Le point Vétérinaire n° 267 du 01/07/2006
 

DIÉTÉTIQUE FÉLINE

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COURS

Laurence Colliard*, Géraldine Blanchard**, Bernard-Marie Paragon***


*Résidente en Nutrition clinique
**ENVA, Nutrition clinique,
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex
***ENVA, Nutrition clinique,
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex

Pour limiter les récidives de syndrome occlusif félin, il convient de modifier l’alimentation en augmentant la teneur en eau de la ration, en diminuant les apports de minéraux et en contrôlant le pH urinaire.

Résumé

La formation des cristaux chez le chat repose sur un équilibre entre différents minéraux présents dans l’urine. Cette teneur est modifiée par le mode de vie du chat (sédentarisation, mode d’alimentation et d’abreuvement) et la composition de l’alimentation. Après levée de l’obstruction urinaire, une alimentation adaptée à la prévention conjointe des cristaux d’oxalate de calcium et de phosphate ammoniaco-magnésien permet d’attendre le résultat de l’analyse des cristaux et le choix d’une alimentation plus adaptée. Lors de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, les urines doivent être acidifiées. En revanche, aucun protocole de dissolution n’existe pour les cristaux d’oxalate qui doivent être retirés chirurgicalement.

Chez le chat, la présence de cristaux ou de calculs dans l’urine n’est pas systématique lors de syndrome urinaire occlusif. Si la composition minérale des urolithes est connue, une approche diététique spécifique se justifie. Si elle est inconnue ou s’il n’y a pas de cristaux, l’alimentation vise à prévenir les récidives.

Les calculs de phosphate ammoniaco-magnésien (PAM) (PHOTO 1) et les calculs d’oxalate de calcium (OC) sont les deux principales formes cristallines chez le chat [15, 28]. En présence de bouchons urétraux, des cristaux de PAM sont mis en évidence dans les trois quarts des cas et moins de 10 % n’ont aucune structure cristalline dans leur matrice [15, 24, 25].

Dans les années 1980, les calculs de PAM étaient largement majoritaires. Aujourd’hui, les calculs d’OC représentent plus de 50 % des calculs urinaires analysés chez le chat dans les études nord-américaines [15, 17, 28].

Formation des cristaux

De nombreuses substances ingérées sont excrétées in fine dans l’urine, sous une forme transformée ou non : minéraux, déchets azotés (catabolites des acides aminés), métabolites de vitamines (l’oxalate est un métabolite de la vitamine C), etc. Certaines sont des alcalinisants urinaires (Na+, K+, Mg2+), d’autres des acidifiants (Cl-, HPO42-).

La formation des calculs urinaires, leur dissolution ainsi que leur prévention font appel à des processus physico-chimiques complexes et dynamiques. Schématiquement, pour qu’un cristal se forme, il est nécessaire que le produit des concentrations des ions du cristal dépasse le seuil de solubilité. En fonction du pH, l’état d’ionisation, donc la capacité des ions à cristalliser, se modifie, comme pour l’ammoniac (NH3 ↔ NH4+) ou le phosphore (H3PO4 ↔ H2PO4- ↔ HPO42- ↔ PO43-) [4].

La nucléation est la phase d’initialisation de formation d’un cristal. Plusieurs noyaux peuvent s’agréger ou le noyau initial augmenter en taille. Certains éléments présents dans l’urine (protéines, débris cellulaires, etc.) peuvent servir de matrice à la cristallisation (cristallisation hétérogène) [4]. Les calculs, issus de l’agrégation et/ou de la croissance des cristaux, peuvent être purs (un seul type cristallin), mixtes (plusieurs types cristallins) ou complexes (les minéraux du noyau différent de ceux des couches externes). Cette dynamique urinaire explique que des cristaux et des calculs présents simultanément puissent ne pas être de même nature [3].

L’état de saturation de l’urine dépend de la quantité d’ions excrétés par le rein, du pH urinaire et des facteurs inhibiteurs ou promoteurs présents. Toute action qui dilue l’urine, réduit sa saturation et stabilise le pH, diminue le risque de récurrence des calculs.

Facteurs favorisant la cristallisation

1. Statut sexuel, état corporel et degré d’activité

La stérilisation multiplie par sept le risque de formation de calculs d’OC et par trois celui de calculs de PAM [17, 28]. La stérilisation chez le chat, mâle ou femelle, stimule l’appétit et réduit le besoin calorique : le chat a tendance à ingérer des quantités d’aliments, donc de nutriments, supérieures à ses besoins. Or, l’élimination des minéraux est urinaire : les minéraux non utilisés par l’organisme sont présents dans l’urine. En outre, un poids trop élevé et la sédentarité sont des facteurs de risque pour le syndrome urologique félin [16].

La stérilisation doit être associée à une restriction alimentaire pour éviter la surconsommation d’aliments.

Un chat qui n’a qu’un seul lieu d’élimination (un bac à litière dans un appartement) urine moins souvent que le chat qui en a plusieurs [16].

Lors de stérilisation et/ou de sédentarité, plusieurs lieux d’élimination, même pour un seul chat, a fortiori s’ils sont plusieurs à partager le même territoire, doivent être proposés : un bac à litière par étage d’habitation et par chat est un minimum.

2. pH urinaire

Après un repas, l’urine s’alcalinise fortement et persiste ainsi pendant quatre à six heures [20]. Préventivement, il convient de limiter ces variations par des apports fractionnés.

La ration de la journée, quantifiée, sera distribuée en quatre à six repas par jour. Le fractionnement de la ration en petits repas correspond en outre au comportement alimentaire du chat. Les études et enquêtes montrent qu’une alimentation très acidifiante et restreinte en magnésium favorise la formation de calculs d’OC (voir l’ENCADRÉ “Risques d’une alimentation acidifiante”) [8, 9, 10, 16, 19, 22, 28].

Un aliment très acidifiant ne doit être prescrit que suite à un diagnostic établi et pour une durée limitée. Par ailleurs, le propriétaire doit être informé des risques.

Les cristaux d’OC peuvent apparaître quand le pH urinaire est inférieur à 6,7. La formation des cristaux de PAM est possible dès que le pH urinaire est supérieur à 6,5. Un pH urinaire compris entre 6,2 et 6,5 diminue de moitié le risque de formation de calculs d’OC par rapport à un pH autour de 6 et n’a pas d’effet significatif sur le risque de formation de calculs de PAM [19].

3. Teneur en eau de la ration et abreuvement

Le passage d’une alimentation sèche à une alimentation humide chez le chat sain ne modifie significativement ni le volume urinaire sur vingt-quatre heures, ni la densité urinaire, en raison de fortes variations individuelles [21]. Cependant, le risque de formation de calculs d’OC est inversement proportionnel à la teneur en eau de la ration, ce qui n’est pas le cas pour les calculs de PAM [15, 19]. Il est conseillé de prescrire une alimentation humide pour tout chat qui présente une récidive de lithiase urinaire.

Il convient de ne pas prescrire une alimentation sèche à un chat habituellement nourri avec un aliment humide. En effet, le chat ne compense que 49 % des apports en eau lors du remplacement d’un aliment humide par un aliment sec [1] ; les risques de lithiase urinaire se trouvent alors fortement augmentés.

Dans tous les cas, la transition alimentaire doit être progressive, car un chat peut refuser de se nourrir lors de changement brutal d’aliment.

La teneur minérale d’une eau est exprimée en partie par millions (quantité de minéraux en milligramme par litre) et celle des aliments en pourcentage (quantité de minéraux en gramme dans cent grammes d’aliment) ; une eau fortement minéralisée constitue donc un apport négligeable par rapport aux aliments [16]. Les propriétaires sont invités à choisir de l’eau du robinet ou des eaux de source peu minéralisées comme celles adaptées à la préparation des biberons pour bébés.

4. Nutriments

Les protéines

Le chat est un carnivore prédateur : une proie contient environ 55 % de protéines brutes par rapport à la matière sèche [29].

L’utilisation d’un régime apportant plus de 80 g de protéines pour 1 000 kcal chez le chat diminue de moitié le risque de calculs d’OC par rapport à une alimentation restreinte (moins de 80 g/1 000 kcal) [19, 21]. De plus, une restriction modérée en calcium (1,5 g/1 000 kcal), associée à un régime riche en protéines (95 g/1 000 kcal), diminue de 59 % le degré de saturation urinaire en OC par la baisse de la calciurie. Par ailleurs, il abaisse le pH de l’urine et la quantité de sédiments urinaires [12]. Une alimentation contenant plus de 80 g de protéines pour 1 000 kcal augmente le risque de calculs de PAM [19].

Un apport de 80 g de protéines pour 1 000 kcal semble un bon compromis pour la prévention des urolithiases.

Les lipides et les glucides

La teneur en lipides ne semble pas avoir une influence sur le risque d’urolithiase [19].

Le taux de glucides de la ration diminue modérément la formation de calculs d’OC, mais n’intervient pas dans celle de calculs de PAM [19].

Les fibres

Le taux de fibres ne semble pas influencer la formation de calculs d’OC [19]. En revanche, pour un taux de fibres supérieur à 3 g pour 1 000 kcal, ce qui est une valeur très faible, le risque de calculs de PAM est doublé et n’est pas plus élevé avec un taux de fibres élevé qu’avec un taux de fibres bas [19].

Le calcium

Un excès de calcium alimentaire favorise la précipitation de complexes d’OC dans la lumière intestinale, ce qui empêche l’absorption du calcium et de l’oxalate alimentaires. Une restriction en calcium provoque une hyperoxalurie par l’augmentation de l’absorption intestinale d’oxalate. Un apport de calcium supérieur à 2 g pour 1 000 kcal diminue le risque de calculs d’OC de deux à cinq fois, mais triple celui de calculs de PAM [19].

Une teneur en calcium de 1,75 à 2 g pour 1 000 kcal dans la ration couvre les besoins du chat sans augmenter le risque d’urolithiase. L’apport de calcium en dehors des repas est à proscrire. Lors de ration ménagère, il est essentiel de couvrir les besoins en calcium.

Le phosphore

Une teneur en phosphore supérieure à 1,75 g pour 1 000 kcal dans la ration augmente le risque de calculs de PAM sans influencer le risque de calculs d’OC [19]. Un apport de phosphore inférieur à 1,75 g pour 1 000 kcal dans la ration est à recommander, tout en conservant un rapport Ca/P compris entre un et deux.

Le sodium

L’addition de sel à la ration accroît la prise de boisson chez le chien et le chat [1]. Cette augmentation devrait s’accompagner d’une élévation de la quantité d’urine émise et diminuer la concentration de l’urine en ions lithogènes. Cependant, une teneur en sodium supérieure à 0,77 g pour 1 000 kcal dans la ration divise par deux à trois le risque de calculs d’OC, mais triple celui de calculs de PAM [19]. Cela incite à être prudent tant que des études complémentaires ne permettent pas de choisir entre les deux effets.

Le potassium

Un apport de potassium de 2,2 à 3,2 g pour 1 000 kcal diminue le risque de calculs d’OC de 50 %, sans modifier le risque de calculs de PAM [19]. Il contribue à diminuer la concentration urinaire de calcium alors qu’une carence en potassium induit une hypercalciurie.

Une teneur en potassium dans la ration au moins égale à 2 à 3 g pour 1 000 kcal est hautement recommandée.

Le magnésium

Un apport de magnésium de 190 à 250 mg pour 1 000 kcal divise par trois le risque de calculs d’OC. Il ne modifie pas celui de la formation de calculs de PAM alors qu’un apport supérieur l’augmente [19]. Le magnésium est considéré comme un inhibiteur de la formation des calculs d’OC [23]. Cependant, la forme sous laquelle le magnésium est ingéré (MgCl2, MgO ou MgSO4), ainsi que le pH urinaire sont importants [4, 5].

L’oxalate

L’acide oxalique est le produit final du catabolisme de l’acide ascorbique et de quelques acides aminés tels que la glycine, la sérine, le tryptophane, la phénylalanine et l’hydroxyproline (abondante dans le tissu conjonctif). Il est également présent dans de nombreux fruits et légumes. Une étude récente chez le rat a montré la possibilité d’absorption intestinale du complexe OC pourtant insoluble [14]. Ainsi, même si l’apport en calcium est suffisant, il est prudent, dans le cadre d’une ration ménagère, de veiller à limiter les apports d’oxalate.

L’apport vitaminique

Un apport en vitamine B6 (pyridoxine) inférieur à 1 mg/kg d’aliment (carence) a provoqué une hyperoxalurie chez le chaton [2] et une néphrocalcinose chez le chat adulte [13]. La recommandation minimale du National Research Council (1986) est de 1 mg pour 1 000 kcal d’aliment pour le chaton comme pour le chat adulte.

L’oxalate est aussi un produit du métabolisme de la vitamine C. La supplémentation en cette vitamine doit donc être limitée.

Lors de rationnement ménager, il convient de couvrir au minimum les besoins vitaminiques.

Rationnement pratique après une obstrution

1. Nourrir en première intention un chat à syndrome urinaire occlusif

Après avoir levé en urgence l’obstacle occlusif d’un chat et amélioré son état clinique (PHOTO 2), l’alimenter convenablement doit être la première préoccupation.

Il convient :

- d’adapter la prescription à ce que le chat mange habituellement : inutile de prescrire un aliment sec pour toute ration si le chat le refusait déjà avant d’être malade ou un aliment industriel à un chat qui a toujours été nourri avec une ration ménagère ;

- de choisir un aliment adapté à la prévention conjointe des cristaux de PAM et d’OC dans l’attente des résultats d’analyse du culot urinaire (voir le TABLEAU “Quel aliment dans l’attente d’un diagnostic ou en l’absence de cristaux ou calculs ?”). Un aliment approprié dans une gamme diététique industrielle peut être proposé (voir les TABLEAUX COMPLÉMENTAIRES “Aliments diététiques industriels” et “Ration-type pour un chat ayant eu un syndrome urinaire occlusif” sur planete-vet). Si le chat l’accepte, au moins une part de la ration doit être sous une forme humide ;

- d’établir une ordonnance indiquant clairement la prescription : marque et nom de l’aliment, forme humide ou sèche, quantité précise, nombre de repas, sans oublier d’expliquer comment réaliser une transition alimentaire sur au moins une semaine ;

- de mettre en place les mesures hygiéniques préventives (voir l’ENCADRÉ “Mesures hygiéniques de prévention du SUF”).

- de faire revenir en consultation dès que la nature des calculs est connue. Il convient de noter qu’un aliment de moindre risque peut être consommé par le chat pendant une longue période, à l’inverse d’un aliment visant à dissoudre les calculs de PAM.

2. Recommandations diététiques en fonction de la nature des calculs

• Si le chat reçoit une alimentation adaptée à la prévention conjointe des calculs de PAM et d’OC et que les cristaux ou calculs ne sont plus présents dans la vessie, cet aliment peut être conservé quelle que soit la nature des calculs. Les mesures hygiéniques sont maintenues.

• Si les cristaux ont été partiellement éliminés, et que leur analyse indique qu’il s’agit de cristaux de PAM, ou si de nombreux cristaux de PAM sont présents en association avec un syndrome urologique, leur dissolution doit être envisagée par une alimentation acidifiante prescrite pour une durée limitée. Dans tous les autres cas, mettre en place ce type d’alimentation est extrêmement risqué.

• S’il s’agit de calculs d’OC et si leur retrait est programmé, l’alimentation de prévention conjointe des calculs d’OC et de PAM est conservée. Si, au contraire, le retrait des calculs n’est pas envisageable, il est proposé, en fonction de l’alimentation antérieure :

- un aliment adapté à la prévention conjointe des calculs de PAM et d’OC (si l’alimentation antérieure était destinée à dissoudre les calculs de PAM) ;

- ou un aliment spécifique pour la prévention de récidives de calculs d’OC (si l’alimentation antérieure était destinée à prévenir les deux types de calculs).

La prescription à l’aveugle d’un aliment spécifique induit le plus souvent des catastrophes, difficile à corriger tant le cas devient compliqué et les récidives fréquentes (présence de calculs complexes, mécontentement des propriétaires).

3. Conduite à tenir lors de récidive

Le piège le plus souvent rencontré est le passage d’un type cristallin à un autre. Il convient toujours de déterminer la nature des cristaux et/ou des calculs urinaires.

En premier lieu, il convient de vérifier si le propriétaire respecte toute la prescription : s’assurer que l’aliment prescrit est toujours distribué, que l’abreuvement est réellement favorisé et que les mesures hygiéniques sont mises en place.

Certains chats sont des récidivistes à un seul type de calculs sans que la cause de l’affection soit établie. Si la prescription est suivie par le propriétaire, une prévention nutritionnelle spécifique de la récidive d’un type particulier d’urolithiase s’impose.

Calculs d’oxalate de calcium

Aucun protocole de dissolution de ces calculs n’existe actuellement. Les mesures nutritionnelles ne visent donc qu’à limiter le risque de récidive après le retrait de tous les calculs.

Les aliments riches en oxalate sont à proscrire de l’alimentation de l’animal à risque. En rationnement ménager, ces aliments sont rarement proposés ou acceptés par le chat, sauf les haricots verts et les poissons gras. La source de fibres est soit des courges et courgettes, soit du son de blé (environ une cuillère à café par chat et par jour mélangée à la ration). Il est difficile d’évaluer les apports en oxalate dans l’alimentation industrielle.

Le citrate, qui forme avec le calcium un complexe solide, inhibe la formation des calculs d’OC in vitro. L’apport de citrate de potassium alcalinise légèrement les urines (augmentation de 0,2 unité pH) chez le chien [27].

Deux spécialités humaines, contenant des citrates de sodium et de potassium sont utilisables : Foncitril 4000®(1) (1 ml/kg/j d’une solution d’un sachet dilué dans 10 mld’eau) et Alcaphor®(1) (1 ml/kg/j). Ces doses sont données en l’absence de toute publication.

Dissolution des calculs PAM

La première règle est de ne pas acidifier l’urine si elle est déjà acide ou si la présence de cristaux de PAM ne s’accompagne pas de signes cliniques.

Pour dissoudre les calculs de PAM, il convient de diminuer les concentrations ioniques des cristalloïdes et d’obtenir un pH proche de 6,0 [26]. L’utilisation des seuls acidifiants urinaires ne suffit pas à empêcher les récidives de ces calculs [12].

La dissolution, indépendamment du nombre ou de la taille des cristaux ou des calculs, nécessite cinq à six semaines. Lors d’infection urinaire concomitante à germes uréase positifs, l’aliment de dissolution doit être prescrit plus longtemps (dix à onze semaines) [26] et l’antibiothérapie poursuivie jusqu’à disparition totale des calculs.

Un aliment industriel formulé pour dissoudre les calculs de PAM est prescrit (ou un aliment ménager limitant les risques d’urolithiases associé à un acidifiant urinaire si le pH n’est pas assez acide). Une fois l’acidification vérifiée, cette ration est distribuée pendant quatre à six semaines. Passé ce délai, si les calculs ont disparu, l’alimentation est changée pour une ration de prévention conjointe. Sinon, un contrôle est réalisé après quatre à six semaines supplémentaires d’alimentation spécifique de dissolution des calculs de PAM. À l’issue du second contrôle, l’alimentation est revue. Les cas d’échec de dissolution sont liés à la présence de calculs autres que des calculs de PAM ou à celle de calculs mixtes ou complexes [26].

L’acidifiant urinaire utilisé classiquement n’est actuellement plus disponible dans la pharmacopée humaine. Il est toujours possible de faire préparer une solution d’acide phosphorique par le pharmacien (acide phosphorique à 50 % en solution aqueuse). Prévoir une goutte par kg de poids par jour, à diluer dans un grand volume d’eau et à mélanger aux aliments : les risques de brûlures de la langue restreignent son utilisation aux seules rations humides.

4. Insuffisance rénale chronique associée à des calculs de PAM

L’alimentation d’un chat présentant à la fois des urolithes d’OC et une insuffisance rénale chronique (IRC) ne pose pas de difficulté particulière car ces chats peuvent être nourris avec des aliments diététiques de soutien de la fonction rénale.

En revanche, urolithes de PAM et IRC sont a priori incompatibles en raison de l’acidose chronique généralement rencontrée. Il est préférable d’éviter un aliment acidifiant et d’extraire totalement ces calculs par hydropulsion ou chirurgie. Une ration ménagère est ensuite distribuée car aucun aliment diététique ne permet de répondre à ce cas (voir le TABLEAU COMPLÉMENTAIRE “Ration-type de prévention d’urolithiase chez un chat insuffisant rénal chronique” sur planete-vet).

Il convient de ne pas confondre un chat en IRC avec un chat présentant un épisode d’insuffisance rénale aiguë (prérénale) suite au syndrome occlusif.

5. Syndrome urinaire occlusif chez un chat obèse

Faire maigrir l’animal est une priorité et peut être réalisé sans risque supplémentaire de récidive. L’apport énergétique pour faire maigrir un chat obèse correspond à 70 % du besoin énergétique d’un chat à poids optimal [6, 7].

La quantité de protéines doit être ajustée à cet apport énergétique pour éviter toute carence, soit portée à 115 g pour 1 000 kcal (voir le TABLEAU COMPLÉMENTAIRE “Ration-type de prévention d’urolithiase et d’amaigrissement” sur planete-vet).

La gestion de la prévention des récidives d’urolithiase chez le chat passe essentiellement par le suivi de l’animal et de son alimentation, mais aussi par des mesures hygiéniques. Le respect de la conduite alimentaire est le plus difficile à obtenir au long court. Il est primordial pour le vétérinaire de dialoguer avec le propriétaire et de personnaliser ses recommandations. C’est à ces conditions que toutes les chances seront réunies pour limiter les risques de récidives.

  • (1) Médicament à usage humain.

Risques d’une alimentation acidifiante

La complémentation en chlorure d’ammonium (1,5 % MS) dans la ration de chats sains pendant six mois (régime acidifiant) entraîne une acidose métabolique chronique sans adaptation, qui conduit à une perturbation du métabolisme du calcium, du potassium, et dans une moindre mesure du phosphore, du magnésium et du sodium [9, 11]. L’acidose métabolique chronique s’accompagne d’une hypercalciurie par excès de résorption osseuse et d’une diminution de la réabsorption rénale du calcium. Elle pourrait également altérer directement ou indirectement l’absorption intestinale du potassium de façon rapide et durable, et créer une déplétion potassique délétère [10].

Points forts

Les facteurs de risque de syndrome urologique félin sont la stérilisation, la sédentarité et l’obésité du chat.

La prévention des récidives par l’alimentation passe par une couverture a minima des besoins énergétiques et en nutriments, ainsi que par l’introduction dans la ration d’au moins une part d’aliment humide.

L’alimentation prescrite est adaptée aux habitudes du chat et doit s’accompagner de mesures hygiéniques préventives.

Les aliments trop spécifiques (ex : dissolution des struvites) ne sont jamais prescrits en première intention.

Mesures hygiéniques de prévention du SUF

Peser régulièrement le chat et noter le poids sur le carnet de santé.

Lutter contre l’obésité.

Stimuler l’activité du chat par le jeu et l’enrichissement du milieu.

Disposer plusieurs bacs à litière bien entretenus (au moins un par chat et par étage d’habitation).

Mettre plusieurs sources d’abreuvement.

Alimentation de préférence humide, et toujours en quantité limitée.

Fractionner les repas (quatre à six par jour) sans surconsommation.

Aucune distribution en dehors des repas.

  • 4 - Buffington CA, Rogers QR, Morris JG. Effect of diet on struvite activity product in feline urine. Am. J. Vet. Res. 1990;51(12):2025-2030.
  • 6 - Burkholder WJ, Bauer JE. Foods and techniques for managing obesity in companion animals. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1998;212(5):658-662.
  • 8 - Byrne KM, Bynum K, Robinette L, et coll. Calcium oxalate stones in feline littermates. J. Feline Med. Surg. 2000;2(2):111-114.
  • 10 - Dow SW, Fettman MJ, Smith KR et coll. Effects of dietary acidification and potassium depletion on acid-base balance, mineral metabolism and renal function in adult cats. J. Nutr. 1990;120(6):569-578.
  • 11 - Fettman MJ, Coble JM, Hamar DW, et coll. Effect of dietary phosphoric acid supplementation on acid-base and mineral and bone metabolism in adult cats. Am. J. Vet. Res. 1992;53(11):2125-2135.
  • 12 - Funaba M, Yamate T, Hashida Y et coll. Effects of a high-protein diet versus dietary supplementation with ammonium chloride on struvite crystal formation in urine of clinically normal cats. Am. J. Vet. Res. 2003;64(8):1059-1064.
  • 15 - Houston DM, Moore AEP, Favrin MG et coll. Feline urethral plugs and bladder uroliths : a review of 5484 submissions 1998-2003. Can. Vet. J. 2003;44(12):974-977.
  • 16 - Kirk CA, Ling GV, Franti CE et coll. Evaluation of factors associated with development of calcium oxalate urolithiasis in cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1995;207(11):1429-1434.
  • 17 - Lekcharoensuk C, Lulich JP, Osborne CA et coll. Association between patient-related factors and risk of calcium oxalate and magnesium ammonium phosphate urolithiasis in cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2000;217(4):520-525.
  • 19 - Lekcharoensuk C, Osborne CA, Lulich JP et coll. Association between dietary factors and calcium oxalate and magnesium ammonium phosphate urolithiasis in cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2001;219(9):1228-1237.
  • 26 - Osborne CA, Lulich JP, Kruger JM et coll. Medical dissolution of feline struvite urocystoliths. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1990;196(7):1053-1063.

PHOTO 1. Cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien

PHOTO 2. L’obstacle occlusif doit être levé et l’état clinique du chat doit être amélioré avant de changer son alimentation.

Quel aliment dans l’attente d’un diagnostic ou en l’absence de cristaux ou de calculs ?

Facteurs nutritionnels connus pour la prévention conjointe des urolithiases félines (oxalate de calcium et phosphate ammoniacomagnésien) (synthèse de la littérature). Les valeurs des nutriments sont exprimées en grammes pour 1 000 kcal, afin de permettre une comparaison entre des aliments qui n’ont pas la même densité énergétique. Distribuer la ration en quatre à six repas, ou cacher les croquettes par deux ou trois un peu partout dans l’habitation et distribuer au moins une partie de la ration sous forme d’aliment humide.