Le point Vétérinaire n° 266 du 01/06/2006
 

DIARRHÉE VIRALE BOVINE (BVD-MD) CHEZ LES BOVINS

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Renaud Maillard

Unité de pathologie du bétail, ENV Alfort, 7, av. du Général-de-Gaulle, 94704 Maisons-Alfort cedex

L’efficacité de la vaccination contre le virus BVD-MD dépend de l’assainissement préalable du cheptel, du contrôle des entrants et du protocole vaccinal choisi.

Afin de prévenir les conséquences délétères de l’infection par le virus de la maladie des muqueuses (BVD-MD), notamment l’infection transplacentaire du fœtus, le vétérinaire traitant décide de prescrire une vaccination du cheptel reproducteur femelle.

Contexte épidémiologique : Une prise en compte indispensable

La prescription d’une vaccination contre le virus BVD doit être effectuée en tenant compte du contexte épidémiologique, notamment du contrôle de l’infection dans l’élevage et dans son voisinage. Les sources majeures de virus, les animaux IPI (infectés persistants – ou permanents – immunotolérants), ont-elles été recherchées et abattues ? L’introduction des bovins est-elle contrôlée ? Un cheptel fixe contrôlé côtoie-il un cheptel à fort renouvellement (engraissement) qui ne l’est pas ? Existe-t-il un contrôle volontaire (sanitaire ou médical) du BVD au niveau cantonal ou, plus proche encore, chez les voisins, particulièrement dans les parcelles contiguës ?

La vaccination BVD est d’autant plus justifiée que les risques de circulation non contrôlée et d’introduction du virus sont élevés. Dans le cadre d’un contrôle sanitaire de la circulation virale, la vaccination accélère l’assainissement car la protection de la gestation brise le cycle viral.

Bovilis BVD® : Une protection fœtale démontrée

Bovilis BVD® est un vaccin prêt à l’emploi qui contient une souche de virus BVD cytopathique (ou cytopathogène) inactivée et adjuvée (hydroxyde et phosphate d’alumine). Il a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’indication « immunisation active contre l’infection transplacentaire du fœtus par le virus de la diarrhée virale bovine ».

Bovilis BVD® est indiqué chez les animaux âgés de plus de huit mois. Les rappels peuvent être effectués soit un à deux mois après le vêlage (pour la protection de la gestation suivante, la solution “immunitairement” la plus élégante), soit deux fois par an, afin de maintenir un haut niveau de résistance des animaux vaccinés tout au long de la vie de la reproductrice. Le choix de la stratégie de rappels dépend essentiellement des conditions d’élevage et il convient que le praticien privilégie celle qui assure la meilleure observance.

Autres vaccins contre le BVD-MD : Efficaces, mais difficilement comparables

Un autre vaccin, Pregsure® BVD, revendique aussi dans son RCP (résumé officiel des caractéristiques du produit) une « protection fœtale », à laquelle s’est ajoutée depuis peu l’indication de protection contre la mortalité embryonnaire provoquée par le virus BVD. Parmi les autres différences qui le distinguent de Bovilis BVD®, figurent la composition de l’excipient (contenant de l’huile minérale), la voie d’administration (sous-cutanée) et la recommandation d’un rappel annuel.

D’autres vaccins qui ne disposent pas dans leur RCP d’une indication validée pour la « protection fœtale » ont démontré leur efficacité dans cette indication (données publiées), notamment la combinaison dite « two-step » de deux spécialités, Mucobovin® (vaccin inactivé), suivi de Mucosiffa® (vaccin vivant), administré quatre semaines plus tard.

Il est actuellement difficile de départager les solutions médicales proposées par l’industrie pharmaceutique. En effet, aucun essai ne permet de comparer les deux vaccins qui disposent d’une indication « protection fœtale » validée (Bovilis BVD® et Pregsure® BVD). A fortiori, aucun essai publié n’offre de comparaison de ces deux vaccins avec des protocoles préconisés ailleurs, mais non enregistrés en France.

Il est également difficile de comparer la protection horizontale hétérologue, notamment contre des souches d’un génotype II, les quatre vaccins mentionnés étant de génotype I. En effet, les essais publiés chez les bovins sont réalisés le plus souvent avec un seul vaccin et les comparaisons inter-essais sont impossibles. Les résultats communiqués sont toutefois satisfaisants en matière de mesure d’anticorps neutralisants, de durée et d’intensité de virémie ou de protection clinique. Des publications rapportent en outre des résultats in vitro de protection croisée satisfaisante qu’il est difficile d’extrapoler à des situations de terrain.