Le point Vétérinaire n° 264 du 01/04/2006
 

PRÉVENTION DES AFFECTIONS NÉONATALES BOVINES

Pratiquer

CAS CLINIQUE

Régis Rupert

La barre
49120 Chemillé

Derrière un échec de la vaccination contre les entérites néonatales se cachent parfois des facteurs de risque zootechniques, alimentaires ou parasitaires. Leur recherche et leur correction ont permis dans le cas décrit un retour à la normale.

Résumé

De nombreux cas de diarrhée néonatale sont observés dans un élevage de vaches parthenaises, malgré la mise en place d’une vaccination contre les rotavirus, les coronavirus et E. coli depuis plusieurs années. Les analyses de matières fécales des veaux confirment l’échec de la vaccination et l’électrophorèse des protéines sanguines montre qu’il est dû à un défaut de transfert de l’immunité passive. Plusieurs facteurs de risque susceptibles d’expliquer cet échec sont mis en évidence : l’absence d’allotement, des restrictions énergétique et azotée de la ration des mères en fin de gestation, des carences en iode et en sélénium et une infestation par la douve. La correction, par étapes, de ces facteurs permet de réduire progressivement l’incidence des diarrhées, jusqu’à leur disparition après un traitement douvicide.

En fin de campagne de vêlages 2002-2003, un éleveur mixte du Maine-et-Loire sollicite une visite vétérinaire en raison d’un nombre élevé de diarrhées néonatales, avec mortalité.

Cas clinique

1. Anamnèse et commémoratifs

Ce cheptel bovin est constitué d’une cinquantaine de vaches allaitantes de race parthenaise et de 35 vaches laitières de race montbéliarde. Un élevage de volailles est également présent. Les troupeaux allaitants et laitiers sont élevés dans deux stabulations différentes. Celle des vaches parthenaises est récente. Les éleveurs y terminent leur troisième saison de vêlages. Les vêlages se répartissent assez uniformément entre août 2002 et janvier 2003. Le bâtiment est entièrement nettoyé et désinfecté chaque année, après la mise à l’herbe.

Le niveau sanitaire de l’exploitation est bon. L’élevage est en outre en voie d’assainissement pour la paratuberculose. Un récent sondage sérologique effectué sur le prétroupeau permet d’exclure une circulation du virus BVD. L’élevage est officiellement indemne d’IBR. Les mères sont correctement vaccinées depuis plus de cinq ans vis-à-vis des agents de diarrhées néonatales : Escherichia coli, coronavirus et rotavirus (Trivacton 6®). Les diarrhées n’ont pas constitué un motif de consultation auparavant.

2. Observations de la première année

Épidémiologie descriptive

Seul le troupeau parthenais est concerné par les diarrhées néonatales. Sur 47 vêlages, la morbidité est de 36 % et la mortalité de 15 %. Les diarrhées ne concernent que les veaux nés lors de la deuxième moitié de la période de vêlage, en stabulation et non en pâture. Les signes cliniques apparaissent entre un et 28 jours (à l’âge de dix jours en moyenne, l’écart type étant de 6,1 jours). Quarante et un pour cent des veaux malades meurent, soit rapidement en quatre jours, soit tardivement, deux semaines après le début des signes cliniques. L’éleveur rapporte un nombre élevé d’omphalophlébites, mais celles-ci n’ont pas constitué un motif de consultation.

Examens cliniques et traitements instaurés

Les matières fécales des veaux atteints de diarrhée sont glaireuses et grisâtres (PHOTO 1). La déshydratation s’installe lentement (énophtalmie marquée après plusieurs jours, qui conduit parfois à un décubitus).

Les traitements médicaux administrés sont classiques : antibiothérapie par voies orale (colistine) et générale (divers antibiotiques usuels), réhydratation intraveineuse, pansements intestinaux, sachets-repas (automédication). La rémission des signes cliniques, lorsqu’elle est obtenue, est lente.

Examens complémentaires

• Les analyses réalisées sur les matières fécales d’une dizaine d’animaux donnent des résultats variables : la circulation de rotavirus, de coronavirus et de colibacilles (CS31A et non groupables), seuls ou en association, est confirmée, malgré la mise en place d’une vaccination. En raison de l’expression clinique, une recherche de cryptosporidies est effectuée (technique Elisa) sur cinq prélèvements différents. Les résultats sont négatifs. Trois recherches de salmonelles sont réalisées, dont une sur le ganglion mésentérique d’un veau mort de diarrhée. Toutes sont négatives. Des coccidies sont retrouvées en quantité élevée chez deux veaux âgés d’un mois.

• Des dosages de protéines totales sont réalisés à l’aide d’un réfractomètre au cabinet vétérinaire chez les deux derniers veaux de la saison de vêlage, âgés de dix jours (même si, à cet âge, le veau a déjà commencé à synthétiser ses propres immunoglobulines). L’un est atteint de diarrhée, l’autre pas. Une hypoprotéinémie est mise en évidence chez ces deux veaux. Des électrophorèses sont réalisées et montrent une hypogammaglobulinémie (voir le TABLEAU “Électrophorèses des protéines chez deux veaux âgés de dix jours la première année”).

• Les numérations colibacillaires effectuées sur les matières fécales de ces deux veaux sont supérieures à 108 UFC/g. La souche s’avère non typable dans les deux cas. Il ne s’agit donc pas d’une souche pathogène classique (telle que ATT111, FY, F17, F5, CS31A, O78, K80).

Le protocole vaccinal des mères est respecté. La prise colostrale des veaux est attentivement surveillée par l’éleveur (prise spontanée rapide ou traite et administration forcée), selon les préconisations habituelles [3, 4].

Recherche de déséquilibres nutritionnels

L’âge d’apparition des signes cliniques et les agents microbiens identifiés étant variables, un déficit d’immunité générale est suspecté. Celui-ci peut être d’origine alimentaire : déséquilibre entre les apports énergétique et azoté, carences en sélénium, en iode, en zinc ou en vitamine A [3, b, d, e].

Des prises de sang sont effectuées chez sept vaches qui ont vêlé depuis un mois environ.

Les dosages de la glycémie et de l’urémie réalisés au cabinet évoquent un état de subacidose et/ou un manque d’azote soluble dans la ration (voir le TABLEAU “Bilans sanguins des vaches après le vêlage”). Les glycémies normales chez plusieurs animaux permettent d’écarter l’hypothèse d’une ration fortement déficitaire en énergie.

Des dosages de la gluthation-peroxydase et de thyroxine (T4) sont effectués sur cinq des sept prélèvements précédents. Les thyroxinémies sont basses. Les causes possibles sont diverses : un déficit en iode est probable.

Hypothèses diagnostiques et premières mesures

Les diarrhées semblent dues à une déficience de l’immunité des veaux. Cette dernière pourrait être liée à des apports insuffisants d’azote soluble et d’iode dans l’alimentation des mères. La ration est donc corrigée l’été suivant. En préparation de la saison de vêlage suivante, au début de l’été 2003, la moitié des vaches (pour des raisons d’organisation) sont complémentées en iode par voie orale (Aquaiode®, 980 mg d’iode par comprimé, sous la forme d’iodure de potassium, distribué dans le bassin d’abreuvement à raison d’un comprimé par vache la première semaine, puis d’un comprimé pour dix vaches par semaine pendant huit semaines). En juillet 2003, des dosages de l’iode urinaire sont réalisés. Les résultats ne semblent pas satisfaisants (voir le TABLEAU “Dosages de l’iode dans l’urine des femelles complémentées”). Il est donc décidé de supplémenter de nouveau, mais cette fois-ci toutes les vaches parthenaises.

Pendant la période estivale, la stabulation est entièrement vidée et nettoyée (PHOTO 2) [7], puis désinfectée. Les mères sont vaccinées (Trivacton®), comme les années précédentes. Le colostrum est en outre pesé lors des premiers vêlages afin d’évaluer sa qualité.

3. Observations de la deuxième année

Les premiers vêlages se déroulent entre début août et fin septembre (une trentaine est prévue). Les premiers cas de diarrhée apparaissent début septembre.

Épidémiologie descriptive

Comme l’année précédente, il s’agit de diarrhées mucoïdes et verdâtres. Elles sont toutefois moins graves. Elles apparaissent en moyenne à l’âge de 13 jours, avec moins de disparité sur ce critère (écart type de 5,5 jours). Sur 32 vêlages, 17 cas de diarrhée sont observés (53 %), sans mortalité. Observés tôt dans la saison, ils concernent également cette fois les veaux nés en pâture. Les veaux malades sont de plus en plus jeunes en fonction du rang de vêlage.

Examens complémentaires

• Une analyse des matières fécales prélevées par l’éleveur chez un veau à l’âge de 13 jours donne un résultat positif pour les coronavirus, mais aussi pour les cryptosporidies, ce qui est nouveau (mais il existe des faux positifs avec la méthode Elisa employée). Malgré les réserves émises sur l’efficacité d’un traitement, l’éleveur entreprend d’administrer de l’halofuginone (Halocur®), sans amélioration. Les veaux nés ensuite reçoivent également un traitement préventif à l’halofuginone à la naissance, sans plus de succès (diarrhées à l’âge de huit à dix jours). Quelques veaux sont alors traités avec un mélange de toltrazuril et de propylène-glycol, sans résultat.

Deux autres prélèvements de matières fécales chez des veaux atteints de diarrhée ne mettent aucun agent pathogène en évidence. La numération colibacillaire effectuée sur le prélèvement d’un des deux veaux est toutefois supérieure à 2 x 108 UFC/g, signe d’une prolifération bactérienne (ante- ou post-mortem si le prélèvement a été mal conservé).

La pesée du colostrum chez dix vaches et génisses conclut à un colostrum de bonne qualité (en moyenne 110 g/l d’Ig).

Les électrophorèses des protéines réalisées chez des veaux âgés de trois jours à un mois montrent la persistance d’une hypogammaglobulinémie généralisée (voir le TABLEAU “Électrophorèses des protéines chez des veaux la deuxième année”).

Des coproscopies sont effectuées chez six veaux car une infestation par un agent opportuniste, comme Giardia duodenalis, est suspectée à ce stade. Les résultats sont négatifs. Un second prélèvement est réalisé, dix jours plus tard, chez l’un des six veaux, dont la diarrhée persiste. Le résultat est cette fois positif pour Giardia duodenalis.

Tous ces résultats confortent l’hypothèse de diarrhées dues à une déficience de l’immunité générale des veaux, en particulier à un défaut du transfert de l’immunité colostrale.

4. Mesures correctives de la deuxième année

Complémentation des veaux en iode et en sélénium

L’hypothèse d’un déficit en iode est maintenue. La complémentation estivale chez les vaches gestantes peut n’avoir pas suffi. Il est donc décidé que chacun des quatorze derniers veaux à naître pendant l’automne reçoive 420 mg d’iode sous la forme d’iodure de potassium (Orodine®, un comprimé) et 20 mg de sélénium sous forme de Na2SeO3-(Orosel®, un comprimé) à la naissance. Une amélioration est observée : la morbidité diminue à 36 % chez les veaux complémentés en iode et en sélénium. Les diarrhées ne durent plus qu’un ou deux jours chez la moitié des nouveaux veaux atteints, et les signes cliniques sont atténués.

Traitement de la giardiose

Du fenbendazole est administré (Panacur® 2,5 %, 5 mg/kg/j pendant trois jours) [18], mais l’éleveur ne constate pas d’amélioration. Il revient sur l’hypothèse de la cryptosporidiose et entreprend, en octobre 2003, de traiter ses veaux avec de la paromomycine(1) (automédication). Une nette amélioration est observée. Les dix veaux qui naissent durant le mois qui suit ne présentent pas de diarrhée. Les diarrhées réapparaissent toutefois un mois plus tard, malgré l’administration préventive de paromomycine(1). Elles ne persistent cependant que 24 à 48 heures et rétrocèdent avec un simple traitement symptomatique.

5. Observations complémentaires

Conduite alimentaire

Des changements alimentaires ont été effectués au cours des deux dernières années. Les femelles en gestation reçoivent une alimentation constituée d’ensilage de ray-grass et d’ensilage de maïs, de foin, de tourteau de soja et d’un aliment minéral et vitaminé (AMV “5-25-5”). Pendant le mois qui précède le vêlage, l’augmentation de la proportion de foin restreint les apports énergétiques et azotés. L’hypothèse d’une cétose, avec une production de lait trop riche en corps gras, est avancée.

Conduite d’élevage

La première moitié des veaux naît en pâture, mais un accès permanent à la stabulation reste possible. De ce fait et pour des raisons pratiques, il n’est pas encore possible de constituer des lots en fonction de l’âge des animaux. Certains veaux consomment du concentré précocement (parfois dès l’âge de dix jours), ce qui peut constituer un facteur de risque (PHOTOS 3A ET 3B) [20].

Statuts métaboliques et oligo-éléments

Des analyses de sang et de lait réalisées chez cinq vaches qui ont vêlé depuis moins de 15 jours montrent un léger déficit en azote soluble (urémies basses), ainsi qu’une tendance à la lipomobilisation chez deux vaches (dosage élevé des acides gras non estérifiés). Chez les veaux, les thyroxinémies restent basses (voir le TABLEAU “Dosages métaboliques et en oligo-éléments en fin de deuxième année”).

Analyse de la ration

La ration apparaît satisfaisante, sauf pendant le mois qui précède le vêlage, durant lequel un déficit en énergie et en azote soluble est avéré (voir le TABLEAU “Analyse de la ration des mères autour du vêlage”, sur planete-vet.com). L’apport en minéraux est correct.

Recherche de la douve

En décembre, sur les conseils du professeur Dorchies de l’ENV de Toulouse, une recherche sérologique de Fasciola hepatica est effectuée sur un mélange de 60 sérums. Elle est positive. Du triclabendazole est administré à toutes les femelles qui n’ont pas encore vêlé. Parmi les 12 veaux qui naissent par la suite, un seul présente un épisode de diarrhée, qui dure moins de 24 heures.

6. Évolution en troisième année

Durant l’été 2004, le bâtiment est à nouveau entièrement vidé et nettoyé, et la vaccination contre les agents classiques de la diarrhée néonatale (Trivacton 6®) est maintenue. La complémentation de l’alimentation des mères en iode et en sélénium est poursuivie, et un traitement systématique au triclabendazole est administré à chaque femelle lors de la rentrée à l’étable.

Des sérologies individuelles à la recherche de la douve sont effectuées en août chez une dizaine de primipares et une dizaine de multipares. Une forte prévalence est mise en évidence, ce qui confirme l’existence d’une infestation précoce. La première vache qui vêle n’a pas reçu de traitement au triclabendazole avant la mise bas en raison d’un manque d’anticipation. Son veau est atteint de diarrhée. Toutes les autres vaches prêtes à vêler sont alors traitées lors de leur entrée en stabulation. À la fin de l’hiver 2004-2005 et lors de l’hiver 2005-2006, aucun cas de diarrhée n’est observé dans l’exploitation.

Les statuts en iode, en sélénium, en zinc et en cuivre sont ensuite contrôlés avant chaque saison de vêlage. Un déficit chronique en iode et en sélénium est mis en évidence. La ration est donc à nouveau supplémentée avec ces deux oligo-éléments.

Discussion

Au fur et à mesure que les facteurs de risque de diarrhées néonatales ont été identifiés et corrigés, une amélioration progressive des manifestations cliniques a été observée, pour aboutir à leur complète disparition (voir les FIGURES “Distribution des naissances, des cas de diarrhées et des morts la première année” et Distribution des naissances, des cas de diarrhées et des morts la troisième année).

1. Alimentation des mères en fin de gestation

La complémentation en iode des mères pendant l’été 2003 n’a pas réduit le nombre de cas de diarrhée. Le taux de morbidité de 56 % après 25 vêlages la deuxième année est semblable au taux de morbidité observé à la fin de la première saison de vêlage. La mortalité est nulle après les 25 premiers vêlages lors des deux saisons. Les diarrhées semblent toutefois moins sévères. L’administration orale d’iode et de sélénium chez les veaux dès leur naissance s’accompagne d’une diminution plus nette du nombre des diarrhées. Le taux de morbidité observé chez les 39 veaux est alors de 36 %. La tendance à la baisse de la morbidité n’est toutefois pas encore significative (test du (2). Elle ne le devient qu’après l’administration de triclabendazole aux mères (voir la figure “Distribution des naissances, des cas de diarrhée et des morts la deuxième année” et le TABLEAU “Effet des différentes corrections sur les diarrhées”).

L’absorption des immunoglobulines chez le veau nouveau-né est diminuée lorsque la concentration sérique en thyroxine est basse [9, a]. Une carence en iode chez la femelle gravide en fin de gestation pourrait donc favoriser un échec de la vaccination contre les entérites néonatales [1, 21]. L’iode est également l’un des composés indispensables au bon fonctionnement de la lactoperoxydase hypo-iodite [21, a], une enzyme aux propriétés anti-infectieuses puissantes contre les virus, les bactéries et les champignons. Différentes expérimentations ont montré son efficacité curative ou préventive chez des veaux infectés expérimentalement avec une souche d’Escherichia coli. Ces études ont également mis en évidence que le nombre de CFU d’Escherichia coli était significativement inférieur chez les veaux traités avec de la lactoperoxydase, comparés aux veaux témoins [19, 22, 26, 27 citées par a]. Dans le cas décrit, la déficience de cette enzyme a pu contribuer à la prolifération bactérienne suspectée chez les veaux diarrhéiques, mais celle-ci peut n’être qu’un artefact dû à une multiplication post-mortem liée à une mauvaise conservation du prélèvement.

Des études ont également montré que la complémentation orale en sélénium des femelles carencées en fin de gestation a des effets positifs sur le transfert de l’immunité colostrale [14, 15, 20, 23, a]. Or, les carences en sélénium perturbent le métabolisme thyroïdien car cet élément est nécessaire au bon fonctionnement de nombreuses enzymes telles que la iodothyronine déiodinase de type 1, qui permet la synthèse de 80 % de la tri-iodothyronine (T3) circulante, à partir de la thyroxine [15]. Une carence en sélénium peut donc favoriser une hypothyroxinémie chez le veau et conduire à une diminution de l’absorption des immunoglobulines [8, 15].

Des restrictions alimentaires énergétiques et azotées en fin de gestation ne semblent pas avoir d’effet négatif sur la concentration en immunoglobulines du colostrum, mais elles provoquent une diminution de l’absorption des immunoglobulines [9, 13, 20]. Cela pourrait être dû à une perturbation de l’épithélium intestinal du veau, dont la maturation est dépendante de la T3 et du cortisol. Chez les veaux nés de mères qui ont subi des restrictions azotée et énergétique, les concentrations sériques en T3 sont significativement plus basses et les concentrations sériques en cortisol significativement plus élevées [9, 13, 20].

2. Giardiose et paromomycine

L’instauration d’un traitement à la paromomycine a permis d’obtenir une atténuation des signes cliniques (guérison rapide après l’administration de réhydratants oraux). Trois cas de diarrhée plus sévère ont toutefois été observés, mais chez des veaux pour lesquels la complémentation orale en iode et en sélénium avait été omise.

Selon diverses observations, Giardia duodenalis serait plutôt un agent opportuniste [8], s’exprimant cliniquement lors de baisse de l’immunité générale. Lors de giardiose, la diarrhée est généralement mucoïde et verdâtre, comme parfois lors de cryptosporidiose. Crytosporidium parvum et Giardia duodenalis provoquent tous deux une atrophie des villosités intestinales [12, 18]. La giardiose se caractérise par une faible mortalité et une forte morbidité [8]. Elle affecte essentiellement les jeunes âgés de deux à six mois, mais la période prépatente n’est que de sept à huit jours et des kystes ont été observés chez des veaux âgés de quatre jours [18]. La contamination a lieu par voie orale par l’intermédiaire de l’eau de boisson [18]. Des études ont également montré le rôle vecteur des mouches [24].

Dans le cas décrit, la mise en place d’un traitement au fenbendazole à la dose de 5 mg/kg/j pendant trois jours, réputé efficace contre ce parasite [18], n’a apporté aucune amélioration clinique. Une nette amélioration a en revanche été constatée lorsque l’éleveur, persuadé d’être confronté à une cryptosporidiose bien que celle-ci n’ait pas été démontrée, a instauré un traitement à la paropromomycine. Cette molécule est assez largement utilisée en prévention de la cryptosporidiose, notamment chez les petits ruminants, même si elle n’est pas disponible en France. La paromomycine est indiquée chez l’homme lors de giardiose clinique chez les patients immunodéprimés et les femmes enceintes [16]. Cet aminoglycoside possède également une action antibactérienne (anticolibacillaire), ce qui n’est pas le cas du fenbendazole.

La paromomycine est efficace contre la cryptosporidiose [12], même chez les veaux atteints de diarrhée. Son action est néanmoins supérieure en prévention [17]. Il est possible que l’amélioration observée soit due à une action de la paromomycine sur l’excrétion des kystes de Giardia duodenalis, selon le même mode d’action [12].

La cryptosporidiose et la giardiose peuvent être confondues cliniquement. Il est donc essentiel de recourir au laboratoire pour confirmer le diagnostic lors de suspicion de cryptosporidiose. L’efficacité supérieure de la paromomycine par rapport à l’halofuginone, constatée parfois lors de cryptosporidiose non confirmée, pourrait être due à des erreurs de diagnostic clinique. Car l’halofuginone n’est pas efficace lors de giardiose prise pour une cryptosporidiose.

3. Influence de Fasciola hepatica

L’administration de triclabendazole chez les mères avant la mise bas a permis de maîtriser la fasciolose. L’influence de la fasciolose est essentiellement zootechnique. Elle provoque des retards de croissance, une baisse de la production laitière et une diminution des performances de reproduction [10]. Elle induit également une “déviation immunitaire ”chez l’hôte, qui pourrait favoriser l’implantation du parasite [6, 25]. La fasciolose, comme toute helminthose, se caractérise par une stimulation précoce des lymphocytes T qui produisent des cytokines de type Th2 (IL4, IL10). À l’inverse, les infections bactériennes et les vaccinations stimulent plutôt les lymphocytes T qui produisent des cytokines de type Th1 (IFN-) [6, 25]. Chez la souris, la présence de Fasciola hepatica diminue l’induction de l’immunité vaccinale [6] ou altère une protection pourtant déjà en place. Dès la deuxième semaine qui suit l’infestation [25], Fasciola hepatica induirait une immuno-dépression par divers mécanismes : la production de protéinases altérant notamment la structure des immunoglobulines [6], la diminution de la production d’IFN-( (voie Th1) et la réduction de la réponse cellulaire (cellules mononucléées hépatiques).

4. Attitude face à un échec vaccinal

La vaccination ne fait pas disparaître les micro-organismes des matières fécales. Le cas décrit correspond cependant à un réel échec vaccinal [3, 4, 5] car le taux de morbidité dépasse les 10 à 15 % et le taux de mortalité est supérieur à 5 % [11]. Il convient alors de déterminer les facteurs de risque qui conduisent à cet échec (voir la FIGURE “Attitude face à un échec vaccinal”) [d]. L’ordre dans lequel les différents facteurs doivent être corrigés reste subjectif. La prise en charge du veau à la naissance (nursing) est l’un des premiers facteurs à examiner [7, c]. Dans le cas décrit, un nursing soigneux a été effectué et les modalités de la prise colostrale ne peuvent être mises en cause. L’évaluation du colostrum aurait toutefois pu être mise en œuvre plus précocement. Des évaluations semi-quantitatives à l’aide de kits des Ig spécifiques contenues dans le colostrum et dans le sang sont désormais proposées (Midland quick test kit whole blood calf/colostrum IgG distribué par NBVC) [c].

L’immunité vaccinale des vaches aurait pu être évaluée (dosage des anticorps spécifiques antirotavirus, par exemple). Elle est parfois proposée par le fabricant du vaccin. Une deuxième injection vaccinale (primovaccination complète de toutes les vaches) aurait pu être envisagée.

Dans l’élevage décrit, les diarrhées semblent dues à plusieurs facteurs (voir l’ENCADRÉ “Facteurs de risque de diarrhée mis en évidence”), mais il est difficile d’établir leur hiérarchie. La maîtrise de certains d’entre eux a toutefois permis d’atténuer puis d’éliminer les diarrhées néonatales.

  • (1) Non disponible en France.

Facteurs de risque de diarrhée mis en évidence

Facteurs immunitaires : défaut de transfert de l’immunité colostrale.

Facteurs alimentaires : carence en iode, restrictions azotée et énergétique des mères dans le mois qui précède le vêlage.

Facteurs zootechniques : absence d’allotement des veaux.

Facteurs parasitaires : Giardia duodenalis et surtout Fasciola hepatica.

Points forts

Une carence en iode chez la femelle gravide en fin de gestation pourrait favoriser un échec de la vaccination contre les entérites néonatales.

La complémentation orale en sélénium des femelles carencées en fin de gestation a des effets positifs sur le transfert de l’immunité colostrale.

Des restrictions alimentaires énergétiques et azotées en fin de gestation ne semblent pas avoir d’effet négatif sur la concentration en immunoglobulines du colostrum, mais elles provoquent une diminution de l’absorption des immunoglobulines.

Giardia duodenalis serait plutôt un agent opportuniste [8], s’exprimant cliniquement lors de baisse de l’immunité générale. La giardiose se caractérise par une faible mortalité et une forte morbidité.

Dès la deuxième semaine qui suit l’infestation [25], Fasciola hepatica induirait une immunodépression par divers mécanismes.

Remerciements à Philippe Dorchies (ENV de Toulouse) et à Pascal Lebreton (NBVC).

PHOTO 1. La diarrhée est glaireuse et grisâtre.

Distribution des naissances, des cas de diarrhées et des morts la première année

La première année correspond à une approche “curative” du problème de diarrhées. La mortalité est forte, surtout en fin de saison de vêlage. Les premières investigations sont menées en fin de saison.

Distribution des naissances, des cas de diarrhées et des morts la deuxième année

La deuxième année correspond à une approche “préventive” du problème. Il n’est plus observé de mortalité après la complémentation en iode des mères. La complémentation systématique en iode et en sélénium des veaux a permis de diviser par deux la prévalence. Les veaux nés en semaines 13 et 14 n’ont pas reçu d’iode ni de sélénium et ce sont eux qui ont présenté des diarrhées plus sévères en semaine 15. L’usage de la paromomycine contre la giardiose n’a pas diminué la prévalence, mais a permis de maîtriser les diarrhées en moins de deux jours. Le triclabendazole a permis une maîtrise complète de l’affection.

Distribution des naissances, des cas de diarrhées et des morts la troisième année

La troisième saison confirme que l’affection est maîtrisée. Seul le premier veau est atteint de diarrhées. Sa mère est la seule à ne pas avoir reçu de traitement au triclabendazole avant la mise bas.

Attitude face à un échec vaccinal

D’après [3].

PHOTO 2. La stabulation est désinfectée entre deux saisons de vêlage.

PHOTO 3A. En l’absence d’allotement, certains veaux consomment du concentré précocement.

PHOTO 3B. En l’absence d’allotement, certains veaux consomment du concentré précocement.

Bilans sanguins des vaches après le vêlage

Les glycémies et les urémies obtenues évoquent un état d’acidose subclinique et/ou un manque d’azote soluble dans la ration. Les dosages de la gluthation-peroxydase sont normaux, mais les thyroxinémies sont basses.

Électrophorèses des protéines chez deux veaux âgés de dix jours la première année

Les résultats témoignent d’une hypogammaglobulinémie (minimum : 10 et objectif : 15, selon les normes de la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe).

Dosages de l’iode dans l’urine chez des femelles complémentées

Les résultats obtenus ne sont pas satisfaisants : deux animaux sont encore fortement carencés (normes NBVC).

Électrophorèses des protéines chez des veaux la deuxième année

Une hypogammaglobulinémie généralisée est à nouveau mise en évidence.

Dosages métaboliques et en oligo-éléments en fin de deuxième année

Les résultats montrent un léger déficit en azote soluble (urémies basses), ainsi qu’une tendance à la lipomobilisation chez deux vaches (AGNE élévés). Les thyroxinémies sont faibles chez les veaux.

Effet des différentes corrections sur les diarrhées

I : Orodine®; Se : Orosel®.