Le point Vétérinaire n° 261 du 01/12/2005
 

NOUVEAUX ANIMAUX DE COMPAGNIE

Se former

COURS

par Danielle Marien*, Dominique Autier-Dérian**


*50, rue Paul-Lafargue, 69100
Villeurbanne
**20, bd de l’Yzeron, 69600
Oullins

Le furet occupe depuis une trentaine d’années une place au sein des nouveaux animaux de compagnie. Très apprécié pour sa petite taille et son caractère joueur, son comportement spécifique est encore méconnu.

Résumé

Le furet est un animal de compagnie depuis seulement une trentaine d’années. Même si son absence en milieu naturel et le manque d’études sur cette espèce en font un animal méconnu, certains aspects comportementaux identifiés méritent d’être pris en compte par le vétérinaire. De nombreuses particularités physiologiques et comportementales le différencient des autres carnivores domestiques. Les besoins énergétiques du furet sont élevés et son alimentation est fractionnée. Le furet dort jusqu’à dix-huit heures par jour. Éveillé, il présente en revanche une activité intense, caractérisée par des comportements exploratoires et ludiques exacerbés, même chez l’adulte. Les agressions par morsures ne comportent qu’exceptionnellement une phase de menace. Ces spécificités requièrent un aménagement particulier de l’espace et une grande disponibilité des propriétaires.

En France, le furet est peu représenté parmi les carnivores de compagnie. Ce n’est pas le cas en Amérique du Nord, où il est courant dans les foyers. Initialement domestiqué pour la chasse, tour à tour utilisé pour la recherche et la production de fourrure, le furet est un animal de compagnie depuis seulement une trentaine d’années (voir l’ENCADRÉ “Éléments de zoologie”). Son absence en milieu naturel, le mode de vie imposé par l’homme et le manque d’études sur cette espèce rendent difficile l’identification d’une véritable structure sociale. Pourtant, certains aspects comportementaux sont bien connus et méritent d’être considérés par le vétérinaire praticien. Ce premier article présente les dominantes comportementales du furet. Un second article des mêmes auteurs(1) s’attachera à présenter les différents troubles comportementaux fréquemment décrits chez cet animal en consultation.

Développement

Les furetons sont très peu développés à la naissance. Ils ne mesurent alors que 5 cm. Comme chez les autres carnivores, le développement comporte plusieurs étapes (voir le TABLEAU “Paramètres de développement des jeunes”) [3].

• Au cours de la période prénatale, les manipulations douces dans la dernière semaine de gestation peuvent favoriser la socialisation du fureton à l’homme.

• La période néonatale est comprise entre la naissance et l’âge de trois semaines. Les furetons passent l’essentiel de leur temps à dormir et à manger. La miction et la défécation ne sont pas spontanées et doivent être provoquées par le léchage de la mère. Ils apprennent à la reconnaître et s’attachent à elle au cours de cette phase par le phénomène dit de “l’imprégnation” [8].

• La période de transition, à l’âge de trois à quatre semaines, correspond à l’acquisition progressive de la vision puis de l’audition. Les furetons ouvrent les paupières entre le vingt-quatrième et le trentième jour. L’audition est acquise entre le trente-neuvième et le quarante-deuxième jour [8]. Le fureton commence à quitter le nid, à interagir avec les autres furetons de la portée et à manger une nourriture solide à partir du vingt et unième jour [8] et ce, dès ce changement alimentaire, la mère cesse de le lécher. Il quitte alors le nid pour faire ses besoins à l’extérieur et, progressivement, se met à utiliser le site d’élimination de sa mère, ce qui correspond à l’acquisition de la propreté.

• La période de socialisation primaire se situe entre trois et huit semaines. Le jeu apparaît (PHOTO 1). Associé au comportement de mimétisme, il permet de nombreux apprentissages, notamment celui de la morsure inhibée. Sous l’effet d’une morsure trop forte dans les jeux, le fureton “couine” et la mère intervient pour apprendre au jeune à contrôler sa mâchoire. Cet apprentissage est rarement parfait à l’adoption. Vers l’âge de sept semaines, le fureton découvre la peur. Cette période de socialisation primaire est donc déterminante pour le comportement du futur adulte [3].

• La période de socialisation secondaire ou “juvénile”,à l’âge de huit à douze semaines, correspond au perfectionnement des compétences acquises lors des périodes précédentes [3]

• La période dite de la “crise d’adolescence” débute vers l’âge de quatre à cinq mois. Le fureton remet en question ses apprentissages, mordille, se manifeste bruyamment à la moindre opposition. Cette période dure deux à trois mois. Des propositions de jeux et de sorties supplémentaires lui permettent de mieux se réguler pendant cette période. La punition est alors mal acceptée [3].

Le meilleur moment pour l’adoption se situe au cours de la période de socialisation secondaire entre huit et dix semaines. Ce délai peut être plus long (jusqu’à seize semaines) selon le milieu dans lequel le fureton a été maintenu.

Les premières semaines de la vie du furet sont capitales pour l’identification, le développement psychomoteur et l’acquisition de la communication intraspécifique. Pendant cette période, le rôle de la mère est capital. Le milieu doit être riche en objets, jeux, sons, et odeurs. C’est aussi dans cette phase que doit avoir lieu la socialisation interspécifique [3]. La communication tactile est essentielle chez le furet. Les manipulations postnatales peuvent commencer dès la naissance (un simple toucher). Puis il est nécessaire que leur nombre et leur durée s’accroissent, notamment à partir de la troisième semaine. Elles améliorent la qualité de la socialisation à l’homme et favorisent les apprentissages, en particulier ceux de la propreté et de la morsure inhibée. Les gestes du propriétaire doivent être francs et directs. Il convient de les doser et de toujours éviter la brutalité, qui renforce généralement l’agressivité.

Aptitudes et particularités spécifiques

1. Alimentation et comportement dipsique

Le furet est un carnivore strict qui présente quelques particularités alimentaires. Le tube digestif, et en particulier le gros intestin, est court et doté d’une microflore intestinale pauvre. Un transit rapide, de trois heures chez l’adulte, laisse peu de temps pour la digestion enzymatique et bactérienne, ainsi que pour l’absorption des nutriments. Le furet a impérativement besoin d’un aliment hautement digestible, riche en protéines et en lipides, pauvre en fibres et en glucides complexes [2]. Ses besoins énergétiques sont élevés (trois fois ceux d’un chien de même poids). Ils sont couverts par un aliment très concentré, distribué ad libitum, tel que des croquettes pour chatons ou pour furets.

Le furet consomme de nombreux petits repas, neuf ou dix par jour [12], ce qui permet un rendement digestif optimal et une couverture satisfaisante des besoins. Il aime transporter sa nourriture dans des cachettes, et la consomme aussitôt ou plus tardivement.

La prise d’eau est parfois simultanément accompagnée d’un mouvement de grattage de la surface de l’eau : on dit aussi que le furet “barbote”.

2. Comportement d’élimination

Le furet défèque et urine généralement dans les angles des pièces (PHOTO 2). Plus l’espace est grand, plus l’animal multiplie les sites de déjection. En raison de la brièveté du transit digestif, le furet défèque de quatre à dix fois par jour : en général dans le quart d'heure qui suit le réveil, soit avant, soit après chaque repas et pendant ou après une période de jeu [3].

3. Comportement de toilettage

Pour se toiletter, le furet se gratte avec les pattes arrière, se lèche ou s’épouille avec les dents. Ce comportement a plutôt lieu avant l’endormissement ou au réveil.

4. Sommeil

Un furet dort entre seize et dix-huit heures par jour [15] (PHOTO 3), par périodes plus ou moins longues séparées de phases d’éveil, de préférence enfoui dans un linge ou dans un lieu abrité et sombre. Le sommeil peut être si profond que les fréquences cardiaque et respiratoire sont ralenties, les muscles totalement relâchés. Il est très difficile de sortir le furet de ce sommeil qui mime un coma, même en le secouant. Il régule souvent son sommeil sur le rythme de son propriétaire et selon la saison. L’été, il est plus actif le matin et le soir et dort une bonne partie du jour.

5. Comportement locomoteur

Le furet utilise plusieurs modes de locomotion : la marche, la course, la nage et le saut. Pour franchir un obstacle, il peut bondir jusqu’à 70 cm en hauteur et 1 m en longueur. Il se déplace avec aisance dans des couloirs très étroits, où il peut faire demi-tour grâce à une particularité anatomique de son artère brachiocéphalique. Celle-ci a un trajet médian tout au long de la trachée et se divise seulement à l’entrée de la poitrine, permettant ainsi une irrigation cérébrale efficace même lorsqu’il tourne la tête à 180° [5]. Cette aptitude a d’ailleurs autrefois été mise à profit par EDF pour faire passer des câbles dans des galeries étroites et tortueuses.

6. Comportement exploratoire

Un furet en liberté explore très activement son environnement. En milieu fermé, il parcourt d’abord rapidement tout l’espace en reniflant. Puis il explore horizontalement et enfin verticalement l’espace. Le furet est, pour cette raison, particulièrement sujet aux accidents domestiques ou aux chutes. Tant qu’il n’a pas exploré tout l’espace mis à sa disposition, un furet n’interagit pas ou peu avec son entourage intra- ou interspécifique. Les furets mordent et mangent volontiers certaines matières telles que la mousse, l’éponge, le caoutchouc, le plastique ou le savon, ce qui engendre fréquemment des occlusions. À l’extérieur, le furet n’aime pas évoluer à découvert (PHOTO 4). Il longe les murs qu’il rencontre et cherche à s’abriter.

7. Comportement agonistique

Le furet exprime son agressivité par la morsure. Elle se déroule généralement selon trois séquences :

- directe sans phase de menace, tenue et sans apaisement ;

- directe sans phase de menace, unique, non tenue ;

- directe sans phase de menace, non tenue, répétée ;

La menace (feulement, beaucoup plus discret que chez le chat), si elle existe, est exceptionnellement suivie de morsure.

On peut distinguer plusieurs types d’agressions, classés par ordre de fréquence :

- l’agression par peur est observée lorsque le furet est surpris ou stressé par un environnement qu’il ne connaît pas. La morsure est généralement franche et sans apaisement ;

- l’agression par irritation est déclenchée lors de douleur, de frustration, de contrainte physique. Elle est plutôt brève et éventuellement répétée si la cause persiste ;

- l’agression par attraction de certaines zones corporelles de l’homme (les articulations des membres, les pieds et les mains) est manifestée même par des furets parfaitement éduqués. La morsure est généralement soutenue et sans apaisement. Il est vraisemblable que ce comportement soit motivé par la présence d’odeurs dont la composition serait proche de celles sécrétées dans la région du cou des furets [3] ;

- les agressions territoriale et maternelle sont des comportements de protection. Lors de l’affrontement, le furet qui agresse attrape son congénère par la peau du cou et le secoue énergiquement. Ce comportement est associé à des cris stridents, à des soufflements, à une vidange des glandes anales, à un hérissement des poils de la queue, voire à des émissions d’urine et de selles ;

- l’agression prédatrice, en particulier contre le lapin, les rongeurs, les oiseaux. Le furet est un prédateur. Il poursuit sa proie, l’attrape, la mord dans la région du cou. Généralement, la morsure est instantanée et mortelle ;

- l’agression hiérarchique. Dans un groupe de furets, il est difficile de mettre en évidence des prérogatives pour l’accès à la nourriture ou à la sexualité, pour la gestion de l’espace ou celle des interactions entre individus. Mais les groupes constitués d’animaux non stérilisés sont rares, les reproducteurs sont généralement isolés, les observations sont donc incomplètes.

8. Comportement de jeu

Le jeu est une activité essentielle chez le furet.

L’appel au jeu s’accompagne généralement de vocalises (gloussements) et la séquence commence par un appel qui peut s’effectuer de deux façons :

- une morsure brève suivie d’une fuite ;

- des bonds avec le dos arqué, la bouche ouverte, des mouvements vifs de la tête et une fuite rapide à reculons.

Si le jeu a lieu avec des congénères, il est constitué de courses poursuites, de “parties de cache-cache” et de simulations de combats. Les échanges paraissent violents, s’accompagnent de morsures et parfois de cris.

Le jeu solitaire s’effectue avec des objets (balles à grelots, sacs en plastique, jouets en caoutchouc, cartons) ou consiste en des courses dans des tuyaux.

9. Comportement sexuel

Comportement du mâle

La maturité sexuelle du mâle se manifeste par la descente des testicules dans le scrotum et l’augmentation de leur taille. Pendant la période de rut, de fin décembre à fin juillet, le mâle a un comportement d’exploration et de marquage exacerbé [8]. Il harcèle les autres animaux et son propriétaire, recherche des caresses et peut mordre plus fréquemment (la région du poignet en particulier). Il attrape ses congénères mâles stérilisés ou femelles par la peau du cou et les chevauche. Il ne tolère pas la présence d’un autre mâle entier.

Comportement de la femelle

L’activité sexuelle de la femelle est différée de deux mois par rapport à celle du mâle et s’étend de début mars à août. Ce décalage semble nécessaire à la maturation de la semence du mâle. L’activité sexuelle de la femelle est marquée par un œdème de la vulve et la présence d’un écoulement séromuqueux [8]. Pendant l’œstrus, la femelle devient irritable, dort et mange moins. Elle est généralement plus active pendant cette période [1] et s’intéresse davantage au mâle qu’elle refuse tant qu’elle n’est pas prête pour l’accouplement [13].

Accouplement

Les partenaires se reconnaissent grâce à des signaux olfactifs. Ces signaux proviennent directement de l’animal ou du marquage qu’il laisse sur le sol et les objets. Il s’agit le plus souvent de marquage urinaire, de sécrétions vaginales et d’excréments mêlés à des sécrétions des glandes anales.

L’accouplement est bruyant et violent. Il peut durer de moins d’une heure à trois heures [8]. La femelle sort de la séance épuisée, son cou est meurtri et présente des plaies laissées par les dents du mâle. Il est préférable de les séparer en dehors des périodes de saillie. Idéalement, la femelle est présentée au mâle deux fois, à vingt-quatre heures d’intervalle.

10. Comportement maternel

Modifications comportementales de la femelle gestante

Lorsque la femelle est gestante, son comportement vis-à-vis du mâle change dans les trois ou quatre jours qui suivent la saillie fécondante. Elle refuse les avances du mâle qui montre aussi moins d’intérêt à son égard [20]. Elle devient plus calme, dort plus et devient plus affectueuse vis-à-vis des autres femelles ou mâles stérilisés, et de son propriétaire. L’appétit augmente au bout d’une semaine de gestation environ [13]. Elle peut devenir irritable et difficilement manipulable la semaine qui précède la mise bas et il est recommandé de la séparer du mâle. La durée de la gestation est de quarante-deux jours (+/- deux jours) (voir le TABLEAU “Physiologie de la reproduction”).

Comportement de la mère

Après la mise bas, la furette est en état d’alerte permanent. Il convient de la placer dans un endroit calme. L’idéal est de l’installer dans un nid couvert et isolé. Elle peut déplacer sa portée pour choisir elle-même un autre endroit. Une mère trop anxieuse peut négliger les soins maternels et devenir agressive envers ses petits.

Comportement de pseudo-gestation

L’ovulation est provoquée par le coït. Une saillie non fécondante interrompt les chaleurs et entraîne des modifications hormonales à l’origine d’un état de pseudo-gestation. Chez la furette, le placenta ne produit pas de progestérone. Les corps jaunes ovariens sécrètent cette hormone pendant toute la durée de la gestation [1]. Les modifications physiques et comportementales observées sont identiques à celles d’une gestation. À la date qui correspondrait à la mise bas, la femelle se comporte vis-à-vis de son propriétaire, de ses congénères ou d’un objet de substitution (peluche) comme elle le ferait avec ses furetons. Elle cherche à les ramener dans son nid, les lèche, les suit en permanence. Ce comportement dure environ une à deux semaines. Il est interrompu par un retour en chaleurs ou s’arrête spontanément. Ce phénomène est également décrit après l’administration de progestatifs ou d’hormone choriono-gonadotrophique pendant les chaleurs.

11. Vision et communication visuelle

Comme la plupart des mammifères, le furet est myope, mais il perçoit parfaitement les mouvements. Il voit des objets placés à moins de 50 cm, en particulier s’ils sont en mouvement [11, 21].

Le furet utilise toute une gamme de signaux visuels pour communiquer avec ses congénères [3].

• Dans la posture amicale (PHOTO 5), le furet se met sur un flanc, les membres postérieurs sont détendus et les membres antérieurs légèrement repliés. Ce comportement est observé lorsque deux furets se rencontrent ou au cours d’un jeu, à l’approche du propriétaire.

• Dans la posture de repos (PHOTO 6), le furet arrête toute activité en s’aplatissant brusquement et complètement sur le sol, entre deux séquences de jeu, en décubitus sternal. Cette halte est souvent de courte durée (quelques secondes) et le jeu reprend aussitôt.

• Dans la posture d’invitation au jeu (PHOTO 7), qui est en fait un enchaînement de postures, le furet fait de petits bonds avec le dos arqué. Il se tient la tête haute avec la bouche ouverte et secoue la tête en tous sens. Il réagit à la moindre stimulation, saute, recule à toute vitesse.

• Dans la posture d’attaque (PHOTO 8), un furet menacé hérisse les poils de son corps et de sa queue pour se rendre plus imposant.

• Dans la posture de demande (PHOTO 9), dite “du chandelier”, le furet se dresse sur ses pattes arrière.

Le furet peut également remuer la queue lorsqu’il est très excité par le jeu.

12. Odorat et communication olfactive

Le système olfactif du furet est très développé. La communication olfactive semble importante chez cette espèce. Le furet dépose des odeurs dans son environnement. Il marque son territoire avec ses urines, ses selles, ses sécrétions génitales, celles des sacs anaux, des glandes sébacées au niveau de la face, des commissures des lèvres, de l’entrée des conduits auditifs et des glandes sudoripares de ses coussinets plantaires [4]. La source d’odeur la plus caractéristique chez le furet est celle des glandes anales, dont le contenu acide et visqueux peut être excrété durant les périodes de stress (peur, conflits, douleur), mais aussi sous l’effet d’une émotion positive (réveil, caresses) [3].

Plutôt caractéristique des animaux jeunes et émotifs, le “lâché” (appelé aussi “déglandage”) reste occasionnel chez l’adulte. Bien que pestilentielle, l’odeur est très volatile, et il suffit d’aérer quelques minutes pour la faire disparaître. Il est important de rappeler que l’odeur corporelle du furet est due à la production des glandes sébacées réparties sur l’ensemble du corps et non aux sacs anaux. L’ablation chirurgicale de ces derniers n’a donc aucune influence sur l’odeur du furet et a été récemment interdite en France, d’après le décret du 11 mai 2004. En revanche, la stérilisation atténue l’odeur de l’animal [3, 16, 19]. L’absence des glandes anales ne semble pas influer sur les interactions sociales.

13. Audition et communication auditive

Un furet adulte répond à des stimuli variant de 4 à 15 kHz [14] (à titre comparatif, les stimuli audibles par le chat varient de 0,055 à 79 kHz et de 0,067 à 44 kHz chez le chien [10]).

Le furet possède un vaste répertoire vocal qui reflète son état émotionnel et lui permet une communication avec ses congénères. Quatre signaux acoustiques sont facilement identifiables [3].

• Le caquètement, communément appelé “pout pout”, ressemble au bruit de la poule. C’est le son le plus couramment utilisé par le furet ; il exprime une émotion positive lors de la découverte d’un objet, de la rencontre avec un congénère ou lors du jeu. Pendant la période de reproduction, le mâle l’utilise avec une intensité plus forte et de façon plus rythmée. La femelle maternante caquète lors des interactions avec ses furetons.

• Le feulement ou chuintement ressemble au souffle du chat. Ce son monotone avec une inflexion à la fin exprime une émotion négative : sans doute une protestation ou de l’impatience. Il provoque l’arrêt de l’interaction avec un congénère.

• Le cri d’alerte, rare mais très impressionnant, traduit la peur, l’agression, la surprise. C’est un cri bref, aigu et perçant qui approche les 150 décibels.

• La plainte se traduit par des gémissements. Elle fait suite à la morsure d’un congénère, à une punition du propriétaire ou à une contention par la peau du cou. Elle est émise surtout par les jeunes. Ce son a une fonction d’apaisement. Il n’est pas associé à une posture particulière.

Conditions optimales d’entretien

1. Types d’hébergement

Les types d’hébergement les plus souvent rencontrés sont les suivants :

• Le clapier ou cage à lapins, destiné aux animaux vivant à l’extérieur, est l’hébergement le plus répandu pour le furet de chasse. Les animaux sont généralement maintenus en groupe sur une litière de foin.

• La cage est nécessaire pour le furet de compagnie, lorsqu’on ne peut pas lui offrir un espace totalement sécurisé. Pour les individus qui disposent d’un accès quotidien à l’extérieur de la cage, une cage d’au moins 60 x 100 x 60 cm3 pour un furet, et 0,5 m2 au sol de plus par furet supplémentaire [6] est préconisée. Une cage divisée en plusieurs étages est préférable et permet de sectoriser les zones d’activité : repos, alimentation, élimination et jeux. La cage doit être aérée, solide, et disposer d’un système de fermeture robuste puisque les furets peuvent apprendre à ouvrir la plupart des fermetures.

• La semi-liberté, sous forme d’un accès à l’extérieur de la cage, est nécessaire au moins quatre heures par jour pour répondre aux besoins d’exploration et de jeu.

• La liberté totale, même si elle réclame un aménagement de l’habitat du propriétaire en raison du comportement exploratoire exacerbé de cet animal, se révèle être une solution très confortable pour l’animal et la plus adaptée à ses besoins.

2. Structuration du milieu

Le milieu mis à disposition de l’animal doit permettre l’expression de tous les comportements spécifiques du furet.

• Alimentation : les gamelles doivent être lourdes et solides sous peine d’être renversées.

• Comportement dipsique : le biberon est une solution intéressante pour la distribution d’eau, en plus d’un abreuvoir.

• Élimination : la quantité de litière à mettre à disposition est fonction de la taille de l’espace et non du nombre de furets. Tous les individus utilisent les mêmes litières. Il peut s’agir de bacs à chat ou de simples journaux. Les litières se posent dans les coins des pièces ou des cages.

• Repos : les hamacs sont particulièrement appréciés (PHOTO 10), des linges doivent également être mis à disposition, car le furet s’y enfouit pour dormir.

• Jeu : on peut proposer des balles à grelots, des tunnels en plastique (ou, à défaut, de simples jambes de pantalon), des jouets pour chat.

• Comportement de “retrait dans une niche” : pour qu’il puisse exprimer ce comportement, il est conseillé de proposer à l’animal des boîtes, des cartons, des paniers pour chat, etc.

3. Conditions d’ambiance

Les températures optimales varient de 15 à 21 °C [17]. Les jeunes ne peuvent pas survivre en dessous de ces valeurs. Le degré d’hygrométrie idéal est de 40 à 65 % [17]. Une ventilation minimale est nécessaire, tout en évitant les courants d’air [7].

Les conditions d’éclairement sont essentielles à prendre en compte pour tous les furets, quel que soit l’âge, et plus particulièrement pour les reproducteurs. La photopériode joue un rôle dans l’induction des chaleurs chez la femelle et du rut chez le mâle. Elle a également une influence sur les mues qui ont lieu deux fois par an, au printemps, et à l’automne, chez tous les individus. Il est vraisemblable qu’un éclairement excessif soit un facteur déclenchant de certaines affections hormonales telles que les tumeurs des glandes surrénales [9]. Pour un adulte en dehors des périodes de reproduction, un rythme d’éclairement de douze heures est conseillé [7].

Le furet est un animal de compagnie que le vétérinaire oublie souvent de conseiller à ses clients. Sa petite taille et son caractère joueur en font pourtant un compagnon très appréciable. L’accueillir nécessite un aménagement particulier de l’espace et de la disponibilité, afin d’entretenir une communication inter-spécifique de qualité. Celle-ci se met en place grâce à des jeux et à de nombreuses manipulations. Comme pour les autres carnivores, les premières semaines de vie conditionnent le comportement futur de l’animal. Quel que soit le milieu d’où il provient, particulier, élevage, ou animalerie, le jeune furet mord les premiers jours de son arrivée dans un nouveau foyer. Il faut le laisser se familiariser avec son nouvel environnement avant de commencer les manœuvres d’éducation. n

  • (1) Voir l’article des mêmes auteurs “Consultation comportementale du furet” dans le prochain numéro du Point Vétérinaire.

Éléments de zoologie

Le furet (Mustela putorius furo) est un petit carnivore de la famille des mustélidés qui vit de cinq à dix ans. Il y a deux mille ans, les Romains le domestiquent pour la chasse au lapin. Depuis, il est au contact de l’homme. Il a été utilisé pour la chasse, la recherche (virus de la grippe) et la production de fourrure. Ce n’est que depuis une trentaine d’années qu’il est utilisé comme animal de compagnie [6]. Il n’existe pas à l’état sauvage, sauf en Nouvelle-Zélande où il s’agit d’une adaptation secondaire. Le furet est-il une sous-espèce domestique du putois d’Europe ou une espèce distincte ? Cette question a été longtemps débattue. Des découvertes récentes de chercheurs japonais [18] permettent d’accréditer une hypothèse émise par le Dr Cabrera et certains zoologues français selon laquelle le furet serait issu de la domestication du putois de Berbérie (Mustela putorius berberii), originaire d’Afrique du Nord. Ce dernier appartient à une branche nord-africaine du putois européen, qui aurait divergé de la branche européenne vers la fin du pléistocène moyen (il y a trois cent quarante mille ans) lors de son immigration dans le nord de l’Afrique. Le putois de Berbérie a disparu dans les années 1950. Voir aussi le site Internet : http ://furo.chez.tiscali.fr

Points forts

La socialisation du furet s’effectue lorsque l’animal est âgé de six à douze semaines.

La meilleure période pour l’adoption se situe entre huit et dix semaines.

Le jeu et l’activité exploratoire sont fondamentaux chez le furet.

Le furet dort environ seize heures par jour, réparties en plusieurs courtes périodes.

Les besoins énergétiques du furet sont élevés et représentent trois fois ceux d’un chien de même poids.

Les conditions d’éclairement sont essentielles à prendre en compte, pour tous les furets et quel que soit l’âge de l’animal. Pour un adulte en dehors des périodes de reproduction, un rythme d’éclairement de douze heures est conseillé.

L’ablation chirurgicale des sacs anaux n’a aucune influence sur l’odeur du furet. Elle a été récemment interdite en France.

Le milieu mis à disposition de l’animal doit permettre l’expression de tous les comportements spécifiques du furet.

Internet

Cornu Olivier. Un furet en ville http ://furo.chez.tiscali.fr

Marien Danielle. www.club-furet.org

  • 1 - Baum MJ. Use of the ferret in reproductive neuroendocrinology. In : Fox JG. Biology and Diseases of the Ferret. Lippincott Williams et Wilkins, Philadelphia. 1998:521-535.
  • 2 - Bell J. Ferret nutrition. Vet. Clin. North Am. Exotic Anim. Pract. 1999;2:169-192.
  • 3 - Blancher C. Le fureton, de la conception à la puberté. Thèse de doctorat vétérinaire, Lyon. Thèse n° 150. 2003:171p.
  • 4 - Boyce SW, Zingg BM, Lightfoot TL. Behavior of Mustela putorius furo. Vet. Clin. North Am. Exotic Anim Pract. 2001 4(3):697-711.
  • 5 - Evans, HE, Nguyen Quoc A. Anatomy of the ferret. In Fox JG. Biology and Diseases of the Ferret. Second Edition. Lippincott Williams et Wilkins, Philadelphia. 1998:19-69.
  • 6 - Fayoux I. Entretien et pathologie médicale du furet domestique comme nouvel animal de compagnie. Thèse de doctorat vétérinaire, Nantes. 1999:192p.
  • 7 - Fox JG. Housing and Management. In Fox JG. Biology and diseases of the ferret. Second Edition. Lippincott Williams et Wilkins, Philadelphia. 1998:173-210.
  • 8 - Fox JG, Bell JA. Growth, Reproduction, and Breeding. In Fox JG. Biology and diseases of the ferret. Second Edition. Lippincott Williams et Wilkins, Philadelphia. 1998:211-227.
  • 9 - Fox JG, Marini RP. Diseases of the endocrine system. In Fox JG. Biology and diseases of the ferret. Second Edition. Lippincott Williams et Wilkins. 1998:291-305.
  • 10 - Heffner HE. Auditory awareness. Applied Animal Behaviour Sciences. 1998;57:259-268.
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  • 15 - Paradis M. Vous et vos furets. Les Éditions de l’homme, Québec. 1989:117p.
  • 16 - Quinton JF. Nouveaux animaux de compagnie. Petits mammifères. Masson, Paris. 2003:222p.
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  • 19 - Tremblay M. Le furet. Le Jour ed.Québec. 2000:149p.
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  • 21 - Whary MT, Andrews PLR. Physiology of the ferret. In : Fox JG. Biology and Diseases of the Ferret. Lippincott Williams et Wilkins, Philadelphia. 1998:103-148.

PHOTO 1. Le jeu apparaît lors de la période de socialisation primaire qui se situe entre trois et huit semaines.

PHOTO 10. La structuration du milieu permet l’expression spécifique du comportement du furet. Les hamacs sont des structures de repos adaptées.

PHOTO 2. Le furet défèque et urine généralement dans les angles des pièces.

PHOTO 3. Le furet dort environ seize heures par jour, réparties en plusieurs courtes périodes.

PHOTO 4. Un furet en liberté explore très activement son environnement. À l’extérieur, le furet n’aime pas évoluer à découvert : il longe les murs et reste dans des zones abritées.

PHOTO 5. Dans la posture amicale, le furet se met sur un flanc, les pattes arrière détendues, les pattes avant sont légèrement repliées.

PHOTO 6. Dans la posture de repos, le furet arrête toute activité en s’aplatissant complètement et brusquement sur le sol, entre deux séquences de jeu, en décubitus sternal.

PHOTO 7. Dans la posture d’invitation au jeu, qui est en fait un enchaînement de postures, le furet se tient la tête haute avec la bouche ouverte et secoue la tête en tous sens..

PHOTO 8. Dans la posture d’attaque, le furet menacé hérisse les poils de son corps et de sa queue pour se rendre plus imposant.

PHOTO 9. Dans la posture de demande dite “du chandelier”, le furet se dresse sur ses pattes arrière.

Paramètres de développement des jeunes

Physiologie de la reproduction