Le point Vétérinaire n° 260 du 01/11/2005
 

TRAUMATOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

Se former

COURS

Fréderic Meige*, Geraldine Jourdan**, Patrick Verwaerde***


*Unité pédagogique de chirurgie-
anesthésie-réanimation
Département des sciences
cliniques des animaux
de compagnie de sport et loisirs
ENVT, 23, chemin des Capelles,
31076 Toulouse Cedex

L’évaluation initiale permet d’apprécier la gravité du traumatisme et de détecter des lésions respiratoires, circulatoires et neurologiques. La priorité est d’assurer l’oxygénation et la perfusion tissulaire.

Résumé

L’admission en urgence d’un animal polytraumatisé impose une prise en charge diagnostique et thérapeutique hiérarchisée. La première étape consiste à recueillir rapidement l'anamnèse et les commémoratifs et à repérer les signes de détresses circulatoire, respiratoire et neurologique. Cette première évaluation doit être rapide (cinq minutes), méthodique et systématique, en se conformant à la séquence mnémotechnique recommandée par l’Avanced Life Support Therapy Committee. Des mesures de réanimation adaptées (spécifiques et non spécifiques) sont alors instaurées sans délai. Ces mesures symptomatiques (oxygénothérapie, réanimation liquidienne, analgésie, etc.) permettent de maintenir l’animal en vie et de le stabiliser avant d’envisager toute autre investigation destinée à établir un bilan lésionnel exhaustif.

Le polytraumatisé se définit en médecine humaine comme un blessé qui présente deux ou plusieurs lésions traumatiques graves, périphériques, viscérales ou complexes, qui ont une répercussion respiratoire ou circulatoire [20].

En médecine vétérinaire, les accidents de la voie publique, les défenestrations et les morsures multiples sont les causes les plus fréquentes de polytraumatisme [13]. La prise en charge du polytraumatisé se réalise en deux étapes. La première vise à évaluer et à stabiliser rapidement l’état de l’animal afin de préserver sa vie. La seconde étape consiste à effectuer un examen clinique complet et systématique afin de détecter toutes les lésions susceptibles d’aggraver le pronostic vital ou fonctionnel à court, moyen et long termes.

L’évaluation initiale permet d’apprécier la gravité du traumatisme et de détecter des lésions respiratoires, circulatoires ou neurologiques mettant en jeu le pronostic vital immédiat. L’objectif de cette première étape est de stabiliser l’état de l’animal afin d’assurer une oxygénation et une perfusion tissulaires adéquates : il convient en premier lieu d’assurer une fonction ventilatoire efficace, de stabiliser la fonction circulatoire et de préserver la fonction cérébrale [15]. L’examen clinique complet et les examens complémentaires (radiographies, échographies, etc.) ne sont réalisés qu’après la mise en place de ces mesures thérapeutiques qui permettent la stabilisation de l’animal.

Détection des signes de détresse

Le recueil des commémoratifs et de l’anamnèse doit être précis et concis (en quelques secondes). Il est réalisé de façon concomitante à l’examen clinique initial. Il est en effet essentiel de connaître les circonstances de l’accident, le délai écoulé depuis le traumatisme, l’évolution de l’état de l’animal, l’existence d’hémorragies massives ou de perte de connaissance (voir l’ENCADRÉ “Questions types lors de la réception d’un animal polytraumatisé” et la PHOTO 1). Les circonstances de l’accident peuvent en outre permettre d’évaluer la violence du traumatisme (chute de quelques étages, par exemple, qui nécessite, même sans signe lésionnel évident, d’effectuer une surveillance accrue).

L’évaluation clinique initiale doit être rapide (cinq minutes), méthodique et systématique [6]. Elle est bien codifiée et fait appel à la séquence mnémotechnique du A (Airways), B (Breathing), C (Circulation) et D (neurologic Disability) recommandée par L’Avanced Life Support Therapy Committee (ALSC) [21].

1. A : airways (libération des voies respiratoires supérieures)

La perméabilité des voies aériennes supérieures peut être facilement compromise chez le polytraumatisé (sang, œdèmes, sérosités, caillots, fractures de mâchoires, plaies trachéales, etc.). Si l’animal ne respire pas ou s’il présente des difficultés inspiratoires sévères, il convient de vérifier la perméabilité de ces voies [16].

L’intégrité de la trachée et du larynx est vérifiée par palpation. La bouche est ouverte et la langue est tirée vers l’extérieur, afin de vérifier qu’aucun obstacle n’obstrue le fond de la cavité buccale. Cette manœuvre doit être effectuée avec prudence, en étendant la tête et le cou dans le même plan afin de ne pas aggraver une potentielle lésion cervicale. En cas de doute, lors de dyspnée sévère, une intubation orotrachéale est le moyen le plus sûr d’assurer la perméabilité des voies aériennes : une anesthésie générale est alors nécessaire [32]. Chez un animal en détresse respiratoire majeure, l’intubation orotrachéale précédée d’une anesthésie générale ou non (si l’animal est inconscient) reste le seul moyen pour traiter une telle détresse. Le risque anesthésique associé doit être pris en compte et expliqué au propriétaire afin d’obtenir son consentement éclairé.

2. B : breathing (ventilation et respiration)

Inspection

L’appréciation de la fonction respiratoire commence par l’évaluation visuelle du thorax, du cycle respiratoire, de la fréquence respiratoire et de la couleur des muqueuses. Si l’animal ne respire plus, il convient de vérifier la fonction cardiaque (auscultation, pouls fémoral, temps de remplissage capillaire) et de mettre immédiatement en place les mesures de réanimation adéquates : intubation, oxygénation, ventilation, éventuellement massage cardiaque [19].

Les signes de détresse respiratoire rencontrés chez un animal polytraumatisé incluent une polypnée marquée, un tirage costal, une discordance, une ouverture de la bouche (PHOTO 2), une extension de la tête et du cou, une orthopnée, une cyanose des muqueuses, la présence de plaies thoraciques ou de volets costaux, etc.

La tachypnée peut être notamment liée à une diminution de volume pulmonaire fonctionnel (contusions, hémorragies pulmonaires, etc.), à des douleurs, à une baisse de l’hématocrite, à des troubles acidobasiques.

Une respiration paradoxale peut être le signe d’une lésion de l’espace pleural : pneumothorax, hémothorax, hernie diaphragmatique, etc.

Une bradypnée peut signaler une lésion neurologique centrale.

L’examen de la couleur des muqueuses renseigne sur l’efficacité de l’oxygénation sanguine. La cyanose est toutefois un indicateur d’hypoxie tardif, puisqu’elle correspond à une saturation de 66 % de l’hémoglobine (équivalent à une PaO2 entre 30 et 40 mmHg ; valeurs usuelles : PaO2 > 80 mmHg) [8].

Palpation

La paroi thoracique est palpée à droite et à gauche afin d’évaluer son intégrité : déchirures intercostales, fractures de côtes avec enfoncement, plaies, etc. (PHOTO 3).

La palpation permet de détecter un emphysème sous-cutané, qui peut être le signe d’une lésion de la plèvre pariétale. Un emphysème sous-cutané qui débute à l’entrée de la poitrine suggère plutôt l’existence d’une rupture trachéale ou bronchique ou d’un pneumomédiastin.

Auscultation

L’auscultation pulmonaire bilatérale permet de vérifier que les voies respiratoires sont libres. La présence de bruits pulmonaires ou cardiaques diminués suggère un épanchement pleural ou une hernie diaphragmatique.

À l’inverse, la mise en évidence de zones hypersonores à la percussion douce signe en général un pneumothorax. Le diagnostic d’un pneumothorax sous tension, qui doit être drainé rapidement, peut être établi cliniquement en présence d’une cyanose associée à une distension thoracique, à un tympanisme et à une aggravation rapide de la détresse respiratoire [21].

3. C : circulation (état cardiovasculaire)

L’arrêt cardiaque est immédiatement traité par les méthodes classiques de réanimation cardiorespiratoire [19].

L’évaluation de la perfusion tissulaire repose sur l’appréciation de l’état de vigilance, la couleur des muqueuses, le temps de remplissage capillaire, l’auscultation et la fréquence cardiaques, la prise du pouls fémoral, les températures centrale et périphérique (extrémités froides) et la présence d’hémorragies externes.

L’évaluation cardiovasculaire a pour but de détecter rapidement toute instabilité hémodynamique à l’origine d’un défaut de perfusion tissulaire et d’un état de choc. L’état de choc du polytraumatisé est le résultat en général de plusieurs composantes : composante hypovolémique principalement, composante cardiogénique par tamponnade lors de pneumothorax ou par contusion myocardique, composante vasoplégique lors de trauma neurologique ou lors de décompensation hypovolémique, composante septique lors de plaies perforantes, du tube digestif notamment [17, 18].

Les animaux polytraumatisés présentent ainsi souvent un état de choc hypovolémique [17, d]. L’hypovolémie lors d’un polytraumatisme est liée aux pertes sanguines internes (fractures, hématomes, hémorragies pulmonaires, etc.) et externes (plaies, etc.). Elle peut aussi être liée aux pertes plasmatiques consécutives aux phénomènes inflammatoires multiples (contusions, œdème, etc.) ou à l’apparition d’un troisième secteur (épanchement abdominal : uropéritoine, hémo-abdomen, etc.) [27]. Trois phases sont distinguées lors de choc hypovolémique (voir le TABLEAU “Les différents stades cliniques lors de choc hypovolémique”).

4. D : neurologic disability (état neurologique)

L’état neurologique encéphalique de l’animal doit être rapidement évalué. La plupart des diminutions de vigilance chez le polytraumatisé sont la conséquence d’une hypotension liée au choc hypovolémique [5], mais tout signe clinique qui suggère un traumatisme crânien susceptible d’influencer le choix de la thérapeutique liquidienne et/ou d’assombrir le pronostic doit être identifié rapidement.

L’examen neurologique doit, dans un premier temps, se limiter à l’évaluation de l’état de conscience (éveil, dépression, stupeur ou coma), du diamètre et de la motricité pupillaires (myosis, mydriase, réflexes photomoteurs), de la motricité des globes oculaires (réflexe oculocéphalique, nystagmus) et de l’activité motrice des membres (spasticité et flacidité des membres, opisthotonos, hyperextension des membres). La réalisation d’un score de Glasgow modifié permet d’objectiver un premier pronostic neurologique (voir le TABLEAU “Score de Glasgow modifié”) [22].

Monitorage

Si un monitorage cardiorespiratoire non invasif (électrocardiogramme, oxymétrie de pouls et mesure du taux de CO2 expiré par capnographie, mesure de pression artérielle par Doppler, etc.) est disponible, il est mis en place dès l’admission de l’animal.

L’oxymétrie de pouls, dont la sonde peut être placée sur la langue, les oreilles ou les muqueuses génitales, permet de connaître la fréquence cardiaque et la saturation en oxygène de l’hémoglobine. Elle permet ainsi de détecter précocement une hypoxémie.

Le recours à un monitorage invasif (mesures de pression veineuse centrale, mesure de pression artérielle, etc.) bien qu’utile et précis est souvent limité à des animaux fortement débilités ou hospitalisés dans des structures cliniques spécialisées.

Premières mesures d’urgence

1. Mesures non spécifiques

Oxygénothérapie

Tout animal présenté suite à un polytraumatisme est immédiatement placé sous oxygène. Cette oxygénothérapie peut être réalisée dès la réception de l’animal, grâce à un masque à oxygène ou à une lunette nasale (PHOTOS 4 et 5), et doit être maintenue pendant toute la durée de l’examen clinique initial et du bilan lésionnel.

Réanimation liquidienne

La mise en place d’une voie veineuse est essentielle chez le polytraumatisé hypovolémique. La pose de deux cathéters céphaliques de large diamètre permet d’effectuer un remplissage vasculaire plus efficace lors d’hypovolémie aiguë. L’idéal est, chez les animaux en état de choc hypovolémique sévère, de mettre en place une voie veineuse centrale (cathéter jugulaire).

La pose des cathéters doit respecter les conditions d’antisepsie minimales (tonte et désinfection du site de pose) car les animaux polytraumatisés nécessitent souvent une hospitalisation de plusieurs jours.

Le choix et la dose des solutés administrés initialement dépendent de la sévérité du choc hypovolémique (compensé, en voie de décompensation ou décompensé), de la présence ou non d’hémorragies massives et d’un éventuel traumatisme crânien. Les solutés utilisés en première intention sont essentiellement des cristalloïdes isotoniques et/ou des colloïdes (voir le TABLEAU “Propositions de choix de solutés lors des différents stades de choc hypovolémique”).

Une surveillance de l’évolution des paramètres cliniques cardiovasculaires (temps de remplissage capillaire, fréquence cardiaque, couleur des muqueuses), de la diurèse (euvolémie : production 1 à 2 ml/kg/h) et, si possible, des pressions artérielle et veineuse centrale permet de vérifier, de contrôler et d’ajuster l’efficacité du remplissage vasculaire.

Traitement médical

• Le polytraumatisé doit bénéficier d’une analgésie précoce. Celle-ci permet de lutter contre les effets délétères de la douleur (hypoventilation, augmentation des besoins en oxygène, tachycardie, etc.) et de favoriser la coopération de l’animal [29]. Les morphiniques (chlorhydrate de morphine(1), butorphanol(2), etc.) constituent le choix optimal en raison de leurs propriétés analgésiques et légèrement sédatives [7, 28]. Les dépressions respiratoires incriminées lors de l’emploi de ces molécules sont rarement observées aux doses thérapeutiques utilisées (morphine(1) : chez le chien, 0, 1 à 0, 2 mg/kg par voie intraveineuse, intramusculaire ou sous-cutanée [29] ; chez le chat, la dose de base est comprise entre 0, 05 et 0, 1 mg/kg) ; il est toutefois habituel d’administrer une dose de 0, 1 à 0,2 mg/kg lors de traumatisme.

L’usage des anti-inflammatoires est contre-indiqué chez le polytraumatisé hypovolémique en raison de la fréquente hypoperfusion rénale associée [28, 29].

• L’administration des corticostéroïdes dans le traitement du choc, quelle que soit son origine, a longtemps été préconisée en médecine vétérinaire. En médecine humaine, lors de polytraumatisme, elle est strictement réservée aux traumatismes médullaires [14]. Actuellement, l’usage de glucocorticoïdes (méthylprednisolone) à fortes doses (30 mg/kg) n’est plus recommandé dans le traitement du choc traumatique ou hypovolémique [10, 31, b]. Ce traitement n’améliorerait pas le taux de survie. Dans cette indication, les glucocorticoïdes seraient même délétères en raison de leurs complications intrinsèques (ulcères gastro-intestinaux, immunosuppression, risque septique majoré, etc.).

Bilan biologique initial

Durant la mise en place de la voie veineuse, un échantillon de sang est prélevé afin de réaliser un bilan biologique d’admission. Le prélèvement sanguin est idéalement réalisé avant le début de la réanimation liquidienne, mais ne doit pas occasionner de retard dans la prise en charge des détresses. Ce bilan comprend en première intention :

- la mesure de l’hématocrite ;

- la mesure de la protéinémie ;

- la mesure de la créatinémie ;

- un ionogramme.

L’hématocrite peut être mesuré en centrifugeant un tube à microhématocrite. La protéinémie est mesurée sur le plasma surnageant à l’aide d’un simple réfractomètre. Une diminution de l’hématocrite associée à une valeur faible de la protéinémie peut être le signe d’une hémorragie récente. Chez le chien, toutefois, l’hématocrite est souvent normal (ou même un peu élevé) juste après une hémorragie en raison d’une splénocontraction qui libère des globules rouges ; en revanche, le taux de protéines est bas. La combinaison de ces deux paramètres constituerait un bon indicateur en phase aigu.

Des valeurs élevées de microhématocrite et de protéinémie indiquent potentiellement une déshydratation.

Ces dosages rapides fournissent notamment un point de référence pour le suivi diagnostique et thérapeutique de l’animal polytraumatisé admis en soins intensifs.

Dans la mesure du possible, la pose d’une sonde urinaire permet d’effectuer une analyse d’urine et de quantifier la diurèse (suivi de la réanimation liquidienne).

En cas de détresse respiratoire, les échanges gazeux peuvent être explorés par le dosage des gaz sanguins. Celui-ci fournit des renseignements sur la qualité de l’hématose respiratoire et de la ventilation. Les gaz sanguins sont accessibles en médecine vétérinaire, puisque divers appareils de mesure sont désormais disponibles sur le marché vétérinaire français.

De récentes études tendent également à montrer l’intérêt de la mesure de la lactatémie à l’admission, dont la valeur est inversement corrélée au pronostic vital de l’animal traumatisé [2, 11, 12, 14].

2. Mesures spécifiques

En cas de détresse respiratoire

Toute détresse respiratoire s’accompagne de l’installation d’une hypoxémie et il est donc impératif d’oxygéner l’animal [16].

• Lors de suspicion d’un pneumothorax ou d’un épanchement pleural chez un animal dyspnéique, une thoracocentèse (aiguille épicrânienne montée sur un robinet trois voies et une seringue) chez l’animal vigile doit être effectuée avant même la réalisation d’une radiographie thoracique [32]. Cette thoracocentèse permet de confirmer la présence d’une collection et d’en connaître la nature (air, sang, etc.). Elle permet en outre d’améliorer la fonction respiratoire par la réduction du volume d’épanchement. Si plusieurs thoracocentèses s’avèrent nécessaires pour maintenir une ventilation adéquate, un drain thoracique est mis en place sous anesthésie.

• En cas de pneumothorax ouvert (plaie thoracique qui entraîne une communication entre l’espace pleural et l’air ambiant), une tonte et une désinfection rapide de la plaie sont effectuées. Un pansement stérile est mis en place de façon à obstruer la brèche thoracique et à transformer le pneumothorax ouvert en pneumothorax fermé. Une thoracocentèse est alors immédiatement effectuée pour permettre de retrouver un vide pleural. La plaie est explorée chirurgicalement après stabilisation de l’animal. Une antibiothérapie à large spectre (amoxicilline et acide clavulanique, marbofloxacine, etc.) est aussitôt instaurée. Un prélèvement pour un typage bactérien et un antibiogramme peuvent être réalisés pour vérifier l’adaptation de l’antibiothérapie.

• Si l’animal présente une détresse respiratoire sévère (par exemple, cyanose persistante) malgré l’oxygénothérapie, il est alors conseillé de l’anesthésier pour l’intuber et pour le ventiler en pression positive [32]. Cette mesure permet de lutter efficacement contre l’hypoxie et l’hypercapnie induites par la détresse respiratoire.

En cas de traumatisme crânien

Lors de traumatisme crânien (contusion cérébrale, œdème cérébral vasogénique, hémorragies intracrâniennes, etc.), le traitement d’urgence du traumatisme consiste, d’une part, à maintenir une oxygénation et une perfusion cérébrale adéquates afin d’éviter toute hypoxie cellulaire et, d’autre part, à éviter toute augmentation de pression intracrânienne liée à une hémorragie ou à un œdème (la boîte crânienne étant inextensible).

Il convient donc d’améliorer le retour veineux cérébral, en surélevant la tête de l’animal de 30° par rapport au reste du corps et en faisant attention à ne pas comprimer les veines jugulaires [30].

• Lors de traumatisme crânien, l’hyperoxygénation est recommandée [4, 5, 28, 30]. Si la mesure de gaz sanguins est réalisable, la pression partielle en oxygène artériel (PaO2) doit être maintenue au-dessus de 90 mmHg chez le chien et de 100 mmHg chez le chat [23]. Si un oxymètre est disponible, la saturation en oxygène de l’hémoglobine doit être de 95 % au minimum (ce qui correspond à une PaO2 de 80 mmHg) [5].

• La perfusion cérébrale dépend du gradient de pression entre la pression artérielle systémique et la pression intracrânienne. Il importe ainsi d’éviter toute hypotension systémique, mais aussi toute hypertension susceptible d’aggraver l’œdème [26]. La réanimation liquidienne doit permettre de maintenir une pression artérielle moyenne entre 70 et 110 mmHg [30]. Cela est habituellement réalisé en utilisant des solutés cristalloïdes isotoniques. L’utilisation de solutés cristalloïdes hypertoniques (NaCl 7,5 % à 2 à 5 ml/kg, par voie intraveineuse lente) conviendrait toutefois mieux lors de traumatismes crâniens surtout ils sont associés à des chocs hypovolémiques [1]. Ces solutés permettent de restaurer la volémie tout en diminuant la pression intracrânienne [25]. La durée d’action des solutés cristalloïdes hypertoniques étant transitoire (15 à 30 minutes), un relais avec des colloïdes est préconisé (10 à 20 ml/kg/j en deux ou trois bolus en fonction de la réponse clinique) [5].

Une hypertension liée à une douleur, à une excitation ou à des convulsions de l’animal peut être contrôlée par l’administration d’analgésiques ou de sédatifs (morphine (1)), benzodiazépines).

L’utilisation de mannitol (0, 5 à 2 g/kg par voie intraveineuse en 20 minutes) et/ou de furosémide (2 à 4 mg/kg, par voie intraveineuse) permet de diminuer la pression intracrânienne et l’œdème cérébral [26, 30]. Leur administration conjointe semble synergique [26]. Ils ne doivent toutefois être administrés qu’après avoir restauré la volémie de l’animal [26, 30].

• L’administration des corticoïdes à fortes doses (méthylprednisolone, 30 mg/kg, par voie intraveineuse) est actuellement très controversé lors de traumatismes crâniens, que ce soit en médecine humaine ou vétérinaire [3, 5, 30]. Certains auteurs les réservent aux animaux qui ne répondent plus aux mesures de réanimation (oxygénothérapie, fluidothérapie, mannitol, furosémide) [5].

En cas de saignements ou de plaies externes

Les saignements sont contrôlés par la mise en place de pansements compressifs ou de garrots [9]. Les plaies sont protégées par des pansements humidifiés avec une solution antiseptique (solution iodée à 1 % ou chlorhexidine à 1/5 000) avant d’envisager un traitement chirurgical. Une antibiothérapie à large spectre est aussitôt instaurée.

La prise en charge initiale d’un polytraumatisé reste un acte simple à condition d’être méthodique (ABCD). Le repérage rapide et le traitement efficace des détresses conditionnent souvent la survie à court et moyen termes de l’animal. Si, à l’admission, il est souvent inutile, voire néfaste (perte de temps), de réaliser un bilan clinique et lésionnel complet (CRASH-PLAN), ce dernier est cependant mis en œuvre lorsque la stabilisation des fonctions vitales de l’animal est obtenue. Le praticien ne doit pas focaliser sa démarche clinique initiale sur la lésion la plus évidente, qui n’est pas forcément la plus morbide. Cette première phase de la gestion du polytraumatisé, fait essentiellement appel à des moyens cliniques, instrumentaux et médicamenteux simples, peu coûteux et aisément disponibles en pratique vétérinaire.

  • (1) Médicament à usage humain.

  • (2) Médicament non disponible en France

Questions types lors de la réception d’un animal polytraumatisé

Avez-vous vu l’accident ?

Que s’est-il passé ?

Depuis combien de temps a eu lieu l’accident ?

Votre animal a-t-il perdu connaissance ?

Son état s’est-il amélioré ou aggravé ?

S’est-il relevé au moment de l’accident ?

S’est-il déplacé depuis l’accident ?

A-t-il perdu beaucoup de sang ?

A-t-il uriné depuis ?

Quand a-t-il mangé pourla dernière fois ?

Points forts

Lors de l’examen clinique initial, le respect de la séquence mnémotechnique du A (Airways), B (Breathing), C (Circulation), D (neurologic Disability) permet une évaluation rapide et sytématique des détresses qui engagent le pronostic vital.

Lors de détresse chez le polytraumatisé, il est primordial, après avoir vérifié la perméabilité des voies aériennes supérieures, d’oxygéner l’animal.

L’évaluation cardiovasculaire a pour but de détecter rapidement toute instabilité hémodynamique à l’origine d’un défaut de perfusion tissulaire et d’un état de choc.

Lorsque c’est possible, un monitorage cardiorespiratoire non invasif est mis en place dès l’admission de l’animal, afin notamment de détecter précocement une hypoxémie.

L’usage de glucocorticoïdes à fortes doses est actuellement controversé dans le traitement du choc traumatique ou hypovolémique.

Congrès

a- Devey JJ. Restoration of an effective volume. EVECCS Congress. Lyon 2004.

c- Suleau R. L’œdème cérébral : diagnostic et traitement. Séminaire d’internat. Ecole vétérinaire de Toulouse. Juin 2004.

À lire également

b- Rudloff E, Kirby R. Resuscitation from hypovolemic shock. Waltham-Focus. 2001 ; 11(3) : 11-22.

d- Waddell L, King L. Rééquilibration liquidienne chez le patient traumatisé. Waltham focus. 1999 ; 9(3) : 11-16.

  • 5 - Dewey CW. Emergency management of the head trauma patient. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2000 ; 30(1) : 207-225.
  • 6 - Drobatz KJ. Triage and initial assessment. In : King L, Hammond R. Manual of canine and feline emergency and critical care. BSAVA. Cheltenham 1999 : 1-5.
  • 11 - Hughes D. Lactate measurement : diagnostic, therapeutic, and prognostic implications. In : Kirk’s current veterinary therapy XIII : small animal practice. 2000 ; 112-116.
  • 14 - Laplace C, Duranteau J, Court C et coll. Polytraumatisme de l’adulte. Stratégie de la prise en charge hospitalière. Encycl. Méd. Chir. Elsevier. Paris 2001 ; 14-033-A-10, Appareil locomoteur : 13p.
  • 16 - Martel P. Conduite à tenir devant une détresse respiratoire. Point Vét. 1998 ; 29(Numéro spécial “Les urgences chez les carnivores domestiques”): 27-40.
  • 17 - Muir WW. Shock. Compend. Cont. Educ. Pract. Vet. 1998 ; 20(5) : 549-567
  • 26 - Skerritt GC. Head trauma in dogs and cats. Eur. J. Companion Anim. Pract. 2003 ; 13(1) : 33-37.
  • 27 - Syring RS, Drobatz KJ. Shock and fluid resuscitation. Preoperative evaluation and management of the emergency surgical small animal patient. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2000 ; 30(3) : 473-489.
  • 32 - Waddell L, King L. General approach to dyspnoea. In : King L, Hammond R. Manual of canine and feline emergency and critical care. BSAVA. Cheltenham 1999 : 65-69.

PHOTO 1. Chienne en état de choc à la suite d’un accident de la voie publique, dont le bilan lésionnel révèle une rupture vésicale associée à une fracture du bassin.

PHOTO 2. Dyspnée avec gueule ouverte.

PHOTO 3. Traumatisme thoracique consécutif à une morsure chez un caniche. La radiographie thoracique réalisée après stabilisation confirme la présence de nombreuses côtes fracturées et d’un emphysème sous-cutané mis en évidence par la palpation de la paroi thoracique gauche.

PHOTO 4. Caniche oxygéné à l’aide d'une lunette nasale. Suite à une morsure, il présente un volet costal immobilisé par un bandage.

PHOTO 5. Oxygénothérapie au masque. Présence du capteur d’oxymétrie pulsée sur l’oreille.

Les différents stades clinique lors de hypovolémique

Modifié d'après [b].

Score de Glasgow modifié

D’après [22].

Propositions de choix de solutés lors des différents stades de choc hypovolémique

Modifié d'après [a, b, d].