Le point Vétérinaire n° 263 du 01/03/2006
 

HEPATITE AIGUË CHEZ LE CHIEN

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Claude Desfontis

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENV Nantes

Le traitement de première intention d’une hépatite chez le chien est fondé sur l’administration d’un antibiotique, d’un hépatoprotecteur et d'une ration hyperdigestible.

Un chien de race caniche pesant 10 kg est présenté à la consultation pour des vomissements, un abattement et une perte d’appétit. Les examens complémentaires (prise de sang et biopsie hépatique) révèlent une augmentation des phosphatases alcalines et des transaminases, ainsi qu’une hépatite. Un traitement est mis en place qui associe Stomorgyl® et Zentonil® à des mesures diététiques appropriées.

Zentonil® 200 mg : Soutenir le métabolisme hépatique

Zentonil® 200 contient 200 mg de méthionine sous forme de S-adénosyl-méthionine par comprimé. Il contribuerait au soutien de la fonction hépatique. Il s’agit d’un aliment complémentaire diététique et non d’un médicament. Il ne possède donc pas d’AMM et n’apporte pas la preuve d’une efficacité thérapeutique de type hépatoprotectrice.

L’amélioration du métabolisme de l’ammoniac peut théoriquement être obtenue par la correction des déséquilibres en acides aminés essentiels de la ration alimentaire. Cependant, l’usage de la méthionine doit être prudent car il peut s’avérer dangereux lors d’encéphalose hépatique. En effet, la méthionine, en excès dans la ration alimentaire, est convertie par les bactéries intestinales en mercaptan, agent neurotoxique impliqué dans l’encéphalose hépatique.

Diététique : Une ration hautement digestible

En agissant sur la flore intestinale et en minimisant la production d’ammoniac, la diététique constitue une facette complémentaire mais primordiale de la gestion de l'animal atteint d'insuffisance hépatique. La ration doit être hautement digestible et majoritairement absorbée dans l’intestin grêle, ce qui évite le surplus protéique, donc l’hyperammoniémie. La diététique a pour objectif de maintenir l’équilibre azoté, de fournir des acides aminés pour la régénération hépatique, de minimiser les pertes musculaires, d’optimiser la fonction cellulaire et de prévenir ou de réduire les complications telle que l’encéphalose hépatique. La ration idéale doit satisfaire les besoins nutritionnels et énergétiques, présenter une appétence maximale. L’apport calorique doit être suffisant (80 à 100 kcal/kg/j). L’apport protéique est qualitativement contrôlé et quantitativement normal ou réduit. L’apport en lipides est réduit, en particulier pour les lipides riches en acides gras à courte chaîne. Il convient également de veiller à partager la ration journalière en plusieurs petites portions réparties sur la journée. Dans certains cas, il convient de mettre en place une alimentation assistée.

Les vomissements incoercibles peuvent être contrôlés par le métoclopramide (Primpérid®). Des solutions isotoniques, comme le NaCl 0,9 %,en perfusion intraveineuse, permettent de corriger les troubles hydro-électrolytiques, en particulier la déshydratation extracellulaire.

Stomorgyl® : Éviter la spiramycine

Stomorgyl® contient de la spiramycine, un antibiotique du groupe des macrolides, et du métronidazole, un antibiotique du groupe des nitro-imidazoles. La spiramycine possède un spectre antibactérien étroit dirigé essentiellement contre les bactéries à Gram positif. Elle s’élimine principalement par voie biliaire sous la forme de conjugués qui subissent un cycle entéro-hépatique, ce qui contre-indique son emploi lors d’atteinte hépatique. D’une manière générale, les tétracyclines, les sulfonamides et les macrolides doivent être évités lors d’atteinte hépatique en raison de leur hépatotoxicité potentielle. En revanche, les antibiotiques à large spectretels les bêta-lactamines, le métronidazole et les fluoroquinolones sont recommandés.

Le métronidazole présente un spectre d’activité dirigé notam­mentcontrelesbactéries capables de coloniser le foie par voie rétrograde via la veine porte (bactéries anaérobies à Gram positif et négatif). Toutefois, dans les deux spécialités phar­maceutiques vétérinaires, le métronidazole est associé à la spiramycine. Il est donc préférable d’envisager un traitement antibiotique en prescrivant, soit une spécialité pharmaceutique vétérinaire à base de bêta-lactamines ou de fluoroquinolones, soit une spécialité pharmaceutique humaine à base de métronidazole (Flagyl®) administrée à raison de 40 mg/kg/j en deuxprisesquotidiennes pendant dix à quinze jours.

Lors de signes nerveux liés à une encéphalose hépatique, la flore microbienne et le pH colique sont contrôlés en associant une thérapeutique diététique à des antibiotiques non résorbables par voie orale comme les amino­sides (néo­mycine, kanamycine).