Le point Vétérinaire n° 258 du 01/09/2005
 

CHIRURGIE OSSEUSE DU CHIEN

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EN QUESTIONS-REPONSES

Thierry Boulet

Clinique vétérinaire
10, rue de la Croix-de-Pierre
72290 Saint-Mars-sous-Ballon

Le lâchage d’implants, vis ou plaque, est une complication de la triple ostéotomie pelvienne. La pose d’une seconde plaque vissée sur la face ventrale de l’ilium permet de renforcer le montage.

Résumé

La dysplasie coxofémorale est une instabilité de la hanche du chiot en croissance qui peut être traitée dans certaines conditions par une chirurgie de triple ostéotomie pelvienne. Cette ostéosynthèse de plusieurs ostéotomies correctrices du pelvis donne généralement de bons résultats. Elle consiste à réaliser une ventroversion acétabulaire qui augmente le recouvrement de la tête fémorale et nécessite une ostéotomie de l’ilium fixée par plaque vissée. Des complications de lâchage d’implants peuvent survenir. Elles sont liées à la mise en charge rapide du membre et aux caractéristiques anatomiques de l’os juvénile du bassin du chiot. Une technique de renforcement du montage par adjonction d’une seconde plaque ventrale sur l’ilium est réalisable et limite la survenue de défaillances mécaniques du montage pendant la phase postopératoire.

Le principe de la triple ostéotomie pelvienne (TOP) est de réaliser une libération totale de l’acétabulum par une ostectomie de la branche ventrale du pubis médialement à l’éminence ilio-pubienne, une ostéotomie de la table ischiatique et une ostéotomie iliale. Une ostéosynthèse de l’ilium est ensuite effectuée à l’aide d’une plaque précontournée qui permet une ventroversion de degré variable et un décalage latéral de l’acétabulum [1, 2, 8, c, d].

Cette technique chirurgicale peut être proposée lors de diagnostic de dysplasie coxofémorale chez un chiot en croissance qui présente des signes cliniques (voir l’ENCADRÉ “ La dysplasie coxofémorale ” et la PHOTO 1). Des contre-indications restreignent toutefois les applications de ce traitement.

Cet article a pour objet de présenter une technique de renforcement de la synthèse par plaque vissée de l’ilium lors de TOP.

Après une présentation de la TOP et de ses complications possibles, différentes solutions chirurgicales de renforcement biomécanique de cette ostéosynthèse sont ensuite exposées.

Quelles sont les applications et les limites de la TOP ?

1. Indications et contre-indications

La TOP est indiquée lors de dysplasie coxofémorale de stade C à D (voir l’ENCADRÉ “ Les stades de la dysplasie coxofémorale ”), sans arthrose marquée, chez un chien en croissance pesant plus de 20 kg pour lequel la traduction clinique peut aller d’une simple réduction d’activité physique à une boiterie avec douleur.

La luxation coxofémorale traumatique et la correction chirurgicale d’un échec de prothèse totale de hanche par luxation sont les autres indications de triple ostéotomie pelvienne [d].

Les contre-indications à cette technique sont une luxation complète de la tête fémorale dans le cadre d’une dysplasie coxofémorale, une dysplasie coxofémorale de stade E, une arthrose avec ostéophytose majeure ou le constat d’une cavité acétabulaire plate incapable de retenir la tête fémorale [c].

Des études radiographiques ont mis en évidence une verticalisation de la pente acétabulaire chez le chiot dysplasique (voir la FIGURE “ Différence de conformation de la pente acétabulaire entre une hanche saine et une hanche dysplasique ”). Cette altération morphologique peut s’accompagner de lésions de la portion cartilagineuse du sourcil acétabulaire (labrum) qui contre-indiquent une triple ostéotomie. Ces modifications structurelles peuvent se diagnostiquer en période préopératoire par une radiographie sous incidence dite “ DAR ” (“ dorsal acetabular rim ”), associée à une arthroscopie de la hanche [3, 26, b, d, e].

2. Objectifs de la chirurgie

La congruence articulaire d’une hanche dysplasique opérée par triple ostéotomie pelvienne augmente radiologiquement et cliniquement (PHOTO 2). La couverture acétabulaire dorsale augmente graduellement jusqu’à un maximum atteint cinq semaines après l’intervention. La triple ostéotomie pelvienne accroît donc la stabilité articulaire en augmentant le recouvrement dorsal de la tête de fémur. La correction de cette instabilité de la hanche minimise le traumatisme qui s’exerce sur le cartilage articulaire et prévient les étirements répétés des tissus mous de contention péri-articulaires et intra-articulaires (capsule articulaire, ligament rond, ligament transverse de l’acétabulum) liés à la subluxation de la tête fémorale. Une contraction progressive postopératoire de ces tissus mous renforce secondairement la stabilité articulaire [18]. La triple ostéotomie pelvienne limite ainsi l’évolution dégénérative arthrosique de l’articulation et les douleurs dues aux étirements excessifs des tissus mous péri-articulaires [c].

3. Limites de la chirurgie

L’amélioration de la contention articulaire par triple ostéotomie pelvienne n’implique pas l’obtention d’une congruence articulaire qui garantisse une bonne récupération fonctionnelle. L’amélioration de la congruence fait référence à la qualité du contact entre des surfaces articulaires opposées (acétabulum/tête de fémur), or ces dernières ne se retrouvent pas dans une configuration physiologique après une triple ostéotomie pelvienne [7, d].

Selon certains auteurs, des lésions cartilagineuses préexistantes à l’intervention chirurgicale peuvent entraîner une poursuite de l’évolution dégénérative arthrosique de l’articulation après une triple ostéotomie [21, e].

Quelles sont les complications lors de TOP ?

De nombreuses études font état d’un descellement des vis de la plaque de synthèse iliale lors du suivi radiographique de la cicatrisation osseuse d’une triple ostéotomie pelvienne (PHOTOS 3 et 4). Cette complication est constatée dans 12 à 70 % des cas suivant les études [10, 14, 15, 17, 20, h].

1. Descellement de vis

Le descellement de vis est la complication la plus fréquemment rencontrée. Ses conséquences sont variables : perte de l’alignement et de la rotation de l’hémipelvis opéré, médialisation de l’ischium, diminution du diamètre de la filière pelvienne, douleur liée au contact des vis en migration avec les masses musculaires ou collapsus médial complet du massif acétabulaire [10, 20].

Le descellement concerne généralement les vis crâniales au point de torsion du massif acétabulaire.

Lors de collapsus complet du massif acétabulaire, les attitudes divergent sur la conduite à tenir : certains auteurs préconisent un traitement conservateur et annoncent un maintien de l’alignement axial sans reprise chirurgicale [20], d’autres conseillent une reprise chirurgicale selon différentes techniques [10].

La survenue de cette complication serait liée aux faibles qualités de tenue mécanique de l’os ilial juvénile, aux sollicitations intenses subies par les vis liées à la mise en charge précoce du membre et à la taille relativement réduite de l’implant en regard des exigences mécaniques d’une ostéosynthèse stable, ou à son défaut de modelage avec l’aile iliaque [15, 17, d].

2. Ruptures de plaques ou de vis

Plusieurs modèles de plaques ont été étudiés pour la réalisation de TOP. Les plaques précontournées ont démontré leur supériorité sur les plaques à compression dynamique (DCP), en termes de qualité de la correction (ventroversion et rétroversion optimales, précision de la correction) et de qualité mécanique (stabilité en flexion et en torsion, inertie mécanique supérieure) [13, 15, 17].

Des cas de rupture de plaques sont rapportés par certains auteurs. Ils semblent toutefois très rares lors d’utilisation de plaques précontournées [15].

Les vis corticales de 3,5 mm, de 2,7 mm, de 3,5 mm spongieuses totalement filetées et de 4mm spongieuses ont été étudiées et préconisées. Elles ne présentent pas de différence de tenue osseuse dans l’aile de l’ilium [15].

Les vis spongieuses de 4 mm présentent toutefois un taux plus élevé de ruptures à long terme, comparées aux vis de 3,5 mm, ce qui peut s’expliquer par le diamètre réduit de leur âme. Une vis de 3,5 mm présente en effet une âme de 2,4 mm, contre 1,9 mm pour une vis spongieuse de 4 mm. L’âme (ou noyau central de la vis) détermine ses qualités mécaniques, et en particulier sa résistance en torsion et en flexion.

3. Extension intra-articulaire de la section ischiale

La réalisation de l’ostéotomie ischiale lors de triple ostéotomie peut conduire à une extension intra-articulaire du trait de section lors d’insuffisance d’orientation médiale de ce trait d’ostéotomie. La survenue d’une fracture iatrogène intra-articulaire du cotyle dans sa partie postérieure entraîne une dégénérescence arthrosique invalidante, dont les conséquences fonctionnelles sont variables. L’utilisation d’une scie oscillante doit être préférée à un ostéotome pour diminuer ce risque de complication [14].

4. Altérations fonctionnelles du membre pelvien

L’utilisation d’une plaque précontournée de triple ostéotomie, qui réalise une bascule acétabulaire d’angle élevé pouvant aller jusqu’à 45°, peut entraîner un conflit mécanique entre le sourcil acétabulaire et la région trochantérienne, à l’origine d’altérations fonctionnelles [d]. Des études ont démontré que la zone de contact entre l’acétabulum et la tête fémorale augmente significativement lorsque la ventroversion croît de 0 à 30° et le recouvrement dorsal de la tête fémorale s’améliore quand elle évolue de 0 à 20°. À 20° de bascule du massif acétabulaire, la stabilité intrinsèque de la hanche dysplasique et la contention de la tête fémorale par l’acétabulum sont optimales [7]. Ce sont actuellement les angles proposés par la plupart des plaques précontournées.

De même, le recours à des bascules du massif acétabulaire dont l’angle est très élevé limite les capacités d’abduction du membre postérieur en période postopératoire. Des auteurs ont décrit des hyperextensions du tarse après une triple ostéotomie [18], 23].

5. Lésions nerveuses

Des lésions du nerf obturateur ou du nerf sciatique sont décrites et présentées comme généralement transitoires [8, h].

Quels facteurs favorisent les complications ?

La réalisation d’ostéotomies pelviennes multiples dont seule la composante iliale est fixée nécessite une forte capacité de cicatrisation osseuse pour compenser la baisse de rigidité et de résistance du montage dans le temps, lors de la mise en charge postopératoire. Seul le chiot en croissance présente cette capacité. Sa morphologie osseuse s’adapte en outre facilement aux nouveaux rapports anatomiques intra-articulaires de la hanche opérée par triple ostéotomie.

Ainsi, un chiot de poids élevé dont la croissance est avancée présente un risque supérieur de lâchage d’implants à la suite d’une triple ostéotomie pelvienne. Le respect d’une période de restriction d’activité postopératoire semble alors indispensable. La réalisation d’une triple ostéotomie bilatérale dans un laps de temps qui ne permet pas l’obtention d’une consolidation osseuse complète de la première intervention augmente les risques de complication par lâchage d’implants avec la mise en charge inévitable du train postérieur.

Une fréquence accrue de lâchages d’implants postopératoires a été rapportée chez les mâles et dans la race berger allemand [h].

En phase postopératoire d’une triple ostéotomie chez l’homme, une suppression d’appui complète pendant deux mois est prescrite, suivie d’une reprise partielle d’appui au cours des deux mois suivants. La technique d’ostéosynthèse utilisée chez l’homme ne fait toutefois pas appel à des plaques vissées, mais à trois à cinq vis de position (triple ostéotomie de Tönnis) [26].

Quelles sont les techniques de renforcement ?

1. Utilisation de cerclages

Différents auteurs ont préconisé la pose d’un cerclage sur le site de l’ostéotomie ischiale. Certains modèles de plaque précontournée possèdent des trous supplémentaires qui permettent de réaliser un cerclage solidarisant l’ilium à la plaque de triple ostéotomie. Toutefois, aucune étude rétrospective n’a pu prouver l’efficacité de ces moyens de renforcement du montage d’ostéosynthèse. Des défauts de cicatrisation cutanée ou des collections hémorragiques postopératoires ont en outre été reliés à l’utilisation de ces cerclages [11, 12, 14, 18, 20].

2. Pose de vis de plaque sacro-iliaque

Il a été prouvé que les fractures du sacrum et les luxations sacro-iliaques doivent être traitées par pose de vis de traction entre l’aile de l’ilium et le corps du sacrum. La tenue de ces vis de traction est de meilleure qualité si leur longueur d’ancrage dans le corps du sacrum est supérieure à 60 % de sa largeur [5]. Lors de technique de triple ostéotomie, il est ainsi préconisé d’ancrer une ou deux vis de position dans le corps du sacrum pour accroître la résistance du montage. Une incertitude demeure sur le degré de mobilité résiduelle souhaitable de cette articulation chez le jeune et, selon certains auteurs, des mouvements inévitables au niveau de l’articulation sacro-iliaque pourraient faciliter le descellement de ces vis de position [17]. D’autres études contestent l’intérêt réel de cet ancrage dans le corps du sacrum [14, 20].

3. Ostéotomie du grand trochanter

L’ostéotomie du grand trochanter et sa réinsertion distale sur le site d’ostéotomie ont été utilisées en complément de la triple ostéotomie pelvienne afin d’améliorer la stabilité de la hanche et également pour traiter des luxations traumatiques de la hanche [14].

Qu’est-ce que le montage à deux plaques iliales ?

Une série d’articles présente une étude sur la pose d’une plaque complémentaire ventrale sur l’ilium afin de renforcer la résistance du montage lors de TOP [9, 10, 11].

1. Bases biomécaniques du montage

Une étude a comparé la résistance et la rigidité de deux montages d’ostéosynthèse destinés à stabiliser une fracture iliaque oblique longue. Un premier montage est constitué d’une plaque DCP posée sur la face latérale de l’ilium. Le second montage correspond à la pose de vis de traction sur la face ventrale de l’ilium qui s’insèrent jusqu’au cortex dorsal de cet os. L’étude conclut que la résistance du montage par vis de traction aux contraintes en torsion et en compression, ainsi que la résistance à la rupture sont supérieures au montage classique par plaque vissée [27].

Fitch et coll. reprennent ces conclusions et estiment que des vis placées sur la face ventrale de l’ilium neutraliseraient avec efficacité les forces de tension ventrales de l’ilium lors de sa mise en charge. En outre, in vivo, l’utilisation de jauges de contrainte suggère que la face ventrale de l’ilium est la face de tension pendant la majorité du cycle d’appui [9].

Les plaques précontournées pour triple ostéotomie pelvienne sont majoritairement utilisées à l’heure actuelle. Des études ont prouvé qu’elles facilitent la pose de vis dans le corps du sacrum [14] et qu’elles présentent une inertie mécanique supérieure aux plaques DCP chantournées, ce qui limite ainsi le risque de descellement par des vibrations basses fréquences générées lors de la marche [13].

Les études biomécaniques citées ne concernent pas la plaque du Dr Chancrin, mais des plaques de “ Slocum ”. Cependant, des cas de descellement sont également rencontrés avec la plaque Chancrin®.

2. Intérêt de l’association de deux plaques

Il semble donc biomécaniquement judicieux de renforcer un montage de triple ostéotomie par la pose d’une plaque ventrale sur l’ilium afin de limiter les descellements de vis en période postopératoire dans les situations à risque : triple ostéotomie chez un chiot pesant plus de 40 kg ou en toute fin de croissance (PHOTOS 5a, 5b et 5c), triples ostéotomies bilatérales simultanées ou reprise chirurgicale de montage suite à la médialisation du fragment acétabulaire ou à une rupture de plaque (PHOTOS 6a, 6b). L’association de ces deux implants réalise alors un montage de deux plaques à 90°, ce qui présente le maximum de résistance aux différentes contraintes engendrées par la reprise d’appui de l’animal. À partir d’une étude rétrospective qui compare l’évolution postopératoire des montages de triple ostéotomie renforcés ou non d’une plaque ventrale, Fitch et coll. concluent que l’adjonction de ce second implant diminue significativement le taux de complications et améliore le confort postopératoire, ainsi que la qualité de la mise en charge [11].

3. Réalisation pratique de la chirurgie

La plaque ventrale est posée sur l’ilium après la fixation de l’ostéotomie iliale par une plaque précontournée de triple ostéotomie. Elle impose l’élévation à la rugine du muscle ilio-psoas. Les plaques 3D ou DCP 2,7 présentent la meilleure capacité à épouser la face ventrale de l’ilium et l’éventuel décalage dorso-ventral entre les deux fragments lié à la synthèse initiale (PHOTOS 7a, 7b et 7c). Le temps opératoire se trouve allongé de trente à quarante-cinq minutes, mais ne nécessite pas de réaliser une voie d’abord supplémentaire.

La technique présentée de renforcement d’un montage de triple ostéotomie par adjonction d’une plaque ventrale augmente la stabilité du site d’ostéotomie et maintient l’alignement du segment acétabulaire en phase postopératoire [11]. Elle ne prévient pas totalement le descellement de vis, notamment proximales, au site de rotation acétabulaire, mais élimine le risque de désengagement complet de la plaque précontournée de triple ostéotomie du massif acétabulaire et sa médialisation. Cette technique rallonge le temps opératoire de trente à quarante-cinq minutes. Elle ne présente pas de difficulté technique majeure, mais alourdit le coût opératoire par adjonction d’un matériel complémentaire. Elle peut être destinée aux chiots de fort gabarit dont le potentiel de croissance résiduelle est faible. Elle est également indiquée lors de la reprise d’un montage défaillant en période postopératoire [10]. Elle permet également d’améliorer le confort postopératoire et la qualité de la mise en charge.

Les stades de la dysplasie coxofémorale

Stade A : aucun signe de dysplasie, angle de Norberg-Olson approximativement de 105°.

Stade B : état sensiblement normal, congruence moyenne et angle de Norberg-Olson supérieur à 105° ou bonne congruence et angle de Norberg-Olson inférieur à 105°.

Stade C : dysplasie de la hanche légère, congruence insuffisante et angle de Norberg Olson inférieur à 105°.

Stade D : dysplasie de la hanche moyenne, mauvaise congruence, angle de Norberg Olson compris entre 90° et 100°, aplatissement de l’angle cotyloïdien et/ou signes d’arthrose.

Stade E : dysplasie de la hanche sévère, subluxation ou luxation manifeste, angle de Norberg-Olson inférieur à 90°, aplatissement du cotyle, déformations de la tête fémorale et autres signes d’arthrose.

La dysplasie coxofémorale

La dysplasie coxofémorale est une anomalie du développement de la hanche qui entraîne une instabilité de cette articulation. Cette instabilité peut provoquer de l’arthrose dans un délai court (dès l’âge de huit à dix mois). La proportion d’animaux adultes dysplasiques atteints d’arthrose ne peut être déterminée précisément en raison de la difficulté d’identifier l’arthrose pendant sa phase silencieuse et du degré de handicap inconstant qu’elle provoque.

L’instabilité est due à une discordance entre la vitesse de maturation squelettique et le maintien d’une contention correcte de la tête fémorale au sein de la cavité articulaire de l’acétabulum [f]. Plus précisément, le différentiel entre la tonicité du système musculaire et les contraintes biomécaniques liées à la croissance osseuse entraîne une hyperlaxité articulaire, source d’incongruence articulaire [f].

Une articulation coxofémorale incongruente est une articulation instable. Une articulation instable entraîne des lésions du cartilage articulaire, sources d’inflammation, de douleur et, secondairement, d’arthrose.

Le chiot naît avec une hanche saine et l’affection s’installe au cours de ses deux premiers mois de vie. La dysplasie est une affection héréditaire dont l’héritabilité est faible, mais non congénitale.

Son déterminisme est polygénique, avec un effet de seuil. Son expression est variable et fortement influencée par des facteurs extérieurs [g].

Points forts

La triple ostéotomie pelvienne (TOP) est indiquée lors de dysplasie coxofémorale de stades C à D, sans arthrose marquée, chez un chien en croissance de plus de 20 kg et dont la traduction clinique peut aller de la boiterie avec douleur à une simple réduction d’activité physique.

Chez des chiots de fort gabarit, en fin de croissance ou lors de triple ostéotomie bilatérale, la pose d’une seconde plaque d’ostéosynthèse ventrale sur l’ilium permet de limiter les risques de lâchage d’implant.

Un montage d’ostéosynthèse avec deux implants dans des plans orthogonaux offre une résistance biomécanique optimale.

La face ventrale de l’ilium est une face de tension de l’os accessible pour la pose d’implants d’ostéosynthèse.

Congrès

a - Autefage A. Biomécanique de la hanche. Cours du CES de traumatologie ostéo-articulaire et d’orthopédie animale 2000-2001 : 1-15.

b - Autefage A. Radiographie de la hanche et coxométrie. Cours du CES de traumatologie ostéo-articulaire et d’orthopédie animale 2000-2001 : 1-14.

c - Autefage A. Traitement de la dysplasie coxofémorale. Cours du CES de traumatologie ostéo-articulaire et d’orthopédie animale 2000-2001 : 1-19.

d - Dejardin LM. Triple ostéotomie pelvienne. Cours avancé de pathologie articulaire. AFVAC, Bandol. Octobre 2004 : 1-3.

e - Dembour T. Évolution à long terme de la coxarthrose après triple ostéotomie pelvienne. Cours avancé de pathologie articulaire. AFVAC Bandol. Octobre 2004 : 1-5.

f - Duhautois B. Dysplasie coxofémorale : options thérapeutiques et critères décisionnels. Actualités thérapeutiques et diagnostiques. Proc. Congrès CNVSPA, Nice, Novembre 1999 : 1-13.

g - Genevois JP. La dysplasie coxofémorale. Cours du CES de traumatologie ostéo-articulaire et d’orthopédie animale 2000-2001 : 1-38.

h - Vezzoni A. Complications in triple pelvic osteotomy. Proc. 11th annual scientific meeting. Europ. College Vet. Surg. Vienne, 5-7 Juillet 2002 : 289.

  • 3 - Charette B, Dupuis J, Beauregard G et coll. Palpation and dorsal acetabular rim radiographic view for early detection of canine hip dysplasia. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2001 ; 14 : 125-132.
  • 7 - Dejardin LM, Perry RL, Arnocczky SP. The effect of triple pelvic osteotomy on the articular contact area of the hip joint in dysplatic dogs : an in vitro experimental study. Vet. Surgery. 1998 ; 27 : 194-202.
  • 9 - Fitch RB, Hosgood G, Staatz A. Biomechanical evaluation of triple pelvic osteotomy with and without additional ventral plate stabilization. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2002 ; 15 : 145-149.
  • 10 - Fitch RB, Kerwin S, Hosgood G et coll. Treatment of mechanically failed triple pelvic osteotomies in four dogs – part 2. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2002 ; 15 : 172-176.
  • 11 - Fitch RB, Kerwin S, Hosgood G et coll. Radiographic evaluation and comparison of triple pelvic osteotomy with and without additional ventral plate stabilization in forty dogs – part 1. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2002 ; 15 : 164-171.
  • 12 - Font J, Closa JM, Cairo J. Clinical and radiological evaluation of triple pelvic osteotomy : retrospective study of 100 cases. Europ. J. Companion Anim. Pract. 2003 ; 13(2): 193-205.
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PHOTO 1. Cliché radiographique ventro-dorsal du bassin d’un chiot golden retriever dysplasique âgé de 5 mois et demi. Malgré le mauvais positionnement de l’animal, la luxation de la tête du fémur est évidente.

Différence de conformation de la pente acétabulaire entre une hanche saine et une hanche dysplasique

L’angle formé par les tangentes à l’acétabulum au point de contact avec la tête fémorale doit être de 165 à 180° lors de hanches normales. Chez le chien dysplasique, il devient inférieur à 165°. D’après [25].

PHOTO 2. Cliché radiographique ventro-dorsal du bassin d’un chiot croisé labrador-terre neuve dysplasique âgé de quinze mois et traité par deux triples ostéotomies pelviennes successives.

PHOTO 3. Migration de vis proximales un mois après une intervention de TOP chez un golden retriever.

PHOTO 4. Descellement de vis acétabulaires et collapsus médial sept jours après une intervention de TOP chez un chiot léonberg.

PHOTO 5a. Un chiot léonberg âgé de dix mois et pesant plus de 40 kg est présenté pour une boiterie et une douleur des hanches. PHOTO 5a. Une radiographie ventro-dorsale du bassin objective une dysplasie marquée.

PHOTO 5b. Un chiot léonberg âgé de dix mois et pesant plus de 40 kg est présenté pour une boiterie et une douleur des hanches. PHOTO 5b. Radiographie en phase postopératoire immédiate. L’animal est traité par TOP, d’emblée avec une double plaque en raison des risques de lâchage d’implant liés à son âge, à son poids et à son niveau d’activité. L’intervention est réalisée de façon bilatérale à un mois d’écart.

PHOTO 5c. Un chiot léonberg âgé de dix mois et pesant plus de 40 kg est présenté pour une boiterie et une douleur des hanches. PHOTO 5c. Le résultat fonctionnel est satisfaisant. Un contrôle radiographique trois mois après la seconde TOP montre la cicatrisation osseuse.

PHOTO 6a. Radiographie ventro-dorsale sept jours après l’intervention. Suite à un saut intempestif de l’animal, une vis spongieuse de 4 mm du segment acétabulaire a cassé et un début de médialisation du massif acétabulaire par lâchage de plaque est constaté.

PHOTO 6b. La TOP est reprise et le montage est renforcé par l’utilisation d’une double plaque ventrale sur l’ilium. La consolidation et la récupération fonctionnelle s’effectuent alors sans encombre.

PHOTO 7a. Illustration sur un os sec d’un montage de triple ostéotomie par plaque Chancrin® contournée à 20°, renforcé par la pose d’une plaque 3D 2,7 6 trous.

PHOTO 7b. Illustration sur un os sec d’un montage de triple ostéotomie par plaque Chancrin® contournée à 20°, renforcé par la pose d’une plaque 3D 2,7 6 trous.

PHOTO 7c. Illustration sur un os sec d’un montage de triple ostéotomie par plaque Chancrin® contournée à 20°, renforcé par la pose d’une plaque 3D 2,7 6 trous.