Le point Vétérinaire n° 262 du 01/01/2006
 

DIARRHÉE VIRALE BOVINE-MALADIE DES MUQUEUSES (BVD-MD)

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Béatrice Bouquet

42, place du Grand-Marché
80100 Abbeville

La lutte collective contre la BVD diffère selon les régions. Une garantie “non IPI” a été instaurée dans l’Ouest, sur laquelle s’appuie désormais un code national des échanges.

La France ne dispose pas actuellement d’un système uniforme sur tout le territoire en matière de lutte collective contre la BVD. Cette diversité des méthodes de lutte correspond à des contextes d’élevage variés : maîtrise collective de la circulation virale dans le Grand Ouest, maîtrise des cas cliniques en Limousin ou encore protection vaccinale décidée individuellement en Bourgogne. Lors des Journées de la buiatrie à Paris, le 23 novembre dernier, un état des lieux a été dressé sur les avancées en matière de gestion sanitaire de la BVD.

Protocole de recherche des IPI

En Bretagne, les fichiers de bovins garantis “non infectés permanents immunotolérants” (“non IPI”) ont été mis en place en 2001 dans le cadre d’une maîtrise collective de la maladie à l’échelon régional. Les IPI ont été recherchés selon un protocole fixe. Cette garantie figure désormais sur les documents d’accompagnement des bovins sous forme d’étiquettes individuelles. Elle est valable “à vie” car un animal ne devient IPI que par contamination transplacentaire. Elle protège l’acheteur d’un bovin du risque d’introduire un animal excréteur permanent du virus mais asymptomatique donc susceptible d’infecter son troupeau. Cette protection à l’achat complète le programme mis en place dans les élevages bretons en vue de dépister et d’éliminer les IPI. La participation au fichier est une démarche volontaire à laquelle 95 % des éleveurs adhèrent actuellement, sachant qu’ils s’y engagent automatiquement à travers leur adhésion au groupement de défense sanitaire (GDS). Cette mesure pourrait prendre un caractère obligatoire par la mise en place d’un arrêté préfectoral.

L’idée d’une lutte sanitaire collective fondée sur la garantie “non IPI” est née du constat d’inefficacité relative des plans de lutte individuels mis en place au début des années 1990 : l’incidence annuelle de la maladie s’élevait à 3 % des élevages et 10 % des cheptels nouvellement contaminés tous les ans étaient préalablement assainis. À la fin des années 1990, une étude préliminaire s’inspirant du modèle développé par les pays nordiques a convaincu les représentants sanitaires des éleveurs bretons. Le coût de la BVD est diversement apprécié. Un chiffre moyen de 11 € par 1 000 litres de lait est avancé (selon les travaux de Christine Fourichon en 2001 à l’ENV de Nantes). Actuellement, le coût de l’action mise en place en Bretagne est de 1,5 € par animal et par an pour le GDS et autant pour l’éleveur.

Le projet a fait des émules. Depuis peu, la région des Pays de la Loire a également entrepris une action fondée sur la connaissance du statut sérologique des troupeaux. Des mesures de prévention sont proposées à chaque éleveur. La méthode porte ses fruits puisqu’en septembre 2005, en Bretagne, 54 % des élevages ont accédé au niveau A (séroprévalence nulle). Ce pourcentage est en hausse par rapport à 2004 et seulement 18 % des élevages sont classés de niveau D (chiffre en baisse). Les chiffres sont significativement différents de ceux de 2001 (41 % de niveau A et 33 % de niveau D).

Pas fiable à 100 %

Il y a plusieurs façons d’obtenir la garantie “non IPI” : à l’aide de critères directs qui font appel à des analyses individuelles ou de mélange (voir le TABLEAU “Différentes modalités d’accession directe à la garantie “non IPI” en Bretagne”) ou de critères indirects fondés sur l’appartenance à un troupeau ou à un lot certifié. Aucun test n’est cependant fiable à 100 %. « Des animaux IPI peuvent figurer dans le fichier, mais cela est un événement rare », insiste Alain Joly du GDS Morbihan. Les limites du fichier sont connues. Par exemple, il n’existe pas de garantie sur les embryons et la possibilité de virémie transitoire n’est pas non plus prise en compte.

Des procédures de contrôle permettent de détecter les bovins IPI entrés par erreur dans le fichier. Depuis la mise en place de celui-ci, aucun bovin dans la catégorie “commercialisé” ne s’est révélé classé par erreur dans la catégorie “non IPI”. Environ dix anomalies par an ont été prévues. Or, depuis deux ans, seulement huit sont survenues au total (il s’agissait toujours de bovins séronégatifs dans des lots séronégatifs, identifiés à la faveur d’émergence de cas cliniques dans l’élevage). La moitié des bovins bretons sont actuellement garantis et le taux est de 60 % lorsque seuls les animaux commercialisés sont pris en compte. L’objectif à atteindre est de 80 %. À l’avenir, les concepteurs du fichier espèrent « mieux coller à la réalité pour les veaux de huit jours ». Un nouveau critère d’accession individuel au statut “non IPI” est à l’étude : « né de bovin séronégatif », ainsi que des caractères de circulation virale (absence, suspectée ou avérée).

Le fichier s’appuie sur des moyens humains importants. Alain Joly souligne le rôle essentiel du binôme technicien-vétérinaire. Les techniciens du GDS rendent visite aux praticiens tous les six mois pour faire le point sur la situation sanitaire de chaque élevage vis-à-vis de la BVD. La région de la Bretagne est majoritairement laitière, mais la garantie “non IPI” est également accessible aux cheptels allaitants. Ces derniers doivent, pour y prétendre, réaliser des prises de sang annuelles sur les lots 24 à 36 et 36 à 48 mois. Dans le Grand Ouest, le recours vaccinal est ainsi « limité à quelques élevages en situation à risque ». Toutefois, l’intérêt des vaccins “protection fœtale” mériterait d’être évalué, selon Alain Joly.

Manque d’arguments en allaitant

La Bretagne constitue un cas à part pour la BVD, car le reste de la France en est resté au stade des plans de lutte individuels et facultatifs. Certaines régions engagent néanmoins des réflexions sur la faisabilité du passage à une lutte plus collective contre la BVD, par exemple la Bourgogne, comme l'explique Étienne Petit, de la Fédération régionale des GDS (FRGDS). En 2003, un état des lieux de l’infection BVD des troupeaux a été dressé. L’obstacle majeur pour l’éradication de la BVD en Bourgogne est le risque lié aux contaminations de voisinage. Chaque élevage serait, par les pâtures, contigu à sept (et jusqu’à 40) cheptels voisins… Le statut immunitaire vis-à-vis de la BVD varie donc à l’intérieur d’un même troupeau et le risque de contamination est difficilement maîtrisable. La Bourgogne en reste donc à une lutte axée sur la maîtrise de l’expression clinique par la vaccination dans les élevages exposés, assortie de mesures debiosécurité dans les cheptels isolés et sensibles, qui ont intérêt à se prémunir d’une éventuelle contamination.

En 2004, un observatoire a été mis en place poursuivre la situation. Il vise à valoriser les informations disponibles « à moindre coût ». Il s’est fixé pour principal objectif de récolter davantage de données économiques par la remontée d’informations en provenance des GDS, des laboratoires, des vétérinaires praticiens et par la mise en place d’études et d’enquêtes sérologiques. En 2003, d’après des sérologies sur un millier d’échantillons de sang prélevés chez des génisses âgées d’environ un an, il a été établi qu’un bovin sur sept en Bourgogne a été en contact avec le virus au cours de sa première année de vie. Les premières données révèlent une certaine disparité au sein de la région. Ainsi, la circulation virale paraît peu intense (10 % des jeunes bovins sont séropositifs) dans la zone centrale (Z1) de la Bourgogne, qui correspond à des élevages traditionnels de type naisseur, alors que la zone sud (Z2), dans laquelle l’élevage est plus intensif, connaît une circulation virale plus forte (19 %). La situation des élevages laitiers de l’Yonne se distingue égale ment de celle des autres départements bourguignons, car 70 % des laits de tank de ce département sont séronégatifs, contre 30 à 35 % dans les autres. Les raisons de cette différence mériteraient d’être recherchées à l’aide d’enquêtes de terrain sur les pratiques d’élevage (vaccination, introductions, etc.).

Le passage à une prophylaxie sanitaire n’est pas exclu, explique Étienne Petit, mais davantage d’arguments économiques seraient nécessaires et ceux-ci ne sont pas faciles à établir. Actuellement, en Bourgogne, moins de vingt élevages par an font appel à la “caisse coup dur” des GDS en raison d’une infection BVD et 44 % des éleveurs déclarent vacciner leurs génisses, 33 % toutes leurs vaches. Les éleveurs ont recours à une politique vaccinale individuelle parce que le coût moyen d’un vaccin par animal est de 4 €, alors que le coût moyen annuel lors d’expression clinique de maladie a été estimé à 11 € par vache, selon une étude menée par l’Association pour la certification en santé animale (ACerSA) en 2000. Ces données méritent cependant d’être affinées et adaptées aux systèmes d’élevage allaitant. Une étude technico-économique impliquant l’Institut de l’élevage et l’École vétérinaire de Nantes est en cours.

Actuellement, les organisations sanitaires des éleveurs se sont fixées d’autres priorités, notamment la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), mais aussi les zoonoses et la gestion du médicament en élevage. La question des avoir si la Bourgogne se dirigera vers une élimination médico-sanitaire de la BVD ou si elle continuera à “vivre avec” reste ouverte, selon Étienne Petit. Son choix dépendra de l’analyse technico-économique et des priorités fixées par les éleveurs.

Un code des échanges

Dans ces conditions, le code des échanges proposé par la Fédération nationale des GDS bovins (FNGDSB) depuis novembre 2004 offre une possibilité de maintenir des relations commerciales compatibles avec les différentes stratégies, puisqu’il s’agit de garantir l’absence d’IPI chez les bovins échangés. Le code s’appuie sur la notion de “maximum (sanitaire) éligible” selon Hervé Petit de la FNGDSB : la garantie “non IPI” est demandée pour les bovins qui seront échangés entre régions ou qui participeront à des concours, mais pas à tous les bovins d’une région. Les critères utilisés pour le code des échanges diffèrent légèrement, surtout pour les collectifs (voir le TABLEAU complémentaire sur Planete-vet). En Bourgogne, cette garantie concerne essentiellement les animaux à haute valeur génétique et les quatre GDS se sont engagés dans ce schéma. À l’échelon national, les 39 départements engagés dans cette démarche recensés en septembre 2005 ont été rejoints à la fin de l’année par la Seine-Maritime, le Calvados, l’Aisne, l’Eure et la Vendée (voir la FIGURE “Départements engagés dans le code national des échanges”). Il convient toutefois d’admettre les limites de cet outil, en raison de l’existence de virémies transitoires, de veaux de vaches achetées gestantes, de la qualité des tests et de la contamination de certains élevages en dehors des échanges commerciaux. Déjà, les critères du code des échanges BVD ont été acceptés pour les bovins qui participent au concours général agricole (Salon de l’agriculture à Paris notamment).

L’impact éventuel du code sur l’incidence de la maladie (donc l’intérêt du code comme outil de lutte proprement dit) est à évaluer à plus long terme.

Départements engagés dans le code national des échanges

Départements engagés. Quarante-quatre départements sont engagés dans cette démarche.

Différentes modalités d’accession directe à la garantie “non IPI” en Bretagne

Il existe aussi des critères indirects. Par exemple, les génisses laitières nées sur l’exploitation, issues de troupeaux classés super-A (quatre statuts A consécutifs) et âgées de plus de 18 mois au moment du dernier résultat négatif sur le lait de tank sont garanties.