Le point Vétérinaire n° 262 du 01/01/2006
 

VERMIFUGATION ÉQUINE

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Éric Vandaële

4 square de Tourville, 44470 Carquefou

Chez le cheval, le rapport bénéfice/risque de la doramectine par voie intramusculaire est moins étayé que celui des pâtes orales d’ivermectine.

Le propriétaire d’un centre équestre sollicite son vétérinaire pour obtenir les vermifuges pour sa cinquantaine d’équidés. Il souhaite utiliser une formulation injectable endectocide, principalement pour des raisons économiques.

Dectomax® Injectable : La doramectine n'est pas enregistrée chez les chevaux.

La doramectine (Dectomax®) est une avermectine. Dans aucun pays du monde, elle n’a été enregistrée chez les équidés. Elle est commercialisée en solutions injectables à 1 % (bovins, ovins et porcins) ou pour-on (bovins). En Europe, des LMR (limites maximales de résidus) sont fixées dans les viandes et les abats de ces trois espèces, ce qui permet son emploi « hors AMM » chez les équidés, avec un temps d’attente forfaitaire minimal de 28 jours. Le temps d’attente fixé ici de 60 jours tient compte de la longue persistance de la doramectine dans les tissus des animaux traités.

Des études comparatives de pharmacocinétique entre l’ivermectine, la doramectine et la moxidectine, ainsi que des essais cliniques sur la doramectine (à 0,2 mg/kg par voie orale ou intramusculaire) ont été réalisés. Les profils pharmacocinétiques chez les chevaux ne montrent pas de différences marquées entre les deux avermectines administrées par voie orale.

Les études en coproscopie montrent l’efficacité de la doramectine, par voie orale ou intramusculaire, dans la réduction d’excrétion des œufs de strongles, y compris de petits strongles : de 100 % ou proche de 100 % comme celle de l’ivermectine. En outre, les praticiens qui utilisent la doramectine rapportent une « efficacité clinique » indéniable.

Toutefois, ces données ne satisfont pas aux exigences « AMM » et ne constituent donc pas une démonstration suffisante de l’efficacité.

Concernant l’innocuité, l’Afssa vient de publier les rapports de la Commission de pharmacovigilance sur les endectocides chez les chevaux. Cette commission a préconisé un « un feu rouge » sur l’usage “hors AMM” de toutes ces molécules chez les chevaux. Le rapport n’apporte toutefois aucune précision sur la doramectine : il n’est même pas précisé si un seul cas d’effet indésirable a été rapporté avec cette avermectine. Sur les onze cas mortels recensés depuis 1997 à la suite de l’administration d’avermectines orales (quatre cas) ou injectables (sept cas), la relation de causalité entre le traitement et la mort n’a jamais été imputée comme probable, mais seulement comme possible dans un seul cas (probablement à la suite d’une injection intraveineuse). En fait, il est rapporté depuis au moins vingt ans des accidents graves de type anaphylactique, voire immédiatement mortels, après une injection intraveineuse. Lors d’administration intramusculaire ou sous-cutanée, des réactions, parfois graves, d’intolérance locales liées à l’excipient, peuvent survenir dans les 24 heures. « Les avis des scientifiques et des praticiens sont convergents pour considérer qu’une spécialité est mieux tolérée localement » indique la Commission, sans préciser s’il s’agit de Dectomax®. Enfin, aucun cas de toxicité ou d’intolérance à la doramectine n’a pour le moment été publié chez les chevaux.

Législation : Quels risques avec la doramectine chez les chevaux ?

L’ordonnance présentée est en infraction avec la réglementation sur la cascade du « hors AMM » (article L. 5143-5 du Code de la santé). Elle ne pourrait être justifiée qu’en l’« absence de médicament approprié indiqué chez les chevaux ».

Le débat peut porter sur le coût “approprié” d’un vermifuge équin (entre 20 et 35 € TTC par seringue en dectocide) lorsqu’il s’agit d’une collectivité d’une cinquantaine de chevaux, voire plus. La plupart des acteurs de la santé animale s’accorderaient sans doute pour considérer que le coût d’une ou de cinquante seringues n’est pas un coût « excessif » qui empêche les chevaux d’être correctement vermifugés. C’est plutôt le différentiel de prix, d’un facteur cinq à six, qui constitue le facteur « attractif » des endectocides injectables.

Que risque alors l’auteur de cette ordonnance ? Sur le plan pénal, en théorie rien car les infractions à la cascade ne sont plus sanctionnées depuis fin 2001. Néanmoins, un inspecteur pourrait le poursuivre sur une autre infraction associée, par exemple la prescription sans l’examen clinique préalable. En outre, des confrères mécontents de cette concurrence déloyale pourraient engager des poursuites disciplinaires devant l’Ordre.

Le risque civil n’est pas négligeable si le club hippique n’est pas satisfait. Si un effet indésirable, même a priori non imputable au médicament (avortement, colique, etc.), survient après le traitement, le vétérinaire pourrait être présumé fautif. Ce serait donc à lui d’apporter la preuve que le traitement n’est pas à l’origine de l’effet indésirable. S’il avait utilisé les seringues appropriées, cela serait à son client d’en apporter la preuve.