Le point Vétérinaire n° 259 du 01/10/2005
 

EXPLORATION DE LA FONCTION AUDITIVE DU CHIEN ET DU CHAT

ÉCLAIRER

NOUVEAUTÉS

Ludovic Siméon*, Laurent Monnereau**


*Clinique vétérinaire,
247 route d’Angoulême,
24 000 Périgueux
**UP d’anatomie-
embryologie, Département
sciences biologiques
et fonctionnelles,
23 chemin des Capelles,
BP 87 614,
31 076 Toulouse Cedex 03

L’enregistrement des potentiels évoqués auditifs est une méthode audiométrique objective de diagnostic de la surdité chez le chien et chez le chat.

La surdité du chien et du chat est une affection mal connue et difficile à objectiver par les techniques de diagnostic classiques. Le diagnostic repose sur l’enregistrement des potentiels évoqués auditifs du tronc cérébral (PEATC). Cet examen électrodiagnostique peut être réalisé dès que la fonction auditive est pleinement fonctionnelle, à partir de l’âge de trois semaines chez le chiot et d’un mois chez le chaton. Cependant, lors de surdité congénitale héréditaire, le processus de dégénérescence cochléaire s’achève vers l’âge de cinq semaines. En pratique, il est donc préférable d’attendre que l’animal ait atteint l’âge de six semaines [a].

Des stimulations acoustiques…

Des stimulations sonores (stimulations aériennes) ou mécaniques (stimulations osseuses) appliquées à une seule oreille (monaurales) entraînent une succession de potentiels nerveux qui correspondent au cheminement des influx nerveux dans les différentes structures sensorielles auditives. L’enregistrement par un appareil d’électrodiagnostic (PHOTO 1) et l’analyse de l’enchaînement de ces potentiels, dont le nombre est inférieur ou égal à sept en dix millisecondes, permettent d’évaluer la fonctionnalité auditive de l’oreille testée [5, 8].

Ilexiste différents types d’appareils d’électrodiagnostic. Ils vont de systèmes très simples, portatifs, qui permettent l’enregistrement des PEATC seulement en stimulation aérienne à des appareils plus perfectionnés qui font en outre fonction d’électro-encéphalographe, d’électromyographe ou d’électrorétinographe, et dont le coût est plus élevé. En France, plusieurs sites disposent de dispositifs d’électrodiagnostic(1).

L’appareil d’électrodiagnostic permet de distinguer l’activité électrique induite par la stimulation acoustique de “bruits de fond” qui correspondent à d’autres influx nerveux (activités cérébrales électro-encéphalographiques et électromyographiques) [5]. Une intervention active du patient n’est donc pas nécessaire, ce qui présente un intérêt majeur en médecine vétérinaire.

… Réalisables chez un animal vigile

Quatre-vingt-quinze pour cent des examens sont conduits chez un animal vigile. Cependant, une tranquillisation ou une anesthésie est possible afin de diminuer le bruit de fond. Deux agents anesthésiques peuvent altérer les caractéristiques des PEATC, l’unvolatil, le méthoxyflurane, l’autre fixe, le thiamylal sodique, et sont donc contre-indiqués [a].

Trois électrodes monofilaires sous-cutanées ou à pinces crocodiles reliées à l’appareil d’électrodiagnostic sont placées sur l’animal : une électrode active ou positive (notée +), une électrode de référence ou négative (notée –) et une électrode de masse [5].

Il n’existe pas de consensus sur le positionnement de ces trois électrodes. Une mise en place fonctionnelle consiste à placer l’électrode + sur le vertex du crâne, l’électrode - en regard de l’arcade zygomatique du côté de l’oreille stimulée et la masse sur la ligne médiane du cou ou du dos (PHOTO 2) [8].

Examen indépendant de chaque oreille

Desstimuli acoustiques d’intensité élevée, comprise entre 80 et 90 dB, sont délivrés par l’appareil électrodiagnostique en stimulation aérienne ou osseuse.

• Les stimuli peuvent être délivrés en stimulation aérienne par un petit haut-parleur émettant des sons (une succession de “clics”) grâce à un casque ou à des écouteurs internes [5, 10]. Il est possible d’avoir recours au “masking”, qui consiste à appliquer un “bruit blanc” à l’oreille non testée afin d’éviter que la stimulation sonore n’évoque une activité électrique controlatérale (notamment par conduction au niveau des os du crâne) [4, 10]. Le masking présente un intérêt majeur lors du diagnostic d’une surdité unilatérale.

• La stimulation osseuse est générée par une sonde vibrante appliquée sur le processus mastoïde de la partie auriculaire de l’os temporal. Cela permet de stimuler directement la cochlée, en court-circuitant les oreilles externe et moyenne [5, 11].

• L’appareil électrodiagnostique enregistre les PEATC et les extrait du bruit de fond en réalisant la moyenne d’une série d’une centaine à un millier d’enregistrements successifs, puis les imprime [9]. Le tracé est constitué d’une série d’ondes ou de pics.

• Les deux oreilles sont testées successivement.

Sept ondes identifiables

La première étape de l’interprétation d’un tracé d’enregistrement de PEATC est l’identification des ondes observées (voir la FIGURE “Tracé des ondes des PEATC, associées aux différentes structures nerveuses qui les génèrent”) [2, 5].

L’onde I, première onde qui apparaît sur le tracé, peut aussi se présenter sous la forme d’un doublet Ia et Ib. Elle correspond à la simulation de la portion extracrânienne du nerf cochléaire.

Les ondes suivantes ont toutes une origine intracrânienne.

L’onde suivante, l’onde II, est produite par la portion intra­crânienne du nerf cochléaire et par le noyau cochléaire.

L’onde III est produite par les noyaux olivaires et par ceux du corps trapézoïde.

L’onde IV, d’origine lemniscale, n’est pas toujours présente et est parfois accolée à l’onde III ou à l’onde V.

L’onde V, qui provient des collicules caudaux, a une morphologie asymétrique particulière. Elle est caractérisée par une forte amplitude et est suivie par une large déflexion négative.

L’onde VI, en provenance des corps géniculés médiaux, et l’onde VII, originaire des radiations acoustiques, n’existent pas toujours.

Absence de normes vétérinaires

L’analysequalitativede certaines caractéristiques du tracé permet de détecter des anomalies en faveur d’une surdité.

Les latences individuelles des ondes, ainsi que celles entre les ondes (notamment entre les ondes I et III et entre les ondes I et V, qui sont les trois ondes les plus facilement identifiables en pratique) sont mesurées et exprimées en millisecondes.

Les amplitudes de chaque onde sont caractérisées par la différence de voltage entre le pic positif et le pic négatif et sont exprimées en microvolts.

Le seuil de stimulation, aérienne ou osseuse, se définit comme la plus faible intensité de stimulation pour laquelle une réponse est obtenue [5, 6, 7]. En pratique, l’onde V est prise comme référence. Le seuil est déterminé en diminuant progressivement l’intensité des stimuli acoustiques jusqu’à la disparition de l’onde V.

À l’heure actuelle, aucune norme vétérinaire bien définie n’existe pour ces paramètres [a, 5, 8, 9].

Apport au diagnostic de la surdité

L’enregistrement des PEATC permet d’objectiver trois aspects de la surdité [3, 5, 9]. Y a-t-il une surdité et, si oui, est-elle totale ou partielle (voir la FIGURE “Interprétation de tracés d’enregistrement de PEATC anormaux) ?

Uneligne iso-électrique (absence de pics) sur le tracé révèle une surdité totale (a). En revanche, si les pics sont présents mais avec des caractéristiques altérées (latences des pics et/ou entre les pics élevées, amplitudes diminuées ou seuil de stimulation élevé), il s’agit d’une surdité partielle (b).

• La surdité est-elle bilatérale ou unilatérale ?

Le test successif des deux oreilles et le recours au masking permettent d’objectiver une surdité unilatérale (a).

• S’agit-ild’une surdité de transmission ou de perception ?

Si le tracé obtenu après une stimulation aérienne est altéré alors que celui enregistré après une stimulation osseuse est normal, il s’agit d’une surdité de transmission, c’est-à-dire qui concerne les oreilles externe et/ou moyenne (c). En revanche, si les tracés obtenus après des stimulations aérienne et osseuse sont tous les deux altérés, il s’agit alors d’une surdité de perception, c’est-à-dire relative à une atteinte de l’oreille interne et/ou des voies sensorielles de l’audition (d).

Pas de diagnostic causal

L’inconvénient majeur de l’enregistrement des PEATC est qu’il ne permet pas d’établir un diagnostic étiologique, alors que les causes de surdité chez le chien et chez le chat sont nombreuses et mal connues.

L’enregistrement des PEATC reste un outil particulièrement intéressant pour le diagnostic et, surtout, pour le dépistage de la surdité chez le chien et chez le chat et des examens complémentaires permettent de définir l’origine de l’affection.

  • (1) Notamment les services de médecine de l’ENVA ou de l’ENVL, ou la clinique de Frégis (Arcueil 92).

Congrès

a - Garosi L. Surdité. In: Comptes rendus Congrès AFVAC-CNVSPA: Particularités raciales. AFVAC-CNVSPA, Paris, 8, 9 et 10 nov. 2002;340-341.

PHOTO 1. Appareil d’électrodiagnostic, Neuromatic 2000®, prêt pour l’enregistrement de PEATC en stimulation aérienne à l’aide du casque d’écoute présent sur la table.

Tracé des ondes des PEATC, associées aux différentes structures nerveuses qui les génèrent

Les différentes caractéristiques des ondes sont indiquées : latences individuelles (Lat.), latence interpics (IPL. : Inter Pic Latancy) et amplitudes (Amp.) [1, 9]. I Nerf cochléaire II Noyau cochléaire ventral III Noyaux olivaires IV Lemnisque latéral V Collicules caudaux VI Corps géniculés médiauxVII Radiations acoustiques

Interprétation de tracés d’enregistrement de PEATC anormaux

PHOTO 2. Chiot dalmatien anesthésié (isoflurane) au cours d’une séance d’enre­gistrement des PEATC en stimulation aérienne. Des électrodes sous-cutanées, positive, négative et de masse, sont mises en place. Le casque délivre les stimuli auditifs.

PHOTO 2. Chiot dalmatien anesthésié (isoflurane) au cours d’une séance d’enre­gistrement des PEATC en stimulation aérienne. Des électrodes sous-cutanées, positive, négative et de masse, sont mises en place. Le casque délivre les stimuli auditifs.