Le point Vétérinaire n° 259 du 01/10/2005
 

CHIRURGIE OSSEUSE CHEZ LE JEUNE RUMINANT

Pratiquer

EN IMAGES

Florence Ayral*, André Desrochers**


*Faculté de médecine vét. Université de Montréal. St-Hyacinthe, QC, Canada. J2S 7C6
**Faculté de médecine vét. Université de Montréal. St-Hyacinthe, QC, Canada. J2S 7C6

Après une sédation profonde et un parage des plaies, l’attelle est moulée en “U” pour épouser les branches de la mandibule, puis fixée avec des cerclages.

Les fractures mandibulaires du jeune ruminant sont fréquemment ouvertes et complètes, avec un déplacement marqué. Elles nécessitent une réduction et une immobilisation chirurgicales. Le moulage et la fixation d’attelle mandibulaire en polyméthyl-méthacrylate à l’aide d’un cerclage préserve le cortex particulièrement mince des jeunes ruminants. Cette technique est peu invasive, simple, rapide, économique et peut être utilisée même lors de fractures complexes de la mandibule. Elle nécessite peu de matériel. Elle a été expérimentée au centre hospitalier universitaire vétérinaire de Montréal (Saint-Hyacinthe, Canada)(1).

Elle peut aussi être réalisée en conditions de terrain, à la ferme.

  • (1) Voir l’article “Traiter les fractures de mandibule avec des attelles en résine” des mêmes auteurs, en pages 12 et 13 de ce numéro.

  • (2) Médicament à usage humain.

1. Matériel La technique requiert peu de matériel : un fil orthopédique 20 G (a), une aiguille 14 G (b), une pince coupante (c), du polyméthyl-méthacrylate (PMMA) et son solvant (ici Technovit® (d). Plusieurs variétés de PMMA sont commercialisées.

10. Suivi postopératoire Le pronostic associé est excellent. Les complications sont rares et principalement infectieuses. Afin de contrôler l’infection au site de fracture, un antibiotique (pénicilline G procaïne : 20 000 UI/Kg ou ceftiofur : 2 mg/Kg) est administré par la voie intramusculaire, pendant sept à quatorze jours après la chirurgie. Un repas de lait peut être proposé à l’animal, quelques heures après l’intervention, au seau plutôt qu’au biberon, afin que la mandibule soit le moins possible mobilisée. L’attelle est retirée quatre à six semaines après l’intervention, lorsque la stabilité au site de fracture est jugée satisfaisante. Laisser l’attelle trop longtemps peut favoriser des complications comme l’accumulation de débris entre l’attelle et la mandibule. L’animal manifeste alors de l’inconfort et une baisse de l’appétit. La macération de ces débris est propice au développement d’infections labiales.

2. Repères anatomiques Mandibule gauche d’un veau holstein âgé de sept jours : partie incisive (a), partie interdentaire (b), partie alvéolaire (c), branche de la mandibule (d), articulation temporomandibulaire (e).

3Sédation et anesthésie La sédation est par exem­ple obtenue par une injection de diazépam(2) (Valium®) à la dose de 0,1 mg/kg par voie intraveineuse. L’induction est ensuite réalisée avec de la kétamine à la dose de 2 mg/kg par voie intraveineuse. L’animal est ensuite placé en décubitus sternal. Une relaxation musculaire optimale de la mâchoire est obtenue grâce à l’anesthésie générale gazeuse (isoflurane 5 %) après intubation naso-trachéale. Un rouleau de diachylon est inséré entre les molaires afin de maintenir la bouche ouverte et de repousser la langue caudalement (le site de fracture est indiqué par une flèche).

4. Parage et sutures des plaies Les plaies de la muqueuse associées à la fracture sont nettoyées avec du NaCl à 0,9 % à l’aide de compresses sèches non stériles. Elles sont ensuite débridées avec un scalpel muni idéalement d’une lame n° 10, puis suturées. Des points simples à l’aide d’un fil monobrin résorbable 0 peuvent par exemple être utilisés.

5. Moulage Le PMMA (a) est moulé de façon à former un “U” qui épouse les branches des mandibules et la partie incisive : il commence crânialement aux premières prémolaires (PM2), dorsalement aux bords interdentaires et recouvre la face linguale de la partie incisive en préservant le frein de la langue. L’épaisseur de l’attelle doit permettre suffisamment de solidité sans nuire à l’occlusion de la mâchoire. Une fois que l’attelle est durcie et avant que la réaction exothermique du PMMA ne soit trop forte, elle est retirée de la cavité orale de l’animal. Si les bords de l’attelle sont tranchants ou pointus, ils doivent être limés afin de ne pas blesser le jeune ruminant.

6. Perforation de l’attelle L’attelle est perforée à l’aide d’une perceuse en regard de la ligne gingivale pour passer des cerclages entre les incisives 1-1, 1-2 et 3-4. La perforation peut aussi être réalisée in situ après le refroidissement du PMMA. Il convient de prévoir la mise en place de trois cerclages rostraux croisés et de deux à quatre cerclages caudaux.

7a. Positionnement des cerclages rostraux Exemple de mise en place d’un cer­clage (c) rostral pour fixer l’attelle (a). Le fil orthopédique est noué sur la face labiale de la partie incisive en passant entre les incisives 1-1, guidé par l’aiguille 14 G (b).

7b. Positionnement des cerclages rostraux Insertion des aiguilles de part et d'autre des incisives 1-1.

7c. Positionnement des cerclages rostraux Passage d'un cerclage autour des incisives 1-1. (b). L'aiguille caudale (c) est mise en place pour le passage de cerclages caudaux (placés crânialement à PM2).

8. Mise en place d’un cerclage caudal Les cerclages rostraux sont déjà en place (flèche). Les cerclages caudaux (c), guidés par l’aiguille 14 G (b), passent autour de l’attelle et de la partie interdentaire du corps de la mandibule (c).

9. Nœuds de fixation Les cerclages caudaux sont noués au niveau d’une incision cutanée sous mandibulaire (flèches), alors que les cerclages rostraux sont noués sur la face labiale de la partie incisive. Chaque cerclage doit être serré fortement pour limiter tout déplacement de l’attelle. Il convient de veiller à ce que le site de fracture soit stable à la manipulation et que l’occlusion de la mâchoire après l’intervention permette à l’animal de s’alimenter.