Le point Vétérinaire n° 257 du 01/07/2005
 

Pathologie digestive bovine

Pratiquer

CAS CLINIQUE

Gilles Rouquet*, Elizabeth Doré**, André Desrochers***


*30, rue du Razaut
63119 Chateaugay
**3 200, rue Sicotte
C.P. 5000 Saint-Hyacinthe
Québec, Canada
***3 200, rue Sicotte
C.P. 5000 Saint-Hyacinthe
Québec, Canada

Une vache holstein présente des signes de réticulopéritonite et une ruminotomie est réalisée. La vidange des abcès est jugée trop risquée.

Résumé

Une vache holstein âgée de cinq ans présente des signes cliniques de mauvaise digestion des aliments et une bradycardie, associés à une hypokaliémie, à une hypochlorémie et à une hyperfibrinogénémie. Une échographie transabdominale ne permet pas de confirmer l’hypothèse de réticulopéritonite traumatique (RPT). La radiographie révèle la présence de deux corps étrangers et permet de suspecter l’existence de deux abcès. En raison de l’absence de réponse au traitement médical, une ruminotomie est réalisée. Trois corps étrangers métalliques sont retirés, mais l’abcès est laissé en place. L’animal regagne l’élevage après cinq jours d’hospitalisation. Lors de RPT, la laparotomie exploratrice suivie d’une ruminotomie reste le traitement de choix, surtout si le traitement médical est inefficace. La décision opératoire doit toutefois s’appuyer sur un diagnostic de certitude, en raison des risques septiques.

La réticulopéritonite traumatique (RPT) est une affection fréquente en élevage laitier, directement liée aux choix alimentaires peu sélectifs des bovins. Des corps étrangers métalliques sont ainsi retrouvés dans le réseau de 90 % des vaches et 70 % auraient des séquelles de RPT pouvant s’accompagner de pertes économiques, selon des observations réalisées à l’abattoir [13]. Les RPT sont liées à la perforation de la paroi du réseau par ces corps étrangers [8, 13, 17]. Elles peuvent être traitées médicalement avec succès dans de nombreux cas [17], mais l’approche chirurgicale est une alternative diagnostique et curative intéressante en seconde ou parfois même en première intention.

Cas clinique

1. Anamnèse et commémoratifs

Une vache holstein âgée de cinq ans, de bonne valeur génétique, à cent jours de lactation, non gestante, est présentée au vétérinaire de l’élevage pour des anomalies digestives, une diminution de l’appétit et une chute de la production laitière. Elle est traitée médicalement avec un aimant et une antibiothérapie à base de pénicilline procaïne pendant cinq jours, suite à une suspicion de réticulopéritonite traumatique due à un corps étranger. Aucune amélioration n’est observée. Le praticien décide alors de référer l’animal.

2. Examen clinique

Lors de son admission, la vache présente une déshydratation estimée à 5 à 7 %. Le reste de l’examen à distance est normal (silhouette abdominale et profils). Son état corporel est évalué à 2,5.

La température rectale est normale (38,2 °C). La vache présente une bradycardie (56 battements par minute).

L’auscultation abdominale révèle un rumen hypermotile : les contractions, fréquentes, sont avortées. Seule une contraction par minute est complète.

Le signe du garrot est négatif et la vache ne présente aucun signe de douleur lors des succussions de l’abdomen ou lors de pressions en regard du réseau.

La palpation transrectale montre des fèces brunes, en quantité normale mais mal digérées, avec de nombreuses particules alimentaires de plus de 1 cm de long.

Les signes cliniques de mauvaise digestion des aliments et la bradycardie sont évocateurs d’une indigestion chronique due à une mauvaise motilité des préestomacs [16]. Des examens complémentaires sont réalisés pour en préciser l’origine.

3. Examens complémentaires

Hématologie et biochimie

Une hypokaliémie et une hypochlorémie sont observées (voir le TABLEAU “Profil biochimique”). Lors d’obstruction digestive haute fonctionnelle (atonie digestive non spécifique) ou réelle (déplacement de la caillette), la chlorémie est souvent affectée en raison de la séquestration des ions chlorures. Lorsque l’organisme tente de rétablir l’homéostasie, cela entraîne, par un effet de cascade, des déséquilibres électrolytique et acido-basique [1].

La concentration sérique en protéines totales et ses deux composantes (albumine et globulines) sont normales. Une globulinémie normale permet de supposer que, s’il existe un foyer infectieux, celui-ci remonte à moins de quinze jours [17].

L’augmentation de la gLDH caractérise une atteinte hépatique active.

La leucocytose neutrophilique légère, ainsi que l’hyperfibrinogénémie marquée à 11 g/l (voir le TABLEAU “Résultats de l’examen hématologique”) évoquent la présence d’un foyer inflammatoire actif. Une fibrinogénémie supérieure à 10 g/l, associée à des troubles digestifs, est souvent observée lors de RPT aiguë ou chronique [17].

Échographie transabdominale

Des examens échographiques du réseau, de la caillette et du foie sont réalisés à l’aide d’une sonde curvilinéaire de 3,5 MHz [2, 3, 7].

Le réseau est amotile. L’image échographique de sa face médiale est hétérogène, avec des zones hypo- et hyperéchogènes qui correspondent vraisemblablement à l’accumulation de liquide et de fibrine.

Le pylore est en position anatomique normale. La motilité intestinale est normale et il n’y a pas de liquide ou de signes d’inflammation visibles dans l’abdomen caudal. La péritonite serait donc localisée à l’abdomen crânial. Une image échographique adjacente au lobe hépatique gauche, compatible avec un abcès, est toutefois observée (PHOTO 1). Le reste du parenchyme hépatique apparaît normal.

4. Hypothèses diagnostiques

Les causes fréquentes de péritonite crâniale sont les RPT, les ulcères de caillette et les abcès hépatiques. L’aspect normal du parenchyme hépatique échographié peut conduire à écarter l’hypothèse d’un abcès hépatique. L’inflammation périhépatique liée à la péritonite crâniale suffit pour expliquer l’augmentation de la gLDH. L’échographie permet rarement d’objectiver la présence de corps étrangers perforants et ne peut pas visualiser les ulcères de caillette.

Le diagnostic de RPT n’est donc pas encore établi avec certitude. La localisation de la péritonite autour du réseau et l’absence de motilité de ce dernier sont toutefois en faveur de ce diagnostic. Le recours à la radiographie est décidé. Cet examen a en effet une spécificité et une valeur prédictive positive élevées pour le diagnostic des RPT (respectivement de 70 % à 97 %, de 55 à 92 % selon les signes radiographiques considérés) [10, 12].

5. Autres examens complémentaires

Radiographie

Des clichés radiographiques révèlent la présence de deux corps étrangers de densité métallique qui traversent la paroi du réseau (PHOTO 2) [12]. Le réseau semble “décollé” de la paroi abdominale ventrale. Des images évoquent la présence d’un abcès de 5 cm de diamètre ventralement et caudalement au réseau. Un autre abcès de 5 cm de diamètre est suspecté caudalement au réseau. Tous ces éléments sont caractéristiques d’une RPT [10, 12].

Paracentèse abdominale

Une paracentèse abdominale est réalisée afin de connaître les caractéristiques du liquide de péritonite et, surtout, pour effectuer une culture bactérienne avant de commencer le traitement antibiotique préopératoire. Elle est pratiquée au site où l’échographie révèle la présence de liquide en grande quantité, en région paramédiane droite, 5 cm caudalement à l’appendice xyphoïde. Le liquide obtenu est jaune trouble, nauséabond. L’examen cytologique révèle une concentration élevée en protéines (65 g/l ; norme inférieure à 30 g/l) et en cellules nucléées (0,11 x 109/l ; norme inférieure à 6 x 109/l) et des bactéries (coques et bâtonnets) en grande quantité. Trois jours plus tard, la culture bactérienne révèle la présence d’Arcanobacterium pyogenes et de bactéries anaérobies non identifiées (coques gram +).

6. Traitement

Ruminotomie

La décision d’effectuer une ruminotomie est fondée sur l’absence de réponse au traitement médical et sur le diagnostic échographique et radiologique. L’intervention chirurgicale est prévue le lendemain et la vache est mise à la diète hydrique.

L’approche chirurgicale est classique, par la fosse paralombaire gauche, sous anesthésie par a vertébrale proximale des nerfs rachidiens T13, L1 et L2. L’animal reçoit préalablement un traitement à base d’anti-inflammatoire non stéroïdien et d’antibiotique.

Le flanc est incisé après une préparation chirurgicale. L’exploration manuelle de la cavité abdominale gauche ne permet pas d’évaluer l’abdomen crânial, en raison des nombreuses adhérences. La ruminotomie est alors effectuée et la paroi ruminale est maintenue extériorisée à l’aide d’un anneau de Weinghart (PHOTOS 3 et 4).

L’exploration intraruminale révèle une dilatation du réseau ; seule sa partie cranio-médiale est mobilisable. Deux corps étrangers de 10 cm de longueur, piqués dans la paroi du réseau, et un troisième de 3 cm, libre dans la lumière, sont retirés. L’abcès périréticulaire suspecté à la radiographie est palpable. Une échographie transréticulaire est réalisée pour déterminer le meilleur site de drainage éventuel. Bien visible, l’abcès est toutefois jugé insuffisamment organisé et adhérent au réseau pour être entièrement drainé sans contaminer la cavité abdominale (PHOTO 5).

L’aimant administré quelques jours auparavant est retrouvé dans le sac ventral du rumen et est déplacé dans le réseau. La paroi du rumen incisée est irriguée abondamment et décrochée de l’anneau, sauf en portions dorsale et ventrale de l’incision. Le rumen est refermé à l’aide de fils tressés résorbables, en deux plans inversants de type Cushing. Avant de replacer le rumen à l’intérieur de l’abdomen, sa paroi extériorisée est encore irriguée. Les plans musculaires et cutanés sont suturés classiquement.

Antibiothérapie

Une antibiothérapie est instaurée dès le diagnostic, à base d’ampicilline sodique pendant quinze jours (10 mg/kg, toutes les huit heures, par voie intraveineuse(1)) et de triméthoprime/sulfadoxine pendant les sept premiers jours (4 mg/kg de triméthoprime, toutes les douze heures, par voie intraveineuse). Un cathéter (Arrow, Erding, Allemagne) est mis en place à demeure dans la veine jugulaire gauche. Pour des raisons de coûts, l’ampicilline est remplacée la troisième semaine par de la pénicilline procaïne (22 000 UI/kg, toutes les douze heures, par voie intramusculaire). Les résultats de la bactériologie confortent le choix des antibiotiques.

Fluidothérapie

La vache reçoit 20 L de fluides isotoniques à base d’eau stérile désionisée, additionnée de 150 g de NaCl et de 30 g de KCl pendant seize heures, afin de corriger les déséquilibres électrolytiques avant l’intervention chirurgicale.

7. Évolution

À court terme

• Pendant les cinq jours d’hospitalisation, l’animal présente une température normale, mais la bradycardie persiste (56 bpm).

• La vache rumine normalement à partir du troisième jour après la ruminotomie. Sa prise alimentaire augmente progressivement, la production laitière journalière (qui a chuté à 4 kg le jour de l’intervention) remonte à 10 kg lors de sa sortie.

• Après cinq jours, la fibrinogénémie est descendue à 7 g/l et la gLDH reste augmentée (l’inflammation périhépatique est toujours présente).

• Une échographie de contrôle du réseau révèle la persistance d’images compatibles avec une péritonite, mais moins de liquide que précédemment et des abcès plus organisés (PHOTO 6). Le réseau ne se contracte toujours pas.

• La radiographie montre également des abcès plus organisés. Aucun corps étranger n’est visible et l’aimant repositionné est bien dans le réseau (PHOTO 7).

À moyen terme

L’animal est contrôlé à la fin du traitement, c’est-à-dire trois semaines après l’intervention chirurgicale.

• Les bouses sont normales (taille des fibres inférieure à 0,5 cm) et la prise alimentaire est presque redevenue normale. La production laitière est de 20 kg par jour. La fréquence cardiaque est de 70 bpm.

• La neutrophilie (3,9 x 109/l) et la fibrinogénémie (3 g/l) sont normales : le foyer inflammatoire est donc contrôlé.

• L’échographie abdominale révèle toutefois une absence de motilité du réseau : il existe des adhérences entre l’abcès, le foie et le réseau. En revanche, la caillette n’est plus adhérente et le pylore est toujours en position anatomique (PHOTO 8). Des images de péritonite crâniale sont toujours présentes, mais celle-ci semble plus localisée et organisée. L’hyperglobulinémie (54,2 g/l) est liée à la persistance de l’abcès. La péritonite crâniale est donc en voie de guérison. Cependant, l’abcès étant toujours présent, le traitement antibiotique (pénicilline procaïne, 22 000 UI/kg toutes les douze heures par voie intramusculaire) est prolongé de quinze jours.

Discussion

La ruminotomie ne constitue pas seulement un traitement de seconde intention de la réticulopéritonite traumatique. Ce traitement chirugical de la RPT permet un diagnostic plus précis et le retrait des corps étrangers en cause.

1. Limites du traitement médical

Lors de suspicion de RPT, le traitement médical est souvent préféré en première intention [1]. L’antibiothérapie vise à contrôler la péritonite et l’administration d’un aimant permet de fixer le corps étranger afin d’éviter une nouvelle perforation de la paroi du réseau, ou qu’il ne traverse complètement la paroi pour se retrouver libre dans la cavité péritonéale, ou sa progression dans la cavité thoracique.

Un corps étranger qui traverse en partie la paroi du réseau revient spontanément dans sa lumière dans la moitié des cas [8, 13, 17].

Si l’état général de l’animal ne s’améliore pas dans les quatre jours qui suivent le traitement, le pronostic devient réservé et une intervention chirurgicale est indiquée [1].

Au lieu d’aller dans le réseau, l’aimant peut tomber dans le sac ventral du rumen (30 % des cas [5]). Un à quatre jours, voire davantage, sont alors nécessaires en cas d’atonie ruminale pour que les contractions le ramènent dans le réseau [8].

Une antibiothérapie prolongée permet uniquement de traiter des abcès réticulaires de petites tailles [17]. Les molécules classiquement utilisées sont les pénicillines, l’oxytétracycline et le ceftiofur, par voie intraveineuse ou intramusculaire [1].

La laparotomie exploratrice suivie d’une ruminotomie reste le traitement de choix, surtout si le traitement médical est inefficace. Les contraintes économiques expliquent qu’elle ne soit pas toujours proposée en première intention. Chez des animaux de grande valeur et des vaches gestantes à moins de trois mois du terme, l’approche chirurgicale est indiquée en première intention [13]. Elle est aussi préférable dans les cas chroniques de RPT et/ou si des abcès réticulaires de grande taille sont suspectés et/ou lors de syndrome d’Hoflund associé. En effet, les indigestions chroniques ne répondent pas aux traitements médicaux [8, 9, 17].

2. Confirmation diagnostique nécessaire

Lors de ruminotomie, le risque septique est potentiellement élevé si les principes de base de la chirurgie ne sont pas respectés. La décision opératoire doit donc être réfléchie.

• La suspicion de RPT s’appuie sur l’examen clinique. Les signes sont souvent caractéristiques lors de RPT aiguë. Lors de RPT chronique, les examens complémentaires constituent une aide décisionnelle précieuse.

• Les détecteurs de métaux conduisent à de nombreux faux positifs car ils ne permettent pas de distinguer un aimant d’un corps étranger (sauf en utilisant conjointement une boussole) [1, 14].

• L’hématologie est un outil intéressant, bien que non spécifique, pour le diagnostic et le pronostic. Lors d’une péritonite locale aiguë, une neutrophilie supérieure à 4 000 cellules/ml est attendue, avec un “virage à gauche” régénératif (c’est-à-dire qu’aucun neutrophile immature n’est retrouvé dans la circulation), comme dans le cas décrit. Lors de péritonite plus ancienne, la neutrophilie est moins élevée et s’accompagne d’une monocytose. Lors de péritonite généralisée aiguë, une leucopénie est observée, avec un “virage à gauche” dégénératif (de nombreux neutrophiles immatures sont retrouvés dans la circulation sanguine, parfois en quantité supérieure aux neutrophiles matures) [1, 13, 17].

• La concentration en protéines totales est élevée (souvent supérieure à 10 g/dl). Lors de RPT chronique, les taux de globulines sont également élevés [17].

La fibrinogénémie augmente en quelques jours lors de RPT et sa valeur élevée (supérieure à 1 g/dl) persiste tant que le foyer infectieux n’est pas jugulé [1, 13, 14]. Ce critère a été suivi dans le cas de cette vache.

Les autres paramètres biochimiques, notamment les enzymes hépatiques, manquent de spécificité. Ils ne fournissent que des indications qui doivent être confirmées par d’autres méthodes diagnostiques : la seule élévation de la gLDH dans le cas décrit n’était pas due à une atteinte hépatique. Son augmentation permet toutefois de préciser la proximité de l’inflammation avec le foie.

• Le ionogramme est intéressant pour évaluer les déséquilibres hydro-électrolytiques associés. Les anomalies biochimiques observées peuvent alors être corrigées par une fluidothérapie de soutien adaptée au cas par cas.

• La paracentèse abdominale est facile à réaliser. Si aucun liquide n’est obtenu, il est nécessaire d’effectuer plusieurs ponctions (péritonite localisée, cloisons de fibrine). La récolte d’un liquide normal ne permet toutefois pas d’exclure une RPT en l’absence de guidage échographique (un transsudat modifié peut être récolté en périphérie de l’abcès). Si le liquide contient plus de 6 000 cellules nucléées/ul plus de 3 g/dl de protéines, le diagnostic de péritonite est avéré dans 80 % des cas [13].

• En cas de suspicion de péricardite ou d’atteinte thoracique associées, une péricardiocentèse ou une thoracocentèse peuvent permettre d’affiner le diagnostic et le pronostic [17]. Une fréquence cardiaque normale, des veines jugulaires de diamètres normaux, l’absence de bruit liquidien et la facilité d’ausculter la région cardiaque ne sont toutefois pas en faveur d’une péricardite. L’échographie s’avère un outil intéressant pour confirmer la péricardite ou la pleurésie et pour affiner le pronostic.

• L’échographie permet en outre de localiser et de mesurer l’extension de la péritonite, la motilité réticulaire et de visualiser les organes adjacents. Elle nécessite une sonde de 2,5 ou 3,5 MHz.

• La radiographie permet de visualiser les corps étrangers métalliques, mais elle ne permet pas de les localiser car leur image peut être superposée au réseau (tout en se situant dans la cavité péritonéale). Elle donne aussi des informations sur la présence d’abcès ou de péritonite [4, 10]. Toutefois, les constantes nécessaires (de l’ordre de 40 mAs et de 120 kVp) limitent son utilisation chez les bovins aux centres de référence possédant des appareils radiographiques triphasiques.

3. Devenir des animaux opérés

Le pronostic après chirurgie est favorable, sauf lorsque le corps étranger a pénétré la cavité thoracique ou la face médiale du réseau (lésions possibles du nerf vague). L’apparition d’un syndrome d’Hoflund traduit ainsi une lésion ou une pression directe sur le nerf vague [8, 15, 16, 17].

L’état général, l’appétit et la contractilité ruminale redeviennent généralement normaux quelques jours après l’intervention chirurgicale et les contractions réticulaires quelques mois plus tard (disparition ou remodelage des adhérences). Il est parfois nécessaire d’attendre l’année suivante pour que la production laitière retrouve son niveau normal [6]. Dans le cas présent, un mois après l’intervention chirurgicale, la vache produit 20 kg de lait par jour. Cette production reste en deçà de la production espérée (45 kg), mais, une fois la péritonite guérie et le fonctionnement du réseau redevenu normal, il y a lieu de penser que sa production sera satisfaisante. À long terme, 70 % des animaux traités ne présentent aucun symptôme et redeviennent productifs [17].

Ce cas, traité en milieu hospitalier universitaire, a donné lieu à de nombreux examens complémentaires avant la ruminotomie, et même pendant l’intervention (échographie transréticulaire). En pratique, un nombre limité d’examens suffit pour décider une laparotomie, qui permet de préciser le diagnostic et le pronostic.

  • (1) Aucune préparation commerciale à base d’ampicilline sodique destinée aux bovins en France par voie intraveineuse.

Points forts

Le taux de fibrinogène sanguin est un critère diagnostique et de suivi intéressant lors de réticulopéritonite traumatique (RPT).

Les anomalies de la formule sanguine facilitent l’évaluation de l’ancienneté et du caractère localisé ou non d’une péritonite.

La ruminotomie est indiquée lors de RPT persistante après traitement médical, chez des animaux de valeur ou en fin de gestation.

Pendant l’intervention, une échographie peut permettre de déterminer le point de ponction d’un abcès lors de RPT (sonde dans le réseau).

Une antibiothérapie d’une durée de trois semaines est prescrite, dont le spectre inclut les anaérobies.

La contractilité du réseau ne redevient normale que plusieurs mois après l’intervention chirurgicale.

  • 1 - Adjou K, Ravary B, Buczinski S et coll. La réticulopéritonite traumatique des bovins. Point Vét. 2005 ; 36(253): 24-29.
  • 2 - Braun U. Ultrasonography of the reticulum in cows. Am. J. Vet. Res. 1994 ; 55(3): 325-332.
  • 3 - Braun U. Ultrasonographic examination of the liver in cows. Am. J. Vet. Res. 1994 ; 51(10): 1522-1526.
  • 6 - Braun U, Iselin U, lischer C et coll. Ultrasonographic findings in five cows before and after treatment of reticular abcesses. Vet. Record. 1998 ; 142 : 184-189.
  • 7 - Braun U, Wild K, guscetti F. Ultrasonographic examination of the abomasums of 50 cows. Vet. Record. 1997 ; 140 : 93-98.
  • 8 - Ducharme NG. Surgical considerations in the treatment of traumatic reticuloperitonitis. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet. 1983 ; 5(4): S213-S218.
  • 10 - Fubini SL, Yeager AE, Mohammed HO et coll. Accuracy of radiography of the reticulum for predicting surgical findings in adult dairy cattle with traumatic reticuloperitonitis : 123 cases (1981- 1987). J. Amer. Vet. Med. Assoc. 1990 ; 197(8): 1060-1064.
  • 11 - Herzog K, Kaske M, Bishoff C et coll. Post surgical development of inflammatory adhesions and reticular function in cows suffering from traumatic reticuloperitonitis. Dtw. Dtsch. Tierärztl. Wochenschr. 2004 ; 111 : 57-62.
  • 14 - Ramprabhu R, Dhanapalan P, Prathaban S. Comparative efficacy of diagnostic tests in the diagnosis of traumatic reticuloperitonitis and allied syndromes in cattle. Isr. J. Vet. Med. 2003 ; 58(2/3): 68-72.
  • 15 - Rebhun WC, Fubini SL, Miller TK. Vagus indigestion in cattle : clinical, features, causes, treatment, and long-term follow-up of 112 cases. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet. 1988 ; 10(3): 387-391.
  • 16 - Rehage J, Kaske M, Stockhofe- Zurwieden N et coll. Evaluation of the pathogenesis of vagus indigestion in cow with traumatic reticuloperitonitis. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1995 ; 207(12): 1607-1611.
  • 17 - Ward JL, Ducharme NG, Traumatic reticuloperitonitis in dairy cows. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1994 ; 204(6): 874-877.

PHOTO 1. Échographie transabdominale. Un abcès est visible entre le réseau (R) et la caillette (C). Il est caractérisé par une structure échogène encapsulée. De l’air est visible, caractérisé par le cône d’ombre (double flèche blanche).

PHOTO 2. Radiographie du réseau. Le réseau (R) semble “décollé” de la paroi abdominale, ce qui traduit souvent la présence d’un abcès réticulaire. Deux corps étrangers métalliques sont visibles (1)  : l’un semble piqué dans la paroi du réseau, l’autre paraît traverser partiellement la paroi réticulaire. Caudalement au réseau, l’interface liquide/air (flèche noire) et les images circonscrites caudoventralement au réseau (flèche blanche) sont évocatrices d’abcès.

PHOTO 3. Le rumen est incisé une fois fixé sur l’anneau de Weinghart et après avoir placé des champs stériles pour protéger la plaie.

PHOTO 4. Le champ ciré permet de ne pas irriter la muqueuse ruminale, et évite les contaminations de la plaie et de la cavité abdominale par le contenu ruminal.

PHOTO 5. Échographie transréticulaire de l’abcès. Celui-ci n’est pas suffisamment adhérant au réseau ni assez organisé pour être drainé depuis le réseau pendant l’intervention chirurgicale.

PHOTO 6. Échographie réalisée au même site que la photo 1, quatre jours après l’intervention chirurgicale. Il y a moins de liquide, l’abcès (flèche blanche) commence à être circonscrit.

PHOTO 7. Radiographie du réseau (R) quatre jours après l’intervention chirurgicale. L’aimant (A) est dans le réseau. L’image est peu différente de la précédente. Les corps étrangers ne sont plus présents. On retrouve moins d’interface air/liquide (flèches noire et blanche) au sein des abcès.

PHOTO 8. Échographie un mois après l’intervention. Le réseau (R) est amotile ; l’abcès. est encapsulé et mesure 7 cm de diamètre environ. La caillette n’est plus visible. En revanche, le sac ventral du rumen (SV) est proche du réseau, en position physiologique.

Profil biochimique

Une hypokaliémie, une hypochlorémie et une urémie élevée sont observées. Ces paramètres sont rapidement contrôlés grâce à la fluidothérapie. La bilirubine et les enzymes hépatiques restent stables : l’inflammation périhépatique est toujours présente. (1) Centre hospitalier universitaire vétérinaire.

Résultats de l'examen hématologique

L’hématologie révèle une leucocytose neutrophilique légère et une hyperfibrinogénémie, compatibles avec un foyer inflammatoire actif. (1) Centre hospitalier universitaire vétérinaire.