Le point Vétérinaire n° 260 du 01/11/2005
 

URGENCES ET REPRODUCTION

Se former

COURS

Irmine Lavalade

Avenue Jean Cahuzac
32130 Samatan

Les prolapsus utérins, les hémorragies vaginales, les hémorragies internes et les ruptures et déchirures de l’utérus représentent, hormis les vêlages, les urgences obstétricales les plus fréquentes.

Résumé

Les urgences obstétricales ne se cantonnent pas aux vêlages. L’hémorragie vaginale représente une urgence absolue qu’il convient de traiter le plus rapidement possible pour la survie de l’animal. Les hémorragies internes nécessitent un diagnostic précoce pour permettre un abattage d’urgence. Les renversements de matrice non compliqués par des déchirures, des lacérations ou par la présence d’autres organes se réduisent aisément lorsque les conditions de confort et d’hygiène sont satisfaisantes. L’examen minutieux de la matrice avant réduction est indispensable pour mettre en évidence d’éventuelles complications.

Les ruptures et déchirures de la matrice doivent également être traitées chirurgicalement dans les plus brefs délais, afin de réduire les risques de péritonite. L’abattage d’urgence est possible si la chirurgie ne permet pas une parfaite étanchéité de l’utérus et si le diagnostic a été suffisamment précoce.

Les urgences obstétricales chez les bovins représentent une part importante des interventions réalisées en saison de vêlage. Elles sont parfois délicates à traiter et mettent souvent la vie de l’animal en danger dans un très bref délai. Il est donc primordial d’agir rapidement et de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Les hémorragies vaginales

Les hémorragies vaginales sont une des urgences à traiter le plus rapidement. Elles ont lieu suite à une déchirure de l’artère vaginale, un rameau de l’artère honteuse interne localisé dans l’épaisseur de la vulve et de la paroi vaginale. Elles sont souvent liées à des atrésies vulvaires et se rencontrent plus fréquemment chez les primipares.

La symptomatologie est simple et caractéristique. La sortie du fœtus est immédiatement suivie d’un jet saccadé de sang rouge vif. L’exploration vaginale (qui doit être systématique après chaque vêlage) révèle la plupart du temps l’existence d’une plaie de largeur variable située à mi-distance entre la vulve et le col de l’utérus et au niveau de laquelle le jet sanguin pulsatile provenant de l’artère lésée est très nettement perceptible [2].

Le pronostic vital de l’animal est fonction de la rapidité d’intervention et de la quantité de sang perdue. Lorsque l’éleveur diagnostique l’hémorragie, il doit comprimer l’artère en la tenant entre les doigts ou à l’aide d’une pince à linge en attendant le vétérinaire. Une intervention rapide est généralement suivie de succès.

Le traitement consiste à ligaturer l’artère ou à poser une pince hémostatique. Les deux traitements peuvent être associés. L’intervention est réalisée de préférence sous anesthésie épidurale basse, avec par exemple une injection de 6 à 10ml d’une solution de lidocaïne à 2 % selon le poids de l’animal (voir la FIGURE “Anesthésie épidurale : position de l’aiguille”). Cette anesthésie permet d’insensibiliser les racines nerveuses sortant en amont de et entre les troisième et quatrième vertèbres sacrées, ce qui correspond à une anesthésie des zones de la queue, du vagin, du rectum et de la vessie [3]. Il est indispensable de bien nettoyer la plaie et l’intérieur du vagin avec une solution antiseptique iodée (Vétédine solution®). La pince hémostatique est laissée en place entre cinq et huit jours et est cousue à la vulve pour éviter de la perdre [2].

Lors de pertes sanguines volumineuses ou de choc, l’animal doit être perfusé à l’aide de soluté hypertonique de chlorure de sodium (trois litres) ou transfusé (trois litres de sang prélevé sur place, dans une poche vide de Ringer-lactate ou d’un autre soluté, dans laquelle 10 grammes d’acétate de sodium ont été mélangés avec un fond d’eau). Un traitement antibiotique par voie générale est instauré systématiquement, généralement un mélange pénicilline - streptomycine pendant cinq jours. Des soins antiseptiques locaux doivent être effectués quotidiennement par l’éleveur à l’aide, par exemple, de Vagizan®, en prenant bien soin de ne pas toucher à la pince.

Les hémorragies internes

L’hémorragie interne, qui peut être d’origine utérine (artère utéro-ovarienne), utérine et vaginale, ou intra-abdominale (artère iliaque interne) est d’un pronostic variable suivant la nature des vaisseaux lésés. L’hémorragie due à la rupture de l’artère utérine ou de l’artère iliaque interne est presque toujours mortelle, en raison de la rapidité d’évolution et des difficultés d’intervention [2]. La rupture de l’artère utérine est principalement consécutive à un prolapsus utérin ou à une torsion utérine.

Les causes favorisantes des hémorragies utérines sont, soit d’origine maternelle (état d’embonpoint excessif, dilatation du col insuffisante, atonie utérine), soit d’origine fœtale (excès de volume, présentation postérieure, positions anormales, mouvements de pédalage). Pour mémoire, certains cas d’hémorragies peuvent aussi être dus à des troubles de la coagulation sanguine [1].

Les causes déterminantes relèvent principalement de traumatismes accidentels ou opératoires :

- avant le part : bousculade ;

- pendant le part : choc d’un membre fœtal sur la paroi utérine, blessures occasionnées par les instruments obstétricaux ;

- après le part : renversement total de l’utérus, section ou arrachement des cotylédons [1].

Les symptômes sont ceux de toute hémorragie interne : apathie, muqueuses pâles, pouls rapide et filant, polypnée, refroidissement des extrémités et tremblements musculaires généralisés ou plus spécifiquement localisés aux muscles anconés et au triceps crural. La station devient difficile, la démarche titubante, et bientôt l’animal tombe en décubitus ventral puis latéral avec l’impossibilité de se relever.

La tête est reportée vers le flanc. Si l’utérus est vide et si le bovin présente tous les symptômes décrits ci-dessus, le diagnostic d’hémorragie intra-abdominale peut alors être établi [2].

Les ruptures de l’artère iliaque interne ou de l’artère utérine ne peuvent pas être traitées. L’abattage est alors la seule décision raisonnable. Lors d’hémorragie en provenance du col ou des cotylédons, il est possible de recourir à la transfusion (quatre à cinq litres) ou à la perfusion comme pour l’hémorragie vaginale. Des traitements locaux peuvent également être instaurés : une solution à base de Lotagen® peut être appliquée sur les lésions pour son action cautérisante. Deux à trois ampoules de vitamine K3 (K-Pectyl®), intervenant dans la biosynthèse hépatique de certains facteurs de la coagulation peuvent être administrées par voie intraveineuse. Une anesthésie épidurale caudale peut être effectuée afin de limiter les efforts expulsifs [1].

Un traitement antibiotique identique à celui des hémorragies vaginales doit être prescrit. Des anti-inflammatoires stéroïdiens peuvent également être administrés pour lutter contre le choc, diminuer l’inflammation et favoriser la néoglucogénèse.

Les prolapsus utérins et leurs complications

Un prolapsus utérin survient chez environ 0,5 % des parturientes, généralement peu de temps après le vêlage. La majorité d’entre eux se produit une à six heures après la mise bas [4].

1. Une étiologie complexe

• Des facteurs intrinsèques prédisposent au prolapsus utérin [3] :

- d’origine anatomique : les mésos abdominaux des bovins sont assez lâches, y compris le mésométrium. Ce dernier mesure près de 30 cm de long, ce qui ne lui permet pas d’assurer une contention suffisante. L’utérus est donc principalement maintenu par son propre poids au cours de la gestation. Après le vêlage, le mésométrium est distendu, un des principaux moyens contentifs est supprimé, l’utérus se retrouve alors mécaniquement très libre dans l’abdomen ;

- d’origine physiologique : lors de l’initiation de la parturition, la relaxation des tissus vaginaux et périnéaux peut être exagérée et permettre l’évagination totale de l’utérus. Ce phénomène semble plus fréquent chez les vaches âgées, pour lesquelles la dilatation est beaucoup plus marquée et plus rapide que chez les primipares.

• Le déroulement de la parturition peut aussi favoriser la survenue d’un prolapsus utérin. Les principales prédispositions fonctionnelles sont :

- l’atonie utérine, généralement due à une hypocalcémie et, dans une moindre mesure, provoquée par tous facteurs d’étirement extrême de la paroi utérine ;

- le ténesme, provoqué par un vêlage dystocique ou toutes causes de douleur abdominale ;

- les tractions exercées par le fœtus lors de vêlages difficiles ou lorsque l’utérus vient avec le veau en raison d’un contact direct anormal entre le veau et les parois utérines.

La position de la vache au moment du vêlage influe également sur les risques de prolapsus utérin. Quand, au moment du vêlage, la vache est couchée avec les postérieurs plus bas que les antérieurs, la fréquence des prolapsus utérins semble augmentée.

• Les troubles génitaux prédisposant sont la rétention placentaire (principalement dans les cas de prolapsus utérin tardif), le prolapsus vaginal prépartum (les mécanismes de déclenchement sont alors totalement différents d’un prolapsus utérin sans prolapsus vaginal antérieur).

• Les facteurs métaboliques ont aussi leur importance, principalement l’hypocalcémie. Cette affection apparaît autour du vêlage, en raison d’une diminution marquée des concentrations de calcium circulant (de 100 mg/l à 30 à 70 mg/l). Le rôle de l’hypocalcémie dans l’atonie utérine et dans le retard d’involution du col a été largement documenté. Dans les conditions normales, le col se ferme suffisamment après douze heures pour empêcher le passage de l’utérus [3].

Dans l’état actuel des connaissances, le prolapsus utérin n’est pas une affection héréditaire, bien qu’il puisse occasionnellement être observé chez la mère et chez la fille [3].

Des facteurs nutritionnels tels que l’excès d’azote ou d’énergie semblent aussi favoriser sa survenue.

2. Une pathogénie peu précise

Dans un premier temps l’invagination primitive de la corne utérine gestante a lieu. Elle s’explique par le déplacement d’une partie de la paroi utérine en son sein. Le point de départ de cette invagination se produit dans l’apex de la corne de l’utérus. L’utérus étant atone, ce déplacement est très facile : il suffit d’une petite traction sur la paroi pour obtenir ce résultat [3].

Dans un deuxième temps, cette invagination devient progressivement une véritable intussusception. La striction des plis de l’endomètre provoque une douleur locale qui stimule les contractions utérines de l’avant vers l’arrière. L’utérus s’expulse alors et se trouve retourné en doigt de gant [3].

3. Une symptomatologie caractéristique

Le prolapsus utérin peut survenir dans une fourchette de quelques minutes à trois jours après le vêlage. Les circonstances du vêlage doivent être connues et l’heure du prolapsus estimé, afin d’établir un pronostic. Plus la durée écoulée est longue, plus le risque de complications est grand : toxémie, péritonite, septicémie, hémorragie.

• Les signes cliniques associés sont variés et dépendent de l’état général de la vache. L’examen clinique de l’animal est primordial. Les symptômes locaux vont aider à déterminer le pronostic (PHOTOS 1a et 1b). L’état de l’utérus est essentiel. Si les enveloppes fœtales ont été expulsées ou enlevées, l’endomètre apparaît lisse et rouge avec les caroncules plus foncées. Le col et le vagin apparaissent plus roses. Quand l’utérus est extériorisé depuis plusieurs heures, les parties exposées foncent. Les vaisseaux de l’utérus prolabé sont étirés et comprimés, les veines ne sont donc pratiquement plus perméables et un œdème se forme. Au-delà de quatre heures, l’utérus apparaît sec et la nécrose débute. Après douze heures, les muqueuses sont nettement nécrotiques [3]. Le degré de souillure est variable (fèces, boue, litière), il doit aussi être pris en compte. L’utérus est inspecté sur toute sa surface afin de rechercher d’éventuelles lacérations ou déchirures de l’endomètre. La corne non gestante est contenue dans la surface mésométriale de la corne prolabée [2].

• Les symptômes généraux sont variables et sont les principaux critères de détermination du pronostic vital. La vache peut être debout. Elle présente alors souvent un état d’excitation marquée (l’utérus battant les jarrets de la vache et la douleur de l’étirement des mésos contribuent à cet affolement), de la douleur et du ténesme [1]. Si elle est couchée, généralement en décubitus sternal, elle est calme, rumine ou s’occupe de son veau et peut se lever après de faibles sollicitations.

À l’inverse, elle peut parfois être prostrée, avec un port de tête particulier, en auto-auscultation ou encore le menton reposant sur le sol, ou appuyé sur la crèche. La vache est alors incapable de se relever. Les oreilles sont pendantes et froides ; la respiration et le pouls sont accélérés (fréquence cardiaque supérieure à 110 pulsations par minute). La température est basse (< 37 °C). La vache présente alors, soit un état de choc grave lié à la traction de la masse prolabée, soit une hémorragie interne par rupture de l’artère utérine étirée, voire les deux, et le pronostic vital est réservé [3]. Le seul moyen de préciser le diagnostic et de différencier les deux entités (hémorragie ou choc) est la ponction de la poche utérine prolabée. Cette ponction est réalisée au niveau de la grande courbure, dans sa partie distale. L’incision est de la largeur d’une lame de bistouri et est suturée facilement avec un point en U. La ponction libère un petit geyser de liquide citrin parfois rosé en cas de choc, ou du sang nature en cas d’hémorragie [3]. Au cours de cette ponction, toutes les précautions doivent être prises pour ne pas léser la vessie qui peut se trouver à l’intérieur de l’utérus prolabé. Une fois le diagnostic obtenu, il est important d’établir très rapidement un pronostic vital et de mettre en place, si nécessaire, un traitement adapté [1, 2, 3].

4. Principe du traitement

Le traitement est essentiellement chirurgical, mais il est associé à des mesures médicales de soutien de l’état général si nécessaire. Les soins sont prodigués le plus rapidement possible. Lors de l’appel de l’éleveur pour signaler le prolapsus, il est important de lui rappeler quelques recommandations simples en attendant l’intervention du praticien. Si la vache est couchée, il convient, dans la mesure du possible, de la laisser au calme et, dans tous les cas, de l’isoler des autres animaux. L’utérus doit être maintenu humide, à l’aide d’un drap trempé dans de l’eau tiède ou en l’arrosant constamment à l’eau tiède. L’organe doit être maintenu au niveau de la vulve, soit en calant l’utérus recouvert d’un linge avec des bottes de paille, soit en le soutenant avec un linge ou avec une planche.

Le traitement médical peut être urgent à instaurer. Dès que la contention de la vache est possible, l’utérus est examiné (lacérations, déchirures, saignements marqués provenant des vaisseaux ou des caroncules) et l’état général de l’animal est évalué (couleur des muqueuses, fréquence respiratoire, pouls, habitus de la vache). La ponction qui permet de faire la distinction entre une hémorragie ou un choc peut être pratiquée. S’il ne s’agit pas d’une hémorragie, elle peut en outre faciliter la réduction du prolapsus en diminuant la taille de l’utérus prolabé (évacuation de liquide citrin lors de choc, présence de la vessie ou d’anses intestinales qu’il est alors possible de remettre en place) [1]. Les troubles décelés seront traités en priorité.

Lors de choc hypocalcémique, l’administration de calcium doit suffire à rétablir un état général satisfaisant. La correction du choc hypovolémique nécessite une perfusion de soluté hypertonique (même traitement que pour l’hémorragie vaginale) qui permet de restaurer la volémie, et l’injection d’anti-inflammatoires stéroïdiens ou non stéroïdiens (flunixine méglumine, kétoprofène, acide tolfénamique) qui permettent la mobilisation des mécanismes de lutte contre le choc. Toutes ces mesures doivent être entreprises avant la réduction du prolapsus [1, 3].

La réduction du prolapsus requiert de bonnes conditions de propreté et de sécurité. Une anesthésie épidurale basse est recommandée pour faciliter le replacement de l’utérus. L’anesthésie, en supprimant toute sensation douloureuse liée au tiraillement des mésos, diminue, voire annule le ténesme et les contractions abdominales pendant toute la durée de l’intervention. Cette action se prolonge généralement au-delà de la fin de la réduction et l’absence de ténesme limite les récidives [3]. Le clenbutérol (Planipart®, 20 ml par voie intraveineuse) peut aussi être employé pour supprimer les contractions abdominales. Son effet tocolytique provoque une paralysie totale du myomètre vingt minutes après l’administration, avec un arrêt des contractions abdominales. Son action est longue (environ douze heures) et rend l’anesthésie épidurale inutile. L’utilisation de l’épidurale ou du clenbutérol dépend des préférences de chacun, mais le coût du clenbutérol est beaucoup plus élevé. La xylazine est parfois employée bien que le bénéfice qu’elle apporte soit minime. Attention toutefois aux risques de couchage de la vache.

La contention physique diffère selon la position de la vache. Si la vache est debout, elle est tenue tête haute et l’utérus doit être soulevé au niveau de la vulve ou des ischions, à l’aide d’une planche ou d’une grille (voir la FIGURE “Contention de l’utérus éversé”). Si l’utérus n’est pas trop lourd, il peut être maintenu dans les bras (PHOTO 2a). Lorsque la vache est couchée et qu’elle ne peut se relever, la position recommandée est de la placer sur le sternum avec les postérieurs étendus vers l’arrière. Pour y parvenir, la vache est positionnée en décubitus latéral, puis les deux postérieurs sont réunis par une corde et tirés vers l’arrière. La vache est finalement replacée sur le sternum avec les postérieurs maintenus en arrière à l’aide de la corde [1]. L’utérus est alors soutenu par une planche qui prend appui sur les jarrets.

Si les membranes fœtales sont encore attachées et si la séparation entre cotylédons et caroncules est aisée, une délivrance manuelle est réalisée. Si le placenta ne peut être enlevé, l’utérus est replacé avec les membranes adhérentes et elles seront expulsées ultérieurement, naturellement ou non. Il convient de rappeler à l’éleveur qu’il doit ensuite surveiller attentivement son animal pour vérifier l’expulsion effective de la délivrance.

Avant la réduction, l’utérus est entièrement lavé avec une solution d’eau tiède additionnée d’antiseptique (polividone iodée ou chlorhexidine). La vulve et la région périnéale doivent être nettoyées en même temps. Pendant ce nettoyage, l’utérus est examiné avec soin pour détecter toute lacération ou déchirure. La moindre brèche est suturée. Si seul l’endothélium est ouvert, un simple surjet perforant suffit. Si toute la paroi utérine est perforée, il est préférable de faire deux plans de suture (sujet perforant, puis surjet éversant), afin d’éviter les adhérences une fois l’utérus remis en place. L’utérus est ensuite palpé pour détecter la présence éventuelle de la vessie ou des intestins dans le prolapsus utérin. Le cas échéant, les postérieurs de la vache sont élevés et l’utérus est maintenu au-dessus du plancher du bassin pour faire glisser ces viscères dans la cavité abdominale. Si la vessie est trop distendue, il est possible de pratiquer une cystosynthèse à travers la paroi utérine [1, 3].

La réduction du prolapsus débute au niveau de la région cervico-vaginale (PHOTO 2b). Les lèvres de la vulve sont écartées, en prenant garde qu’elles ne s’invaginent pas. La portion ventrale est replacée avant la portion dorsale. En gardant les mains ouvertes, doigts étendus pour ne pas perforer la muqueuse, des pressions fermes sont appliquées avec la paume de la main, d’un côté puis de l’autre, pour essayer de pousser progressivement l’utérus à l’intérieur. Il est également possible de réduire le prolapsus les poings fermés, l’essentiel étant de ne pas provoquer de perforation. Comme l’utérus a une forme arquée, le replacement d’une dizaine de centimètres de portion ventrale correspond à une vingtaine de centimètres en position dorsale. Lorsque la vache réalise des efforts expulsifs, il convient de ne pas essayer de progresser au moment des contractions, mais seulement de conserver les gains acquis. Le phénomène d’aspiration qui suit l’effort doit en revanche être utilisé pour gagner du terrain.

En fin d’intervention, l’utérus doit être entièrement déployé dans l’abdomen, afin de retrouver une position anatomique normale. Il convient notamment d’effacer tous les replis des parois. Lorsque ce n’est pas possible avec le bras, le manipulateur peut s’aider d’une bouteille en verre, ou envoyer dans l’utérus cinq à quinze litres d’eau tiède puis le siphonner. Cette dernière technique ne peut en aucun cas être entreprise si l’utérus a été suturé, car le risque de péritonite par passage de l’eau dans la cavité abdominale est alors élevé.

Un traitement anti-infectieux postopératoire est nécessaire, par voie locale (oblets gynécologiques) et générale (antibiothérapie identique au cas précédent). Les récidives sont très rares si l’utérus a été déplié correctement. Il est toutefois possible de boucler la vulve à l’aide d’un bandage de Bühner ou de boucles vulvaires, laissés en place pendant deux à trois jours (une désinfection journalière est alors effectuée par l’éleveur au niveau de la vulve). D’autres moyens de prévention des récidives existent comme les bandages externes de cordes tressées ou les sangles (PHOTO 3).

5. Pronostic et complications possibles

Le pronostic est en général bon si la réduction est effectuée dans de bonnes conditions. Il est plus réservé lorsque les intestins ou la vessie sont incarcérés dans l’utérus prolabé (choc fréquent, risque élevé de rupture intestinale).

La principale complication est l’impossibilité de réduire le prolapsus utérin : lacérations étendues impossibles à suturer, hémostase impossible, échecs de repositionnement de l’utérus, etc. Une hystérectomie peut alors être envisagée. L’éleveur doit être averti du mauvais pronostic d’une telle intervention et il est parfois préférable de conseiller un abattage d’urgence. Si la décision opératoire est prise, elle est pratiquée sous sédation associée à une anesthésie épidurale. Après s’être assuré à l’aide d’une ponction longitudinale de l’utérus qu’aucun autre organe comme la vessie ou les intestins ne sont présents dans l’utérus éversé, l’organe est ligaturé près de la vulve à l’aide d’une corde huilée ou d’une lanière de caoutchouc (chambre à air de 4 à 5 cm de large). Deux assistants tirent fortement sur les chefs libres de la ligature. Trois ou quatre ligatures sont ainsi posées. Dans l’idéal, il convient de respecter un intervalle de quinze minutes entre la pose de chaque ligature. En pratique, toutefois elles peuvent être posées sans délai. Ces ligatures doivent être suffisamment serrées pour assurer l’hémostase des vaisseaux de la paroi utérine et du ligament large. Elles doivent être ancrées à l’aide de points de transfixion à travers les parois vaginales (fil résorbable). Le méat urinaire et l’urètre doivent absolument rester dégagés. L’utérus est alors amputé, en laissant un large moignon qui est ensuite replacé dans le vagin [3].

Une autre technique opératoire consiste à ouvrir le sac utérin par une large incision longitudinale en face dorsale, qui passe entre les caroncules. Les vaisseaux sont ligaturés au fur et à mesure. Les vaisseaux du ligament large sont isolés et ligaturés avant de le dilacérer. Une ligature en bourse du vagin crânial, en avant du col prolabé est ensuite effectuée. L’utérus et le col sont alors retirés, et le moignon est remis dans la cavité abdominale. Cette technique a l’avantage d’assurer une bonne hémostase et une fermeture étanche du moignon. Les soins postopératoires nécessitent une surveillance rapprochée de l’animal. Une perfusion ou une transfusion (même traitement que pour les hémorragies) et l’administration de corticoïdes permettent de prévenir un éventuel choc. Une antibiothérapie par voie générale pendant huit jours est indispensable [3].

6. Rupture et perforation de l’utérus

Tous les facteurs qui concourent à une fragilisation de la paroi favorisent les ruptures de l’utérus : distension due au développement du fœtus, diminution de l’épaisseur de la musculeuse chez les animaux âgés ou surmenés, perte de l’élasticité musculaire sur le lieu d’une ancienne suture, distension due à la formation de gaz notamment lors de veaux emphysémateux, etc. [1].

Néanmoins, la rupture n’a lieu que si certains facteurs déterminants interviennent. Ils peuvent être classés en trois catégories selon la période où ils ont lieu [1] :

- pendant la gestation : traumatismes violents, torsion utérine ;

- au moment de la mise bas. Ce sont les plus fréquents, il s’agit presque exclusivement de manœuvres obstétricales maladroites (rectification de présentation ou de malposition, traction à travers un col induré ou insuffisamment dilaté) ;

- après la mise bas : les ruptures sont alors consécutives au prolapsus.

Les symptômes varient selon la situation et l’étendue de la rupture. La plupart du temps, la vache se couche après le vêlage et présente de légères coliques. Les déchirures du col et de la partie postérieure de l’utérus sont facilement diagnostiquées par une exploration manuelle de l’organe. Celles qui siègent dans la partie antérieure de la corne peuvent être suspectées lors de l’apparition rapide de symptômes de péritonite [2].

Le pronostic est fonction de l’étendue des lésions et de la rapidité du diagnostic. Plus le diagnostic et le traitement sont précoces, plus les chances de guérison sont élevées.

Le traitement consiste à suturer la perforation. Trois voies d’abord sont possibles :

- par voie vaginale. Cette voie doit être réservée à la réparation des lésions récentes situées en avant du col. La suture est réalisée en aveugle, avec un surjet éversant parfaitement étanche. Les risques de péritonite sont néanmoins élevés ;

- directement sur l’organe lors de prolapsus utérin (technique de suture décrite dans le paragraphe précédent) ;

- par laparotomie par le flanc droit (meilleur accès à l’utérus) sur un animal debout. L’opération est alors réalisée comme une césarienne et l’utérus est suturé en deux plans, avec un surjet enfouissant.

Dans tous les cas, une antibiothérapie par voie générale est instaurée pendant au moins huit jours en raison du risque de péritonite. Une perfusion, voire une transfusion, peut s’avérer nécessaires.

La gestion des urgences obstétricales n’est pas toujours facile, d’autant que la vie de l’animal est généralement en jeu. Il est indispensable de prendre le temps d’établir un bon diagnostic et de proposer à l’éleveur des solutions adaptées au bien-être animal, tout en tenant compte des aspects économiques. Il est inutile de vouloir à tout prix tenter une intervention si les chances de survie sont pratiquement inexistantes. Mieux vaut un abattage d’urgence bien géré qu’une vache n’ayant plus aucune valeur.

Points forts

Les hémorragies vaginales sont faciles à traiter si l’intervention est suffisamment précoce.

Les perfusions et les transfusions doivent être employées pour limiter les complications d’hémorragie.

L’hystérectomie est envisageable lorsque la réduction du prolapsus utérin est impossible (lacérations étendues impossibles à suturer, hémostase impossible, échecs de repositionnement de l’utérus, etc).

Lors des perforations utérines, les sutures doivent être totalement étanches pour éviter toute péritonite.

En savoir plus

1 - Constantin A, Meissonnier E. L’utérus de la vache. Anatomie, physiologie, pathologie. Ed. Société Française de Buiatrie, Maisons-Alfort. 1981 : 271-301.

2 - Derivaux J, Ectors F. Physiopathologie de la gestation et obstétrique vétérinaire. Ed. Point Vétérinaire. 1980 : 227-238

3 - Jacob M. Le prolapsus utérin chez les bovins. Thèse Alfort. 1997 : 26-87.

4 - Noakes DE. Fertility and obstetrics in cattle. 2nd ed. Blackwell Science eds., Oxford. 1997 : 104-107

Anesthésie épidurale : position de l’aiguille

Cette anesthésie permet d’insensibiliser les racines nerveuses sortant en amont de, et entre les troisième et quatrième vertèbres sacrées, ce qui correspond à une anesthésie des zones de la queue, du vagin, du rectum et de la vessie.

Contention de l’utérus éversé

La contention physique diffère selon la position de la vache. Si la vache est debout, l’utérus est soulevé au niveau de la vulve ou des ischions, à l’aide d’une planche ou d’une grille. Lorsque la vache est couchée et qu’elle ne peut se relever, elle est placée sur le sternum avec les postérieurs étendus vers l’arrière. L’utérus est alors soutenu par une planche prenant appui sur les jarrets.

PHOTOS 1a. Prolapsus utérin survenu chez une vache immédiatement après le vêlage. La couleur, l’œdème et les éventuelles lésions doivent être inspectés avant toute réduction.

PHOTOS 1b. Prolapsus utérin survenu chez une vache immédiatement après le vêlage. La couleur, l’œdème et les éventuelles lésions doivent être inspectés avant toute réduction.

PHOTOS 2a . Pour réaliser une réduction dans de bonnes conditions lors de prolapsus utérin, l’utérus doit être amené au niveau de la vulve.

PHOTOS 2b. Pour réaliser une réduction dans de bonnes conditions lors de prolapsus utérin, l’utérus doit être amené au niveau de la vulve.

PHOTO 3. Sangles permettant de prévenir les prolapsus utérins.