Le point Vétérinaire n° 260 du 01/11/2005
 

MALADIES ABORTIVES EN ÉLEVAGE LAITIER

Se former

CONDUITE À TENIR

Raphaël Guatteo*, Alain Joly**, François Beaudeau***


*UMR ENVN-Inra Gestion
de la santé animale,
44307 Nantes Cedex 03
**Union bretonne
des groupements
de défense sanitaire,
56000 Vannes
***UMR ENVN-Inra Gestion
de la santé animale,
44307 Nantes Cedex 03

Lors de recherche de Coxiella burnetii, il convient de déterminer le contexte de la demande et de privilégier la PCR. Les analyses sur le lait isolé et les sérologies ne suffisent pas.

Résumé

Les etapes essentielles

Étape 1  : choix du protocole en fonction du contexte

• Lors d’avortement isolé : PCR sur le placenta, le mucus vaginal ou le fœtus

• Lors d’avortements enzootiques  : PCR (vaches qui ont avorté) et sérologies (troubles de la reproduction)

• Recherche de circulation sans avortement répertorié : PCR sur le lait de grand mélange

Étape 2 : réaliser les prélèvements pour la PCR

• Lait, fèces, mucus vaginal, produit de parturition

• Jamais le lait seul

Étape 3 : acheminer les prélèvements

Sous 48 h, en froid positif

Étape 4 : interpréter les résultats

• PCR individuelle positive sur du mucus chez la vache qui a avorté : diagnostic de fièvre Q

• PCR positive sur du lait de mélange et séroprévalence : diagnostic de circulation dans l’élevage

La détection des bovins excréteurs de Coxiella burnetii est un point critique pour l’évaluation des risques de transmission de l’infection par Coxiella burnetii entre bovins et des bovins à l’homme. Coxiella burnetii peut être excrétée dans les produits de la parturition (mucus vaginal, lochies), les fèces, le sperme, l’urine et le lait. Pour mettre en évidence l’excrétion bactérienne, la technique PCR (polymerase chain reaction) est actuellement une méthode de choix. Il reste toutefois à déterminer :

- les prélèvements à réaliser ;

- les bovins à prélever ;

- les analyses à prescrire.

Une étude récente a démontré la nécessité, pour détecter les bovins excréteurs, de pratiquer l’analyse PCR sur le lait, les fèces et le mucus vaginal, compte tenu de la non-concomitance des voies d’excrétion(1).

Première étape : choix du protocole en fonction du contexte

Les prélèvements et les techniques mis en œuvre diffèrent selon l’objectif recherché. Il convient donc de définir le cadre du diagnostic afin d’optimiser le protocole de prélèvement (voir le TABLEAU “Proposition de protocole diagnostique selon l’objectif recherché”).

1. Diagnostic individuel lors d’avortement isolé

La PCR individuelle est la méthode de choix lors d’avortement isolé. L’analyse peut être réalisée sur le placenta et/ou sur le mucus vaginal et/ou à partir d’un prélèvement fœtal (contenu stomacal).

• Compte tenu de l’absence fréquente d’excrétion concomitante dans le lait et dans le mucus vaginal, le prélèvement du lait de la vache qui a avorté ne semble pas indiqué chez les bovins. La vache peut en effet excréter via le mucus vaginal et son lait ne pas contenir de Coxiella. En outre, un résultat PCR positif sur le lait ne saurait confirmer l’implication de Coxiella burnetii dans l’avortement.

• Le prélèvement de lait de grand mélange ne semble pas indiqué pour le diagnostic causal de l’avortement, en l’absence de données disponibles sur la fréquence et les modalités de contamination du lait de tank (contamination par l’environnement, relation entre PCR sur le lait de tank et la prévalence de bovins excréteurs au sein d’un troupeau). Un résultat PCR positif sur le lait de tank ne confirme pas l’implication de Coxiella dans l’avortement, de même qu’un résultat négatif ne permet pas de l’exclure.

• La sérologie individuelle chez la vache qui a avorté présente un intérêt limité, compte tenu de la fréquence d’animaux excréteurs séronégatifs.

2. Diagnostic de troupeau lors d’avortements à répétition

Lors d’avortements à répétition, la PCR est réalisée sur le placenta et/ou sur le mucus vaginal et/ou à partir d’un prélèvement fœtal (contenu stomacal). Les vaches à prélever sont celles qui ont avorté moins d’une semaine auparavant. Les PCR sont couplées à des sérologies individuelles chez l’ensemble des animaux qui ont présenté des troubles de la reproduction (avortements, métrites, retours tardifs ou décalés) dans les quatre mois précédents. Selon notre expérience, l’utilisation d’un kit Elisa élaboré à partir d’un antigène de Coxiella isolé de ruminants domestiques est préférable à celui issu d’une souche Nine Mile, en raison d’une meilleure sensibilité (données non publiées d’une étude menée à l’Inra Nouzilly et à l’École nationale vétérinaire de Nantes).

3. Diagnostic de circulation de Coxiella burnetii dans un troupeau

Lors de fusion, de reprise ou de reconstitution de cheptel, la circulation d’agents pathogènes est parfois recherchée, notamment celle de Coxiella burnetii. Dans ce contexte, une PCR sur le lait de grand mélange est à conseiller, associée à des sérologies individuelles sur un échantillon de vaches constitué pour moitié de primipares et pour moitié de multipares. Dans un troupeau moyen d’une quarantaine de vaches laitières, un total de dix vaches prélevées paraît suffisant, surtout si l’effectif prélevé comprend des animaux qui ont présenté des troubles de la reproduction.

Deuxième étape : réaliser les prélèvements pour la PCR

1. Prélèvement de lait

Le prélèvement de lait s’effectue de manière aseptique comme pour un examen bactériologique usuel. Après l’élimination des premiers jets et la désinfection des trayons à l’aide d’une lavette antiseptique, le lait des quatre quartiers est prélevé dans un flacon stérile de 40 ml qui contient préalablement une pastille de bronopol afin d’éviter la prolifération bactérienne. L’analyse doit avoir lieu, si possible, dans les quarante-huit heures qui suivent.

2. Prélèvement de fèces

Le prélèvement de fèces est réalisé à l’aide d’un gant de fouille à usage unique, si possible stérile (PHOTO 1). L’utilisation de gel lubrifiant est à proscrire afin de ne pas nuire à la réaction PCR. Les matières fécales sont ensuite placées dans un flacon stérile de 40 ml.

3. Prélèvement de mucus vaginal

Un nettoyage de la région périnéale est effectué au préalable, à l’aide d’eau et de désinfectant. Les lèvres vulvaires sont écartées pour introduire un écouvillon stérile, de préférence à tige plastique car celle en bois peut casser dans le vagin et blesser l’animal (PHOTO 2). L’écouvillon est enfoncé profondément et son extrémité est frottée énergiquement contre les parois du vagin pendant une dizaine de secondes. Un nettoyage de la région périnéale est effectué au préalable, avec de l’eau et du désinfectant.

4. Prélèvement de produit de la parturition

Du placenta peut également être prélevé. Dans ce cas, les cotylédons sont à privilégier compte tenu de la localisation de Coxiella burnetii, en prélevant en priorité ceux dont l’aspect paraît le plus modifié.

Le prélèvement fœtal (contenu stomacal notamment) est possible, mais il est peu apprécié par les laboratoires d’analyses et il n’est pas toujours facile de l’effectuer correctement sur le terrain. Il convient de recueillir le contenu stomacal dans un pot stérile.

Troisième étape : acheminer les prélèvements

Pour les analyses PCR, les différents prélèvements sont idéalement déposés au laboratoire d’analyses immédiatement après leur réalisation. Si cela n’est pas possible, il convient de les acheminer sous quarante-huit heures sous couvert du froid positif. Une étude récente menée par nos soins conclut à un risque non négligeable de résultats faussement négatifs si l’analyse est trop différée par rapport au jour du prélèvement. Lors de diagnostic d’avortement (sur le placenta ou sur le mucus vaginal d’une vache qui a avorté), pour lequel la charge bactérienne excrétée est généralement forte, il apparaît néanmoins possible de différer l’analyse PCR.

Quatrième étape : interpréter les résultats

1. Lors d’avortements

Si une PCR positive sur le mucus vaginal d’une vache qui a avorté laisse peu de doute sur l’implication de Coxiella burnetii dans cet événement, la séroprévalence obtenue chez les autres vaches prélevées permet seulement de suspecter l’intervention de Coxiella dans d’autres avortements (voir la FIGURE “Proposition d’une grille d’interprétation des résultats fièvre Q dans le cadre d’avortements répétés”).

Si la PCR réalisée sur le mucus vaginal de la vache qui a avorté se révèle négative, l’implication de Coxiella est peu probable, et ce d’autant plus que la séroprévalence obtenue chez les autres vaches est faible. Elle ne peut toutefois être exclue.

En revanche, si la séroprévalence se révèle supérieure à 60 %, la réalisation d’une PCR fièvre Q lors d’un prochain avortement est conseillée.

2. Recherche de circulation de C. burnetii

Une PCR positive sur le lait de tank démontre seulement la circulation de Coxiella burnetii dans l’élevage, mais ne permet pas de lui associer d’éventuels signes cliniques dans l’élevage (voir la FIGURE “Proposition d’une grille d’interprétation des résultats fièvre Q dans le cadre d’une recherche de circulation de ). Elle doit être utilisée uniquement pour un diagnostic de circulation de l’agent pathogène, en dehors d’un contexte clinique. De même, la séroprévalence obtenue sur un échantillon de vaches prélevées renseigne sur la circulation probable ou non de Coxiella dans l’élevage.

Seule la répétition des analyses permet d’avoir une vision globale de l’implication de Coxiella burnetii dans des affections d’élevage (métrites et infertilité notamment). Les données manquent sur la valeur prédictive d’un résultat PCR positif sur le lait de tank. Il paraît donc prématuré de proposer une grille d’interprétation à partir de ce support dans un contexte de troubles cliniques attribuables à la fièvre Q (avortements, métrites, toux). La PCR sur le lait de tank ne semble conseillée que lors de fusion, de reprise ou de reconstitution de cheptel. Aucun protocole ne peut être proposé à ce jour pour évaluer, de façon économique, l’extinction de l’excrétion. Les protocoles ne sont aujourd’hui que des propositions qui nécessitent d’être validées sur le terrain.

  • (1) Voir l’article de R. Guatteo et coll. « Fièvre Q : excrétion mammaire, vaginale et fécale ». Point Vét. 2005 ;36(258) :14-15.

  • 1 - Behymer D, Riemann H. Coxiella burnetii infection (Q fever). J. Am. Vet. Med. Assoc. 1989 ; 194(6) : 764-767.
  • 2 - Berri M, Laroucau K, Rodolakis A. The detection of Coxiella burnetii from ovine genital swabs, milk and fecal samples by the use of a single touchdown polymerase chain reaction. Vet. Microbiol. 2000 ;72(3-4) :285-293.
  • 3 - Cowley R, Fernandez F, Freemantle W et coll. Enzyme immunoassay for Q fever : comparison with complement fixation and immunofluorescence tests and dot immunoblotting. J. Clin. Microbiol. 1991 ;30(9) :2451-2455.
  • 4 - Field PR. Evaluation of a novel commercial enzyme-linked immunosorbent assay detecting Coxiella burnetii-specific immuno­globulin G for Q fever prevaccina­tion screening and diagnosis. J. Clin. Microbiol. 2002 ;40(9) :3526-3529.
  • 5 - Fournier PE, Marrie TJ, Raoult D. Diagnosis of Q fever. J. Clin. Microbiol. 1998 ;36(7) :1823-1834.
  • 6 - Lorenz H, Jager C, Willems H et coll. PCR detection of Coxiella burnetii from different clinical specimens, especially bovine milk, on the basis of DNA preparation with a silica matrix. Appl. Environ. Microbiol. 1998 ;64(11) :4234-4237.
  • 7 - Peter O, Dupuis G, Peacock MG et coll. Comparison of enzyme-linked immunosorbent assay and complement fixation and indirect fluorescent-antibody tests for detection of Coxiella burnetii antibody. J. Clin. Microbiol. 1987 ;25(6) :1063-1067.
  • 8 - Willems H, Thiele D, Frolich-Ritter R et coll. Detection of Coxiella burnetii in cow’s milk using the polymerase chain reaction (PCR). Zentralbl. Veterinarmed B. 1994 ;41(9) :580-587.
  • 9 - Yang S, Rothman RE. PCR-based diagnostics for infectious diseases : uses, limitations, and future applications in acute-care settings. Lancet Infect. Dis. 2004 ;4(6) :337-348.

PHOTO 1. Prélèvement de fèces pour PCR fièvre Q. Quarante ml de fèces sont prélevés avec un gant de préférence stérile et non lubrifié.

Proposition d’une grille d’interprétation des résultats fièvre Q dans le cadre d’avortements répétés

FQ : fièvre Q. (1) Cinétique : deuxième prélèvement trois semaines à un mois plus tard.Une PCR individuelle positive sur le mucus vaginal d’une vache qui a avorté constitue un diagnostic de fièvre Q.

Proposition d’une grille d’interprétation des résultats fièvre Q dans le cadre d’une recherche de circulation de Coxiella burnetii

La PCR sur lait de tank ne doit être utilisée que pour des diagnostics de circulation de l’agent pathogène, en dehors d’un contexte clinique.

PHOTO 2. Prélèvement de mucus vaginal pour PCR fièvre Q. L’écouvillon est frotté contre la paroi une dizaine de secondes.

Proposition de protocole diagnostique selon l’objectif recherché