte amplitude en D2 avec déviation axiale droite n’est observée que chez 50 % des individus à dilatation ventriculaire droite modérée à grave [2].

  • 1 - Buchanan JW. Pulmonic stenosis caused by single coronary artery in dogs : four cases (1965-1984). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1990;196:115.
  • 2 - Hill JD. Electrocardiographic diagnosis of right ventricular enlargement in dogs. J. Electrocardiol. 1971;4:347.
  • 3 - Kittleson MD, Kienle RD. Electrocardiography : basic concepts, diagnosis of chambers enlargement, and intraventricular conduction disturbances. In : Small animal cardiovascular medicine. Mosby, Saint Louis. 1998:72-94.