Le point Vétérinaire n° 261 du 01/12/2005
 

LES ANTIBIOTIQUES, CE N’EST PLUS AUTOMATIQUE DEPUIS 2001

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

4, square de Tourville
44470 Carquefou

En productions animales, la consommation d’antibiotiques chute depuis trois ans. Elle est stationnaire en canine. La filière avicole offre un bilan plus contrasté.

La réduction de la consommation d’antibiotiques est une tendance lourde en médecine humaine. La campagne médiatique “Les antibiotiques, c’est pas automatique” a fait reculer la consommation d’antibiotiques humains de 12,8 % en trois ans. La baisse du nombre de prescriptions a été de 7,6 % la première année, 2,7 % la deuxième et 3,7 % la troisième, si l’on en croit les chiffres de l’Assurance maladie.

Cette campagne n’est pas, semble-t-il, sans effet sur la consommation d’antibiotiques vétérinaires, du moins en productions animales (voir la FIGURE “Évolution de la consommation des antibiotiques humains et vétérinaires”). Celles-ci absorbent plus de 98 % d’un tonnage d’environ 1 250 tonnes (consommation totale d’antibiotiques vétérinaires par an), alors que les seize millions de chiens et de chats en ont consommé à peine vingt tonnes en 2003, selon le rapport de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV-Afssa) sur les consommations d’antibiotiques comme médicaments vétérinaires entre 1999 et 2003 (additifs exclus).

Neuf antibiotiques oraux pour un injectable

Selon l’enquête de l’Afssa, le tonnage vendu d’antibiotiques vétérinaires (toutes espèces et toutes voies confondues) atteint 1 261 tonnes en 2003 (voir le TABLEAU “Chiffres clés de la consommation d’antibiotiques en 2003”). Il est en diminution de 2,7 % par rapport à 2002, et de 9,1 % par rapport au “sommet” atteint en 2000. Sans surprise, la voie orale est de loin la plus employée en médecine vétérinaire : elle représente 86,83 % du tonnage d’antibiotiques vendu, soit 1 098 tonnes en 2003 (voir le TABLEAU complémentaire “Quantités d’antibiotiques consommées en France en 2003, sous forme de médicaments vétérinaires selon les voies d’administration” sur planete-vet.com). La voie orale est aussi certainement la plus susceptible de sélectionner des antibiorésistances dans la flore digestive. La voie parentérale représente 11,66 % du tonnage (soit 150 tonnes). Les voies intra-mammaire et externes ne constituent respectivement que 0,92 et 0,42 % du tonnage.

Cheptels en diminution, antibiothérapie en baisse

Trois éléments complémentaires peuvent expliquer cette baisse de la consommation d’antibiotiques.

1. La population et les productions animales stagnent ou s'amenuisent. La production totale de viande (en tonnes) a diminué en France de 5,1 % depuis 1999. Dans le même temps, la consommation d’antibiotiques des productions animales a régressé de 4,3 %.

2. Ramené à l’individu ou à la tonne de viande produite, les productions bovines, porcines et aquacoles consomment moins d’antibiotiques en 2003 qu’en 1999. Chez les bovins (veaux inclus), la diminution atteint près de10 %par individu. Chez les volailles en revanche, la baisse marquée des quantités d’antibiotiques vendus ne correspond pas totalement à la forte diminution de la production. En effet, l’interdiction d’antibiotiques ou d’additifs indispensables, notamment contre l’histomonose de la dinde, a conduit à traiter davantage certaines volailles par des antibiotiques.

Les poids plume remplacent-ils les poids lourds ?

3. L’augmentation de la prescription des antibiotiques récents (fluoroquinolones, céphalosporines), employés à des doses environ dix fois plus faibles que les poids lourds (tétracyclines, sulfamides), euxenchute, peut-elle expliquer la diminution globale des quantités d’antibiotiques consommées ? Non, car la forte croissance des antibiotiques les plus nouveaux – les céphalosporines (+ 24 %) et les fluoroquinolones (+ 10 %) – ne représentent qu’une consommation supplémentaire de trois tonnes. Ces deux “poids plumes” de l’antibiothérapie ne pèsent pas plus de 1 % du tonnage global à eux deux (12 tonnes sur 1 261). La chute de 120 tonnes des antibiotiques plus anciens résulte donc davantage d’une baisse de l’antibiothérapie que d’une substitution.

La croissance des céphalosporines, dont les animaux de compagnie sont les princi-paux consommateurs (61 %, probablement de céfalexine), est observée surtout chez le chat (+ 120 % à 0,28 tonne) et le chien (+ 35 % à 4,48 tonnes). La consommation des céphalosporines est aussi en forte augmentation chez les porcins (+ 43 % à 1,1 tonne). Elle est stable chez les bovins (1,9 tonne).

La percée des fluoroquinolones chez les bovins

Les progressions des fluoroquinolones depuis 1999 sont élevées chez les bovins (+145 %, 1,1 tonne) et les chiens (+ 76 %, 440 kg). Elles le sont moins chez les porcins (+ 35 %, 1,1 tonne). À l’inverse, chez les volailles, la consommation des fluoroquinolones ne progresse pas mais régresse : - 4 % depuis 1999, - 15 % depuis l’an 2000. Les volailles restent néanmoins la filière la plus consommatrice de fluoroquinolones : 1,6 tonnes.

Quatre poids lourds de l’antibiothérapie

Les quatre familles poids lourds (> 100 tonnes), les tétracyclines, les sulfamides (+ triméthoprime), les pénicillines et les macrolides, représentent 85 % du tonnage.

Les tétracyclines, avec plus de 600 tonnes, sont même dans la catégorie des super-lourds. Elles représentent à elles seules près de la moitié du tonnage. Les porcins en sont les plus grands consommateurs (534 tonnes en 2003) avec une chute accusée depuis 2001 seulement (- 8,8 %). Les tétracyclines connaissent depuis plus longtemps une forte diminution chez les volailles (- 20 % depuis 1999, 38 tonnes) et les lapins (- 60 %, 1,5 tonne). La consommation est en revanche stable chez les bovins (les veaux surtout) : 31 tonnes en 1999 et en 2003. Les sulfamides et le triméthoprime pèsent aussi fortement dans l’antibiothérapie vétérinaire avec des consommations à 97 % par voie orale, de respectivement 208,01 et 32,50 tonnes. Les sulfamides, et à un moindre degré le triméthoprime, sont en forte baisse depuis cinq ans dans toutes les productions : de - 17 % chez les volailles à - 40 % chez les lapins.

Les macrolides remplacent les macrolides

Autre poids lourd de l’antibiothérapie orale, les macrolides ont beaucoup progressé entre 1999 et 2002 (+ 42 %) particulièrement chez les porcs et les volailles. Cette augmentation est sans doute corrélée à l’interdiction en 1998 de deux macrolides comme additifs de l’alimentation animale (la spiramycine et la tylosine) en raison d’un report vers les macrolides en tant que médicaments vétérinaires administrés par voie orale. L’année2003est marquée par un recul (6,4 %) de la consommation des macrolides.

Les porcs : premiers consommateurs

La filière porcine est de loin la première consommatrice d’antibiotiques, en tonnage global, par individu et par tonne produite. Toutefois, la clef de répartition entre espèces, choisie par l’Afssa pour les antibiotiques multi-espèces, conduit probablement à surestimer d’un quart à un tiers les quantités d’antibiotiques consommées par les porcs (plusde80 %du tonnage total selon l’Afssa), au détriment des autres espèces, en particulier des espèces dites mineures. Entre 1999 et 2001, les consommations d’antibiotiques se sont encore accrues dans cette filière, en particulier pour les macrolides et apparentés. L’Afssa explique cette hausse par l’interdiction des macrolides comme additifs dans l’alimentation animale.

En 2002 et 2003 cependant, un recul de la consommation porcine d’antibiotiques est observé pour la quasi-totalité des classes, sauf pour les fluoroquinolones et les céphalosporines, qui ne représentent à elles deux que 0,2 % des quantités d’antibiotiques consommées chez les porcins.

“Un antibiotique ne s’use que si l’on s’en sert”. Dans l’analyse des risques d’émergence des antibiorésistances, la surveillance précise de la consommation d’antibiotiques est aussi essentielle pour l’appréciation de l’exposition au risque que la surveillance des antibiorésistances.

Sources :

- Afssa-ANMV. Suivi des ventes de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques en France en 2003. Bilan de cinq années d’enquêtes (1999-2003). Rapport téléchargeable sur le site :

http ://www.anmv.afssa.fr

- Rapports de l’Assurance maladie (http ://www.ameli.fr) : étude intitulée “Évolution de la consommation antibiotique en ville 2002-2005”, par Didier Guilleminot, dans le dossier du 18 octobre 2005 : “des antibiotiques aux médicaments : les français sont-ils prêts à changer de comportement ?”

Évolution de la consommation des antibiotiques humains et vétérinaires

La base 100 correspond à la consommation de l’année 2001, soit en antibiotiques vétérinaires : 1 366 tonnes pour les productions animales (111 tonnes chez les bovins, 1 141 tonnes chez les porcs et 100 tonnes chez les volailles) et 14,76 tonnes pour les animaux de compagnie. La consommation d’antibiotiques humains est mesurée d’après le nombre de traitements prescrits : environ 40 millions pour l’hiver 2001-2002 (base 100 et début de la campagne).

Chiffres clés de la consommation d’antibiotiques en 2003

La filière porcine est la plus consommatrice d’antibiotiques.(1) Un artefact conduit à observer une forte hausse de la consommation antibiotique chez les chiens et les chats (+ 20 à 30 %). Mais, en éliminant cet artefact, la consommation est globalement en légère augmentation ou stagnante, ramenée à l’animal.