Le point Vétérinaire n° 266 du 01/06/2006
 

DENTISTERIE CANINE

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Cédric Lambert

Clinique Vétérinaire de la Rade, 83400 Hyères

Lors de fracture d’un croc avec exposition de la pulpe, un traitement canalaire permet de conserver la dent.

Toute exposition de la pulpe dentaire provoque une inflammation (pulpite), son infection, puis sa nécrose. Les produits de dégradation de la pulpe diffusent dans les tubules dentinaires et donnent à la dent une coloration rosée, puis grise lors de nécrose. Toute atteinte de l’endodonte engendre une douleur et peut avoir des conséquences locales et systémiques : ces dents doivent donc être traitées précocement avant le développement d’une infection et d’une lésion périapicale. Pour les fractures très récentes (moins de quelques heures) et chez le jeune, une biopulpotomie (exérèse de la pulpe superficielle avec pose d’un produit dentinogène) permet de conserver la vitalité de la dent. Lors de fractures plus anciennes et pour éviter tout risque infectieux, un traitement canalaire de pulpectomie est recommandé.

Le traitement des abcès apicaux et des fistules associées consiste aussi à enlever la source de l’infection par traitement endocanalaire. Il peut être nécessaire d’effectuer une apico-ectomie (approche chirurgicale de l’apex de la dent associée à une obturation rétrograde du canal).

En savoir plus

- Clarke DE. Vital pulp therapy for complicated crown fracture of permanent canine teeth in dogs : a three-year retrospective study. J. Vet. Dent. 2001;18(3):117-121.

- Harvey C, Emily P. Endodontics. In : Small animal dentistry. Mosby-Year Book, St Louis. 1993:189-190.

- Hennet P, Girard N. Surgical endodontics in dogs: a review. J. Vet. Dent. 2005;22(3):148-156.

- Holmstrom S, Frost P, Eisner E. Endodontics. In: Veterinary Dental Techniques. 2nd edition. Saunders WB eds, Philadelphia. 1998:255-318

Remerciements : Dr Lambert-Bogey A, Dr Parmentelat M, Dr Prevot M, Dr Sulter A.

1 Évaluation de la lésion et anesthésie générale Un traumatisme direct a engendré une fracture en biseau de la canine maxillaire gauche, cette fracture intéresse uniquement la couronne. La pulpe est exposée, le tissu endodontique est donc contaminé. Le chien, âgé de douze ans, présente un canal pulpaire étroit. La croissance en épaisseur de la dentine se poursuit en effet pendant toute la vie de l’animal. Une anesthésie générale volatile à l’isoflurane est mise en place afin de réaliser un traitement endocanalaire.

10 Remplissage du canal D’autres cônes enduits de ciments sont ajoutés : un fouloir à condensation latérale est introduit dans le canal le long du premier cône et le comprime contre les parois canalaires pour laisser la place à des cônes additionnels. Cette manœuvre est répétée jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place. Les cônes sont ensuite sectionnés à l’aide d’une spatule en métal chauffée.

11 Cavité de rétention À la fraise boule, une cavité rétentive est réalisée dans la dentine au niveau de l’orifice d’accès. L’excès de gutta-percha est éliminé. Cette cavité permet d’accueillir un matériau d’obturation (amalgame ou composite). À l’inverse du composite, l’amalgame peut être mis en place directement sur le ciment, sans fond de cavité.

12 Pose et durcissement de l’amalgame L’amalgame est préparé dans un vibreur à amalgame, puis est introduit dans la cavité à l’aide d’un porte-amalgame et condensé avec un fouloir. Le durcissement complet est obtenu en vingt-quatre heures. Ce matériau possède des propriétés de résistance mécanique très intéressantes chez le chien. Une légère retaille de la couronne est possible en fin de traitement afin de lui redonner une forme harmonieuse et d’éliminer toute source de blessure.

2 Matériel Le matériel nécessaire est composé : - d’une turbine (1) (ou d’un contre-angle) ; - de fraises boules n°2, ISO 010 (2) ; - de tire-nerfs et de limes endocanalaires de différents diamètres (n°15 à 80) et de longueur adaptée au croc (45 à 50 mm) (3) ; - de solutions d’irrigation (hypochlorite de sodium, peroxyde d’oxygène) ; - de cônes de papier (4) et de cônes de gutta-percha (5) de différents diamètres ; - d’un ciment de scellement et d’un matériau d’obturation (composite ou amalgame) ; - d’une instrumentation générale (pince précelle (6), bloc à spatuler, spatule(7), bourre-pâte, fouloir, porte-amalgame (8)). Un instrument rotatif à grande vitesse et avec une système de refroidissement par l’eau (turbine : 150 000 tr/min) est indispensable pour permettre de percer l’émail. Un contre-angle monté sur un micromoteur qui tourne à une vitesse plus réduite (environ 10 000 tr/mn), suffit pour la dentine, moins dure que l’émail.

3 Abord du canal pulpaire L’abord du canal pulpaire est réalisé dans ce cas au niveau de la zone d’exposition pulpaire. L’accès est élargi à la fraise boule de façon à faciliter l’entrée des instruments endocanalaires. Lorsque la fracture intéresse la partie distale de la couronne, la courbure du canal pulpaire gène l’action des instruments endocanalaires. La couronne est alors trépanée avec une fraise boule sur sa face mésiale, à 2 mm au-dessus de la marge gingivale. L’abord est d’abord perpendiculaire à la surface amélaire, puis la dentine est traversée jusqu’à la pulpe dans l’axe de l’apex situé apicalement à la racine mésiale de la seconde prémolaire.

4 Introduction du tire-nerf Une sonde dentaire permet de repérer l’entrée du canal pulpaire et de vérifier l’axe de la trépanation. Un tire-nerf est introduit sans force le plus loin possible dans le canal, puis tourné plusieurs fois pour enrouler l’extrémité de la pulpe ainsi que le pédicule vasculo-nerveux et l’ensemble est extirpé de la dent. Cette opération n’est pas réalisée lors de nécrose pulpaire car la pulpe est liquéfiée.

5 Alésage Une lime N°10 ou 15 est introduite dans le canal, et utilisée avec un mouvement de va-et-vient pour élargir le canal (alésage). Des limes de diamètre croissant sont utilisées jusqu’à ce que la lime soit trop grosse pour atteindre l’apex. La lime de diamètre immédiatement inférieur est introduite dans le canal jusqu’à l’apex et un contrôle radiographique est réalisé pour vérifier que la lime va jusqu’à l’apex. Le canal est complètement nettoyé des débris pulpaires avec cette dernière lime. La préparation canalaire est terminée lorsque les copeaux dentinaires raclés sont de couleur blanche.

6 Nettoyage et antisepsie du canal Le canal est irrigué plusieurs fois avec une solution d’hypochlorite de sodium à 2,5 %, puis rincé avec une solution stérile de chlorure de sodium. L’hypochlorite peut aussi être utilisé comme solution d’irrigation finale. L’eau oxygénée peut également être utilisée comme solution de rinçage : les bulles dégagées font remonter les derniers débris pulpaires à la surface.

7 Séchage du canal pulpaire Le canal pulpaire est séché avec des cônes de papier de tailles et de longueurs standardisées introduits dans le canal au moyen d’une pince précelle. Des cônes de gros diamètre sont utilisés pour étancher la plus grosse partie du liquide, puis le séchage est terminé par des cônes de diamètre plus faible. Les derniers cônes doivent être retirés complètement secs.

8 Mise en place du ciment Un ciment de scellement, composé de poudre d’oxyde de zinc et d’eugénol, est spatulé jusqu’à obtention d’une pâte de consistance crémeuse. Ce mélange, qui présente des propriétés antiseptiques, durcit en plusieurs heures. Il est facile à utiliser. Un bourre-pâte Lentulo® de longueur et de diamètre approprié permet d’enduire le canal de ciment. Si l’apex est ouvert, il ne faut pas effectuer un dépassement apical avec le ciment de scellement.

9 Introduction des cônes de gutta-percha Le remplissage canalaire est ensuite poursuivie à l’aide de cônes de gutta-percha. Un cône de même diamètre que l’apex et de 55 à 60 mm de longueur est enduit de ciment de scellement et introduit dans le canal. L’obturation de l’apex se fait à l’aide d’un fouloir par condensation verticale.