Le point Vétérinaire n° 261 du 01/12/2005
 

GESTE DE BASE EN MÉDECINE PORCINE

Pratiquer

EN IMAGES

Patrick Pommier

Centre technique des productions animales et agro-alimentaires (CTPA),
Zoopôle développement, Rond-point du Zoopôle. BP 7, 22440 Ploufragan

La ponction de la veine cave antérieure est la technique la plus fiable chez le porc. Des accidents rares mais mortels peuvent toutefois survenir.

La prise de sang est le prélèvement le plus souvent effectué chez le porc, en raison de sa facilité et de l’intérêt des informations qu’il peut apporter. Plusieurs catégories de recherches peuvent en effet être entreprises : hématologiques, biochimiques, bactériologiques, virologiques, parasitologiques, etc. En pratique, ce type de prélèvement est essentiellement utilisé pour des recherches d’anticorps contre des virus (maladie d’Aujeszky, grippes, syndrome dysgénésique et respiratoire porcin, coronavirus respiratoire porcin, parvovirus, etc.), des mycoplasmes (Mycoplasma hyopneumoniae) ou des bactéries (Actinobacillus pleuropneumoniae, etc.).

Les prélèvements peuvent être isolés (détection de la contamination d’un cheptel, détermination d’un profil sérologique) ou répétés à quelques semaines d’intervalle chez les mêmes animaux, afin d’étudier la cinétique des anticorps.

Plusieurs méthodes de prélèvement ont été proposées, comme la ponction de la veine auriculaire ou la ponction, voire la section, de la veine caudale. Les quantités de sang ainsi recueillies sont toutefois généralement faibles et ces techniques soulèvent des difficultés d’asepsie. La méthode la plus pratique et la plus fiable est la ponction de la veine cave antérieure ou celle de la veine jugulaire qui la prolonge.

Les accidents sont rares, mais ils peuvent être mortels. Une lésion du nerf phrénique provoque ainsi une réaction spectaculaire, une à deux minutes plus tard : l’animal fait quelques bonds frénétiques puis tombe en décubitus latéral et présente une détresse respiratoire. L’issue est généralement fatale en quelques minutes. Pour limiter ce risque, le côté droit est préféré pour la ponction, car le nerf vague assure à droite une moindre innervation du cœur et du diaphragme. Une déchirure de la veine peut, en outre, entraîner une hémorragie incoercible et la mort de l’animal. Ces accidents sont plus fréquents chez les jeunes animaux, en raison de la fragilité des vaisseaux et de leur proximité avec les nerfs.

En savoir plus

- Brown C. Une méthode de prélèvements de sang chez le porc par ponction de la veine thoracique interne. Point Vét. 1979;9(44):453-454.

- Gautier S. Contribution à l’étude des techniques de prises de sang chez le porc. 1979. Thèse Doctorat Vét. Alfort : 41 pages.

- Straw BE, Meuten DJ, Thacker DJ. Physical Examination. In : Diseases of Swine. 8th ed. Ed. Traw BE, D’Allaire S, Mengeling W et coll. Iowa State Univ. Press. 1999:3-18.

Remerciements : Alassane Keïta et Éric Pagot (CTPA)

1 Matériel Un lasso, métallique ou en corde, est nécessaire pour assurer la contention des porcs charcutiers ou des truies. Le matériel inclut des aiguilles, des tubes sous vide et un porte-tube. L’utilisation d’un casque antibruit est fortement recommandée, en particulier lors de prélèvements chez des reproducteurs.

2 Aiguilles La taille des aiguilles varie selon le format des animaux prélevés. Pour les porcs charcutiers, des aiguilles de 1,2 x 25 mm conviennent en post-sevrage et en début d’engraissement. En fin d’engraissement, des aiguilles 1,2 x 40 mm sont utilisées, comme chez les truies (voire des aiguilles plus longues pour les truies grasses). Pour les porcelets non sevrés, des aiguilles de 0,9 x 25 mm suffisent.

3 Contention avec un lasso métallique La contention est assurée par un assistant (en général l’éleveur). La boucle du lasso est passée autour de la mâchoire supérieure et poussée le plus en arrière possible (derrière les canines). Le lasso est ensuite serré et tiré vers l’avant. Le porc “tire au renard” et s’immobilise. Il convient de veiller à le maintenir debout, les pattes légèrement écartées, la tête levée et le cou dans l’axe du corps.

4 Contention avec un lasso en corde L’utilisation d’un lasso en corde (ici en nylon tressé de 6 mm de diamètre) permet de réaliser le prélèvement, même en l’absence d’un assistant. Le principe est le même qu’avec un lasso métallique, mais l’extrémité libre de la corde est fixée à un point d’attache. En confectionnant le nœud coulant, un chef d’une dizaine de centimètres est laissé, sur lequel il est possible de tirer pour libérer l’animal (car le lasso est en général très serré autour de la mâchoire).

5 Site de ponction Chez le porc charcutier, la ponction est effectuée dans la gouttière jugulaire (droite de préférence), au niveau de la pointe de l’épaule, à l’endroit le plus creux de la gouttière jugulaire. Toute palpation est inutile, la veine étant plus profonde que chez les bovins.

6 Ponction L’aiguille, montée sur le porte-tube, est enfoncée perpendiculairement à la peau et presque parallèlement au plan médian de l’animal, avec une légère orientation vers la trachée. L’écoulement de sang (goutte-à-goutte ou en jet) est fréquent mais non systématique. Le tube est enfoncé dans le porte-tube. L’absence d’écoulement sanguin signifie que l’aiguille n’est pas enfoncée à la bonne profondeur (il convient donc de pousser ou à l’inverse de tirer progressivement le porte-tube) ou est mal orientée. Dans ce cas, l’aiguille peut être ressortie seulement partiellement pour la réorienter, généralement en la dirigeant un peu plus vers la trachée, puis elle est à nouveau enfoncée. Il convient de ne jamais réorienter l’aiguille sans l’avoir tirée auparavant (risque de déchirure de la veine). Tant que l’aiguille n’est pas entièrement sortie de la peau, il est possible de laisser le tube enfoncé dans le porte-tube : le vide se maintient. Une fois le prélèvement effectué, le tube et l’aiguille sont retirés. Si l’écoulement sanguin persiste ou si un hématome se forme, une pression est exercée pendant quelques secondes sur le site de ponction. L’écoulement de quelques gouttes de sang ou l’apparition d’un petit hématome est sans conséquences.

7 Cas des reproducteurs Chez la truie (ou chez le verrat), le site et la technique de ponction sont identiques à ceux qui sont décrits pour le porc charcutier. Compte tenu du poids de ces animaux, donc du risque de traumatisme pour l’opérateur, la contention revêt toutefois une importance particulière.

8 Contention du porcelet La contention d’un porcelet non ou récemment sevré nécessite l’aide d’un assistant. Celui-ci place l’animal en décubitus dorsal et lui maintient les pattes vers le haut et l’arrière. L’opérateur tient fermement le nez de l’animal de sa main libre (la gauche, s’il est droitier), de façon à ce que le cou soit tendu et dans l’axe du corps.

9 Ponction sanguine chez le porcelet La ponction sanguine peut être effectuée dans la veine jugulaire externe. Celle-ci étant fine et assez superficielle, l’aiguille est enfoncée presque parallèlement à la peau, et non perpendiculairement comme chez le porc charcutier ou chez la truie. Une autre possibilité est de ponctionner la veine cave antérieure. L’aiguille (qui peut être plus longue : 0,9 x 40 »mm) est alors enfoncée dans la dépression voisine de la pointe du sternum et dirigée avec précaution vers la pointe de l’épaule opposée.