Le point Vétérinaire n° 258 du 01/09/2005
 

SYNDROME DE LA « VACHE COUCHÉE »

Se former

CONDUITE À TENIR

Gaël Gounot*, Daniel Delefortrie**, Dominique Bernier***


*Commission Vaches laitières SNGTV
Cabinet vétérinaire
81, Bd Edmond Roussin
35300 Fougères
**Clinique vétérinaire Eurolia
54, route de St-Quentin
80400 Ham
***Aqua cow system le Champ Robert
35133 St-Sauveur-des-Landes

La balnéothérapie est un moyen complémentaire pour relever des vaches couchées. Les éleveurs l’acceptent dans les deux tiers des cas. La manœuvre demande un certain nombre de précautions.

Résumé

Les étapes essentielles

Étape 1 : proposer une balnéothérapie

• Dans les 48 heures

• Coût bien accepté ~ 200 €

• Besoin en personnel

Étape 2 : sélection des vaches

• À réserver aux vaches qui tentent de se relever, changent de côté et qui ont conservé appétit et transit

• Contre-indiquée lors de mammites colibacilaires en première intention

• Inutile si CPK > 5 000 UI

Étape 3 : encadrement technique

• Entrée dans le bain par un tapis treuillé

• Remplissage en deux heures (38 °C), réévaluation clinique

• Alimentation pendant les 7 heures de station

Étape 4 : sortie

• Progressive, sur un sol choisi

• Éventuellement un deuxième bain le lendemain

Imaginée dans les années 1980, l’idée de balnéothérapie appliquée aux vaches en décubitus prolongé pouvait laisser sceptique au départ, malgré l’enthousiasme de son concepteur danois qui avait expérimenté la balnéothérapie sur lui-même. Dans les années 1990, cette option thérapeutique était encore classée au chapitre de l’anecdote dans l’enseignement. Pourtant, les quelques piscines importées en France au départ n’ont pas été remisées. Elles comptent toujours des adeptes, et se sont même multipliées.

Première étape : proposer une balnéothérapie

1. Disponibilité géographique des piscines

Selon l’expérience des utilisateurs, les résultats sont optimaux lorsque les vaches sont mises en piscine alors qu’elles sont couchées depuis moins de 48 heures. Une piscine doit donc être disponible à proximité (voir la CARTE “ Localisation des piscines à disposition des bovins en France ”). Le rayon d’action de Dominique Bernier, ergothérapeute en Ille-et-Vilaine, détenteur de quatre piscines et importateur du système Aquacow®, a diminué de 200 km à ses débuts en 1995 à environ 100 km. Pour les autres piscines en France, essentiellement en possession des coopératives de mise en commun de matériel agricole (Cuma), le rayon d’action est de cinquante kilomètres environ.

2. Coût de la balnéothérapie

Le prix facturé pour ce service est à prendre en considération, mais étonnamment pour les vétérinaires qui le proposent, deux tiers des éleveurs acceptent la mise en piscine et son coût ne constitue pas une difficulté. Une piscine Aqua cow® coûte 12 000 euros environ (voir le TABLEAU “ Caractéristiques de différents modèles de piscine disponibles ”). Les montants facturés pour la balnéothérapie sont relativement homogènes : 200 euros pour un bain, 120 euros hors taxe pour le deuxième. L’éloignement de l’élevage peut faire varier le tarif. L’éleveur peut réduire le coût du traitement en allant chercher lui-même la piscine. Les écarts de prix peuvent également s’expliquer par des différences de matériel mis à disposition. Ainsi, la piscine de Daniel Delefortrie (praticien à Ham) n’est pas équipée de système interne de chauffage de l’eau et elle utilise le dispositif de chauffage de la salle de traite, ce qui rend l’opération plus fastidieuse.

Le coût de l’eau de remplissage peut être pris en compte dans certaines régions, sachant que le prix de l’eau potable du réseau varie d’un facteur un à sept selon les communes en France. L’eau potable coûte par exemple 1,70 euro/m3 dans la Somme et le volume de la piscine Aquacow® vide est de 3 à 6 m3. Toutefois, de nombreux éleveurs disposent d’un puits de forage privé. En outre l’utilisation de la piscine est occasionnelle (un ou deux remplissages par cas).

Le taux de réussite participe à l’acceptation du coût des bains : selon Dominique Bernier, la moitié des vaches qu’il accepte de mettre dans l’Aquacow® se relève. Daniel Delefortrie annonce des résultats inférieurs, de l’ordre du tiers.

3. Besoin en personnel

La mise en piscine demande de la main-d’œuvre, en particulier pour le rouler de la vache sur le tapis qui la traîne dans la piscine, effectué manuellement (PHOTOS 1A et 1B). Pour de bons résultats, la piscine doit être remplie progressivement, en deux heures, avec une eau à 38 °C environ. Il n’est ensuite pas nécessaire de surveiller l’animal en permanence pendant les sept heures de station dans la piscine. Du personnel est en revanche nécessaire pour la sortie du bovin, qui est un facteur déterminant pour la réussite de l’opération : un intervenant propose de l’aliment, un deuxième ralentit la sortie en obstruant le passage avec la porte, un troisième peut par exemple présenter le veau. La balnéothérapie n’est donc pas à proposer aux éleveurs débordés et/ou isolés.

Deuxième étape : sélection des vaches

1. Crush-syndrom

Le “ crush-syndrom ” regroupe les lésions d’écrasement musculaire secondaires ou primaires lors de décubitus prolongé lié à une perturbation métabolique péripartum (hypocalcémie, hypomagnésiémie, hypophosphatémie, hypokaliémie).

Ces lésions sont une cause majeure de non relever des vaches.

La station prolongée dans une eau au départ à 38 °C permet la sustentation, le massage, la décontraction musculaire et le soulagement articulaire. La balnéothérapie agit en outre sur les vaisseaux : vasodilatation au départ quand l’eau est chaude, puis vasoconstriction lorsque l’eau se refroidit après sept heures (20 à 24°C), ce qui augmente le tonus musculaire.

2. Limites et contre-indications

Lors de décubitus d’origine mécanique (glissade, vêlage dystocique, train postérieur écartelé), une action directe sur la lésion est recherchée, mais aussi une action sur les contusions secondaires liées aux efforts de relevé.

La balnéothérapie, même en complément d’anti-inflammatoires/antalgiques, ne suffit pas toujours à obtenir le relevé de l’animal. Certains critères semblent influencer sa réussite sur le terrain. La balnéothérapie est ainsi indiquée chez une vache couchée :

- qui tente de se relever ;

- qui change de côté (les lésions sont alors symétriques) ;

- dont l’appétit, la rumination et le transit ne sont pas totalement absents.

Lors de décubitus dus aux mammites colibacillaires, la balnéothérapie est contre-indiquée en première intention, ce qui justifie une évaluation vétérinaire avant l’installation du bovin dans la piscine.

3. Des indications à définir

Les indications de la balnéothérapie ne sont toutefois pas encore clairement définies. Ainsi, les vaches atteintes de mammites colibacillaires peuvent être mises en piscine si aucun relevé n’est observé après le traitement médicamenteux, malgré des signes cliniques de guérison de la mammite (reprise de la rumination, normalisation de la température et de l’aspect de la mamelle).

Les causes de décubitus en période péripartum sont souvent imbriquées et multiples, d’où la difficulté de préciser les indications de la mise en piscine : des lésions musculaires secondaires peuvent être associées à des déséquilibres métaboliques primaires (hypocalcémie) ou secondaires (hypophosphatémie) et/ou à un processus infectieux (mammite colibacillaire).

4. Une étude pour “ l’objectivation ” des piscines

Lorsque les lésions musculaires sont trop avancées, il est inutile de mettre le bovin dans la piscine. L’évaluation de la gravité des lésions est toutefois subjective. Les principaux indicateurs actuellement pris en considération pour prévoir l’efficacité de la balnéothérapie sont la palpation des muscles et le résultat du dosage sanguin de la créatine phospho-kinase (CPK). Au-delà d’un taux de CPK de 1 000 à 1 500 UI/l, la réussite de la balnéothérapie serait compromise, et au-dessus de 5 000 UI/l son efficacité serait quasi nulle. Néanmoins, quelques vaches qui présentent des taux de CPK de 10 000 UI/l se relèvent.

Le taux d’aspartate amino-transférase (ASAT) serait un autre critère pronostique : selon des utilisateurs de piscines, des taux d’ASAT supérieurs à 130 UI/l seraient d’un mauvais pronostic. Cette valeur arbitraire n’est toutefois fondée sur aucune étude sérieuse. L’expérience personnelle de l’auteur montre en outre que certaines vaches, mises en piscine avec des taux d’ASAT de 300 UI/l, se relèvent parfois.

Afin de préciser les indications de la piscine bovine et d’améliorer son taux de réussite, une étude descriptive vient de débuter en France. Baptisée « Projet d’objectivation des piscines », elle vise à évaluer l’intérêt pronostique des paramètres biochimiques sanguins, pour permettre au vétérinaire praticien de mieux prescrire cette physiothérapie complémentaire. Quatre cabinets vétérinaires qui disposent d’une piscine à proximité participent à cette étude (voir l’ENCADRÉ “ Enquête « Projet d’objectivation des piscines » ”).

Troisième étape : encadrement technique

1. Entrée du bovin

Des exemples d’utilisation “ sauvage ” de la piscine illustrent l’intérêt de disposer d’un encadrement technique expérimenté. Des lésions de brûlures généralisées ont ainsi été observées chez une vache mise dans une eau trop chaude par un éleveur qui a voulu opérer seul (PHOTO 2). Les dimensions de la piscine doivent être adaptées, en particulier pour éviter les lésions du dos lorsque la vache est traînée dans la piscine (PHOTO 3).

2. Réévaluation

Lors des premiers instants du bovin dans l’eau, lorsque la piscine est pleine aux trois-quarts, une réévaluation clinique de l’animal est nécessaire. Elle permet d’affiner le pronostic une première fois (la seconde réévaluation a lieu à la sortie du premier bain). Certaines luxations coxo-fémorales ou des paralysies complètes indicatrices de fracture ou de luxation vertébrale avancée ne sont détectées qu’au moment de la tentative de redresser de la vache dans l’eau. La décision de ne pas poursuivre l’intervention doit alors être prise.

La balnéothérapie prolongée est également contre-indiquée chez des animaux au tonus musculaire trop faible, qui restent couchés sous l’eau lors du remplissage.

3. Station dans le bain

La vache est baignée pendant environ sept heures et au maximum dix heures, dans une eau à 38 ou 40 °C au départ (PHOTOS 4a, 4b et 4c). La station debout associée à la limitation des mouvements dans la piscine participe à la résorption des lésions dues aux efforts de relevé précédents.

Des aliments appétents sont mis à disposition de la vache, grâce à une mangeoire amovible fixée du côté de la porte la plus basse. L’apaisement lié au bain, peut améliorer l’appétit malgré la douleur parfois persistante. La station debout facilite en outre la reprise du transit et de la rumination. Il convient alors de veiller à distribuer non seulement du concentré, mais aussi du foin ou de l’herbe, aliments non contre-indiqués lors de la plupart des affections métaboliques.

Quatrième étape : sortie de la piscine

1. Modalités pratiques

Quel que soit l’endroit où la vache s’est couchée et où elle a été introduite dans la piscine vide, il convient de déplacer ensuite le dispositif avant de le remplir (l’Aquacow® est mobile grâce à un système de flèche particulier). La piscine est placée à un endroit adapté aux premiers pas du bovin lors de sa sortie : sur un sol souple, ferme, non glissant, dans un coin de pâture près des bâtiments, par exemple.

La décision de sortie par l’avant ou par l’arrière, avec ou sans licol est prise en concertation avec l’éleveur en fonction de l’attitude de l’animal et de son “ caractère ”. Pour les vaches nerveuses, sûres d’elles, une sortie par l’arrière est possible. Lors d’une sortie par l’avant, des moyens sont mis en œuvre pour freiner l’envie de sortir de la vache : distribution d’aliment, porte ouverte progressivement. Dans un deuxième temps, le veau peut être présenté près de la piscine.

L’animal ne doit pas être réintégré dans le troupeau trop rapidement, en raison du risque de bousculade, et du caractère glissant des sols de stabulation bétonnés ou déstabilisant des aires paillées trop profondes.

2. Décision d’un deuxième bain

Un deuxième bain peut être décidé le lendemain (il est entrepris dans 10 % des cas environ), si la vache se replace en décubitus permanent alors qu’elle se comportait bien aux premiers pas à sa sortie. Il est souvent nécessaire chez des multipares couchées après un vêlage difficile et/ou qui ont présenté des lésions musculaires secondaires à une hypocalcémie, puis qui ont tenté de ramper ce qui a aggravé les lésions (trois quarts des cas).

La balnéothérapie s’est développée dans d’autres espèces (chez l’homme, le cheval, voire le chien) comme un moyen complémentaire pour une récupération et la rééducation lors de lésions traumatiques neuromusculaires. Chez les bovins, dix années d’utilisation en France permettent de considérer les piscines comme une aide utile au rétablissement des animaux en décubitus provoqué (vêlage dystocique, affection métabolique péripartum) ou prolongé (suite à une mammite de type “ colibacillaire ”). Leur utilisation doit toutefois être raisonnée (au mieux prescrite) afin d’optimiser les résultats. Le coût des bains est un élément à prendre en considération. Pour certains éleveurs, qualifiés parfois de “ sentimentaux ”, la réalité économique s’efface devant des considérations de bien-être animal. À ce titre, les piscines bovines ont sans doute plus d’avenir qu’il n’y parait.

Enquête « Projet d’objectivation des piscines »

• Participants :

• Éric Lamazou, clinique vétérinaire, Av de Lattre de Tassigny 64400 Oloron-Sainte-Marie

• Bruno Pertant, centre vétérinaire du bocage, av. Robinson 61800 Tinchebray

• Daniel Delefortrie, clinique vétérinaire Eurolia, 54 rte de St Quentin 80400 HAM

• Gaël Gounot, cabinet vétérinaire, 81 bd Edmond Roussin 35300 Fougères.

• Saisie et traitement des données : à l’École vétérinaire de Nantes, sous la responsabilité de Sébastien Assié.

Sur six mois, en incluant au moins trois cents vaches afin d’obtenir deux cents résultats exploitables, et sans exclure les traitements complémentaires. Les observations cliniques seront reportées sur des formulaires déjà élaborés. Les événements sont séparés artificiellement par tranches horaires et suivis quotidiennement pendant quatre jours, puis à J10 (“ suites ”).

• Des analyses de sang sont effectuées sur les vaches, au moment de la balnéothérapie et dix jours plus tard (numération-formule sanguine, glycémie et dosage sanguin de Ca, Mg, P, K, CPK, ASAT, LDH, en partenariat avec le fabricant d’analyseurs médicaux SCIL et dosage de l’iode et de l’hormone thyroïdienne T4, de la glutathion peroxydase GSH-pxe, de la sorbitol-déshydrogénase SoDe, avec la firme Nutrition-biochimie vétérinaire consultants (NBVC).

• Une bandelette urinaire est effectuée au chevet de l’animal et un prélèvement d’urine en vue des dosages de Ca, P, Mg, K avec NBVC.

• L’étude inclut les animaux mis dans la piscine sur décision du vétérinaire ou de l’“ aquaplongeur ” (le détenteur d’une piscine), mais pas celles mises dans la piscine sur la seule décision de l’éleveur.

Congrès

- Gounot G, Delefortrie D, Bernier D. Piscine bovines : mode d’emploi et protocole d’étude. Conférence journées nationales des GTV, Nantes 2005. Proceedings : 581-588.

- Laumonnier G. Utilisation d’une “ piscine ” mobile dans le traitement du décubitus secondaire des bovins. Conférence journées nationales des GTV, Clermont-Ferrand 2001. Proceedings : 315-317.

Localisation des piscines à disposition des bovins en France

Seul un vétérinaire (Daniel Delforterie, à Ham dans la Somme) possède une piscine, directement à la disposition de ses clients et des vétérinaires alentours. Trois piscines appartiennent à des intervenants techniques en élevage, en particulier des pédicures bovins (par exemple Dominique Bernier). Les autres sont détenues par des groupements d’éleveurs. Le chiffre indique le nombre de piscines sur le site.

PHOTO 1a. Mise en piscine. Un tapis permet de traîner le bovin dans la piscine. Cette dernière est ensuite déplacée, avec le principal système breveté commercialisé en France.

PHOTO 1b. Mise en piscine. Un tapis permet de traîner le bovin dans la piscine. Cette dernière est ensuite déplacée, avec le principal système breveté commercialisé en France.

PHOTO 2. Brûlures du trayon. Elles sont dues à la mise en piscine dans une eau trop chaude sans coordination technique.

PHOTO 3. Avant remplissage. Les dimensions de la piscine doivent permettre d’éviter que le bovin ne se blesse lors de sa mise en piscine.

PHOTO 4a. La piscine est placée à un endroit adapté aux premiers pas du bovin lors de sa sortie : sur un sol souple, ferme, non glissant, dans un coin de pâture près des bâtiments, par exemple. Pendant les sept à dix heures de bain, il convient de distribuer non seulement du concentré, mais aussi du foin ou de l’herbe afin de faciliter le transit.

PHOTO 4b. La piscine est placée à un endroit adapté aux premiers pas du bovin lors de sa sortie : sur un sol souple, ferme, non glissant, dans un coin de pâture près des bâtiments, par exemple. Pendant les sept à dix heures de bain, il convient de distribuer non seulement du concentré, mais aussi du foin ou de l’herbe afin de faciliter le transit.

PHOTO 4c. La piscine est placée à un endroit adapté aux premiers pas du bovin lors de sa sortie : sur un sol souple, ferme, non glissant, dans un coin de pâture près des bâtiments, par exemple. Pendant les sept à dix heures de bain, il convient de distribuer non seulement du concentré, mais aussi du foin ou de l’herbe afin de faciliter le transit.

Caractéristiques de différents modèles de piscine disponibles